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Réveil Communiste

Revenir sur la classe ouvrière (à propos du dernier numéro de "Fakir" et d'autres choses)

5 Mai 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche"

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"Unir les communistes" y pensait, "Fakir" l'a fait, revenir sur la classe ouvrière dans le concret de ses conditions de vie et  dans bien des cas maintenant de survie, apparaît plus que jamais nécessaire. Fakir cadre le problème en ramenant au devant de sa une, cette phrase de Lénine sur ce qui fait une situation pré-révolutionnaire. "Une situation pré-révolutionnaire éclate lorsque ceux d'en haut ne peuvent plus, ceux d'en bas ne veulent plus et ceux du milieu bascule avec ceux d'en bas". Le journal par ce procédé éditorial pose un diagnostique sur une situation dont nous sentons les prémisses avec les derniers résultats électoraux et le climat qui résulte de la politique gouvernementale imposée par la gauche.
 
"Quelque chose a bougé" est une phrase qui revient souvent et circule dans nos conversations. Par contre nous n'en trouvons pas l'expression dans la donne politique qui continue d'offrir le tableau d'un isolement superbe. Fakir en quelque traits nous en donne le compte avec une chronique qui décrit la répartition sur les listes électorales  d'une ville. Il s'agit de celui d'une classe petite bourgeoise partout présentée aux fonctions représentatives. Avant-garde auto proclamée d'un corps électoral dont la sociologie vacille, elle signe avant tout son démembrement.
 
Badiou dans les années quatre-vingt, Pialoux plus tard dans un ouvrage "Retour sur la condition ouvrière", nous prévenaient. Les ouvriers disaient-ils, hégémoniques dans les conversations des années soixante sont devenus  invisibles dans les années qui suivront. Comme le décrit le texte de présentation du numéro 65 de fakir tout en s’interrogeant, deux classes se sont tourné le dos, incapables de s'allier. L'une s'étant pris pour le nombril du monde et de la citoyenneté, l'autre partait sur la pointe des pieds sans que personne ne veuille s'en apercevoir. Aujourd'hui le divorce est prononcé. Ses conséquences  dans les urnes se font tonitruantes.Elles se font sentir par un vide, une absence de bulletin qui laisse sans voie ceux qui se sont arrogé la représentation politique. Ces derniers se présente avec arrogance comme pour confirmer un jugement de Jean-Claude Milner porté il y a quelques années .

 Dans  un  opuscule  appelé "l'arrogance du présent" il affirmait que mai 68 et le gauchisme s'étant croisés dans une même séquence spatio-temporelle, la petite bourgeoisie avait été tout à son affaire, imposant in fine son langage. Il faisait alors le constat que "ni les banlieues, ni les pauvres, ni les syndicats, ni les ouvriers" à l'issue de cette période n'avaient su imposer leur tempo. S'écartant d'un consensus alors admis il prétendait au contraire: "que ce soit chez les amis de mai et chez les adversaires du gauchisme, le sempiternel grief  résonne, modulé tantôt en gémissement tantôt en ricanement: "jamais, ils n'ont rejoint les ouvriers"! Ce sera le fait marquant de ces évènement. Ce fait signera en définitive leurs échec.
 
 Nous vivons les temps qui bouclent cette séquence. À cette époque deux langages politiques  faisaient l'accord dans la république, celui du jeu parlementaire et celui de la lutte des classes. Leur alliance et le jeux vivant des contradictions qu'ils faisaient surgir  permettaient  que s'interprète les représentations qui circulaient dans chacune de leurs sphères d'influence . Aujourd'hui registre le parlementaire a eu le dernier mot.  Aussi le langage parlementaire ayant dominé toute la scène  nous avons gagné le triste spectacle d'une lutte des classes envoyée à la niche. Leur radicale différence ne permet plus la production de thèses et de programme qui se complètent dans un jeu d'alliance face à la classe antagoniste.
 
 Tout le monde y perd, car ainsi que l'écrit d'entré de jeux Milner "la petite bourgeoisie intellectuelle à ceci de particulier qu'elle se souhaite médiocre, spécialement quand elle a donné des preuves, une fois par hasard, qu'elle ne l'était pas. Cette préférence accordée aux représentations qui l'abaissent, cela fait partie de ses qualités essentielles"concluait-il. Sous l'effet du gauchisme qui en était finalement l'expression, le débat national après 68 s'est engouffré dans cette médiocrité théorique qui nous à fait perde de vu les enjeux essentiels et la réalité d'une lutte des classes qui dorénavant travaillent tous les domaines de la société par en dessous. Elle peut le faire en toute tranquillité pour aboutir dans une ultime conséquence au pacte de responsabilité et à la redéfinition d'une nouvelle majorité. Nous en connaissons les contours: celle de l'union nationale autour des intérêts du grand capital! Et en effet cette nouvelle avant-garde se fout bien qu'un bastion prolétaire puisse s'écrouler! Ses revendications et ses intérêts sont ailleurs. Il se donnent a entendre dans une autre homogénéité qui se structure exclusivement dans les revendications sociétales. Sauf qu'arrive un moment où le capital refuse de les financer pour ceux qu'il a, depuis, désigné sous l'item " assistés".
 
Du coup il devient crucial de revenir sur cette séquence,  sur ses sous tendus théoriques et sociologiques. Il devient urgent d'ouvrir des espaces ou les termes de la contradiction parlementarisme/ luttes des classe retrouvent leur marques. Cela passe en particulier par un retour sur le terrain et une prise de parole par les intéressés, par ceux qui sont le sel et la terre de cette histoire, celle de notre monde soumis a la lutte des classes.

 La lecture de ce numéro de Fakir devrait nous aider à ouvrir plusieurs dossiers qui s’articulent les un aux autre dans un rapport dialectique. Mais avant tout il faut rendre visible ceux qui constituent le noyau rassembleur, les ouvriers aux prises avec la contradiction capital/travail donc aussi parler des enjeux industriels, de politique industrielle sous  le contrôle de la classe qui en est le cœur.
 
Gilbert Rémond
 
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