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Réveil Communiste

Reflexions de Charles Hoareau sur le choix des communistes pour 2012

11 Juillet 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections

Source : Rouge Midi, publié sur lepcf.fr
vendredi 8 juillet 2011
par  Charles Hoareau


Rouge Vif 13, au-delà des considérations de personne, avait repris en son temps sur Rouge Midi un texte [1] qui portait assez bien notre opinion sur la présidentielle de 2012 et l’éventuel candidat à soutenir.

Le texte de Rouges Vifs Ile de France paru depuis porte aussi ce que nous pensons. Juste quelques mots sur la situation actuelle dans ce que d’aucuns appellent « la gauche de la gauche ».

Les adhérent-e-s du PCF, après celles et ceux des autres forces du Front de Gauche, viennent de trancher : leur candidat pour les présidentielles sera Jean Luc Mélenchon.

Si nous avons suivi avec attention les discussions qui ont abouti à ce vote, nous n’avons pas jugé de nôtre rôle d’intervenir dans ce débat propre à l’organisation.

On peut observer la diminution du nombre d’inscrits et donc de votants ce qui n’est pas en soi une surprise. Autre donnée, le candidat du front de gauche devra forcément tenir compte du fait que, malgré un soutien très affirmé de l’actuelle direction du PCF, plus de 40% du plus important parti de la coalition préférait un autre candidat.

Ce qui marque dans ce vote c’est que la grande majorité des voix ne se sont pas départagées sur le programme ou la stratégie, puisque Chassaigne et Mélenchon défendaient les mêmes, mais sur le choix de l’homme censé faire le plus gros score en les défendant. C’est donc un premier paradoxe de constater que pour la majorité des adhérents du PCF, être membre de ce parti est un handicap pour voir les idées qu’il porte triompher…

Pour les autres petits groupes qui constituent le front de gauche, comme pour les isolés orphelins d’une organisation ouvrant une réelle perspective de rupture avec le système actuel, qu’est ce qui a compté : le programme commun partagé ou l’homme ? Gageons que c’est avant tout l’homme. Parce que selon certains Jean Luc est plus médiatique qu’André ? Non avant tout André avait un gros handicap, il est membre d’un parti qui dans l’imaginaire de beaucoup de ces militants est l’héritier de la tradition communiste.

Au fond on est dans une démarche identique à celle de 1974, un programme et un homme porteur d’une possibilité de gagner…au moins veut-on le croire, alors que la droite a une force de recours au capitalisme (PS et Verts) qu’elle n’avait plus en 1981 quand elle a perdu.

Les plus optimistes diront l’histoire ne se répète pas à l’identique (et nous voulons bien l’entendre). Mélenchon ce n’est pas Mitterrand, sous entendu celui qui continue à dire qu’« on a fait du bon travail avec Jospin » est plus à gauche que celui dont il se réclame l’héritier.

Sauf que le programme, (que l’on dit aujourd’hui « partagé » sans doute pour ne pas faire redite), lui, est moins porteur de mesures de rupture point d’appui pour changer de système que celui de 74 et 81.

Le PG d’aujourd’hui est il plus à gauche que le PS d’Epinay ? Rien n’est moins sûr !

Avons-nous déjà oublié l’homme qui déclarait au congrès fondateur du PS à Epinay : « Celui qui n’est pas anticapitaliste n’a pas sa place dans ce parti » ? C’était pourtant bien Mitterrand, le même qui, 12 ans plus tard, en 1983, après avoir nationalisé les banques et fait un pas vers le monde du travail, allait, et l’ensemble de « la gauche de gouvernement » à sa suite, faire marche arrière et céder de plus en plus au capital.

Ce que ce débat sur la candidature « à la gauche de la gauche » n’a pas porté c’est quelle est la meilleure manière d’abattre la dictature économique à laquelle le peuple de France est soumis depuis 30 ans (si on estime comme nous que la gauche a été au pouvoir en France de 1981 à 1983) ? Qu’est ce qui est le plus efficace ?

Faut-il mettre le mouchoir sur nombre de ses idées, sur son identité et « aller à l’essentiel » c’est à dire battre Sarkozy ou au contraire profiter du temps de débat politique que sont les élections présidentielles pour faire avancer le débat d’idées ? Ne pas avoir ce débat n’est ce pas dès à présent entériner le vote utile (ou censé l’être) ? N’est ce pas élever au rang de stratégie révolutionnaire la réflexion de comptoir « d’accord le PS c’est pas parfait mais c’est quand même mieux que la droite » ?...Et faire reculer d’autant l’espoir dans un réel changement de société…Sans parler du risque d’apparaître comme une photocopie ou des diviseurs inutiles…

Pourtant depuis 30 ans les signes et les chiffres sont là.

Les refus de vote touchent avant tout les habitants des quartiers populaires, les chômeurs et précaires, les ouvriers, les discriminés, les arrivants d’un tiers monde encore colonisé, économiquement ou militairement, bref la partie la plus exploitée de la classe ouvrière de notre temps.

Comment convaincre celles et ceux qui souffrent le plus du capitalisme qu’une autre société est possible, qu’une révolution de notre temps peut ici et maintenant déboucher sur un changement qu’ils n’espèrent plus ? Comment convaincre que Chavez ou Morales peuvent ne pas être des phénomènes isolés et que l’avenir de la planète et la survie de l’espèce humaine comme dirait Castro se jouent dans tous les pays qui auront la force de faire leur révolution ? Comment convaincre notre peuple de s’engager dans une démarche consciente vers le socialisme ?

- En proposant une « échelle des salaires de 1 à 20 » ?
- En martelant qu’il faut croire à l’Europe sociale et que sortir de l’euro, cette monnaie qui a tué les salaires, est une « fausse bonne idée » ?
- En ne proposant pas la sortie de l’UE et du FMI pour rejoindre ou créer une autre alliance internationale, sur d’autres bases avec des pays comme Cuba, la Bolivie, Chypre ou le Venezuela qui ont engagé eux une politique de vraie rupture ?
- En ne s’engageant pas à retirer les troupes de Libye et des autres pays d’Afrique ?
- En proposant un « tribunal international de justice climatique » ?

A ces questions certains pourront rétorquer –un argument non dénué de sens– que l’on ne peut s’enfermer dans la pureté révolutionnaire et que des alliances électorales sont nécessaires y compris pour créer une dynamique. On peut bien sûr leur répondre que l’Italie, l’Espagne et le Portugal nous donnent des arguments exactement contraires, mais même si on accepte que cette stratégie peut être valide en France, alors jusqu’où peut aller le compromis ? Où est la ligne de fracture politique ?

En avril 2005 nous écrivions au PCF que pour nous cette ligne de rupture entre la droite et la gauche se situait entre les forces qui appelaient à voter OUI à la constitution et celles qui appelaient à voter NON (sur des bases progressistes évidemment) et qu’au vu de son histoire et de son implantation, au vu du rassemblement que nous pressentions victorieux, il lui appartenait de constituer « un front populaire de notre temps », le mot populaire n’étant pas le mot le moins important. Un front porteur de rassemblement et non d’effacement.

En sommes-nous là aujourd’hui ? Ce qui est visé c’est la création d’un nouveau parti absorbant les autres et dont le parti de gauche serait le propriétaire [2]. Un nouveau parti créé sur une démarche de sommet ? Toute l’histoire récente de « la gauche de gauche » en particulier depuis 2005 montre assez que cela ne peut permettre un réel enracinement populaire et un retour d’une crédibilité bien entamée par des années de gestion par la gauche (rassemblée, plurielle ou partagée) de la crise tant au niveau local que national. Le mouvement des indignés, même si pour l’instant il ne concerne que peu notre pays, n’en est il pas une illustration actuelle ?

Si le Front se nomme de gauche on ne peut pas dire que la classe ouvrière de notre temps avec tous les laissés pour compte qu’elle comprend s’y reconnaisse aujourd’hui massivement et encore moins qu’elle le dirige. Cela est sans importance ou secondaire ? La classe ouvrière ne serait plus le moteur de la lutte des classes ? Sans celle-ci un front pourra-t-il alors créer une dynamique et sur quelle base ? L’alternance ou l’alternative ?

L’absence de candidat porte parole d’un programme communiste aboutit à ce que dans le contexte actuel et la forme de l’union, des questions ne seront pas abordées par la gauche de gauche. C’est bien les insuffisances du programme qui sont en cause, bien plus que les questions de casting ! Elles ne sont que le reflet de la perte des fondamentaux et de pensée collective de ce parti qui explique d’ailleurs l’implosion des démarches et les dérives d’individus qui ne trouvent plus dans l’organisation.

Doit-on laisser à l’extrême droite les questions de la nation (et nous ne sommes pas nationalistes), celle de la sortie de l’UE et de la zone euro au risque de la laisser seule sur le terrain de la souveraineté populaire ?

Doit-on laisser à cette même extrême droite au discours remanié, le monopole de « solutions » en apparence plus efficaces sur la mondialisation et refuser de se situer sur le terrain de l’opposition nette au capitalisme mondial et à ses structures dans un internationalisme de notre temps ?

Ce faisant n’y a-t-il pas le risque que les questions de classe soient aujourd’hui ethnicisées, le « non-français-de souche » étant la source de nos maux tant pour le plus grand bonheur des racistes et fascistes de tous poils que pour ceux à gauche qui ne sont pas en mesure de proposer des solutions communistes porteuses de progrès, dans un pays où aujourd’hui la partie la plus écrasée de la classe ouvrière, celle qui cumule tous les handicaps (chômage, mal logement, précarité…) est bien plus qu’il y a trente ans composée majoritairement d’enfants de l’immigration (en particulier post-coloniale) ou de leurs descendants ?

Doit-on refuser de débattre des questions qui coupent le PCF et le Front de gauche des autres partis communistes et ouvriers dans le monde et font que quasiment plus aucune déclaration internationale n’est signée par une organisation française comme ce fut encore le cas pour la dernière ?

Dire cela ce n’est ni refuser tout rassemblement, ni toute alliance électorale mais être lucide sur le fait que celle-ci ne peut se faire sur des bases révolutionnaires qu’avec en son sein des forces qui le sont. Sans parti révolutionnaire l’union sombrera dans la gestion « la moins inhumaine possible du capitalisme » et sera condamnée à décevoir.

C’est cette perception, certes confuse, qui explique l’abstention qui peut aboutir à des révoltes contre toutes les institutions front de gauche compris. Les indignés montrent (en tous cas au moins en Espagne) que les laissés pour compte de la politique n’entendent pas se laisser faire… d’où l’utilité d’un parti révolutionnaire

L’histoire nous apprend que sans parti révolutionnaire les révoltes n’ont pas forcément débouché sur un mieux vivre pour les peuples.

Charles Hoareau, Rouge Vif 13

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sam 82 12/07/2011 10:55



tout est dit . entièrement d'accord . là nous sommes sur le fond , tout le reste n'étant que magouilles électorales , et ambitions personnelles , et surtout le refus caractérisé de
s'attaquer  au capitalisme . c'est vrai que Hoareau , c'est bien connu est un puriste , dans le jargon des renégats de tous poils , nous sommes encore quelques uns , d'ailleurs plus que
certains ne peuvent le penser . sam 82 .