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Réveil Communiste

Stalingrad, note d'Annie Lacroix Riz

21 Janvier 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

 

70ème anniversaire de la victoire soviétique de Stalingrad, 2 février 1943,

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7

Ce texte a été rédigé à la demande de La presse nouvelle et il est libre d’accès, pour toute diffusion

  

Voici quelques références intéressantes transmises par Annie Lacroix-Riz:

* Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);
* Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov. London, Icon Books, 2012.
* Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.

La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale, un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier. Cette victoire trouve son origine dans les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable: le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur.

 Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco-soviétique et tripartite (Moscou, Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le « pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.

Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen, délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque, écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt ».

Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942 qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler.

L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.

La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.


Article publié par Dragan MIRIANOVIC

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Jean-Pierre Combe 24/01/2013 10:33





                          Pourquoi
commémorer Stalingrad ?
                                                                                         
Jean­Pierre Combe
        Et d'abord, dans quelle situation sommes­nous pour le faire ?
        Il   y   a  peu   d'années,  les   faiseurs  
d'opinion   les   plus   largement   diffusés  ont   fait
quelques titres à propos de la bataille de Stalingrad : ils s'agissait de saisir l'occasion de la
sortie d'un film, un véritable navet négateur de l'évènement historique, pour dénigrer cette
bataille autant qu'il leur était possible de faire.
        Aujourd'hui,  ils  en  parlent  toujours   de  manière  
réductrice   et   tendancieuse,  mais
beaucoup plus rarement.
        Leurs textes et leurs discours continuent une réécriture qui nie l'histoire : ils fondent
et  articulent  leurs  présentations   autour  des  thèses  réactionnaires  que nous  connaissons
depuis   longtemps,   et   que   nous   avons   toujours   combattues  
parce   que   nous   les   savons
fausses ;  ces   thèses   ne   contiennent   aucun   document   nouveau,  
aucun   fait   nouveau :
rappelons par exemple que toutes celles qui traitent des crimes commis par les SS ou par
les miliciens reprennent les arguments et récits diffusés par les SS et par les pétainistes,
les unes le jour même, les autres le lendemain de leurs crimes.
        Réécrire ainsi l'histoire, en niant sa vérité, aboutit dans tous les cas à réhabiliter les
criminels et les kollabos, et à condamner les résistants comme s'ils étaient des criminels ; si
les faiseurs d'opinions  réactionnaires aboutissaient à leurs fins, une chose est certaine et
annoncée   sans   aucune   ambigüité   par   de   nombreux   précédents   historiques
:   tous   les
Résistants sans exception seraient condamnés !
        Aujourd'hui, ce processus de réécriture et de négation de l'histoire a déjà produit de
très graves dégâts dans notre société ; au nombre de ces dégâts, il faut citer :
    • la   mise  aux   oubliettes   du   programme  les   Jours   heureux 
du   CNR   et   de   toute  son
        œuvre, notamment, l'oubli forcé du plan de réforme démocratique et progressiste de
        nos   institutions   scolaires,   lycéennes   et  universitaires  
élaboré   par   la   « Commission
        Langevin­Wallon » ;
    • la mise au placard, puis le démontage des réalisations de la Libération que furent les
        statuts de la fonction publique, les nationalisations, la Sécurité sociale, etc ... ;
    • le bâillon de plus en plus épais imposé aux luttes démocratiques ;
    • la mise sous l'étouffoir des luttes revendicatives de tous les travailleurs et de leur
        pensée autonome, individuelle et collective, avec comme résultat l'asservissement de
        la classe sociale qu'ils constituent ;
    • la montée du nombre des femmes et des hommes privés de travail et contraints au
        chômage ;
    • la destruction de l'industrie et de l'agriculture de notre pays.
    • ...
        Nous voyons dans ces traits caractéristiques de la situation que nous vivons les effets
des   processus  instrumentaux  actifs   et   délibérés   de   l'oubli,   je   dirai
:   les   effets   de   l'oubli
organisé.
        Si les très riches capitalistes et les politiciens à leur service ont voulu, organisé et
propagé cet oubli, nous voyons aujourd’hui que c’est parce qu’ils en avaient besoin, et qu’ils
en  ont   toujours   besoin,  pour   bâtir  sur  les   ruines   résultant   de 
ces   dégâts  l’empire  qu’ils
appellent l’Europe et pour nous l’imposer.
        D'une manière générale, cet oubli actif et délibéré, organisé, a obtenu pour résultat
que les jeunes générations ( les moins de cinquante ans ) semblent à peu près tout ignorer
de notre histoire.
         Sauf que ces mécaniques de l'oubli ont créé des vides que les plus jeunes générations
( lycéens, collégiens, adultes jusque vers vingt­cinq ans ... ) ressentent comme des manques :
il   faut   observer   avec   quelle   avidité   ils   écoutent   les  
réponses   sincères   que   les   témoins
peuvent faire à leurs questions lorsqu'ils ont l'occasion de les poser.
         Tout   cela   donne,   à   nos   yeux,   une  
grande   pertinence   &a

CCL 23/01/2013 10:04


La Camarade Annie a tant raison de conseiller la lecture de "Stalin wars" et de "la Russie en guerre". Je n'ai pas encore lu le tout dernier de Roberts sur Molotov. Ces livres nous arment
d'arguments decisifs pour envoyer au tapis des le  premier round n'importe quel anti-communiste nourri au petit lait de l'ideologie bourge et de l'historiographie officielle,
martelee dans les manuels scolaires de la planete.


 


Quelques points a souligner :


-comme le dit Philippe, ce n'est pas le matos US qui a fait gagner la guerre aux sovietiques. Exemple, 90% de l'armement et de l'equipement utilises a Stalingrad provenait de l'industrie de
guerre de l'URSS, achemine heroiquement le long de "la ligne de la vie" a l'est de la Volga vers "le chaudron" de Stalingrad.


Et en parlant d'armement, il est juste de remercier les mythiques KATIOUCHAS ("orgues de Staline") qui terroriserent les nazis.


Soit dit en passant, si Alexander Werth-qui assista a la fin de la bataille de Stalingrad en janvier 43- a constate le peu de camions Dodge americains dans l'armee sovietique, il
fut frappe  par le grand nombre de camions Renault.


En effet ces camions Renault avaient ete captures des nazis par l'Armee Rouge, car comme on le sait bien, Mr Renault ("Hitler m'a dit") se faisait un grand plaisir de fournir la Wehrmacht...


-Quand Philippe nous donne ses 3 raisons de la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie (strategie militaire, matos, renseignement) , il n'a pas tort mais il ignore la raison
FONDAMENTALE.


La raison qui fit que 3000 sovietiques de la garnison de Brest-Litovsk , encercles par 20 000 allemands des les premieres heures de l'invasion du 22 juin 41, sans aucun espoir
possible de pouvoir survivre, resisterent encore presque une semaine avant de perir jusqu'au dernier homme.


La raison qui fit que Leningrad assiegee pendant 900 jours, perdit 33% de sa population sous les bombardements et la famine , mais REFUSA de se rendre.


La raison qui fit que les ouvriers de l'usine Kirov (anciennes usines Poutilov, berceau de la revolution bolchevik) formerent des milices qui partirent au front de Leningrad pour affronter les
panzers a la grenade et aux cocktails Molotov.


La raison qui fit que Sebastopol, ville-heros, fut encerclee pendant 9 mois pour finalement tomber au combat apres que fut versee la derniere goutte de sang. Sebastopol, ou 5 fusilliers
marins a bout de munitions ,se jeterent sous les chars grenades a la main. Sebastopol ou les "Faucons de Staline", submerges par la Luftwaffe, se jetaient sur les avions nazis. Sebastopol ,
ou lors de l'assault final, les defenseurs n'ayant plus une seule cartouche, chargerent a la baionnette ( y compris la responsable des Komsomols Nadia Krayevaya).


La raison qui fit qu'un marin de la mer Noire ecrivit ces lignes avant de mourir, qui furent retrouvees par les sovietiques a la liberation :


" Russie , mon pays, ma terre natale! Cher camarade Staline! Je suis un marin de la mer Noire, un fils du Komsomol Lenine, et je me suis battu comme mon pere m'a dit de me battre. Tant que mon
coeur a battu dans ma poitrine, j'ai frappe ces betes sauvages. Maintenant je meurs, mais je sais que nous vaincrons. Marins de la mer Noire! Battez vous plus durement encore, tuez les chiens
enrages fascistes! J'ai ete fidele a mon serment de soldat." --- Kalyuzhnyi


Cette raison FONDAMENTALE c'etait la defense par 170 millions de sovietiques de LEUR PATRIE SOCIALISTE, du fruit de leur labeur depuis 1917.


Sous le tsarisme, les ouvriers et paysans russes se hisserent hors des tranchees pour se ruer chez eux.


Sous le socialisme,  les citoyens sovietiques se leverent comme un seul homme, de la Baltique a la Mer Noire et se ruerent vers le front et les partisans pour sauver LEUR
etat ouvrier et paysan.


Ce fut  LA RAISON FONDAMENTALE de la victoire de L'URSS sur le fascisme allemand !

gq 22/01/2013 18:50


Chers amis,


En ces temps de célébration du traité franco-allemand de 1963 malmenant la science historique autant que la propagande de guerre de l’opération coloniale en cours, vous trouverez ci-joints :


1° le texte d’une interview à la revue en ligne http://www.german-foreign-policy.com/de/news/


 


2°  les liens correspondants, français, allemand et présentation par la revue :


l'interview ici: http://www.german-foreign-policy.com/fr/fulltext/55954


et la traduction allemande ici: http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/58514


le n° complet : http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/58516


 


Amitiés, et meilleurs vœux pour 2013.



Annie Lacroix-Riz


 

GQ 22/01/2013 11:35


Voir à ce sujet : Geoffrey Roberts, Stalin's Wars: From
World War to Cold War, 1939-1953 : un événement éditorial

Philippe Arnaud 22/01/2013 10:45


Ce qui est particulièrement agaçant, en France, c'est cette propagande anti-soviétique obsédante - même après la disparition de l'URSS - qui vise à dévaloriser la victoire soviétique en la
présentant davantage comme une défaite allemande. Et qui la dévalorise de plusieurs manières :


 


1. D'abord en retirant les causes aux hommes pour les attribuer à la nature : la Wehrmacht aurait été vaincue (et non l'Armée Rouge victorieuse) par le froid, l'immensité russe, la boue de
l'Ukraine... et les erreurs de Hitler.


 


2. Ensuite, en n'attribuant à l'armée soviétique que des caractéristiques péjoratives ou négatives : le nombre, le mépris des pertes, le fanatisme.


 


3. Enfin, en gonflant démesurément l'importance des livraisons d'armes anglo-américaines (à croire que, sans ces livraisons, les Soviétiques se seraient battus avec des lances et des massues...).


 


En réalité, ce que la plupart des Français ignorent, et ce qu'il faut leur marteler, c'est que les Soviétiques ont vaincu pour des raisons "positives", qui font honneur à leur intelligence et à
leur honneur.


 


1. D'abord par un sens stratégique supérieur à celui des Allemands (les Allemands sont un peuple qui sait admirablement gagner des batailles... et perdre des guerres. La seule guerre qu'ils aient
gagnée, en tant qu'Allemands, a été celle de 1870). Les Allemands étaient forts à petite échelle, les Soviétiques à grande échelle.


 


2. Ensuite en produisant de bons matériels militaires, plus économes en carburant que ceux des Allemands, moins sophistiqués, plus adaptés au climat, de bons avions de chasse et des armes à effet
matériel et psychologique dévastateur (comme les Katiouchas).


 


3. Enfin, en ayant un service de renseignement hors de pair (Richard Sorge, Léopold Trepper), à cent coudées au-dessus de celui des Allemands, qui leur a servi notamment (il me semble) lors de la
bataille de Koursk.