Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Un point de vue cubain sur le socialisme du XXIème siècle et le pluralisme dans l'État socialiste

17 Août 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

Lu sur le blog de Danielle Bleitrach

 

Mercedes López San Miguel, Página 12 , Aurelio Alonso est un peu l’enfant terrible de la pensée cubaine. Il fait partie de ce groupe de sociologues profondément attaché à leur pays et à leur Révolution, mais qui se sont trouvé en opposition avec les dirigeants du parti à plusieurs reprises.  Aurelio Alonso est par ailleurs proche d’une Eglise qui entretient le contact avec la direction du pays.Dans notre livre avec Bonaldi nous rendons compte de cette tendance et de son histoire.  Honnêtement, je ne suis pas sûre que si on les avait suivis la révolution aurait été améliorée et surtout aurait survécu aux assauts de l’ennemi, je suis même sûre du contraire. Mais d’un autre côté, je trouve que des gens comme Heredia et Alonso sont stimulants, et posent de vrais questions sur le pluralisme révolutionnaire, sur la possibilité comme le dit Sartre d’entendre tous ceux qui sont d’accord avec la Révolution. Sur le « modèle socialiste ». Comment créer l’unité des Révolutionnaires tout en se protégeant des ennemis.  Là encore, je suis convaincue, bien qu’appartenant disons à ceux qui pensent que si Cuba baissait la garde un tant soit peu, l’ennemi en profiterait, et ce que je reproche à la position d’Aurelio ici dans cette entrevue est que s’il attribue beaucoup à l’influence du modèle soviétique, je ne lis pas la moindre incidence sur le coût du blocus. Je le lui dis mais l’essentiel est pour moi  mais qu’il existe, comme l’a dit Raoul Castro, un processus d’unification au sein de la Révolution, entre les révolutionnaires et le peuple, où aucune question fut-elle la plus gênante ne soit évacuée si celui ou celle qui la pose le fait avec honneteté. Je crois que c’est le chemin que prend Cuba, avec sa capacité à organiser un véritable dialogue sans se laisser déborder, peut-être avec l’infini prudence que lui reproche Alonso.  Et nous sommes bien dans la difficile préparation du prochain congrès du parti.Et puis ce questionnement me paraît sinon pouvoir être reproduit en France, véhiculer des interrogations qui nous concernent. Le parti Communiste français non seulement n’a jamais pris le pouvoir mais a choisi une ligne opportuniste sans perspective stratégique, et de surcroît a été infiniment moins capable que Cuba assiégé d’admettre en son sein un débat des révolutionnaires. Donc avant de donner des leçons, voyons comment ils tentent d’en sortir. Et nous avons encore beaucoup à apprendre y compris de la manière dont Alonso Aurelio pose les problèmes du dogmatisme, du pluralisme au sein des révolutionnaires. Pour être claire : je suis convaincue que le jour où le PCF se donnera une stratégie de construction du socialisme en ayant pris le soin de créer le rassemblement et l’unité des révolutionnaires, avec les aspirations profondes de notre peuple, le parti sera enfin l’instrument dont le pays a bsoin. Nous en sommes loin à l’inverse des Cubains et nous nous couvrons de ridicule quand nous leur donnons des conseils de démocratie, nous qui sommes coupés du peuple, qui pratiquons la censure systématique des voix discordantes et batissons des congrès de simple contrôle de l’appareil

note et traduction de danielle Bleitrach

 
- Comment vous interpréter les élargissements que Cuba a annoncé et commence à réaliser avec la méditaion de l’Eglise?

- Ce ne sont pas les premières libérations de prisonniers politiques à Cuba? Ce sont des prisonniers contrerévolutionnaires pour des raisons  qui ne relèvent pas de l’ opinion : des causes qui concernent des actions précises. Quand le paea Jean Paul II a visité notre pays il y a eu un élargissement important à la demande du Vatican.

- ce sont des moments historiques distincts…

- oui, mais le fait nouveau n’est pas l’élargissement, mais pour la première fois le rôle reconnu  à l’Église comme médiateur et l’Église assume ce rôle avec une motivation humanitaire. Le régime cubain a été parfois trop dur à admettre l’idée d’opposition . Je pense que si c’est un signal qu’il va y avoir un changement de politique vers des plus grandes flexibilités il va dans le bon sens.

- Les considérez-vous des « prisonniers politiques » ?

- oui et non. A Cuba il y a une série de délits qui sont définis et désignés par la Constitution et ils sont aussi définis par une trajectoire historique. Ils sont le produit de cinquante ans d’une politique d’encerclement  et de harcèlement des États-Unis. Par exemple, selon l’avis des autorités cubaines, les relations de proximité avec l’ambassade nord-américaine est une relation de proximité avec l’ennemi. Les Etats-Unis se définissent comme notre ennemi. Ce sont des prisonniers politiques et ils se définissent comme prisonniers opposants au régime. Je ne pense pas que Cuba  ait pu leur attribuer la complicité ou la responsabilité dans aucun acte de terrorisme, néanmoins les Etats-Unis accordent un traitement préférentiel à Posada Carriles, un terroriste connu.
- les Dames en Blanc  représentent  ceux qui se sont définis comme journalistes et obtiennent l’appui d’organisations de journalistes dans le monde qui les désignent comme prisonniers de conscience. Comment est la vie en Cuba par rapport à ceux qui critiquent ou s’opposent à la révolution ?

- Je pense que la politique cubaine et la philosophie sur laquelle celle-ci est bâtie a à avancer à des niveaux de plus grande tolérance des positions de ceux qui s’opposent et pensent a contrario.Je me souviens d’une phrase de Jean-Paul Sartre quand il a visité la Cuba il disait : « A moi ce qui me préoccupe n’est pas tant ce que ne peuvent pas dire ceux qui sont contre, me préoccupe ce que ne peuvent pas dire ce qui sont en faveur de la révolution ».

- Qu’est que l’expérience de la revue la Pensée Critique ?
- Nous étions un groupe de juenes nous nous livrions à l’étude du marxisme dans les années soixante et dix. Le léninisme comme doctrine officielle du Parti Communiste soviétique ne correspondait pas à la production d’une pensée à la hauteur de nos expériences révolutionnaires.
-Après la chute de l’Union Soviétique, ils pensaient que le socialisme a Cuba s’écroulerait ?

-Le groupe a été assez cohérent, les dissidences ont été peu nombreuses, celles qui  se ont produites tant dans les années 70′ comme plus tard dans ‘ 80 et ‘ 90. Nous avons pensé que  l’écroulement socialiste coïncidait avec certains de nos inquiétudes, nous ne présumions pas que nous avions pronostiqué qui allait arriver, mais nos inquiétudes portaient sur le caractère excessivement scolastique du marxisme soviétique implanté à partir des années ‘ 70 comme doctrine officielle. C’est là que « la pensée critique » et notre groupe a disparu. Ils ne nous n’ont pas réprimé, mais ils nous ont mis une limite pour exercer une pensée critique. Cela tendait vers une pensée unique.

- et vous étiez déjà très critiques de l’URSS.

 oui, le groupe que nous avons formé dans un département de philosophie l’était. À travers la réflexion nous critiquons l’Union soviétique. le Che a pratiqué la critique la plus intégrale au moyen de la pratique et de la politique économique. Nous ne pouvions pas avoir de relations avec le Che, parce que celui-ci était ailleurs, en train de se vouer aux luttes de guérilla. Après la désintégration du socialisme soviétique, de ce modèle, il y a un très fort impact au niveau mondial et dans les pays qui appartenaient à ce système. Dans le cas de  Cuba l’impact a été très fort et   en premier lieu, dans l’économique. On a démontré que nous avions développé une connexion qui nous rendait plus dépendants. À partir de 1986,  Cuba n’a pas pu payer ses engagements de dette aux pays créanciers occidentaux et les crédits lui ont été fermés dans les devises convertibles, ce qui  impliquait que 15 pour cent des crédits et 30 pour cent de l’économie était paralysée.Cela a fait que la courbe cubaine de croissance a fait un plateau. La chute cubaine commence avec la chute du socialisme soviétique; la dépendance inefficace avait augmenté. La capacité importatrice cubaine  dans le perído ‘ 91-93 ‘ était tombée de  80 pour cent. Cette chute implique aussi une crise de paradigme. Quelle est alors l’hypothèse du sens commun ?

- que le socialisme a échoué.

- qui s’il a échoué au centre, ici il n’a plus d’avenir. Il y a une crise de paradigme et un débat est suscité ici que comment le  sauver.

- Comment le sauve-t-on ?

- il faut réinventer le socialisme du XXIe siècle. D’abord je souligne que la solution aux problèmes du monde ne passe par  un autre chemin qui ne serait pas le socialisme, no au  monde du capital. Cela ne peut pas être un socialisme construit sur les modéles du XXe siècle. Il faut repenser la réalité sur laquelle nous vivons aujourd’hui.Retourner à Marx et l’étudier de façon critique.  Mais Marx ne va pas nous donner la réponse à cette problématique, ni Lénine, ni Fidel. La nouvelle génération a l’obligation de réagir devant les défis que l’histoire projette. Nous avons à vivre le socialisme sur une base de reinvention continuelle, et à être disposés à appliquer des corrections et des expériences.

- Quelle différence y a-t-il de leadership entre les frères Castro ?

- il n’y a pas de différence idéologique, les deux sont attachés au même projet de transformation révolutionnaire. La révolution cubaine a eu quatre figures : Fidel, Raúl, le Che et Camillo Cienfuegos. Raúl n’a pas peut-être le génie politique de Fidel, mais il est plus pragmatique et plus administratif. Raúl est dans la disposition d’avancer dans un processus de réformes qui assouplit  la structure de l’économie.

- Raúl a dit il y a peu  que le gouvernement veut réduire l’emploi public et promouvoir le travail pour son compte. Pourrait-il y avoir des changements substantiels dans l’île ?

- il y a eu trop de réticences à avancer dans un processus de réformes vers un modèle d’efficacité socialiste.  le patron capitaliste, au contraire, soumet tout au profit. Parfois il y a un excès de prudence chez les dirigeants cubains.

- De la prudence chez ceux qui ont fait la révolution face à l’empire ? Leur la prudence leur est-elle venue avec les années ?

- je crois que oui. À dix ans me séparent de ces acteurs . Il aurait dû y avoir eu un processus plus sûr, plus fiable, plus systématique de relais générationnel qui n’a pas existé. Nous voyons que les mêmes leaders continuer de gouverner et on continue de renforcer l’appareil sur la base d’une très forte présence du leadership des années soixante.

- quand  apparaissent des jeunes ils les écartent. L’ex-chancelier Philippe Pérez Roque et l’ex-vice-président Charles Lage se sont vus obligé de renoncer l’année passée…

- ces cas apparement  furent liés à des  actes de corruption ou d’enrichissement indu.

- Cuba continue d’avoir des problèmes économiques fondamentaux. Pourquoi ne peut-elle pas les résoudre ?

- l’économie cubaine a un problème de desestructuración très fort qui est la résultante de la chute du champ socialiste que l’abandon et que l’isolement a généré, combiné avec des réformes qui génèrent  une correction qui se surajoute aux anomalies. Tout ce qui peut ne pas être pas administré par l’État doit trouver place dans d’autres structures. On va  vers la rationalisation de places dans le secteur étatique et vers l’ouverture de secteurs des PME, pour accueillir tout ce qui n’a pas à être aux mains de l’État.Ceci va contribuer à corriger le chômage. Je crois qu’il faut avancer dans un processus plus effectif de coopératisation. Dans un cas la proprité familiale, dans l’autre les coopératives.À l’intérieur du pays il faut développer les voies d’une propriété communautaire locale qui est aussi décentralisée et permet que les gains restent et apportent des impôts  à l’État . Il faudrait créer un système d’impôts dans un esprit socialiste, obtenir que ceux qui ont le plus de revenus contribuent plus. L’opposé de ce qui arrive dans le capitalisme, où l’État a l’habitude d’épargner les  riches pour qu’ils restent prospères et frappe au contraire ceux qui sont en bas. Mais à quel point  Raúl a-t-il un éventail de formules ? Je ne le sais pas. Même jusqu’à quel point quel point va-t-il avoir une marge et le temps pour les appliquer ? Je ne le sais pas non plus.

- pour un citoyen cubain: de combien est le salaire pour vivre ?

- l’économie cubaine est très sui géneris, elle a des vertus et une irrégularité. Elle crée beaucoup de protections. Le salaire cubain signifie très peu en termes monétaires. Pour  une alimentation basique il existe une couverture, qui a été diminuée par les limitations productives. Le Cubain vit avec 30 ou 40 dollars par mois, mais il n’a pas à payer et à se préoccuper de la santé et l’éducation; les services basiques comme l’eau et le gaz sont très peu onéreux. Je pense que l’on pourrait différencier  les gratuités . Et que quelques services, par exemple une chirurgie esthétique comme l’implantation mammaire, pourrait être payée. L’État a créé un protectionnisme qui est très difficile  à assurer . Mais maintenant faire machine arrière est  quelque chose que la population ne va pas vouloir : ne pas payer la santé ou l’éducation est vu comme un droit inaliénable.

- Pourquoi n’est-il pas possible de lire des médias alternatifs dans l’île ?

- Je ne suis pas d’accord qu’il n’y ait pas d’autres voix, il ne faut pas avoir peur de la confrontation. Avoir à défendre les positions de chacun . Les Cubains nous nous informons parfois de ce qui se passe dans le pays par la presse étrangère. Mais les dirigeants ne le voient pas ainsi. C’est une politique que je changerais.

- Qu’est-ce que vous pensezdu socialisme du XXIe siècle vénézuélien ?

- ce sont les dix premières années dans lesquelles Chávez fait un effort pour les secteurs patronaux soient sous contrôle de l’État, pour renforcer un schéma d’appui populaire pour le système qui est le sien et pour aplanir le chemin à une succession possible. Le projet vénézuélien est dans une phase initiale, il n’est pas tout à fait semblable  aux autres, comme les projets qui se développent  en Bolivie et en Équateur.

- Y avait-il une attente avec Barack Obama ?
-Obama est le même dans ses objectifs que Bush, avec la circonstance agravante qu’il est intelligent et a de la sagacité.Le changement latino-américain est progressiste en général, pour parler aussi de l’Argentine le kirchnerismo – bien que ce ne soit pas la révolution bolivarienne ni  la révolution citoyenne de l’Équateur, est un changement positif qui se met en place-. L’Argentine s’est remplie d’une gloire au sommet de Mar en la Plata quand Néstor Kirchner a pris une position de blocage à l’initiative américaine de l’ALCA comme de projet continental. Les États-Unis ont essayé de chercher des voies latérales, mais l’obstacle que les peuples latino-américains ont mis n’a pas de précédents. Imagine-toi ce qui aurait été d’affronter maintenant cette crise si les pays avaient été liés au projet de l’ALCA. Nous serions perdus. Devant tout ce changement, l’administration Bush est restée paralysée. Et Obama arrive à la présidence et il fait un accord avec la Colombie pour installer sept bases militaires. Et voilà qu’il permet qu’un coup d’État soit orchestré au Honduras. Nos pays ont à trouver la ripiste face à la manière dont Obama veut cacher ou dissimuler sa position et en profiter.  aux moments dans lesquels Obama veut cacher ou dissimuler son posici

-Alors, à partir de là il n’y a pas de possibilité que se lève l’embargo?
–- non. Si cela peut se faire, cela va être parce qu’il y a une pression qui ne peut pas être endiguée. Il peut reconnaitre qu’il  le convient d’adoucir quelques points de l’embargo. Parce exemple  si Obama est  poussé à l’intérieur des États-Unis. Il y a beaucoup de Nord-Américains qui veulent voyager à Cuba. Ce serait une mesure pour améliorer son image dans le pays.

- à la suite des signaux que l’île a donnés avec cet élargissement que nous mentionnions au commencement, avec l’avancée vers La Havane du chancelier espagnol Miguel Angel Moratinos: l’Europe pourrait-elle modifier sa position commune ?

- l’Espagne a une bonne position avec  Cuba à l’intérieur de la communauté européenne. L’Europe devrait  être disposée à occuper un rôle plus important qu’il lui est difficile d’assumer en face des États-Unis. Améliorer la relation avec Cuba serait se mettre en position  de réaliser un geste de souveraineté européenne à l’intérieur du concert des forces mondiales. Si nous pensons à haute voix : peut-être que si Obama faisait un geste d’assouplissement, l’Europe prendrait le chemin en question.
Fuente: http://www.pagina12.com.ar/diario/dialogos/21-151413-2010-08-16.html

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

GQ 19/08/2010 10:31



Sans fournir de solution, le sociologue cubain pose trois problèmes essentiels de la constructiuon du socialisme :


1) le manque de productivité du travail 2) le dogmatisme culturel et ideologique 3) les règles de la désignation et du contrôle du groupe dirigeant


la Chine a fait des progrès dans le sens de la résolution de ces trois difficultés, au prix d'un retour partiel au capitalisme sur le plan économique.