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Réveil Communiste

Boycott des européennes, réfutation de l'objection N°1. « Ce n’est pas démocratique, ou républicain, de ne pas voter, et pire, d’appeler au boycott d’une élection ».

30 Janvier 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections

  Source : M'PEP BOYCOTT DES ÉLECTIONS EUROPÉENNES : RÉPONSES AUX OBJECTIONS 

Résumé


Il n’existe pas de principe selon lequel une élection, par elle-même, par nature, serait démocratique, républicaine, ou légitime. Tout dépend de ses conditions d’exercice et de ses conséquences. Si une élection n’est pas organisée pour garantir la liberté de choix des citoyens et qu’en outre elle n’a aucune conséquence, elle n’est qu’une mascarade, qu’une propagande visant à légitimer par la ruse un pouvoir usurpé. Voter, dans ces conditions, revient à cautionner cette mascarade. Il faut donc boycotter de pareilles élections antidémocratiques. C’est ce qu’ont fait le PCF et d’autres organisations au deuxième tour de l’élection présidentielle de 1969 lorsque Pompidou était opposé à Poher, autrement dit « bonnet blanc et blanc bonnet ». C’est ce que font les forces progressistes dans les pays où les élections donnent 95% de suffrages au parti qui dirige… Dans ces pays il y a bien des élections, mais ce ne sont pas de vraies élections ! Si la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, toute élection, pour être démocratique, doit donner de la force aux dominés (le peuple) et en retirer aux dominants (l’oligarchie). L’Union européenne et son pseudo parlement enlèvent structurellement et continûment de la force aux dominés pour en donner aux dominants. Boycott !


Développement


Évidemment, tout dépend de la définition que l’on a des pratiques républicaines et de ce qu’est une démocratie. Souvent, lorsque l’on réfléchit à ces problèmes, l’on évite de penser tout d’abord au cadre politique qui seul permet aux élections, à la République, et à la démocratie d’exister ailleurs que sur du papier, comme s’il suffisait d’organiser une élection pour créer ipso facto une République, une démocratie et des élections légitimes. Parce que nous avons oublié les conditions historiques et politiques qui seules ont rendu possibles nos propres institutions politiques, nous pensons à elles comme des évidences, et en fait nous n’y pensons pas du tout.


Ce qui explique d’ailleurs en partie que l’on ne se soit pas battu lorsque ces conditions ont été attaquées une par une, et pour commencer la souveraineté nationale, dont bien souvent on ne voit même pas l’importance cardinale comme condition de possibilité d’une démocratie dans un Etat moderne. Cela est d’ailleurs bien dans l’air du temps, celui du « state building », comprendre la construction des institutions étatiques et de la « démocratie » par l’intervention armée d’un Etat dominant, et de la confusion entre principes libéraux et principes démocratiques. Mais le principe de réalité fait défaut à tous ces penchants, et les institutions ne vivent pas hors sol, dans l’éther des idées, il leur faut un substrat réel, et des conditions de possibilité afin que leur fonctionnement concret puisse correspondre à leur objet.

 


Quelles sont donc les conditions de possibilité pour qu’une élection puisse être considérée comme légitime, républicaine et démocratique ? Et pour commencer, qu’est-ce qu’une élection ?


Tout d’abord, il faut distinguer votations et élections. La votation est une décision directe et exécutoire d’un corps politique souverain, dont la forme la plus connue est le référendum. L’élection est le processus institutionnel où un corps politique rassemblant une communauté de citoyens possédant le droit de vote, choisit des représentants. Une élection représentative parlementaire en est une modalité particulièrement cruciale puisque la communauté en question n’est ici autre que le peuple politique d’un Etat en tant que souverain, à savoir la nation. Cette nation, en tant que souverain, se fait représenter pour décider des orientations majeures de l’Etat, notamment par le vote du budget et des lois, dont le parlement a le monopole. Le sujet des institutions représentatives est immense, et il est impossible d’en traiter ici sérieusement. La confusion entre suffrage universel, élections représentatives et démocratie est particulièrement répandue, à tort.


Pour ceux qui connaissent le sujet, la question de savoir si le procédé électif est démocratique est une question historique et politique tout à fait sérieuse, et pas des moindres. Mais ce n’est pas ici le sujet, et il suffit de piocher dans nos souvenirs récents et dans l’histoire pour au moins retenir que si les élections sont d’une nature plus oligarchique que démocratique, il n’en reste pas moins qu’il y a eu bien des moyens et des contextes rendant favorable la démocratisation des élections. Lorsque la puissance et la souveraineté de l’Etat est intacte et suffisante, que celle-ci est reconnue appartenir à la nation, son peuple est donc souverain. Quand d’autre part il existe des débats électoraux portant réellement sur le principal, notamment par le biais des meetings, des débats médiatiques, des campagnes, des programmes, il est alors possible, lorsque le contexte et les acteurs s’y prêtent, d’identifier les enjeux et les acteurs majeurs, en donnant une forme politique aux clivages essentiels, en institutionnalisant les rapports de force au sein d’une nation. C’est ensuite le peuple qui tranche souverainement ces orientations. Alors, indubitablement, s’accomplit un rapport de force institutionnel que l’on peut qualifier de démocratique sans faire injure à la signification de ce mot si galvaudé à force de lui donner un sens élastique.


On ne peut d’ailleurs discuter du caractère démocratique d’une élection que si l’on dispose d’une définition explicite, même sommaire, de ce qu’est la démocratie. Le M’PEP pour sa part donne un double sens à cette notion cardinale. Un sens institutionnel, et un sens politico-social.


Institutionnellement c’est, dans un Etat moderne - seul cadre où s’accomplissent désormais les réalités politiques agissantes -, le fait de reconnaître au peuple son pouvoir éminent, d’être au sommet de l’architecture institutionnelle, le fait donc de reconnaître la souveraineté nationale. Dans un Etat donné, seul le peuple de cet Etat est le souverain légitime, et le nom de ce peuple en tant qu’il est le seul souverain de l’Etat, c’est la nation.


Et puis un sens politico-social. La démocratie c’est aussi un rapport de force, et de tous, celui qui est le plus déterminant, celui qui oppose les classes dominantes aux classes dominées. Et la démocratie, dans ce cadre, c’est l’ensemble de tous les procédés institutionnels qui donnent de la force aux dominés et en retirent aux classes dominantes. Une élection pour choisir des représentants parlementaires ne peut donc être qualifiée de démocratique que lorsqu’elle satisfait à ces critères essentiels :


  • souveraineté nationale respectée dans le principe et dans la lettre : L’Etat, au sein duquel l’assemblée parlementaire représente la volonté nationale, doit être pleinement souverain. La nation, corps politique indivisible des citoyens de cet Etat, doit être le seul détenteur légitime de cette souveraineté. En amont, la nation est l’unique souverain constituant à l’origine des constitutions et des régimes politiques.
  • organisation des élections permettant de structurer efficacement les enjeux, les clivages majeurs et les acteurs principaux,
  • institution parlementaire correspondant à ses attributions fondamentales, sanction du budget, monopole de la loi, instance de formation de la volonté nationale et contrôle du gouvernement.
  • sa qualité démocratique se juge aussi sur ses résultats, sur la longueur : est-ce qu’effectivement, elle permet concrètement d’être une institution qui donne de la force aux dominés et en retire aux dominants ?

Venons-en maintenant au fait, en examinant par rapport à ces critères les élections débouchant sur le choix de députés au parlement de l’Union européenne. Ces élections ne satisfont aucune des conditions de base pour qu’une élection puisse être qualifiée de démocratique ! L’architecture institutionnelle au sein de laquelle le parlement serait censé y représenter la volonté nationale d’un peuple européen souverain, n’a aucun des attributs et des propriétés d’un Etat souverain et indépendant. Il n’y a pas non plus de peuple européen politique, de nation européenne souveraine à la tête d’un Etat européen.


Le dit « parlement européen » n’a aucun des attributs fondamentaux d’un parlement, et pour commencer l’initiative et le monopole des lois, et ne respecte même pas la séparation des pouvoirs qui fonde la logique d’un Etat de droit.


Les élections ne sont ici qu’une démarche purement idéologique de marketing politicien tentant de masquer ces réalités en jouant sur la confusion répandue qui voudrait faire croire que puisqu’il y a des élections, c’est que c’est donc une institution démocratique. Le résultat de ce montage institutionnel abracadabrant est proprement scandaleux. Il fait injure à tous les acquis démocratiques de la politique contemporaine, il est en tout point antidémocratique. Il nie spectaculairement la souveraineté nationale, donc populaire, qu’on définisse cette souveraineté au niveau européen ou au niveau des Etats membres. Il n’est qu’un faux parlement, une véritable tromperie. Et pour ce qui est des résultats concrets de son fonctionnement, dernier critère jugeant de sa nature démocratique, non seulement il enlève structurellement et continûment de la force aux dominés pour en donner aux dominants, mais il va jusqu’à empêcher toute possibilité d’un rapport de force en faveur des dominés. En effet, il prend place dans un montage institutionnel ad hoc fait pour soustraire toute la politique économique et sociale à l’influence des peuples européens.


Cautionner un tel scandale institutionnel et politique en participant à son décorum électif fait pour lui donner une apparence démocratique, est profondément irresponsable. C’est faire injure à tout ce qui peut donner un sens démocratique à une élection, c’est donner le bâton pour se faire battre, c’est cautionner, justifier la tentative la plus spectaculaire depuis l’Europe nazie de suppression de la démocratie, même si cette tentative se fait cette fois sans violence apparente.


Participer à une élection représentative, voter, avant même que d’exprimer une préférence politique et former une volonté collective, c’est d’abord et toujours commencer par reconnaître faire partie d’une communauté politique souveraine agissante et effective. C’est être, en droit et dans les faits, au sommet d’une architecture institutionnelle. C’est reconnaître la validité, la légitimité de l’institution qui sollicite notre participation électorale. Dans le cas du parlement européen, c’est donc faire fi du fait incontestable qu’il n’y a pas de peuple européen politique, pas de souveraineté nationale européenne, pas d’Etat européen indépendant, que le parlement européen n’est pas un parlement, ne respecte même pas les fondements d’un Etat de droit, et que rien de ce qui peut constituer institutionnellement une démocratie n’a été respecté dans l’aberrante architecture institutionnelle de « l’Union européenne ».


Faire son devoir de citoyen, respecter le droit de vote et les principes cardinaux de la démocratie, être un républicain responsable, tout cela est parfaitement incompatible avec le fait de cautionner par son vote cette mascarade électorale que constituent les élections pour le parlement européen, cette injure permanente à la démocratie.

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