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Réveil Communiste

Wikileaks : ce que l’on savait déjà sur les relations internationales, par Marc Harpon

23 Décembre 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

sur changement de société

 

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, un ouvrage capital pour comprendre les relations internationales.

Il y a peu de temps, dans The Guardian, paraissait un article, traduit ici, initulé : « Wikileaks : Shell’s grip on Nigerian state revealed ». Malgré son sérieux et sa ligne éditoriale de gauche, The Guardian, comme tout organe de presse privé, est soumis à la logique qui pousse les médias à jouer sur les effets d’annonce. En fait, l’emprise de Shell sur le pouvoir nigérian est depuis longtemps un secret de polichinelle On s’avait que Shell contrôlait et les câbles Wikileaks ne renseignent finalement le citoyen que sur la façon dont s’exerce ce contrôle.

Les câbles publiés indiquent que la multinationale a placé des hommes de mains à des postes clés des ministères clés. Autrement dit, Shell n’est jamais loin des leviers et des manettes ou, ce qui revient au même, l’entreprise est en mesure d’intervenir si le pouvoir menace de trop près ses intérêts. Quelle nouveauté! Quelle révélation! 

Les données empiriques sur le fonctionnement des Etats modernes, n’ont pas attendu Wikileaks pour filtrer, surtout en ce qui concerne les pays du Sud. Ainsi, au Venezuela, en avril 2002, parce que le gouvernement bolivarien semblait près de franchir la frontière que ne pouvaient accepter les milieux d’affaires, ceux-ci, avec l’aide des Etats-Unis, ont organisé un coup d’Etat militaire, qui a fait l’objet du documentaire The Revolution Will Not be Televised. Le Honduras est encore en lutte contre la dictature installée par les élites parce que le Président de droite Zélaya a tenté des réformes progressistes, comme l’augmentation du salaire minimum. Si on revient en Afrique, il est de notoriété publique que le clan Bongo fonctionne comme une excroissance du groupe Total ou qu’Areva, le géant nucléaire français, marche main dans la main avec le pouvoir du Niger, qui ne rêve que d’écraser la résistance qu’opposent les touaregs au pillage de leur territoire.

Ce que confirme également Wikileaks c’est que la phase impérialiste du mode de production capitaliste est consubstantielle à la concurrence pour le partage du monde entre groupement capitalistes ou, pour être plus précis, le partage du monde entre trusts multinationaux. A vrai dire, la totalité du globe est déjà appropriée par les multinationales, qui ont chacune leur territoires,conquis par le marché comme par l’entente. Mais une lutte se livre encore puisque les différents groupes ont besoin de se développer et donc d’étendre leurs zones d’influence. C’est cette lutte entre trusts qu’illustrent les câbles publiés par Wikileaks, lorsqu’il y est question de la compétition entre Shell et Gazprom.

Les câbles montrent encore que la compétition qui se livre n’oppose pas à proprement parler la Russie et le Royaume-Uni. Dans la compétition entre le capital russe et le capital britannique, les multinationales agissent comme les serviteurs des intérêts de leurs actionnaires. Autrement dit, sauf à manipuler les faits, il n’y a pas de contradiction entre les intérêts du Royaume-Uni et ceux du Nigeria mais d’un côté entre la bourgeoisie russe et la bourgeoisie britannique, de l’autre entre les bourgeoisies (ou, si l’on préfère, l’actionnariat) et le prolétariat nigérian : ce ne sont pas les multinationales qui servent les Etats-nations mais les Etats-nations qui servent leurs multinationales et donc la classe sociale qui se définit par la possession des moyens de productions, des entreprises. En ce sens, les câbles Wikileaks confirment aussi ce que les marxistes savaient déjà : la lutte des classes est le moteur de l’histoire, y compris à l’époque du capitalisme impérialiste. (1)

Au-delà du Tiers-Monde, cependant, le fonctionnement des Etats n’est guère différent. La récente affaire Bettencourt le prouve, comme celle des caisses noires de l’UIMM : par tous les moyens à leur disposition, les milieux patronaux achètent un droit de regard et de veto sur ce qui se fait dans toutes les sphères de pouvoir, du pouvoir politique au pouvoir médiatique, en passant par les contre-pouvoirs qui s’exercent à l’intérieur de chacun. Et ce n’est pas nouveau. On sait qu’en Europe, le fascisme s’est imposé parce que les milieux patronaux ont abondamment financé Hitler, Mussolini ou les phalangistes espagnols. On sait que la défaite française face à l’Allemagne a été voulue et mise en oeuvre par des secteurs du grand patronat et la fameuse Synarchie. Mais avant même ce « choix de la défaite », comme dit Annie Lacroix-Riz, le capital s’était acheté des agents partout dans le champ politique et éditorial.

Avant la décolonisation, la souveraineté du capital se masquait en Afrique derrière la souveraineté de la puissance colonisatrice. Pas étonnant puisque le capital en question venait de cette puissance, dont la bourgeoisie, face à la saturation des économies nationales, se voyait forcée d’exporter ses capitaux. Dans les pays de l’Afrique indépendante, la souveraineté du capital se masque derrière la souveraineté nationale. Ce que « révèle Wikileaks », c’est donc que la théorie marxiste de l’Etat vaut aussi pour les Etats de l’Afrique indépendante : l’Etat, disait Engels, est l’instrument de la domination d’une classe contre une autre ou, ce qui revient au même (dans le mode de production capitaliste), l’Etat est l’instrument de la domination du capital sur le travail. Et il restera cet instrument qu’il est tant que nos sociétés modernes tolèreront que des hommes ou des entreprises, nationale ou étrangères, détiennent assez de richesse pour corrompre les institutions.

Comme disait Staline à propos des membres de « la classe des possédants dans les mains de laquelle la banques, les usines, les transports, les plantations dans les colonies » : « Ils ne se soumettent pas à la volonté de la collectivité, ils s’efforcent de soumettre la collectivité à leur volonté. »

En Europe comme en Afrique, il faut choisir entre la souveraineté nationale et la propriété privée.

(1) En ce qui concerne l’impérialisme français le terme de « Françafrique » me semble source de confusion, car il oppose entre eux des espaces ou des nations, comme si le travailleurs Français était responsable des actions de la bourgeoisie française! En fait, l’impérialisme français crée une contradiction entre la bourgeoisie française (et ses serviteurs, à commencer par l’Etat bourgeois) et les travailleurs africains et ne peut trouver sa solution que dans l’injonction finale du Manifeste de Marx et d’Engels : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous! ».

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