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Art révolutionnaire

Lundi 12 mai 2014 1 12 /05 /Mai /2014 20:24

"Vous êtes de quel coté les gars?"

le chant de guerre des mineurs gévistes des Appalaches à Harlan County (1931)

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=5iAIM02kv0g

 


 


Come all you good workers,
Good news to you I'll tell
Of how the good old union
Has come in here to dwell.

CHORUS:
Which side are you on?
Which side are you on?
Which side are you on?
Which side are you on?

My dady was a miner,
And I'm a miner's son,
And I'll stick with the union
'Til every battle's won.

They say in Harlan County
There are no neutrals there.
You'll either be a union man
Or a thug for J. H. Blair.

Oh workers can you stand it?
Oh tell me how you can?
Will you be a lousy scab
Or will you be a man?

Don't scab for the bosses,
Don't listen to their lies.
Us poor folks haven't got a chance
Unless we organize.

 

Traduction:

 

Venez tous braves travailleurs

J'ai de bonnes nouvelles pour vous

Sur ce bon vieux syndicat

Qui est venu lutter par ici

 

Refrain :

 

Sur quel bord te tiens-tu ? (3)

Sur quel bord te tiens-tu, mon gars ?

 

Mon papa était mineur

je suis un bon fils de mineur

je soutiens le syndicat

jusqu'à la victoire finale

 

On dit qu'à Harlan Conty

là bas il n'y pas de neutres

vous serez ou bien au syndicat

ou bien voyou pour JH Blair

 

Oh travailleurs pouvez vous le supporter ?

oh travailleurs dites moi comment ?

serez vous des jaunes répugnants

ou serez vous des hommes ?

 

Ne brisez pas la grève pour vos patrons

n'écoutez pas leurs mensonges

Nous autres pauvres gens n'avons pas une chance

sauf si nous nous organisons


Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 6 octobre 2013 7 06 /10 /Oct /2013 23:20

Article de présentation dans "l'improbable"  pour le débat le 19 octobre à l'urdla avec Pierre Juquin et des artistes autour de la bibliographie "Aragon un destin français" .

 

                        Le sphinx n’y comprenait rien, Louis cherchait déjà les yeux d’Elsa

 

Le sphinx n’y comprenait rien, et Oedipe fut bien en peine pour nouer ses conflits au destin d’une Jocaste qui, sur la scène de la vie familiale, ne pouvait être ni mère ni épouse et donc se trouver a l’origine d’un destin, fut il celui du malheur incestueux.

Comment commencer dans ces conditions une vie sensée, comment lui ordonner une perspective appuyée sur une origine ?

 Parce que, comme il l’écrira, «  le roman, c’est la clef des chambres interdites de notre maison », Louis transfigurera le dépit œdipien dans l’écriture pour résoudre l’énigme impossible de sa biographie, lui donnant cependant un fil rouge , par quoi il pouvait lui échapper, en prenant comme hypothèse le roman. Il se donnait ainsi les moyens pour résoudre ce qu’elle avait d’impossible a dire.

En effet la vie d’Aragon commence dans un monde étrange où les personnages principaux apparaissent sous des masques, et sont pris dans des rôles où le mentir s’y donne pour le vrai et culbute cul par-dessus tête, l’ordre des générations et sa logique.

 Ce monde place d’emblée le cadre familial dans une fiction déroutante, et surréaliste. Il compose une illusion grosse de bruits et de fureurs. Le romanesque met un pied dans la porte des origines. La clef en sera ce théâtre/ roman ou l’enfant naturel et adultérin devra vivre vingt ans durant dans un monde d’interdits tacites avec défense de reconnaître son père, défense de dire maman. 

D’ailleurs Aragon nous le dit sans équivoque dans un texte qu’il intitulera « c’est là que tout commence » : «  Ce qui est menti dans le roman libère l’écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité. Ce qui est menti dans le roman est l’ombre par quoi vous ne verrez la lumière ». L’histoire de sa vie se verra dans ces contrastes.

 Elle se verra aussi dans cette occurrence où l’amitié rencontre la figure d’un maître des formes et des couleurs, sous l’espèce d’une plongée dans l’art de Matisse qui prendra nom  Matisse /roman, pour dire et écrire comment « devant nous s’ouvrent les contrées ignorées de la couleur par quoi se poursuit l’aventure entreprise dès les jours du Fauvisme » dont il pensait qu’elle serait « un jour ou l’autre comme le triomphe de l’homme sur son temps » ,triomphe qu’il atteindrait pour réaliser « la grande composition dont il percevait au loin la respiration profonde en ces heures de 1942 ».

Il écrivait aussi en préambule de l’édition de 1968 « La porte s’ouvre sur le passé. Ou la fenêtre. Mal (…) Ce livre est comme il est. Je n’y puis rien. Peut-être parce que l’homme s’est tu, que je ne puis entendre la voix, qu’il a cessé d’être présence pour devenir question. Question. Ce n’est rien. Ni un récit ni un discours. Pardonnez-moi. Je l’ai appelé roman sans doute afin qu’on me le pardonne ».

Puis repositionnant son parcours sur ce moment de la vie où le terme approche et où la porte se refermant restera le romanesque, il se rappelle ses doutes de 1941 ( ceux d’avant la reprise dans l’écriture du combat contre la nuit) sur lesquels il lui faut revenir pour se comprendre avec « l’incertitude aux portes de l’oubli. Cette crainte au bout du compte, de n’avoir dit que ça ».

«  Nous ne sommes rien, ce que nous cherchons est tout »  disait Hölderlin en une phrase qui depuis longtemps hantait Louis Aragon. Ce cheminement pour la vérité et les moyens pour y parvenir, la forme roman en fut l’une des alternatives. C’est un cheminement semblable que nous offre Pierre Juquin  dans son travail, Aragon un destin français  Dans l’Humanité du vingt-quatre décembre deux mille douze il disait se proposer de réfléchir sur la logique de la vie d’Aragon tout en payant sa dette à un homme qui lui avait beaucoup apporté et chez lequel, comme ce dernier l’écrivait dans La semaine sainte  il voulait faire ressortir « les graines de l’avenir ». Car chacun parlant de l’autre dit quelque chose de lui-même.

 Enjoint de tout dire par Jean Ristat, l’exécuteur testamentaire ami du poète, Pierre Juquin s’est efforcé de le faire sans tabou, tout en évitant de tomber dans l'hagiographie ou les règlements de compte avec le P.C.F( auquel tous trois ont appartenu) mais aussi avec l’espérance  que son travail ayant rempli son objet, il puisse inciter a de nouvelles études qui le dépasseront. Il émettait alors le souhait  que la vie posthume d’Aragon ne fasse que commencer .

Postulant, que la vie réelle d’Aragon était un roman écrit dans un siècle des extrêmes « plein d’horreurs et de grandeurs, de chienneries à mourir et d’expériences inouïes, » il pense qu’il est possible de lire son œuvre de cent façons différentes mais que pour sa part il l’envisage sous le point de vue de l’histoire en sachant qu’ Aragon en fut un acteur et un témoin majeur. Et aussi parce que la littérature vit dans le monde, que l’air qu‘elle « respire est l’air du temps » et qu’on « ne peut l’abstraire de la vie sociale », Pierre Juquin ,ce faisant, n’écrivait-il pas son « Aragon roman  »? Devenant à son tour ce miroir stendhalien qui, dans une défense de l’infini du poète, deviendrait le roman qui changerait la vie ?

 Gilbert Rémond

 

Pierre Juquin viendra présenter sa bibliographie Aragon un destin français à l’Urdla, 207 rue Francis -de- Préssensé à Villeurbanne (tel 04 72 65 33 34 ) le samedi 19 octobre à partir de 19h en présence de Laurent Vercélletto et de Natasha Bezriche pour la partie artistique.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Communard toujours !
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Mardi 6 août 2013 2 06 /08 /Août /2013 08:09

Extrait de l'article de Jean Paul Pougala publié sur LGS : Les plus gros mensonges sur la coopération entre la Chine et l’Afrique

Voir aussi sur Bruce Lee le site du Quotidien du Peuple : lien http://french.peopledaily.com.cn/Culture/8334018.html
 

LA LECON DE BRUCE LEE ET LE RACISME ANTI-CHINOIS

Le philosophe autodidacte et acteur de cinéma chinois Bruce Lee disait en 1969, qu’aucun Chinois vivant en Occident ne pouvait faire fortune, parce que, disait-il : « les Blancs sont à tel point saoulés de leur complexe de supériorité vis-à-vis des autres races qu’ils sont prêts à vous casser si vous connaissez la gloire chez eux, juste pour éviter que votre succès ne mette en doute leur supériorité. » Il dit toujours en 1969 avant de quitter définitivement les USA : « à Hollywood, dans les films, il y a un standard de beauté et de succès, c’est le Blanc et rien d’autre. Jamais un Chinois n’aura le premier rôle dans leur cinéma, jamais un Chinois n’aura le rôle de séducteur. » Plus de 40 ans après, les choses sont restées figées comme il les dénonçait et aujourd’hui en 2013, il n’y a jamais eu de Chinois jouant le premier rôle dans un film de Hollywood, encore moins, jouer le rôle de séducteur. Jacky Chen joue le premier rôle parce que c’est lui-même qui produit ses films. Un Chinois dans un film américain doit forcément être un épicier ou un magouilleur. Bruce Lee, ce visionnaire autodidacte et sans diplôme, qui avait sa maison pleine de livres des philosophes de tous les temps, arrive à cette constatation, parce qu’il a passé de nombreuses années à lire beaucoup, à beaucoup réfléchir pour comprendre le système et chercher l’originalité qui lui aurait permis d’avoir sa place au soleil. Mais ce ne sera pas suffisant. Il passe des nombreuses heures à visionner les vidéos des combats de boxes et il invente un nouveau genre de combat qui est un mixe entre le karaté chinois et la boxe américaine. Ce nouveau style rencontre très vite le succès à l’écran à Hollywood. Il crée alors une école où il forme les meilleurs acteurs du cinéma américains, tous blancs, qui sont très vite recrutés dans des premiers rôles de combat au cinéma, mais jamais lui qui était pourtant leur maître. Et c’est après cette phrase d’amertume qu’il rentre dans son pays. Hong-Kong est alors une colonie britannique. Il ne comprend pas pourquoi les Britanniques peuvent se vanter d’être champion de la démocratie et les droits de l’homme et ne pas les appliquer à Hong-Kong. Jamais du temps des Britanniques, personne ne saura ce que c’est que d’aller voter à Hong-Kong. Bruce Lee ne comprend pas comment son pays la Grande Chine a pu à ce point être faible et céder en location une partie de son territoire (Hong-Kong) aux Britanniques et Macao aux Portugais, c’est-à-dire avec un minuscule pays européen d’à peine 91.900 km2. Et sa population plus petite que celle de Shanghai. Il va traduire toute cette frustration dans ses films à travers un constant patriotisme chinois. Et c’est le succès dans son pays. Il enchaine les tournages, non sans se venger des Blancs, en utilisant leurs propres méthodes, parce qu’il a compris que le cinéma américain est tout d’abord l’expression de la propagande du patriotisme américain. C’est ainsi que dans le film : « La Fureur du dragon », c’est-à-dire la fureur de sa chère Chine, contre l’Occident, il montre un Chinois à Rome, en Italie (lui-même) qui défie la mafia et tous ses stratèges. Ces derniers ne sachant quoi faire, font appel à un américain, un blond, très imposant (symbole de ce standard de beauté décrié par Bruce Lee avant) pour battre Bruce Lee dans le Colisée. Même le choix du Colisée de Rome n’est pas un hasard. C’est en effet, le symbole de la technicité et de la gloire passée occidentale : l’Empire Romain. Et c’est là où le petit Chinois, tout maigre, juste en utilisant la ruse et l’intelligence, va battre Chuck Norris, le Blanc, et sa supériorité raciale. Bruce Lee touche là une corde très sensible. Mais il n’en a cure. Avant l’heure, à travers ce film, il a dit que la gloire de l’Occident était dans le passé et que cet Occident serait très vite balayé par cette Chine qu’ils maitrisent tant, lui qui ne cessait de répéter qu’il faut aller au-delà du karaté pour comprendre le message politique de ses films. En 2013, on peut dire sans risque de se tromper qu’il était un visionnaire. Dans le subconscient des populations des pays dits opprimés du monde de l’époque, Bruce Lee devient un symbole. Même si la traduction anglaise de ses films change l’esprit du patriotisme chinois qu’il ne cesse d’afficher dans tous ses films, pour le relativiser. Si vous parlez chinois, je vous conseille de regarder plutôt la version chinoise du film : vous serez éblouis par la force des mots aux vues des sujets d’actualité de ce 21ème siècle. Il va mourir mystérieusement et aux jours d’aujourd’hui, l’administration coloniale britannique n’a jamais fournie les preuves convaincantes des raisons de sa mort. Son fils sera lui aussi tué quelque temps après dans des circonstances aussi bizarres que son père.

Faire taire Bruce Lee ou son fils, au lieu de l’écouter pour anticiper les évènements, c’était comme nier l’évidence des choses qu’il dénonçait et surtout, oublier comme il disait que le « Chine n’est qu’un géant endormi, mais elle reste un géant ». Multiplier la haine anti-chinoise en Afrique ou en Occident ne changera pas la donne d’une communauté qui sait se retrousser les manches pour retourner les humiliations de l’histoire.
 

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Dimanche 5 mai 2013 7 05 /05 /Mai /2013 15:01

Mort d’Alfredo Guevara, le père du cinéma cubain, un exemple de l’originalité de l’apport des intellectuels au socialisme cubain par danielle Bleitrach

22 avril 2013, sur le blog de Danielle Bleitrach, signalé par Cuba coopération

Le cinéma cubain est un des cinémas très important du Tiers-monde tant par la qualité et l’intérêt de sa production que par la formation donnée à de nombreux étudiants, venus y compris d’autres pays d’Amérique latine et du sud.  (1). Celui que l’on considère comme le père de ce cinéma est Alfredo Guevara.  Docteur en philosophie et lettres de l’université de La Havane, où il avait connu Fidel Castro,et est devenu et resté son compagnon, il a présidé la cinémathèque de Cuba. Alfredo Guevara fut également en 1979 un des fondateurs du Festival du nouveau cinéma latino-américain de La Havane, qu’il a présidé jusqu’à sa dernière édition en décembre dernier. En 1986, il avait également créé, avec l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, l’Ecole internationale de cinéma de San Antonio de los Baños, près de La Havane, où ont été formés des générations de cinéastes latino-américains. Alfredo Guevara ia été notamment le fondateur et président de L’institut cubain de l’Art et de l’Industrie cinématographique (ICAIC) c’est-à-dire l’Institut qui a produit la totalité des films cubains.

« Si je suis comme je suis, organiquement fidèle à mes idées, je suis organiquement fidèle à Fidel, car c’est la même chose », avait affirmé un jour Alfredo Guevara.

Quels que soient les problèmes, les difficultés, Alfredo Guevara n’a jamais voulu que l’on utilise ses critiques contre la Révolution. IL appartient à une génération complétement engagé et pour qui le cinéma faisait partie de la Révolution, art s’adressant aux masses, art d’éducation populaire mais art.

Si Cuba n’a pas été totalement soumis à vision de l’art cinématographique, qui en fasse un simple relais de la propagande, c’est parce que ce pays a eu à la fois des artistes, des intellectuels comme lui, mais aussi des dirigeants comme Fidel et Raoul qui n’ont pas prétendu imposer un art prolétarien. La   Révolution est conçue à Cuba d’abord comme un processus d’éducation: la politique est aussi une culture, qui a besoin de perspectives vastes. Sans parler du peuple cubain qui est l’un  des plus cultivés qui soit, avec un sens artistique extraordinairement développé dans les domaines les plus variés. C’est un peuple magnifiquement sensuel , aspirant à toutes les formes d’expression, la danse, la musique, la peinture, Sur cette base, il y a eu un travail de formation qui a porté à un niveau plus élevé ces dispositions, leur a donné les outils formels de l’expression. Pas nécessairement donc d’art prolétarien, mais le travail sur une sève populaire et métissée.  Des digieants eux-mêmes épris de culture, mais ne faisant pas la leçon… Un exemple éclairera la différence par exemple avec le parti communiste français qui lui aussi a joui d’un environnement intellectuel tout à fait remarquable. Quand Staline meurt on se souvient de la crise qui éclate dans le pCF autour du portrait de Staline par Picasso, que l’on revoit aujourd’hui en se demandant ce qu’on a pu trouver à lui reprocher. Au même moment à Cuba, le poète « national » Nicolas Guillen écrit un poème où il compare Staline au dieu vaudou de la force, Chango, sans que cela provoque le moindre problème.

La Révolution est un long processus d’auto-éducation… Non exempt de contradictions

Pourtant Cuba a connu aussi ses problèmes dans ce domaine; les intellectuels et artistes cubains ont souffert de ce qu’ils appellent le « quinquennat gris » chez eux au début des années soixante et dix, qui correspond également à cette période dont eu à souffrir les homosexuels.L’entente sur ce point est totale entre artistes, créateurs, intellectuels, il ne voudront jamais retourner à ce moment et ils cherchent les moyens de concilier socialisme sans corset étatique.  Il ya une bataille et, pour avoir grâce à J.F. Bonaldi qui a vécu cette période et avec qui j’ai écrit un livre,  tenté de comprendre ce qui s’était passé, j’ai toujours été frappé par la qualité de ceux qui avaient plus ou moins souffert de cet épisode tout en restant profondément révolutionnaire, des gens d’une trés grande qualité (2). Beaucoup d’entre eux malgré les difficultés, les pénuries surtout dans cette génération-là pourraient redire la phrase de Danton « On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers »… Ce ne sont pas les quelques intellectuels qui sont partis qui m’étonnent mais tous ceux qui sont restés fidèles quitte à partager les privations et ceux qui partis restent cubains attachés à leur pays et à cette expérience historique.  Guevara restera Membre du comité central du Parti communiste de Cuba de 1991 à 1997, député de 1993 à 1998, Alfredo Guevara comme d’autres ne se contente pas de dénoncer les erreurs du « réalisme socialiste », il en retient les questions et évite de se ranger aux analyses de l’adversaire, il cherche comme tous ceux qui se battront à cette époque à retrouver les voies originales du socialisme à partir de l’histoire cubaine, comme l’ont recommandé les intellectuels qui depuis l’époque desLumières ont choisi de faire partir leur aspiration humanistes des problèmes historiques et politiques cubains.   Ecarté néanmoins de l’Icaic après 22 ans de présidence, il est, selon sa propre expression, « préservé » par Fidel Castro qui le nomme en 1983 ambassadeur auprès de l’Unesco pour dix ans. Il collaborait déjà auprès de l’institution depuis 1968. Il y recevra, des mains de son président Federico Mayor, la médaille d’Or Federico Fellini, distinguant les grandes carrières cinématographiques.

la période qui suit la chute de l’Union soviétique est très dure, le pays n’a plus de quoi vivre, les réformes qui s’étaient engagées sont bloquées, la sitation se durcit et débouche sur de nouvelles tensions, mais celles-ci une fois encore sont réglées à la Cubaine, c’est-à-dire que le pays avance, se bat,  il reprendra la présidence de l’Icaic jusqu’en 2000, date à laquelle il demande à être libéré de ses fonctions pour se consacrer à l’écriture. Ses dernières années furent consacrées essentiellement à la présidence du Festival de cinéma latino-américain de La Havane et à dispenser de nombreuses conférences auprès d’étudiants, en appui aux réformes d’ouverture lancées depuis trois ans par le président Raul Castro.   Entre de multiples hommages internationaux, Alfredo Guevara avait notamment reçu du président français François Mitterrand le grade de commandeur de la Légion d’Honneur, la plus haute décoration française. Il est difficile d’expliquer tout ce qu’a produit en particulier dans le domaine artistique le laboratoire de la Révolution cubaine, encore plus difficile quand l’on doit faire face au mensonge, à l’ignorance et à la désinformation sur ce pays dont l’histoire pourtant est celle d’une des pages les plus originales et les plus créatives de l’histoire de l’humanité et ce quasiment depuis le XIX e siècle, les luttes d’indépendance dont la Révolution communiste a souhaité perpétuer la tradition.

danielle Bleitrach

(1) cf La Révolution cubaine (1959-1992) / Cinéma et Révolution à Cuba (1959-2003) [Format Kindle] Jean Lamore  et  Nancy Berthier

(2) Danielle Bleitrach et Jacques François Bonaldi, Cuba, Fidel et le che ou l’aventure du socialisme? le temps des cerises, 2007

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Jeudi 24 janvier 2013 4 24 /01 /Jan /2013 16:27

Trouvé sur un post sur infosyrie ( je rappelle à l'intention des mal-comprenants que citer cette source ne signifie pas approuver les penchants idéologiques de ses rédacteurs - ndgq) :


Bahar Kimyongür [auteur]

Erdogan ferait mieux de balayer devant sa propre porte avant de « démocratiser » la Syrie à coups de voitures piégées, d’attentats kamikazes et de meurtres racistes et sectaires….

Vendredi dernier, sa police a mené une véritable razzia contre le Grup Yorum, le groupe musical le plus populaire de Turquie.

Tous leurs instruments de musique ont été détruits ainsi que les enregistrements de leur prochain album. Sans compter les volées de coups que les musiciens ont reçus en plein visage et les autres humiliations subies en détention.

En somme, l’attitude de la police d’Erdogan à l’égard de la culture est identique à celle des barbares que le sultan néo-ottoman schizophrénique, mégalomane et vaniteux lâche actuellement sur la Syrie.

Imaginons ce qui serait arrivé si les autorités syriennes avaient eu la même attitude répressive à l’égard de musiciens: nous aurions eu droit à une couverture médiatique autrement plus étoffée ainsi qu’une véritable levée de boucliers de la part de nos artistes bobo. Ça aurait hurlé, pétitionné et manifesté dans tous les sens.

S’agissant de Yorum, rien. Pas une seule émotion. Il est vrai que l’anti-impérialisme de Grup Yorum n’est pas pour plaire à notre bobosphère.

Chez nous, la lutte contre notre Empire et nos dictatures est perçu comme une ringardise, une cause réac, une inadmissible insolence. On finit par s’accommoder des crimes de nos élites et même à y prendre goût. Syndrome de Stockholm?

Par contre, se battre contre la dictature des autres, ça c’est révolutionnaire !

En Turquie, où la population en a un peu marre des yankees, de leurs bases militaires, de leurs missiles, de leur arrogance et de leur anti-culture, on comprendra que les sensibilités politiques soient un peu différentes des nôtres :

http://www.youtube.com/watch?v=A8oPeRoK1X0

Une consolation tout de même: RFI a consacré un petit article à propos du calvaire vécu par les membres de ce groupe…

http://www.rfi.fr/europe/20130119-groupe-yorum-musique-istanbul-turquie-groupuscule-extreme-gauche

Turquie –
Article publié le : samedi 19 janvier 2013 – Dernière modification le : dimanche 20 janvier 2013

Grup Yorum, le groupe de musique stanbouliote jugé trop proche de l’extrême gauche

Par RFI

Depuis l’arrestation, le 18 janvier, des cinq musiciens de Grup Yorum, habitués aux persécutions policières, plusieurs manifestations ont eu lieu à Istanbul, dispersées violemment à l’aide de gaz lacrymogènes. Une nouvelle manifestation de soutien est prévue le 20 janvier. Grup Yorum (« commentaire » en turc), fondé en 1985, est accusé d’être proche du Parti révolutionnaire de la libération du peuple-Front (DHKP-C). Un groupuscule clandestin d’extrême-gauche qualifié de terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), ayant notamment tué un policier lors d’un attentat à la bombe en septembre dernier à Istanbul.
Chanson du Grup Yorum

19/01/2013
par RFI

 

Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

Ni surpris, ni même scandalisé, le porte-parole du Grup Yorum se dit très déçu, parce que la police qui a perquisitionné dans le studio d’enregistrement du groupe a saisi, et apparemment détruit, tous les morceaux de leur prochain album.

De nombreux internautes réagissent sur les réseaux sociaux. L’un d’entre eux interpelle les autorités : « combien d’instruments nous avez-vous cassés, de studios dévastés, d’ordinateurs pris, combien de fois nous avez-vous interpellés, interdits ou torturés ? Tout cela nous a-t-il fait taire ? »

Depuis plus d’un quart de siècle, Grup Yorum est l’un des groupes les plus écoutés par la jeunesse turque, qui se retrouve dans ses mélodies traditionnelles et ses textes révolutionnaires. C’est cet engagement à gauche, voire à l’extrême-gauche, qui a toujours valu aux musiciens de Grup Yorum leurs problèmes avec la police et la justice turques.

L’étudiante franco-turque Sevil Sevimli, actuellement jugée pour appartenance à un groupe terroriste, s’est d’ailleurs vu reprocher par le procureur d’être allée à leur concert du 1er mai 2012. Pas moins de 32 ans de prison ont été requis à son encontre.

« Grup Yorum victime d’une descente de police, Grup Yorum en garde à vue, Grup Yorum en prison… Nous sommes habitués à ce genre de nouvelles », s’amuse cet autre internaute.

 

Sur le blog de Nicolas Maury 

Turquie : Razzia policière contre des musiciens et avocats de gauche

Mercredi 23 Janvier 2013

Vendredi 18 janvier, la police turque organisait une gigantesque razzia en une vingtaine d’endroits de la principale ville, Istanbul.


Tony Busselen

Turquie : Razzia policière contre des musiciens et avocats de gauche
Des unités antiterroristes armées jusqu’aux dents ont pris d’assaut des bureaux d’avocats, un centre culturel, la salle de rédaction de l’hebdo socialiste Yürürüs, les bureaux de Tayad, une association d’aide aux détenus, ainsi que des habitations privées. 85 personnes ont été arrêtées. Samedi, lors des actions de protestation contre cette razzia, des dizaines de personnes ont encore été arrêtées et, dimanche, ils étaient 41 à comparaître devant un tribunal.

Le principal objectif de cette razzia était le groupe musical bien connu Grup Yorum. Tous les membres du groupe vivant en Turquie ont été arrêtés et un mandat d’arrêt a été émis contre deux autres musiciens, qui étaient en voyage.

Ce groupe existe depuis 1985 déjà et c’est le groupe musical de gauche le plus connu en Turquie. En avril dernier, 35 000 personnes avaient encore assisté à un concert. Depuis la fondation du groupe, celui-ci a déjà fait l’objet de 400 poursuites judiciaires et, dans le passé, des dizaines de musiciens avaient déjà été arrêtés, dont certains vilainement torturés. Le moins dernier, le film F-Typ sortait dans les cinémas. C’est Grup Yorum qui a fait la musique de ce film, qui parle de la lutte des détenus politiques turcs contre leur isolement. Parmi les personnes arrêtées figuraient également 15 avocats.

Le parti prokurde pour la paix et la démocratie, représenté au Parlement, a dénoncé la razzia et a affirmé qu’elle avait pour but de priver des milliers de personnes de leurs possibilités de défense juridique. Emine Ülker, la présidente de groupe du principal parti d’opposition au Parlement, le Parti populaire social-démocratique et républicain, a mis en garde contre ces pratiques d’un État policier sous « direction fasciste ».

(Source : Junge Welt, 21 janvier)
Nicolas Maury
 
Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Parti Communiste Français
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Samedi 8 décembre 2012 6 08 /12 /Déc /2012 14:48

Sur Canaille le Rouge :

http://renaudfavier.files.wordpress.com/2012/12/oscar-niemeyer_1.jpg?w=640

 

Communiqué du Parti communiste brésilien (PCB)


Le monde des arts et du travail ont perdu une légende, l'architecte et communiste Oscar Niemeyer. Une très grande figure qui a marqué le XX siècle par son art et sa science, mais aussi par ses idées pour lesquelles il luttait avec conviction.

 

L'architecte communiste, avec sa patte personnelle, a fait entrer le Brésil dans la modernité du monde. Son œuvre a marqué l’architecture en Europe, en Afrique, en Asie, au Liban et en Amérique. Son génie s'est diffusé sur tout le territoire brésilien par des œuvres qui reflètent les courbes, la lumière et la douceur de la liberté matérialisées dans des édifices bâtis par les travailleurs, pour lesquels il s'est battu toute sa vie. En imaginant Brasilia, Niemeyer affirmait qu'il ne suffisait pas de créer une ville, il fallait changer le système qui éloignait les travailleurs de son œuvre.

 

Mais l'homme, le militant communiste, était à la hauteur de son œuvre. Il est entré au Parti en 1945, a lutté contre la répression de la dictature militaire, et a été poussé à l'exil en France. Il a lutté là-bas dans le Parti des fusillés, de ceux qui ont résisté héroïquement au nazisme, le Parti communiste français historique, construisant le siège du PCF.

 

Il a toujours pris le parti du progrès de l'humanité. Il a soutenu la révolution bolchévique et l'Etat ouvrier en URSS, il a toujours été au côté de Cuba socialiste, et lorsque la révolution démocratique et socialiste a vaincu l'oppression en Algérie, c'est là que le militant communiste brésilien a construit des universités et édifices dans les intérêts des travailleurs.

 

Niemeyer a été au côté des géants du XXème siècle : il a été l'ami de communistes, Fidel Castro, Pablo Neruda, Luis Carlos Prestes, Jorge Amado, Jean-Paul Sartre et José Saramago. Il a soutenu toutes les luttes des travailleurs de son temps, militant toujours solidaire, à l'attitude digne, n'ayant nul cesse de lutter pour le socialisme.

 

Quand notre Parti a été attaqué par les liquidateurs, au IX ème congrès de 1991, il était présent en plénière, dans le public de l'Université d’État de Rio de Janeiro pour nous dire : « Tant qu'il y aura misère et oppression, être communiste restera notre parti-pris ».

 

Après la rupture avec les liquidateurs, qui ont tourné le dos à l'histoire, en 1992, Oscar Niemeyer a été élu président d'honneur du PCB.

 

Sa lutte, son histoire, son engagement pour le marxisme et le socialisme, tout comme son art et sa science ont laissé une trace indélébile dans la mémoire de notre temps.

 

Le camarade Oscar Niemeyer répond présent !

 

http://blogs.rue89.com/sites/blogs/files/assets/image/2012/12/oscar_niemeyer_baudry.jpg

Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Parti Communiste Français
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Vendredi 9 novembre 2012 5 09 /11 /Nov /2012 10:34

sur le site du PTB

 Solidaire profite de cette occasion, et de la réédition en français de son autobiographie, pour présenter ce personnage hors du commun, véritable porte-parole du peuple américain.

Quentin Vanbaelen

 

Woody Guthrie est l’un des plus grands chanteurs de folk américain. Ses chansons évoquent la Grande Dépression, la vie des ouvriers, mais aussi la résistance de ceux-ci. Sur sa guitare, il avait inscrit cette phrase restée célèbre :  This machine kills fascists (Cette machine tue des fascistes). (Photo World Telegram, Al Aumuller)

Le 14 juillet 1912, à Okemah, en Oklahoma (États-Unis) naissait Woody Guthrie. Si vous ne connaissez pas ce nom directement, il ne fait aucun doute que d’autres artistes vous auront transmis son héritage. Woody Guthrie est, en effet, l’un des plus grands chanteurs de folk américain. Ses chansons évoquent tour à tour la Grande Dépression, la vie des ouvriers de l’entre-deux-guerres, le vagabondage, l’exil des milliers de travailleurs mis sur la paille par la crise, mais aussi la résistance de ceux-ci. Sur sa guitare, il avait inscrit cette phrase restée célèbre « This machine kills fascists » (Cette machine tue des fascistes). Sa vie même avait été marquée par les aléas de la crise économique et ses ravages. Il se sentait donc lié à tous les « damnés de la terre » : les travailleurs, les chômeurs, les minorités… et se faisait un devoir de les défendre dans ses chansons.
    Proche des milieux communistes et syndicaux, très actifs à l’époque aux États-Unis, il a longtemps voyagé à bord des trains de marchandise, en compagnie de dizaines de « hoboes », ces vagabonds qui allaient de ville en ville à la recherche d’un emploi, d’une situation, d’une vie décente. Il travaillait alors à leurs côtés et chantait leur quotidien et leurs luttes. Ses chansons étaient écrites pour les gens, et il considéraient qu’elles appartenaient à qui s’y reconnaissait. Il a ainsi écrit, à propos des droits d’auteur de This Land Is Your Land : « Cette chanson est enregistrée aux États-Unis sous le numéro de copyright 154085, pour une période de 28 ans, et quiconque sera pris à la chanter sans notre permission sera considéré comme un de nos bons amis, car on s’en moque. Publiez-la. Écrivez-la. Chantez-la. Dansez dessus. Yodlez-la. Nous l’avons écrite, c’est tout. »

Au cœur de l’Amérique

L’autobiographie de Woody Guthrie, En route pour la gloire (Bound for Glory), écrite en 1943, a été rééditée cette année en français aux éditions Albin Michel. Dans ce texte, il revient sur sa jeunesse, son enfance en Oklahoma, l’arrivée de la crise économique des années 1920, ou encore la grande instabilité de la région, agitée à l’époque par la découverte de gisements de pétrole qui ont provoqué de réelles ruées vers l’or noir.
    Avec une écriture marquée par un style oral et populaire, très proche des paroles de ses chansons, l’autobiographie de Woody Guthrie ressemble à un long monologue, un récit qu’on dévoile autour d’un brasero entre deux rasades de whisky. Son histoire, comme son œuvre, dépasse cependant le récit personnel. Elle se fait l’écho de l’Amérique profonde, du peuple américain meurtri par le capitalisme. Elle raconte 30 ans d’histoire populaire, ouvrière et paysanne.
    Le récit impressionne par la quantité d’anecdotes et de détails, mais aussi par l’espoir et l’idéal qui le traverse. Woody Guthrie n’était pas du genre à baisser les bras, à se laisser abattre. Il s’est battu des années durant contre le racisme et les injustices de classe, en dénonçant l’arrogance des puissants et leur mépris des travailleurs.

Héritage

Woody Guthrie est mort le 3 octobre 1967 de la maladie de Huntington. Durant le long séjour en hôpital qui a précédé son décès, il a reçu le soutien et la visite d’une foule d’artistes, amis ou admirateurs, qui venaient lui rendre hommage et le rencontrer tant qu’il était encore en vie. Parmi ceux-ci, notons la présence assidue de Pete Seeger, grand ami de Guthrie, ainsi que du jeune Bob Dylan. Ce dernier n’aurait sans doute pas eu la trajectoire qu’on lui connaît si le parrain de la protest song n’avait existé. Le fait que la première chanson enregistrée par Dylan pour son premier album s’appelle Song to Woody (Chanson pour Woody) en atteste.
    Des chansons comme This Land is Your Land font partie du répertoire des chansons ouvrières américaines encore aujourd’hui, au point qu’elle en est presque devenu un hymne national alternatif. De nombreuses rééditions de ses enregistrements sont parues cette année, l’occasion de (re)découvrir l’œuvre impressionnante du chanteur. Woody Guthrie a marqué le paysage de la culture américaine comme peu d’autres, chantant et vivant avec et pour le peuple.


Woody Guthrie en trois chansons

• This Land is your Land

Cette chanson est souvent interprétée à tort, aux États-Unis, comme un hymne patriotique. En réalité, elle a été écrite en réponse à God Bless America, une chanson de l’époque qui encensait l’Amérique et que Guthrie trouvait peu réaliste. This Land is Your Land est en fait une chanson qui invite le peuple à revendiquer son pays, à s’en rendre maître. Dans le contexte de lutte et de grèves des années 1930, dans lequel la chanson a été écrite, ses paroles prennent un sens très militant que beaucoup ont tenté d’occulter par la suite.

• Ludlow Massacre

Le massacre de Ludlow est le nom donné à la tuerie orchestrée par les forces de l’ordre de l’État du Colorado et les milices des entreprises minières contre les mineurs en grève dans la localité de Ludlow. Les travailleurs réclamaient de meilleures conditions de travail et plus de droits, comme la reconnaissance du syndicat, et sont restés en grève durant 14 mois. Le 20 avril 1914, la Garde nationale a donné l’assaut au campement où vivaient les mineurs et leur famille. Plus de 20 victimes ont été dénombrées, dont des femmes et des enfants.

• Tom Joad

Cette chanson évoque le personnage central du roman Les raisins de la colère de John Steinbeck, qui raconte l’histoire d’une famille forcée de quitter ses terres en raison de la crise économique des années 1930. Les thèmes chers à Woody Guthrie s’y retrouvent, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il en ait tiré une de ses meilleures et plus longues chansons. Celle-ci a inspiré à Bruce Springsteen un morceau intitulé The Ghost of Tom Joad, qui réactualise le problème, des décennies plus tard. La chanson se termine par une incitation à la lutte, où Guthrie fait dire à Tom Joad :
Wherever little children are hungry and cry,
Wherever people ain’t free,
Wherever men are fightin’ for their rights,
That’s where I’m a-gonna be, Ma.
That’s where I’m a-gonna be.

(Partout où des petits enfants ont faim et pleurent,
Partout où le peuple n’est pas libre,
Partout où les hommes se battent pour leurs droits,
C’est là que je serai, M’man.
C’est là que je serai.)

Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Parti Communiste Français
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Mercredi 8 août 2012 3 08 /08 /Août /2012 08:16

lu sur le blog de danielle Bleitrach et signalé par l'auteur

 

Le dimanche 29 juillet mourait Christian François Bouchu Villeneuve alias Chris Marker pour les lettre et le cinéma alias kosuski,ou  Musrasaki pour internet et les nouvelles technologie.  Sa personnalité s’était ainsi faite, par dilution, “dans les creusets de l’alias, du pseudonyme où de l’identité colective”(1)Si elle était a ce point ondoyante, changeante, selon les postures créatrices ou leurs supports utilisés, celui que nous connaissons d’avantage sous le nom de Chris Marker avait  eu cette capacité a organiser son propre effacement comme sa propre disparition bien avant que sa mort ne le décide.Devenu l’une des figures les plus secrètes du cinéma mondiale il était cet artiste hors norme qui se refusait au jeux des médias mais avait su les utiliser pour se faire le chroniqueur des mouvements du siècle.

              Sa  biographie doit  être avant tout considérée comme un champ d’intervention.En effet il est comme l’indique la cinémathèque française une sorte de paradoxe dynamique, un “créateur qui fit tout a la fois oeuvre personnelle a la manière d’un artisant( ainsi qu’il aimait a le dire) et mis son génie de l’organisation au service des autres, initiant ainsi des expériences artistiques et politiques décisives comme l’oeuvre collective intitulée “loin du vietnam”ou ces films ouvriers majeurs, réalisés dans le cadre du groupe medvedkine du nom de ce cinéaste soviétique auquel il consacra aussi un film” le tombeau d’Alexandres”"
               Licencié de philosophie au début de la seconde guerre mondiale, il entre dans la resistance alors qu’il est adolescent. Il y prendra un pseudo qui lui donnera l’idée de son nom d’artiste.Dans l’imédiat après guerre, il interviendra, muri par cette expérience, dans la sphère intélectuelle via la revue Esprits, une revue catholique de gauche a l’époque proche des communistes, qui l’accueillera de 1946 a 1955. Puis embrassant l’agitation intectuelle si caractéristique des lendemains de la libération, agitation dont la richesse ne s’épuise toujours pas de nos jours -malgré les coups de boutoires donnés par la contre révolution libérale- il entamera ses premières expériences de création collective, véritables arme de combat, en collaborant avec des organisations de sensibilité prolétariennes telle “travail et culture” qui détermineront toute son oeuvre et qui lui donneront l’occasion de fraterniser avec André Bazin, le future créateur des Cahiers du cinéma ou Alain Resnais dont il sera le compagnon de route.
               Artiste multi média,il marquera son temps avec des oeuvres telle que :”les statues meurent aussi” qu’il tournera avec Resnais” “sans soleil” ” level 5″ “2084″ “la jetée”" le fond de l’air est rouge,” ” chat perché”. Ses chroniques filmées d’un siècle en boulversement nous parleront du Cuba  post révolutionnaire avec “Cubas si” en 1961,des rues de Paris avec “le jolie mai” en 1963. Il participera avec Joris Ivens , Agnes Varda et jean Luc godard au film collectif “loin du vietnam” en 1967 pour protester contre l’intervention américaine en Asie du sud est, fondra le groupe Iskra dans la foulée des évenements de 1968, avant de revenir a la création individuelle non sans avoir tiré le bilan de cette décennie d’espoire et de mouvements révolutionnaires avec “le fond de l’air est rouge”, longue frèsque historique qu’il complétera en 1982 d’une magnifique errance poétique et politique intitulée “sans soleil “
             Grand déambulateur de par le monde, il  en rapportera plusieurs reportages. Il saura de même se transporter dans des univers professionels différents, passer d’un médium a l’autre pour nous donner une effloressence de creations aux formes nouvelles. Passionné par internet et les nouveaux moyens de communication, il se lancera a corps perdu dans des explorations pionnières d’ou il nous rapportera l’atypique “Immémory” en 1998, sorte de pélerinage  proustien , du “temps retrouvé”.
               Entièrement engagé dans les nouvelles thecnologies, il distribura ses films sur le net continuant de la sorte ses combats d’homme engagé .  Comme  l’écrira un collectif de journalistes dans  le numéro que libération lui consacrera le mardi 31 juillet, son nom est un mot de passe. A la fois manifeste et mode de vie, “un mot de passe ” qui fait de l’engagement collectif une priorité sur les positions personnelles” un mot de passe” dont nous aurions bien besoin aujourd’hui pour retrouver cet élan par quoi l’impossible reprend rang dans de nouvelles réalisations, dans de nouveau projets de futur.
               Présenté sous les traits d’un “ogre scopique” par ces mêmes journalistes, il buvait et mangeait a toutes les sources d’image, convaincu que “l’indépassable philosophie de notre temps est contenue dans le” pac man” objet qu’il qualifiait d’être la “plus parfaite métaphore graphique de la condition humaine”.Pour ma part ce “mot de passe” me permet de retouver le temps de mes premiers engagements où il était en effet le nom magique de celui qui permetait le passage entre monde ouvriers et faculté en révolte, qui introduisait la parole de ceux qui dans les usines menaient des luttes courageuses pour le pain le logement et le temps de vivre, avec ses films militants,a l’instar de ce ” a bientot j’espère”filmé entre 1967 et 1968 avec Mario Morret  durant les grèves de la Rhodia et où un jeune délégué dans un entretient groupal confiait avec enthousiasmea ses interlocuteurs “la solidarité c’est formidable, c’est pas de la culture ça ?”L’objet de son interpellation était un commentaire apporté sur un acte de solidarité qui avait consisté a donner une journée de salaire, lui et ses camarades, a ceux licenciés d’une autre usine du groupe.Il venait de donner son adhésion au pcf après avoir découvert le dévouments et la détermination des communistes engagés avec lui dans le combat et expliquait pourquoi ce geste lui semblait naturel et nécéssaire, autant dire que de telles paroles dans une enceinte universitaire de l’époque avait un effet saugrenu mais surprenant dont le poids prendrait son sens plus tard, une fois la gueule de bois consécutive au jolie moi de mai passée.Le nom de Chris Marker s’était ainsi logé dans mon imaginaire avec la force de celui d’un rocker,de ce Long Chris qui avait écrit “génération perdue”. Perdus nous aurions pu l’être d’avantage sans de tel vigiles, qui la caméra au poing montaient la garde sur nos conjonctures, ramenant pour la postérité ces grands moments de vérités qui nous disent les combats d’hier,et qui nous disent aussi” a bientot j’espère “pour des jours victorieux.

Gilbert Remond

quelque liens pour retrouver films et articles de lui ou parlant de lui.
http://chrismarker.ch/articles/index.html http://chrismarker.ch/topic1/index.html http://www.lesinrocks.com/2008/04/29/cinema/la-seconde-vie-de-chris-marker-1151546/ http://fr.wikipedia.org/wiki/Chris_Marker http://chrismarker.ch/longsmetrages/index.html http://www.youtube.com/watch?v=7TI5Avxoojo http://next.liberation.fr/cinema/2012/07/30/le-realisateur-chris-marker-la-jetee-level-five-est-mort-lundi-a-l-age-de-91-ans_836481 http://www.humanite.fr/culture/le-cineaste-et-documentariste-culte-chris-marker-est-decede-501621 http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/07/30/chris-marker-est-mort-le-fond-de-lair-est-moins-rouge-234261 http://www.legrandsoir.info/tchao-chris-marker-et-merci.html Interview | 5 mars 2003 Rare Marker  Par Samuel DOUHAIRE et Annick RIVOIRE /Libé par email A l’occasion de la sortie en DVD de ses films «Sans soleil» et «la Jetée», entretien exceptionnel avec un cinéaste parmi les plus secrets. http://next.liberation.fr/cinema/0101466984-rare-marker
Le fond de l’air est rouge Un extrait : http://www.dailymotion.com/video/x51gwf_le-fond-de-l-air-est-rouge_tv Acheter les DVD : http://www.arteboutique.com/detailProduct.action;jsessionid=45DAFB1DD6D5A086F31BADC7C7B192BB?product.id=280218
Les Groupes Medvedkine En deux DVD, Besançon puis Sochaux, plus un livre, toute l’histoire du groupe Medvedkine à travers une quinzaine de films tournés par le collectif. 1967, la grande grève de la Rhodiaceta à Besançon annonce déjà mai 68. Entre occupation d’usines et revendications spectaculaires pour l’époque, un groupe de cinéastes, dont Chris Marker en tête de file, filme des militants ouvriers. Mais ces derniers ne se reconnaissent pas à travers ce film et ne se privent pas de le dire. Chris Marker, et un certain nombre de cinéastes militants, décident de donner à ces ouvriers les moyens de prendre eux-mêmes la parole. Chris Marker, Jean-Luc Godard et Bruno Muel et quelques autres, vont ainsi mettre du matériel à la disposition des ouvriers et les former aux techniques cinématographiques. Résultat : des films forts, des pamphlets parfois violents, souvent brillants et émouvants, réalisés entre 1967 et 1973 sous l’égide de l’infatigable et génial Pol Cèbe (ouvrier et bibliothécaire du CE). Acheter les DVD : http://www.editionsmontparnasse.fr/p744/Les-Groupes-Medvedkine-DVD
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Lundi 30 juillet 2012 1 30 /07 /Juil /2012 18:22

 

Kobayashi Takiji et la littérature prolétarienne


Auteur : Jean-Jacques Tschudin, professeur émérite de l'Université Paris-Diderot, Paris 7
Date : 19/05/2010
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Intervention de M. Jean-Jacques Tschudin à l'occasion de la table ronde sur le film "Le bateau-usine" (Kanikôsen), à la Maison de la Culture du Japon le 30 janvier 2010

Ce Kanikôsen [Le Bateau-usine] dont le surprenant retour en grâce nous réunit aujourd'hui n'est pas seulement une œuvre remarquable, le chef-d'œuvre d'un écrivain dont la vie a été abrégée avec la brutalité que l'on sait, mais aussi, il ne faut pas l'oublier, le résultat d'un effort délibéré de produire des œuvres qui servent la révolution prolétarienne tout en jetant, idéalement du moins, les bases d'une nouvelle littérature qui rompe tant par la forme que par le fond avec les productions bourgeoises. Le travail de Takiji s'inscrit donc dans le cadre hautement volontariste d'un mouvement, celui de la Ligue des écrivains prolétariens japonais – la Nihon puroretaria sakka dômei, mouvement que Takiji n'eut de cesse de rejoindre et dont il finit par être non seulement le romancier majeur, mais aussi un des principaux dirigeants.

Extrait du film Kanikôsen de 2009, © Comité de réalisation de Kanikôsen
Extrait du film Kanikôsen de 2009, © Comité de réalisation de Kanikôsen

Il n'est pas possible vu le temps imparti de retracer l'évolution de la littérature militante au Japon, du « roman politique » [seiji shôsetsu] engagé dans le mouvement pour la liberté et les droits civiques [jiyu minken undô] des années 1880 à ce roman prolétarien du début des années 1930 dont Kanikôsen est le plus beau fleuron. Victime d'une impitoyable répression sous Meiji [1868-1912], la gauche profite du relatif libéralisme de Taishô [1912-1926] et du stimulus de la révolution russe pour réémerger aux débuts des années 1920. Les idées révolutionnaires sont répandues par diverses revues – avant tout Tanemakuhito [Les Semeurs : 1921-1923] et son successeur Bungeisensen [Le front des arts littéraires : 1924-1930], qui, outre des essais théoriques sur la question, publient des nouvelles d'auteurs écrivant dans des perspectives humanistes, anti-militaristes, clairement engagées à gauche. Ces écrivains sont d'abord des intellectuels, membres des cénacles artistiques et littéraires[1], mais ils sont bientôt rejoints, véritable nouveauté, par une génération (née entre 1885 et 1895) d'écrivains authentiquement prolétaires[2], certains ouvriers très qualifiés souvent doublés d'organisateurs syndicaux, comme Hirasawa Keishichi, d'autres simples manœuvres, d'autres encore membres du lumpen comme Maedakô Kôichirô qui commence à écrire à son retour au Japon, après 13 ans de trimard aux Etat-Unis.

Ces productions jaillissent spontanément des sentiments de révolte ou de compassion éprouvés par leurs auteurs, sans reposer sur des bases idéologiques claires. Les choses vont pourtant se clarifier, mais aussi se figer sur la ligne pure et dure, soumise au Cominterm, préconisée par de nouveaux dirigeants sortis des cercles d'étudiants révolutionnaires, dirigeants qui s'emploient par ailleurs à fonder un véritable parti communiste[3]. Peu à peu, ils parviennent à chasser les anarchistes, puis les socialistes et enfin les communistes dissidents, pour prendre seuls le contrôle et mettre en place un réseau de ligues culturelles réunies en une fédération nationale, par ailleurs plusieurs fois réorganisée. 

 Kobayashi Takiji appartient à la période de maturité du mouvement, celle de NAPF - KOPF [sigles découlant des intitulés en esperanto : Nippona Proleta Artista Federacio = Zen Nihon musansha geijutsu renmei suivi de Federacio de Proletaj Kultur Organizoj Japanaj = Nihon puroretaria bunka renmei], soit la période qui va de mars 1928 à la dissolution prononcée en mars 1934. Deux ligues[4] dominent très largement cette fédération : celle des écrivains et celle du théâtre – PROT (Engeki dômei) – mais c'est clairement la Sakka dômei qui joue le rôle dirigeant et détermine les orientations théoriques et les choix politiques. Les autres ligues – beaux-arts, musique, cinéma, photographie, science, esperanto, athéisme, éducation, contrôle des naissances – sont toutes très faibles et peu actives.

Ces ligues sont étroitement surveillées, mais elles conservent néanmoins, comparées aux organisations syndicales et politiques, une relative liberté de mouvement qui leur permet de connaître quelques beaux succès même si le public atteint n'est pas toujours celui idéalement visé. Plusieurs auteurs parviennent à émerger et, bien soutenus et distribués par les revues militantes et leurs réseaux de soutien, atteignent un relativement large public ainsi que l'attention souvent bienveillante des revues généralistes de la bourgeoisie libérale comme Kaizô, Kaihô, Chûôkôron, Shinchô ou Bungeishunjû qui les présentent et, à l'occasion, les publient. Sortis d'abord en revue, des romans comme Taiyô no nai machi [Le quartier sans soleil] ou Kanikôsen circulent à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires et des pièces comme Bôryokudanki [Chronique des malandrins] et l'adaptation scénique de Taiyô no nai machi attirent davantage de spectateurs que les productions du théâtre littéraire. Les trois titres que nous venons de citer datent tous de 1929, année qui restera celle de l'âge d'or des arts prolétariens, car bientôt la répression va se durcir, et, après l'« Incident de Mandchourie » [Manshû jihen ; 18 sept.1931], la situation des ligues devenir rapidement intenable : publications et spectacles interdits ou défigurés par la censure, meetings systématiquement interrompus, dirigeants arrêtés à tout bout de champ, sympathisants, voire simples curieux, fichés et inquiétés. Persécutées par les autorités, les ligues sont également victimes des dissensions internes, des volte-face [tenkô] de nombreux dirigeants et de l'aveuglement d'une direction qui impose des mots d'ordre inapplicables dans le contexte de l'époque. Exsangue, la Ligue des écrivains s'auto-dissout en mars 1934, suivie peu après par les autres, signant ainsi la fin officielle de la « littérature prolétarienne » au sens strict du terme.

Couverture du volume consacré à Konikôsen dans la série gekiga (manga d'auteur)
Couverture du volume consacré à Konikôsen dans la série gekiga (manga d'auteur) "Manga de dokuha" (Lire aux éclats en manga), destinée à l'adaptation pour le grand public des livres classiques, éditée par East Press

L'œuvre de Kobayashi Takiji, Kanikôsen en particulier, domine clairement la production littéraire engagée des années 1920-1930, mais en fait il est pratiquement le seul auteur important membre du noyau dur de la Ligue, le seul aussi capable de traduire littérairement ses directives théoriques. En effet, les autres auteurs représentatifs, en particulier ceux issus du prolétariat ou de la petite paysannerie, ont soit, comme Hayama Yoshiki ou Kuroshima Denji, publié leurs meilleurs textes avant la reprise en main du mouvement par la Ligue des écrivains, soit au contraire après sa dissolution, comme Kubo Sakae, Miyoshi Jûrô, Nakano Shigeharu, comme également les écrivaines sympathisantes – Miyamoto Yuriko, Sata Ineko et, dans une moindre mesure, Hirabayashi Taiko –, qui toutes donneront leurs meilleures œuvres plus tard, en particulier dans les années 1950. Certes Tokunaga Sunao, l'auteur de Taiyô no nai machi, l'autre œuvre-phare du mouvement, appartient chronologiquement parlant à la période NAPF-KOPF, mais son approche littéraire est celle de la période précédente et ne doit rien aux théoriciens de la Ligue. Soucieux de retracer et d'inscrire dans la mémoire ouvrière la grève des imprimeries Kyôdô (1928) dont il avait été un des meneurs, l'auteur ne se soucie guère de style et ignore les débats idéologiques et les controverses sur le rôle de la littérature qui remplissaient les pages de Senki [L'Etendard] – l'organe officiel de NAPF –, revue qu'il avoue d'ailleurs ne pas lire à l'époque. Il voulait simplement, déclare-t-il, être lu et compris par ses camarades. Cela dit, malgré les faiblesses d'écriture et le manque de rigueur idéologique que lui reproche la direction de la Ligue, son texte est évidemment fort bien accueilli et Nakano Shigeharu n'hésite pas à annoncer dans un bel enthousiasme que « La promise est arrivée. La très belle promise prolétarienne est arrivée ».

Après la remarquable floraison de 1929, le climat se fait de plus en plus hostile à la création et les écrivains se retrouvent soumis à la double pression des autorités et de la direction de NAPF-KOPF. Les premières les tiennent à l'œil, censurent leurs textes, les arrêtent au moindre prétexte et, d'une manière générale, leur rendent la vie intenable. Mais les leaders communistes ne les aident pas non plus en leurs assignant des objectifs irréalisables, en les poussant à assurer les campagnes politiques et les activités d'agit-prop que le parti ne peut pas mener ouvertement. Par ailleurs, en multipliant les mots d'ordre, en définissant minutieusement les thèmes à traiter, ils restreignent considérablement le champ d'action des écrivains, limitant l'exercise de leur imagination et de leur créativité à l'illustration des slogans de l'heure.

Rappelons brièvement quelques jalons de la vie de notre auteur : malgré la pauvreté de ses parents, Kobayashi Takiji (1903-1933) fait de bonnes études et trouve un emploi stable dans une banque d'Otaru (Hokkaidô). Jeune homme passionné d'art et de littérature, puis de politique révolutionnaire, il admire d'abord les auteurs occidentaux chantés par Tanemaku-hito : Kropotkine, Gorky, Barbusse, mais aussi les écrivains japonais du groupe du Bouleau blanc [Shirakaba], en particulier Shiga Naoya avec qui il entre en correspondance. Il participe à des revues locales et publie quelques récits dans Shinkô Bungaku [Littérature en marche]. Il soutient les mouvements sociaux qui se multiplient alors dans les ports et dans les campagnes de Hokkaidô et rejoint la branche locale du mouvement culturel naissant. Lors d'un séjour à Tôkyô, il rencontre Kurahara Korehito, le théoricien majeur de la Ligue, qui va jouer un rôle déterminant dans son orientation littéraire. Incité à traiter de grands thèmes sociaux peuplés d'êtres humains bien personnalisés, Kobayashi promet de faire de son mieux et rédige 15 mars 1928 [Senkyû-hyaku-nijûhachinen sangatsu jûgonichi], publié dans les numéros de novembre et décembre 1928 de Senki.

Ce texte célèbre raconte les tortures subies par un groupe de six militants syndicaux arrêtées lors des grandes raffles du 15 mars 1928. Cette œuvre forte, avec son insistance sur la brutalité des interrogatoires, se termine sur une brève évocation des slogans du mouvement gravés sur les murs des cellules désormais vides. Incontestablement le récit le plus fort sorti d'une plume prolétarienne, l'œuvre suscite l'enthousiasme des dirigeants de la Ligue, malgré quelques réserves lui reprochant, en se centrant sur les activistes pris séparément, chacun enfermé dans sa cellule, d'avoir oublié le contexte et le travail collectif du mouvement. Ainsi reconnu, Kobayashi est élu au comité central de la Ligue des écrivains et en devient rapidement une des figures dominantes.

C'est au printemps 1929 qu'il publie Kanikôsen dans les numéros de mai et juin de Senki. Les conditions de travail particulièrement épouvantables des cargos et des bâteaux-usines avaient déjà été dénoncées par des auteurs les ayant vécues de première main comme Maedako Kôichirô dans Madorosu no mure [Un groupe de matelots ; 1923] et surtout Hayama Yoshiki dans Umi ni ikuru hitobito [Ceux qui vivent sur la mer ; 1926], mais Takiji va beaucoup plus loin en mettant en avant les dimensions collectives de la révolte et la prise de conscience idéologique qui seule permettra le triomphe des forces révolutionnaires.

Littérairement parlant, le point le plus remarquable du roman est son héros collectif – procédé expérimenté également au théâtre par Murayama Tomoyoshi dans Bôryokudan-ki, créé en juin 1929 sur la scène du Tsukiji shôgekijô à Tôkyô – qui rend Kanikôsen beaucoup plus efficace que les récits techniquement mal maîtrisés et idéologiquement flous de ses prédécesseurs. Le fait que Takiji ne parte pas d'expériences personnelles l'a probablement aidé à approcher ce réalisme prolétarien revendiqué, celui du « regard objectif de l'avant-garde révolutionnaire ». Cela dit, sa stratégie narrative du héros collectif n'est pas accueillie sans réserves, car on lui reproche d'être allé trop loin et, en voulant corriger les erreurs du 15 mars 1928, d'avoir négligé l'individu au seul profit du groupe. Or, estime Kurahara, l'auteur prolétarien ne doit pas choisir entre l'individu etle groupe, mais traiter de l'individu dans le groupe.

 L'ouvrage n'en est pas moins célébré par la critique progressiste et obtient un succès considérable pour l'époque avec les 12.000 exemplaires de Senki plus les nombreuses éditions en volume, toutes fortement coupées, publiées entre 1930 et 1935. Takiji poursuit immédiatement son œuvre avec Fuzai jinushi [Le propriétaire absent] qui dénonce l'exploitation des petits paysans de Hokkaidô, un roman publié dans le numéro de novembre 1929 de Chûôkôron mais prudemment amputé de la fin que Senki sort séparément sous le titre de Tatakai [Le combat]. L'entreprise était ambitieuse, mais malgré de bonnes descriptions de la vie rurale et des manifestations montées par les paysans en colère avec le support des syndicats ouvriers, elle fut globalement assez mal reçue.

Congédié par sa banque, Takiji s'établit à Tôkyô et se consacre entièrement au mouvement, ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison. En juin 1931, il est nommé secrétaire du comité central de la Ligue et joue un rôle majeur dans la mise en place de la nouvelle ligne, basée sur l'implantation de cercles culturels dans les usines et les villages. En octobre, il franchit le pas en devenant membre du parti, décision qui le condamne ipso facto à la clandestinité. Malgré ses intenses activités d'organisateur et ses responsabilités au sein de la fédération, il poursuit son œuvre littéraire avec de nombreux récits, le plus souvent basés sur la vie et le travail d'un activiste du parti, dont les plus connus sont Kôjô saibô [Une cellule en usine ; février 1930], Dokubô [Le mitard ; juin 1931], Numajiri mura [Le village de Numajiri ; mars 1932] et Tô seikatsu-sha (La vie d'un activiste du parti ; 1932]. En janvier 1933, il annonce la mise en chantier d'un roman [Chiku no hitobito ; Les zonards], mais harcelé par la police, il finit par être arrêté le 20 février 1933 et succombe le même jour sous la torture.

Nous n'avons pas le temps d'analyser son œuvre, et je laisse Evelyne Lesigne-Andoly parler de façon plus détaillée du style de Kanikôsen et des problèmes de traduction que pose ce récit, mais j'aimerais simplement évoquer une dimension importante du travail littéraire de Kobayashi Takiji, à savoir sa volonté d'appliquer rigoureusement les directives de la Ligue, de travailler à leur donner une forme concrète et littérairement valable. Attitude somme toute rare, car malgré la sincérité de leur engagement, peu d'artistes des ligues culturelles, à part peut-être Murayama Tomoyoshi qui lui aussi corrige le tir de production en production, ont, me semble-t-il, pris à ce point au sérieux le cadre théorique proposé par les dirigeants du mouvement. Or non seulement Takiji s'y plie délibérement, mais il va jusqu'à établir une sorte de cahier des charges pour chaque nouvelle œuvre et joint aux manuscrits qu'il adresse à Senki des messages spécifiant les objectifs visés.

Ainsi, pour Kanikôsen, il déclare que « j'ai voulu décrire un groupe de travailleurs en tant que tel, sans toucher à leur caractère ou à leur psychologie individuels, car c'est sur cette ligne que la littérature prolétarienne doit se développer [...] Par ailleurs, j'ai éliminé délibérement toutes traces d'intellectualisme, de cette légéreté et ce rythme rapide qui donnent une touche trop moderne, pour écrire de façon aussi prolétarienne que possible. Pourtant je pense avoir réussi à ne pas ennuyer le lecteur, ce qui est souvent le danger d'une telle approche.[...] Mon travail répond au besoin urgent de faire comprendre aux travailleurs pourquoi ils doivent lutter, et pas simplement d'émouvoir, de déclencher l'indignation devant la brutalité du système. Il faut démonter les mécanismes de l'impérialisme et du capitalisme. Je considère donc que pour montrer les véritables relations entre les forces armées impériales, les zaibatsu, la politique internationale et les travailleurs, le choix d'un bateau-usine fournissait le cadre le plus approprié ».

Il procède de même pour Fuzai jinushi, expliquant à Kurahara que :

« Mon objectif principal est de montrer l'influence croissante du capitalisme dans les villages paysans, d'où cette figure du propriétaire terrien absent qui se transforme en bourgeois, en capitaliste. [...] Jusqu'à maintenant, la littérature rurale se concentrait sur l'existence misérable des cultivateurs, mais mon roman se déroule à une échelle plus large, abordant également les points suivants : le cultivateur comme travailleur émigrant; le rôle des associations de jeunesse et d'assistance mutuelle dans les villages, celui de l'armée également. Mon propos n'est pas de décrire la misère de leur vie, mais d'en montrer les causes, de faire apparaître le rapport entre leur misérable condition et les classes supérieures, rapport que les paysans ne perçoivent généralement pas.[...] Un point essentiel est celui de la solidarité entre paysans et ouvriers urbains. Une forme de lutte qui doit devenir dominante et que nous devons encourager. Sous cet angle-là, je considère que mon travail a non seulement une valeur artistique mais aussi politique car c'est sauf erreur la première fois qu'un roman prolétarien aborde la question sous cet angle ».   

C'est là un des aspects les plus intriguants de sa personnalité et de son génie que d'avoir pu faire fructifier des choix thématiques déterminés par les slogans de la dernière AG, d'avoir su nourrir son œuvre des contraintes mêmes qui, dans leur ensemble, paralysaient peu à peu la plupart des artistes révolutionnaires.

Bibliographie sommaire en langues occidentales sur Kobayashi Takiji et la littérature prolétarienne japonaise 

Présentation historique et essais

Didier, Béatrice [éd], Dictionnaire universel des littératures, PUF, 1994. [quelques entrées sur la littérature prolétarienne japonaise et ses auteurs majeurs]

Ebisu, n° 28, printemps-été 2002. [numéro sur « Anarchisme et mouvements libertaires au début du xxe siècle »]

Keene, Donald, « Proletarian Literature of the 1920s », Dawn to the West (chap.18), Columbia University Press, 1998.

Shea, G.T., Leftwing Literature in Japan: A Brief History of the Proletarian Literary Movement, Tôkyô, Hosei University Press, 1964.

Symposium at Oxford : Takiji no shiten kara mita shintai, chiiki, kyôiku, [Actes en anglais et en japonais du colloque international tenu à Oxford, 2008], Tôkyô, Kinokuniya shoten, 2009.

Tschudin Jean-Jacques, Les Semeurs – Tanemakuhito : la première revue de littérature prolétarienne japonaise, « Bibliothèque de l'Institut des Hautes Etudes Japonaises - Collège de France », L'Asiathèque, 1979.

Tschudin Jean-Jacques, La Ligue du théâtre prolétarien japonais, « Lettres asiatiques », L'Harmattan, 1989.

Tschudin (J-J) & Struve (D), La Littérature japonaise, « Que-sais-je? », PUF, 2008

Principales traductions de Kobayashi Takiji en langues occidentales

The Cannery Boat and other Japanese Short Stories [recueil de récits d'auteurs prolétariens ; en plus de Kanikôsen, contient deux autres textes de Kobayashi : « The Fifteenth of March 1928 » [Senkyûhyaku nijûhachinen sangatsu jûgonichi] et « For the Sake of the Citizens » [Shimin no tame ni], New York, International Publishers, 1933 (trad. non mentionné). Cet ouvrage a été republié par Greenwood Press (Westport, Conn.) en 1968. NB. La traduction de 1933 se base sur la version lourdement censurée de Kanikôsen qui circulait à l'époque.

Krabbenfischer [Kanikôsen], trad. Alfons Mainka, Berlin, Volk und Welt, 1958.

The Factoryship [Kanikôsen] and The Absentee Landlord [Fuzai jinushi], trad. Frank Motofuji, Tôkyô, Tôkyô University Press, 1973.

« La 15a, marto, 1928 » [Senkyûhyakunijûhachinen sangatsu jûgonichi], trad.Nukina Yoshitaka, Ôsaka, Nihon Esuperanto tosho kankô-kai, 1987.

« The Fifteenth of March 1928 » [Senkyûhyakunijûhachinen sangatsu jûgonichi] in The Columbia University Anthology of Modern Japanese Literature, t.1, New York, 2005.

Le Bateau-usine[Kanikôsen], trad. Evelyne Lesigne-Audoly, Paris, éditions Yago, 2009.

Sinon Kanikôsen et, dans une moindre mesure, Fuzai jinushi ainsi que quelques courts récits ont été traduits en russe et dans la plupart des langues de l'Europe de l'Est dans les années 1950-1960.

Traductions françaises d'auteurs associés à ce mouvement

Tokunaga Sunao, Le Quartier sans soleil [Taiyô no nai machi], trad.S.Ohno & F.A.Orel, Editions Rieder, 1929, puis aux Editions sociales internationales, Paris, 1933.

Hayama Yoshiki, « La Prostituée » [Inbaifu], trad.J-J.Tschudin, in Les Noix, la mouche, le citron, Picquier, 1986.

Hayama Yoshiki, « La Lettre dans un baril de ciment » [Semento-daru no naka no tegami], trad.J-J. Tschudin, in Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, tome II, Gallimard, 1989.

Hirabayashi Taiko, « Les soldats chinois aveugles » [Mekura Chûgoku hei], trad.B.Albertat, in Les Ailes, la grenade, les cheveux blancs et douze autres récits, Picquier, 1986.

Murayama Tomoyoshi, Chronique des malandrins [Bôryokudanki], trad.J-J.Tschudin, Centre international de traduction théâtrale, Maison Antoine Vitez, Montpellier, 1993.

Nakano Shigeharu, « Musique militaire » [Gungaku], trad.J-J.Tschudin, in Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, tome I, Gallimard, 1986.

Sata Ineko, « L'achat d'un pantalon » [Zubon o kai ni], trad. A.Gossot & K.Ishigaki, in Les Ailes, la grenade, les cheveux blancs et douze autres récits, Picquier, 1986.

Sata Ineko, « L'Eau » [Mizu], trad. E.Wasserman, in Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, tome I, Gallimard, 1986.

Adaptations scéniques

Kanikôsen est créé par la troupe du Shin Tsukiji (Tôkyô ; 26-31 juillet 1929) dans une mise en scène de Hijikata Yoshi. Cette adaptation de Takada Tamotsu et Kitamura Komatsu, mutilée par la censure, fut jouée sous le titre de Hokui gojûdo ihoku (Au nord du 50e parallèle). Après la guerre, le Tôkyô geijutsu-za remonte la pièce dans une nouvelle adaptation signée Ôgaki Hajime en décembre 1968, dans une mise en scène de Murayama Tomoyoshi plusieurs fois reprise par la suite (1970, 1975, 1976, 1978,1983, 2010).

Adaptations cinématographiques

Film de Yamamura Sô, 1953.

Remake de Tanaka Hiroyuki, 2009. 

 


 

[1] Tels que Nakamura Kichizô, Akita Ujaku, Ogawa Mimei ou encore Fujimori Seikichi.
[2] Tels que Miyaji Karoku, Miyajima Sukeo, Nakanushi Inosuke, Hayama Yoshiki, Naitô Tatsuo ou encore Hosoi Wakizô.
[3] Le premier « groupe communiste » fondé en avril 1921, puis transformé en « parti communiste du peuple de l'aurore » [Gyômin kyôsantô] en août 1921, avait été immédiatement démantelé. Le PCJ fut fondé en juillet 1922, démantelé l'été suivant. Refondé en décembre 1926, il survit dans la clandestinité jusque dans le milieu des années 1930. Commence à se réorganiser ouvertement et légalement en novembre 1945.
[4] Sakka dômei : 30 sections (824 membres), 150 cercles (2500 membres) ; PROT : 500 membres avec un réseau de soutien de quelque 3000 membres.
Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire - Communauté : Parti Communiste Français
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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 11:53

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Amiri Baraka et Ludo Martens


 

En août 1993, Ludo Martens, président du PTB et auteur de plusieurs ouvrages, a rencontré Amiri Baraka (LeRoi Jones) lors d’un festival de poésie à Eindhoven. Discutant de l’art dans un monde en plein virage à droite, ils en sont venus à l’idée d’écrire un manifeste susceptible de rassembler dans un contre-courant les poètes révolutionnaires du monde entier. Voici ce manifeste.

La poésie a-t-elle encore un avenir dans un monde où volent des avions de combat invisibles, où tombent des bombes "intelligentes", où les valeurs humanitaires servent de drapeau aux agressions et aux carnages, où les embargos, d’une main de fer, étranglent des enfants et où les haines racistes et nationalistes provoquent des massacres en série ?

Peut-être. A condition qu’elle entre dans la clandestinité, qu’elle vive dans l’ombre, qu’elle prenne le maquis.

A condition que la poésie se rende invisible aux hommes des bombes "intelligentes" et qu’elle se fonde aux hommes véritables.

Nous ne parlons pas au nom de la poésie. Comme le maquisard ne peut pas parler au nom du fusil. Le fusil du guérillero est à l’antipode du fusil de Rambo. Notre poésie est à l’antipode des chants qui égayent les nuits d’un système criminel.

Plus les poètes en service commandé ouvrent le registre lyrique de la démocratie et de la liberté, plus les véritables poètes sont contraints de parler de terreur et de mort. A mesure que les bourgeois exaltent plus fort leurs valeurs universelles, la planète se fend davantage en deux mondes irrémédiablement hostiles.

Celui qui veut versifier au nom des opprimés a intérêt à se tenir sur ses gardes. Sa lucidité politique doit précéder son lyrisme et derrière ce couple vertueux, il se frayera le passage vers un avenir socialiste.

Il est poète révolutionnaire et internationaliste.

Il est poète et rien de ce qui est humain ne lui est étranger

Il vagabonde entre la naissance et la mort, entre l’amour et l’amertume, entre l’espoir et la défaite, entre la fraternité et la solitude.

Pourtant, il ne partage aucun sentiment, aucune sensation, aucune réflexion avec ces êtres humains qui font applaudir l’Opération Tempête du Désert, qui mettent en scène le débarquement en Somalie, qui ferment les frontières devant des réfugiés "économiques" en haillons et qui transforment le travail en calvaire.

Le pilote qui a bombardé Bagdad et s’extasie devant la beauté hallucinante des feux d’artifice au-dessus de la ville, est un poète. Mais il n’est pas des nôtres. Nous sommes de tout coeur avec le poète irakien qui, au même moment, traduit l’horreur en vers, mais dont la poésie restera longtemps encore soumise à l’embargo.

Il sait que les droits humains de l’esclave ne sont pas exactement ceux du maître à la cravache.

Il est poète et il soumet la langue à tous ses caprices

Il forme et déforme le langage, lui arrache des sons et lui impose des extravagances, trahit le sens des mots pour le réinventer ensuite. Mais dans un monde inhumain, il ne prêche pas l’absurdité et n’aspire pas au néant. Il a des choses à dire.

Il n’hésite pas à renouveller les formes de la poésie. Sa fantaisie pénêtre toutes les formes et toutes les technologies de pointe se plient à sa vision. Mais dans sa forme la plus excentrique, il parle au nom des pauvres dont il est l’orphélin.

Il est poète internationaliste et un monde de souffrances et d’espoirs habite son coeur

Sur une planète rétrécie à la dimension d’un village, les communications ont aboli les distances, les transports ont transformé tous les hommes en voisins. Le capitalisme épie désormais ses proies sur la mappemonde, prêt à plonger, en un instant, sur n’importe quelle région où il y a de la matière première à voler, de la main d’oeuvre bon marché à exploiter, des marchés à conquérir. Le capitalisme prêche le nouvel évangile du devoir d’ingérence humanitaire et il tient ses forces d’intervention rapide à six heures de distance du coin le plus perdu de la terre. Les multinationales, le F.M.I., la maffia et la CIA ont leurs quartiers généraux en Occident et leurs tentacules étendus sur les cinq continents. La corruption des despotes locaux en Asie, en Afrique et en Amérique latine est le pâle reflet de la corruption des tyrans occidentaux.

Le poète internationaliste, d’où qu’il vienne, parle le dialecte parisien et berlinois, londonien et new-yorkais comme celui de Tokyo selon qu’il s’adresse à l’enseignant licencié de Paris, à l’employée au salaire réduit de Berlin, au sans-logis de Londres, au chômeur malade de New York ou à l’ouvrier excédé de fatigue à Tokyo.

Et dans le dialecte universel, il décrit, à tous, le sort d’un milliard d’hommes chancelants au bord de la famine, il peint l’agonie de centaines de milliers d’enfants et de jeunes privés de médicaments, il décrit l’enfer de la misère, de l’analphabétisme, de l’obscurantisme, de la vie sans dignité et sans avenir qui est le sort de centaines de millions d’hommes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Le poète internationaliste enseigne à toutes et à tous que là-bas, dans ces démocraties de conquistadores et de pantins, on vend des organes humains, on prostitue des enfants, on exploite des esclaves.

Le poète internationaliste n’a aucune considération pour son frère-ennemi à la tête de Janus, ce poète cosmopolite voyageant en "business class" autour du monde, payé pour chanter la culture bourgeoise de tous les continents et de toutes les nationalités. Le poète de la cour est la bonne conscience de Clinton et de Ramos, de Mitterrand et de Mobutu, de Kohl et de Perez, de toute cette ligue internationaliste de sangsues.

Vu de près, le poète cosmopolite porte dans la nuque la tête de mort du chauvinisme. Si besoin en est, pour plaire à son souverain, dans chaque pays, dans chaque région, dans chaque province il vous enfoncera le visage dans le sable à coups de racisme, d’obscurantisme et d’anticommunisme.

Il est poète internationaliste et révolutionnaire. Sous sa plume se disloque une société immonde et se dessine un monde nouveau

Poète révolutionnaire, il sait ce qui rend l’art exécrable. Il connaît l’objet de sa rage destructrice.

Exécrable, elle l’est, cette culture dont l’addition se chiffre en milliards de dollars. Exécrables, ces séries policières et ces films débordants d’originalité dans un cadre bourgeois mesquin, comme ces chansons nulles que fabriquent les multinationales, l’oeil rivé sur les bénéfices. Mangeant dans des mains criminelles, léchant des bottes qui reviennent de la guerre, le poète-croupier crée ce qui rend les hommes bornés, abrutis et égoïstes.

Exécrable, il l’est, cet art pour l’art, élitaire et hermétique, qui apporte aux bourgeois un semblant de culture et les confirme dans leurs agissements infâmes. L’art pour l’art réussit à celui qui n’a jamais vécu dans le monde des humains. Pour les autres, cet art est fait d’irresponsabilité, de lâcheté et de complicité coupable.

Exécrable, elle l’est, cette poésie engagée aux côtés des riches.

Que n’ont-ils pas fulminé, ces nantis, contre notre art engagé, l’art utilisé à des fins politiques, l’art du réalisme socialiste !

Mais à peine avaient-ils arraché cette arme de nos mains, qu’ils la tournèrent contre nous. Ils nous ont combattu au nom de la liberté de l’artiste. Mais les riches, ayant libéré leurs poètes de tout idéal social, les ont engagés dans leur combat contre le peuple et le socialisme. Les bourgeois ont craché sur le réalisme socialiste pour mieux glorifier le réalisme anti-socialiste. Soljénitsyne, admirateur du tsarisme, sympathisant des nazis, collaborateur de la CIA, a lancé sur le marché son réalisme contre-révolutionnaire qui, sans délai, fut popularisé à coups de prix Nobel et de diplômes honoris causa. A Valladares, cet ignoble flic emprisonné à Cuba, la CIA donna l’ordre d’écrire des poèmes qui furent immédiatement diffusés sur la terre entière comme chefs d’oeuvres de l’art anti-totalitaire. Le poète Valladares est aujourd’hui haut fonctionnaire du State Department. Il ne fait plus semblant d’écrire de la poésie, il rédige sans détours ses réquisitoires prosaïques contre le socialisme.

Poète révolutionnaire il sait ce qui rend l’art humain. Il s’arme de mots forts qui explosent comme des grenades à la face des classes exploiteuses.

Il n’y a pas d’humanité en dehors de l’engagement aux côtés des opprimés et des exploités, en dehors de la liaison avec les ouvriers, les paysans, les travailleurs qui subissent un ordre injuste et insupportable, en dehors de l’unité de coeur avec les combattants et les militants qui affrontent l’impérialisme et le capitalisme. Impérialisme et capitalisme, retenez bien ces termes, chers frères-ennemis. Un poète a dû réinventer ces mots que vous aviez rayés du dictionnaire pour crime de langue de bois.

Il n’y a pas de révolution en dehors de la tradition révolutionnaire

Spartacus a connu la défaite contre l’empire romain, mais nous honorons aujourd’hui sa mémoire en luttant contre les empires du présent. L’Union soviétique a construit, pour la première fois en dix mille ans d’histoire humaine, une société où les classes opprimées ont imposé leurs idéaux, leurs intérêts, leur volonté aux exploiteurs. Le socialisme a fait surgir des complexes industriels de la steppe, a envoyé les fils et les filles d’analphabètes à l’université, a récité des poésies devant les hauts fourneaux et dans les champs collectifs, a saigné à mort la bête immonde, le fascisme allemand.

Depuis 1917, le vieux monde a battu le rappel de tous ses bourreaux et geôliers, de tous ses évêques et philosophes, de tous ses généraux et banquiers, de tous ses saltimbanques et poètes. Plus la construction socialiste prenait de l’ampleur et plus nettement la bourgeoisie mondiale voyait rôder la mort dans ses parages. La vieille société s’est débattue avec une rage farouche.

Pourtant, en Union soviétique, les fatigués de la guerre, chefs de parti, ingénieurs, gestionnaires, professeurs et poètes, tous métiers confondus, avaient déjà annoncé au monde leur victoire irréversible. Et dormant sur leurs lauriers, ils furent lentement drogués ou doucement étouffés. L’ennemi fut plus fort, plus perfide, plus cruel et barbare que les humains l’avaient imaginé.

Le poète révolutionnaire se charge de sauver des décombres les acquis littéraires et lyriques des anciennes sociétés socialistes. Il sauvera de la boue et de la défaite les meilleures poésies du monde socialiste et leur donnera une nouvelle vie pour un nouveau combat.

Parce que le socialisme est l’avenir de l’humanité

Qu’aujourd’hui seuls les loups aient droit à la parole ne change rien à cette vérité. Le vieil adage que l’homme est un loup pour l’homme ne marque pas la fin de l’histoire. Un jour, l’humanité souffrante mettra fin à la propriété privée des centres nerveux de la société. Cette propriété privée qui permet, en toute légalité, d’affamer et d’asphyxier, d’empoisonner et de mutiler, de pousser à la folie et à la mort. La propriété sociale des grands leviers de la société constituera le fondement des valeurs collectivistes et des principes de solidarité et de fraternité entre les travailleurs.

Le socialisme sera la victoire des humains contre les loups déguisés en démocrates. La parole aux sans voix ! Les dix prochaines générations, les loups porteront une muselière en fer.

Sur cette terre de moins en moins vivable, nous avons un monde à gagner. Sur les décombres d’une civilisation barbare, nous avons un monde humain à construire.

Le poète révolutionnaire et internationaliste y apporte sa modeste pierre.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Art révolutionnaire
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