Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Un grand réveil du peuple contre le terrorisme et le fascisme

9 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche"

Sur le blog de Danielle Bleitrach :

 

A DES AMIS QUI NE MESURENT PAS L’IMPORTANCE DE CE QUI SE PASSE EN FRANCE

Des amis qui sont très conscients de la racine des événements d’aujourd’hui protestent contre l’unanimité du rassemblement et non sans raison disent que les politiques – socialistes et UMP – qui depuis des décades nous conduisent là où nous en sommes sont mal venues de se faire une vertu de résistants face à l’émotion nationale. Je souhaite que vienne le temps du débat sur les responsabilités de chacun, et surtout la manière de faire face aux périls intervienne, mais en ce jour je dis : Oui à l'unité nationale contre le fascisme, parce qu’elle affirme qu’il ne s’agit pas d’islam mais bien de fascistes.


C’est un pas important qui doit nous conduire à une réflexion en profondeur sur ce qui est la source de la fascisation de nos sociétés et comment la combattre, certainement pas en ayant de la complaisance avec ceux qui sous couvert de défense chauvine de tel ou tel groupe, communauté et même identité nationale tentent d’exploiter les peurs et la haine de l’autre.

Il ne faut pas sous-estimer l’attaque contre Charlie Hebdo et voir qui a été assassiné, d’abord des gens qui font leur boulot dans un organe de presse, un ouvrier du livre algérien, deux policiers dont l’un était musulman comme Wolinski était juif, enfin de manière très lointaine, mais ni l’un, ni l’autre n’ont été tués en tant que tels, mais bien comme des témoins d’une certaine vision de la République à laquelle nous sommes attachés depuis la Révolution française, ce qui devrait être l’indépendance de la presse, la liberté d’expression et la sécurité des citoyens, tous les citoyens. Ils ont donc été tués dans une attaque contre des valeurs auxquelles nous sommes tous attachés et qui sont représentatives des valeurs du peuple français. En tant que communistes, nous nous sommes prononcés depuis toujours pour le respect de ces valeurs et c’est pour cela que nous avions réclamé un socialisme aux couleurs de la France.

Dire que ces valeurs sont essentielles signifie que nous nous opposons au fascisme qui les nie et prétend les abolir, régner par le mensonge et la peur, l’insécurité permanente, les boucs émissaires au sein d’un même peuple, la guerre. Que faire avec le Front National qui ouvertement a pour fond de boutique cette négation de nos valeurs républicaines ? De la polémique sur sa présence? L’erreur ne vient-elle pas de la manière dont on a prétendu placer l’émotion spontanée sous l’égide d’un pouvoir politique, de dirigeants qui tous les jours se déconsidèrent et cela nous renvoie au nécessaire débat sur la manière dont nos représentants sont en train de perdre leur légitimité. Nul ne peut s’en réjouir et le fascisme fera tout pour accentuer cette perte de légitimité. Mais ceux qui le refusent doivent considérer qu’il y a un nécessaire débat sur le devenir de la société française que l’on ne pourra pas l’escamoter.

C’est pourquoi l’unanimité doit être celle des citoyens et pas des institutions en crise ouverte. L’union passe par la prise de conscience et aussi par la dénonciation de la manière dont déjà la propagande a pris la place de l’information, la domination des patrons de presse. Les exemples abondent et tandis que je me réjouis que l’on s’oppose à l’assassinat en plein Paris, je m’indigne de l’omerta qui a régné et règne encore sur l’horreur qui s’est passée à Odessa avec l’assentiment des USA, de l’UE. Ou encore le silence et les criminels non poursuivis de ces femmes kurdes, il y a un an en plein Paris. Quant à la police, si nous dénonçons tous sans la moindre réserve l’assassinat de ses membres, il faut aussi que nous ayons cette police républicaine non pénétrée par la lèpre fasciste, ce qui distingue un pays libre d’un autre c’est d’abord la qualité humaine et non corrompue de sa police. Il y a beaucoup à faire pour que la police française soit à la hauteur de nos idéaux républicains.

Il y a un tel chantier devant nous pour éradiquer tous ensemble le fascisme qui nous menace. La prise de conscience devant l’assassinat de l’équipe de Charlie et les policiers peut être le chemin d’une reconquête, mais cela n’aura rien de facile.

Je suis également frappée par l’ancrage résolument à gauche des victimes. Je n’approuvais pas les attaques contre Mahomet et je l’ai dit. Nous avons une population en France objet de toutes les stigmatisations, chômage, exclusion, attaques racistes officielles de la part du Front national et de ses groupuscules identitaires, il était inutile d’en rajouter. Ma position était que je n’aurais pas apprécié en 1930 en Allemagne des caricatures contre les rabbins, même si je suis moi-même une mécréante. Charlie hebdo sous la direction de Philippe Val connaissait des dérives que j’avais dénoncées. Mais les dessinateurs qui ont été exécutés, l’économiste, ne présentaient pas la moindre ambiguïté dans leurs engagements. Ce n’est pas Minute ou National Hebdo qui a été visé mais bien des gens connus pour leur engagement dans la lutte antiraciste et leur refus du fascisme. La fille de Wolinski rappelait qu’elle avait été baptisée Elsa à cause d’Elsa Triolet et sa sœur Angela à cause d’Angela Davis. Les valeurs attaquées, celles de la République et les individus exécutés symbolisent assez que l’attaque est bel et bien fasciste et que notre pays, comme l’Europe tout entière est menacée par le fascisme, il est non seulement externe mais interne, comme dans d »autres situations de crise, quand une classe dominante s’accroche à ses profits et privilèges qui mettent en péril la collectivité et qu’elle fait appel à la force brutale de voyous pour diviser les victimes, quand elle porte partout la guerre et ses profits, ses pillages et chez elle la guerre civile.

Je suis internationaliste, solidaire des victimes, mais je pense aussi que charbonnier est maître chez lui. Donc je n’ai aucune envie que les Américains qui ont mis à feu la planète et soutenu partout hier comme aujourd’hui les forces fascistes viennent m’expliquer que nous défendons les mêmes causes, pas plus que je n’ai envie que la Voix de la Russie vienne m’assurer la promotion de Marine Le Pen ou que Netanyoun en profite pour vanter sa conception du dialogue avec les arabes…

Pour le moment, la société française dans sa masse a bien réagi et ce fut une surprise agréable… Ce que j’ai vu autour de moi était des gens sidérés, conscients du risque et refusant la haine… Mon vieux pays allait-il une fois de plus nous surprendre tous en refusant le nazisme, en inventant face aux factieux un front populaire ? La France sidérée qui se rassemble pour le moment refuse ceux qui l’invitent à trouver des boucs émissaires. Voilà pourquoi je pense qu’il est juste de revendiquer l’unanimité d’un refus : refus non pas de « l’étranger », mais refus de ceux qui tentent de nous diviser et de nous faire accepter la fascisation, la xénophobie qui est leur fond de boutique.Et ce n’est pas à l’occasion d’une manifestation invitée par des institutions fragilisées et dont le moindre problème est qu’elles ne sont plus en l’état aptes à construire cette union dont nous avons besoin que nous la recouvrerons. Avec ou sans Marine Le pen qui n’est en soi que le symptôme.


Cette unanimité dans l’adhésion aux valeurs républicaines et aux refus de la fascisation et à la haine interne exige un grand débat national sur nos propres responsabilités, celle de notre pays, de nos gouvernants dans ce phénomène qui ne peut que prendre de l’extension. Il y a au premier chef la situation économique, les inégalités qui s’accroissent et l’absence de perspectives offertes à la jeunesse autre que le « enrichissez-vous! », la mise en concurrence des forces de travail en Europe, le terreau du fascisme,  la politique menée au Moyen Orient, en Afrique, nos alliances, les expéditions guerrières, la méditerranée devenu cercueil pour une masse de migrants. Il y a surtout désormais au cœur même de l’Europe le soutien à des groupements nazis, l’appui à des politiques bellicistes, ce qui se passe en Ukraine en est le symbole. Aujourd’hui le Djihad, demain en réponse les néonazis au crâne rasé qui pratiqueront la ratonnade contre des innocents… Nous y sommes, mais il est encore temps…

Danielle Bleitrach

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article