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Réveil Communiste

Smith, Marx et Schumpeter à Pékin : à propos du plénum du Parti Communiste Chinois

2 Janvier 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Chine

Publié sur RC le 7 décembre 2013. Traduction procurée par Gilbert Rémond, message du traducteur  :


Salut Gilbert,

 

Je t’envoie la traduction de cet article qui confirme des intuitions personnelles et qui pourrait se lire avec en regard la menace de la bulle du $.

Il y a deux ou trois expressions qui m’ont posé un problème (comme « à notre avis Il Manifesto ne soutient rien moins que le PD » ).

Si D. Losurdo pouvait prendre le temps de s’assurer qu’il n’y a pas de contre-sens…

J’ai ajouté la couverture de ‘Il Manifesto’ du 16 novembre et la référence du livre de Giovanni Arrighi en note de fin.

 

Toutes mes amitiés

Jean

 

 

Smith, Marx et Schumpeter à Pékin : à propos du plénum du Parti Communiste Chinois

 

par Pasquale Cicalese pour Marx XXI

 

 "Dans tout cela, il semble y avoir une contradiction absolue, ou au moins un formidable conflit entre le Parti communiste et l’économie de marché, y compris dans le recours prioritaire au mythe du marché, symptôme de démocratie, pour dissimuler des intérêts moins prioritaires mais plus matériels.  La vérité est qu’aujourd’hui, le Parti communiste chinois a finalement dénoncé ce mensonge historique. Les contradictions et les conflits du marché, ainsi que ses règles, en constante évolution, peuvent créer des inégalités incroyables à tous les niveaux. Mais plusieurs voies paraissent désormais clairement ouvertes à leur solution. La combinaison du marché et de la démocratie, avec tous les égards dus aux  nombreux prêtres arrogants du néolibéralisme, est historiquement dépassée. " (Guido Rossi, L’attention chinoise pour une économie mondialisée, Il Sole 24 Ore, 17 Novembre, 2013)

 

Au 18 Octobre + 3.3 à la bourse de Shanghai, + 2,7 à Hong Kong : les titres financiers à la rescousse. Qu'est-il arrivé durant la session plénière du Parti communiste chinois? La « ligne noire » est-elle passée, comme s’exclamait samedi 16 novembre ‘Il Manifesto,’ qui à notre sens ne soutient rien moins que le Parti Démocrate ?

 


Il Manifesto : « Xi Jinping change pour toujours le pays »
drapeaux rouges toit

http://www.marx21.it/images/simboli_loghi/bandiere_rosse_tetto.jpg



Les occidentaux semblent avoir une connaissance médiocre de « l'économie socialiste de marché » en Chine. Giovanni Arrighi, dans ‘Adam Smith à Pékin’[i], avait été clair : ce qui se passe dans ces régions va modifier l'équilibre du pouvoir mondial. Par le passé, nous avions suggéré que les dirigeants chinois appliquent un mélange de Smith, de Marx et de Schumpeter, un mélange original visant finalement à une croissance massive de la productivité totale des facteurs de production, un cheminement incessant pour atteindre les niveaux, actuellement en baisse, de l’Occident. Ils l’ont appliqué à la main-d'œuvre, aux immenses conglomérats industriels publics, aux coopératives, à l’administration publique. A présent c’est le tour de deux autres secteurs, l'agriculture et la finance.

 

On parle maintenant de titres de propriété. Dans le secteur agricole, l'objectif est de créer en quelques décennies ce qui s’est déroulé lors de la révolution anglaise, c’est-à-dire que la noblesse, les agriculteurs qui appliquèrent des techniques agricoles novatrices ont fait exploser la productivité.

Le plan d'urbanisation annoncé par le premier ministre Li Keqiang en mars de cette année, un plan de cinq mille milliards d’euros dédiés à faire passer de la campagne à la ville au moins 300 millions de personnes, vise précisément à faire exploser la productivité dans l'agriculture, sans laquelle les contradictions économiques éclateraient. Donc, d'une part des droits de propriétés sont  concédés aux paysans, et d’autre part le Plenum annonce la fin du système d'enregistrement différencié et discriminatoire appelé hukou, en l’abolissant précisément dans les villes moyennes qui entendent s’urbaniser par de monstrueux projets de travaux de logement public. Un exode gigantesque, égal à l'ensemble de la population de la zone euro.

En outre, l'octroi de droits de séjour pour les migrants, et par conséquent de droits à la santé, à l’éducation et au bien-être, dirigera en partie l’épargne massive de ces personnes vers la consommation intérieure, mettant au second plan la contribution des exportations à la croissance.

Ce n’est pas par hasard qu’en mars également Li Keqiang annonçait que la Chine a l’intention d’importer dans les cinq prochaines années pour dix mille milliards de dollars de biens et de services, bouleversant le marché mondial, importation favorisée en outre par la réévaluation de la monnaie. La fin de la politique de l'enfant unique semble également s'appliquer à la croissance du marché intérieur, car les dirigeants chinois sont maintenant assurés d'être en mesure de donner de la nourriture et un abri à plus d'un milliard et demi de personnes, cas unique dans l'histoire.  

D’un point de vue économique, les principales nouveautés concernent la finance. En plus de libérer de façon schumpetérienne les forces du marché, mais avec un clair leadership des conglomérats publics, les dirigeants chinois favorisent deux domaines totalement révolutionnaires : la création de banques d'affaires privées, dans le style de l'IMI et de Mediobanca, et la cotation des actions des entreprises, publiques ou non. D'un point de vue marxiste, ce sont des mesures de centralisation financière et d’opposition à la baisse du taux de profit. Allié à la prochaine convertibilité de la monnaie, cela créera en l'espace d'une décennie, le plus grand marché financier au monde. La collecte de la cotation des actions (il y a environ 700 entreprises prêtes à être cotées..) et les masses mises à disposition des entreprises chinoises par les banques d'affaires, outre leurs propres liquidités (qui sont considérables..) encourageront les plans d'expansion à l'étranger, d'autres mesures pour s’opposer à la baisse du taux de profit, et l'internationalisation de la monnaie. 

Que dire ? L’Italie avait tous ces outils. Ils ont été démantelés en deux décennies. Où est notre pays aujourd'hui et où se trouvera la Chine dans quelques années? Il ne reste plus qu’à reprendre ce que disait le juriste, mais pas moins communiste pour autant, Guido Rossi : marché et démocratie sont des vœux pieux. 

Enfin, il est curieux qu’en occident, les banques d'investissement ne vivent uniquement que de la drogue monétaire gratuite de leurs banques centrales, tandis qu'en Chine avec la création de banques d'affaires on travaille à réduire l'espace de la banque de l'ombre pour canaliser les ressources vers l'économie productive. Au cours des dernières semaines, la banque d'investissement française Natixis a communiqué un graphique où l’on voit que sur les trente dernières années, à l'explosion de la masse monétaire occidentale correspond peu à peu le ralentissement de la croissance puis la  récession-stagnation. La Chine s'est engagée à réduire de manière drastique la masse monétaire en circulation. Qui sait pourquoi, peut-être sera-t-elle disciple de l'école autrichienne ? Ou bien entend-elle la finance pour ce qu’elle devrait être, à savoir un instrument au service de l'économie réelle ? Or ‘le Manifeste’ n’en pipe pas mot : « ligne noire ». Il y a d’étranges communistes en Italie.

 



[i] Adam Smith à Pékin : Les promesses de la voie chinoise [« Adam Smith in Beijing: Lineages of the Twenty-First Century » 

 

 

 

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G

J'ai l'impression que les libéraux ont de nouveau le vent en poupe, à cause de la difficultés à remplacer l'exportation par le marché intérieur, mais que leur envol est entravé par la peur des
ingérences américaines; par ailleurs la classe ouvrière commence à troubler le pas de deux entre "pékinois" diregistes" et "shanghaiens" libéraux.
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G

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