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Réveil Communiste

Sur le film de Pasquale Noizet ; "Souviens-toi Berlin", et la mémoire effacée de la RDA

13 Novembre 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Souviens toi, Berlin - vidéo 37'- de Pasquale Noizet



« Souviens-toi Berlin » a été réalisé au tout début de 2007. L’interview d’un jeune français, installé à Berlin, et immergé à fond dans la vie culturelle de la métropole, nous sert de fil conducteur pour essuyer de redécouvrir la face cachée de la réunification de la ville. Pour lui le mur tombé en 1989 est resté debout dans les mentalités.  La RDA est un pays conquis, dont les anciens citoyens se sentent méprisés. Parce que si ce sont les citoyens de la RDA qui ont imposé à leur gouvernement l’ouverture du mur, le résultat a été différent de ce qu’ils espéraient pour la plupart. En effet, ils ne voulaient ni le retour au capitalisme, ni la suppression de leur État. Ils voulaient simplement la liberté de déplacement, de réunion, d’expression, et des élections pluralistes. Ce qu’ils ont obtenu à un prix élevé, et dans des conditions telles que leur vote minoritaire ne pèse pratiquement en rien sur la politique allemande.

Aujourd’hui les anciens de la RDA regrettent le passé, sans nier ses aspects sombres. Ils regrettent l’État social très avancé qui a disparu, et ils regrettent aussi pour beaucoup l’emploi, la carrière, qui se sont brutalement interrompus il y a 20 ans par la mise à la casse de toute l’ économie de la RDA qui était estimée la dixième au monde, dévalorisation effectuée sans transition pour les besoins de la rentabilité du capital ouest allemand, et la réforme de sa force de travail. Il regrettent aussi un mode d’existence plus solidaire, moins individualiste. Sans parler de ceux, extrêmement nombreux, qui ont été écarté de leur emploi pour sympathie envers l’ancien régime. Ce regret n’est pas général et le parti qui est héritier de l’ancien SED (parti socialiste unifié) au pouvoir en RDA n’obtient que 25% à 30% des voix. Mais il commence à faire école aussi dans la partie ouest de l’Allemagne. Chez d’autres, le rejet du communisme, mélangé à la frustration d’une unification ratée, abouti au fascisme, qui atteint parfois 10% des votes à l’Est. Mais même les Allemands de l’Est qui approuvent la réunification se sentent souvent les parents pauvres de la nouvelle Allemagne. Il s n’en partagent ni le succès économique, ni la contreculture qui s’étalait sous forme de graffitis et de concerts de rock branchés sur la face ensoleillée du mur.

La RDA avait tenté de construire sa légitimité sur le passé antifascistes de ses fondateurs, qui avaient participés à la résistance antinazie, parfois au coté des résistants français, parfois en URSS, parfois dans la clandestinité en Allemagne même, ou qui étaient des communistes survivants des camps. Elle a laissé de nombreux monuments à cet effet, ainsi le mémorial à Ernst Thälmann, dirigeant communiste exécuté sur l’ordre d’Hitler en 1944, que l’on voit dans le film et qui va disparaitre. Comme cela fut le destin du Palais de la République, siège du pouvoir, que l’on voit en démolition, afin de reconstruire à la place le palais impérial des Hohenzollern, détruit par les bombes anglo-américaines en 1945. A la mémoire de la RDA il est donc substitué celle de Guillaume 2, de l’Allemagne impérialiste d’avant 1914. Il y a donc une politique à l’œuvre pour à faire disparaitre la RDA des mémoires, en faisant disparaitre ses traces dans le paysage urbain. C’et un peu comme si les républicains français avaient voulu détruire le Louvre ou l’arc de triomphe. C’est le signe chez les vainqueurs de 1990 d’une faiblesse secrète.  Avec le temps le récit manichéen hérité de la guerre froide et qui vient de s’étaler partout comme vérité officielle des médias du capital commence à lasser. Et le récit soviétique inscrit dans les pierres du gigantesque monument aux morts de l’armée rouge contient aussi une part de vérité impossible à effacer et que la RDA reconnaissait : le rôle majeur joué par les soviétiques dans la destruction du IIIème Reich, et ses millions de soldats qui ont donné leur vie pour abattre un mur autrement plus solide et meurtrier que le mur de Berlin : le mur de la Wehrmacht et des SS. La RDA était certainement une gardienne plus fidèle de cette mémoire là que l’Allemagne fédérale qui s’est construite sur l’anticommunisme et l’antisoviétisme, comme un avant-poste de l'OTAN comme un produit de la culture de la Guerre froide.

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GQ 14/11/2009 15:42


Sur la RDA, un point de vue favorable :

http://uneallemagnesocialiste.over-blog.fr/


Une Allemagne Socialiste