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Réveil Communiste

Syrie : L’Occident instrumentalise l’horreur des armes chimiques

27 Août 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

Sur le blog du PTB :

 

Suite à des rapports sur l’utilisation d’armes chimiques aux alentours de Damas, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne se disent prêts à intervenir par la force en Syrie pour punir le régime de Bashar Al Assad. Si l’utilisation d’armes chimiques contre la population est un crime inimaginable, ces réactions laissent perplexe.

Marc Botenga

 

 

Londres, Paris et Washington attribuaient déjà l’attaque au régime d’Assad avant même que l’utilisation de substances chimiques ait été confirmée. A l’émission Terzake de la VRT du jeudi 22 août, Jean-Paul Zanders, expert international en armes chimiques, soulignait pourtant qu’il était à ce moment impossible de confirmer qui aurait utilisé ces armes.

L’hypothèse de l’utilisation d’armes chimiques par les rebelles méritait pourtant au moins considération. En mai, la magistrate suisse Carla Del Ponte, membre de la Commission d’enquête indépendante des Nations unies sur la Syrie, avait d’ailleurs rapporté que les rebelles s’étaient servis de gaz sarin, une substance neurotoxique interdite par le droit international. Les capitales occidentales firent sourde oreille.

Depuis la reconquête de la ville de Qusseir par l’armée syrienne en juin 2013, Assad semblait en train de gagner la guerre. Dans ce contexte, l’utilisation d’armes chimiques – susceptible de fournir un prétexte à l’OTAN pour intervenir aux côtés des rebelles – serait peu rationnelle de sa part, d’autant plus avec des inspecteurs internationaux déjà sur place. Par contre, aux yeux des rebelles, utiliser des armes chimiques et en accuser Assad afin de provoquer une intervention militaire étrangère pourrait paraître intéressant.

Les rebelles coupables d’exactions

Si les capitales occidentales n’ont pas voulu attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU sur place, c’est que la réalité leur importe peu. Depuis deux ans, l’Occident, Obama en tête, en appelle au départ d’Assad. Les puissances occidentales ont soutenu les rebelles matériellement, techniquement et, de par les pays alliés comme le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie, militairement. Mais les choses se sont compliquées. Le gouvernement et l’armée syriens se sont montrés plus résilients que prévu et une bonne partie de la population s’est détournée des rebelles islamistes accusés eux aussi de violations des droits de l’homme, y inclus des attentats terroristes et un embargo sur les vivres affamant la population de la ville d’Alep.

Comme le soutien indirect aux rebelles n’a pas suffi à renverser ou affaiblir suffisamment Assad, une intervention militaire directe est maintenant envisagée. Un massacre attribué (à tort ou à raison) à un ennemi diabolisé est dans ce cadre toujours utile pour couvrir d’un voile humanitaire une guerre d’agression.

La guerre humanitaire assassine

Considérant ce manque de preuves, la Russie et la Chine s’opposent à une action militaire par l’ONU. Mais de Paris à Londres, les chancelleries occidentales sont prêtes à contourner l’ONU. Olivier Corten, professeur de droit international à l’ULB, clarifie qu’en cas d’attaque sans l’aval de l’ONU : « Les Occidentaux seraient alors dans l’illégalité internationale, quoi qu’ils peuvent dire ou avancer. »

Soyons clairs : toute utilisation d’armes chimiques et d’autres armes à destruction massive doit être condamné le plus fermement possible. Mais que les Etats-Unis se présentent comme des lutteurs contre l’utilisation des armes chimiques est plus qu’hypocrite. Du Kosovo en 1999 à la Libye en 2011, en passant par l’Irak, de nombreux rapports font état de l’utilisation d’armes toxiques et chimiques comme l’uranium appauvri et le phosphore blanc par l’armée américaine. Des documents de la CIA viennent d’ailleurs de révéler qu’elle a soutenu Saddam Hussein dans son utilisation d’armes chimiques contre l’Iran en 1988.

L’histoire récente démontre qu’une intervention militaire ne ferait qu’empirer la situation. La « guerre humanitaire » au Kosovo devait arrêter le nettoyage ethnique et diminuer le nombre de réfugiés. Le déclenchement de la guerre a vu le contraire se passer. La « guerre humanitaire » en Libye a elle causé plus de morts qu’elle n’était sensée en éviter. Au-delà des conséquences immédiates de la guerre, la Libye, l’Afghanistan ou l’Irak aujourd’hui montrent à quel point la guerre apporte tout sauf la démocratie et les droits de l’homme. La Syrie deviendra-t-elle un nouvel Irak en état de guerre civile permanent ? Si après l’Afghanistan, l’Irak, et la Libye, la Syrie sera attaquée, les Libanais et les Iraniens feront bien de se préparer à la guerre. Ce sera bientôt à leur tour.

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