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Réveil Communiste

Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis-à-vis de Staline? (texte revu 1er juillet 2010)

2 Juillet 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

http://www.educol.net/staline-et-lenine-t7239.jpg

Photo :Staline et Lénine en mars 1919


Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis à vis de Staline, de ce qu’il fut vraiment, de l’image qu’on s’en fait aujourd’hui, et de ce qu’il symbolise ? Doivent-ils le rejeter avec effroi, le revendiquer avec hauteur au risque de scandaliser les honnêtes gens (dont beaucoup d’honnêtes gens véritablement honnêtes) ? Doivent-ils l’esquiver comme un secret de famille honteux ?


Dans les peuples du monde certains de plus en plus nombreux dressent l’oreille quand ils entendent son nom. En général ils en entendent parler par la bouche de leurs ennemis, et par les dénégations apeurées de leurs tièdes amis qu’on accuse de stalinisme à la première occasion. Ils entendent ce nom au milieu des insultes et du scandale. Et ils se disent que quelque fut le vrai Staline, si ceux là ont encore peur de lui, les exploiteurs, c’est qu’il ne devait pas être si mauvais.


Le Staline de l'idéologie libérale-démocratique est le méchant qui hante le monde de la fin de l’histoire qui autant qu'il redoute l'histoire réelle adore se faire peur au cinéma, c’est un monstre diabolisé, abusivement assimilé à Hitler par l’usage de la théorie de guerre froide du « totalitarisme ». Dans le récit grotesque de l’histoire scolaire leur rôle devient complètement inintelligible, mais pour des raisons différentes. Le dirigeant criminel raciste contre-révolutionnaire allemand,  Hitler, est rejeté en paroles par la même bourgeoisie qui l’a utilisé, comme si elle n’avait rien à voir avec lui. Staline, dirigeant victorieux de l'Union Soviétique et de la révolution mondiale est invoqué au contraire pour « exorciser le communisme » comme l’écrit le journal « Le Monde » sans guillemets, pour rendre à jamais impossible une nouvelle révolution comme celle d'octobre 1917 en Russie. Bref, comme Dostoïevski l’avait anticipé en critiquant les révolutionnaires russes vers 1870 dans Les possédés, on lui fait porter un costume de démon des plus banals dans la tradition judéo-chrétienne (et d’une version de la théologie judéo-chrétienne bien peu intelligente).

 

Le représentant du mal métaphysique ainsi signalé à l'attention du public attire à lui le négatif humain que la société bourgeoise veut mettre au rebus, ceux qui sont traités comme des fous, les paumés, les perdants, les humiliés. Staline a acquis une mauvaise réputation du genre à plaire à l’opprimé isolé par le spectacle du triomphe planétaire du capitalisme. On peut penser qu’il vaut mieux que son nom cristallise la révolte plutôt que celui d’Hitler. Mais Staline n’est pas une figure de la décomposition populaire du romantisme, un "surhomme " nietzschéen abatardi. Il n’a pas été adulé par des foules qui comptaient nombre de héros et de génies comme un exterminateur mais comme un sauveur.


Staline historique n’est pas le personnage monstrueux que l’on a cherché à accréditer depuis le rapport Khrouchtchev de 1955. L’histoire objective de son pouvoir sur l’URSS et le mouvement communiste reste à écrire par d'autres que ses ennemis même si c’est une histoire horrible pleine d’excès et de brutalité. Mais cette horreur n’a pas été introduite dans l’histoire par la malveillance d’un homme ou de d'un petit groupe. C’était un politicien très intelligent, habile, convaincu, incorruptible, et plutôt prudent, porté à des mesures extrêmes par des circonstances inouïes. Et qui fut sans doute, comme Mao après lui victime des illusions que secrète le pouvoir absolu.


Nos idées sont davantage questionnées par les résultats concrets de l’expérience historique du socialisme réellement existant que ne sont remises en cause les personnalités des chefs qui ont voulu les mettre en pratique. On leur doit cela : on peut reprocher tout ce qu’on veut aux communistes intraitables de la génération formée par Staline, mais pas d’être inoffensifs, pas d’avoir été des « intelligents » tchékhoviens se morfondant à regarder passer l’histoire en se plaignant de leur impuissance, ou des romantiques complaisants comme dit Lautréamont « se roulant sur la pente du néant en poussant des cris joyeux ». Staline incarne la dictature du prolétariat. S’il y a quelque chose qui ne va pas chez Staline, c’est dans la théorie de la dictature du prolétariat, abandonnée par le PCF en 1976, qu’il faut le chercher, théorie appliquée fidèlement telle que Karl Marx l’avait envisagée.


Invoquer Staline aujourd’hui n’est pas prudent, n’est pas politique, et risque de conduire à l’isolement. Même les maoïstes asiatiques qui défient le capitalisme dans le sous-continent indien l’ont fait disparaître de leurs références. Sans doute peut-on dire que la tentative stalinienne de mettre en pratique le marxisme a finalement été vaincue. Mais il y a quelque chose d’étonnant de voir toute l’intelligentsia mondiale élevée dans le culte de Nietzsche s’épouvanter de voir ce que ça donne, d’agir « par de là bien et mal ». De voir le surhomme en chair et en os mettre en œuvre la dictature du prolétariat à ses dépens.


Le fait est que Staline fut le dirigeant rationnel de la révolution dans les circonstances d’airain où elle se produisit, dans le monde de violence sans limite ouvert par la boucherie de la Grande Guerre impérialiste de 1914-1918 qui avait déprécié totalement la valeur de l’existence humaine, et face à la contre-révolution également sans limite du fascisme et du nazisme qui en avait au concept même d’humain. L’analyse qui veut  proposer un « communisme sans Staline » qu’il fut celui de Trotski, de Rosa Luxembourg, de « Socialisme ou Barbarie », n’a pas de sens. Ces communismes là s'ils ne produisent pas de terroriste, n’ont que des martyrs à proposer, ce sont comme des religions qui parlent d’un autre monde que le monde réel. Et leur analyse est à contresens des faits : car Staline n’a pas exercé la terreur au nom de la bureaucratie contre le prolétariat, il a exercé la terreur sur la bureaucratie, au nom du prolétariat.


Terreur qui fut exercée à froid, sans pitié, mais avec une certaine mauvaise conscience. Il n’y a aucune fascination romantique du mal à chercher là-dedans. Lorsque la Convention thermidorienne fait exterminer les milliers d’émigrés aristocrates capturés à Quiberon en 1795, elle le revendique. L’URSS a tenté de nier sa responsabilité dans le massacre des officiers polonais en 1940, elle a tenté de produire une façade légale à la Terreur, pendant les procès de Moscou mis en scène de 1936 à 1938. La révolution soviétique avait déjà perdu un peu de sa conviction en la scientificité et la rationalité de son projet. On l’aurait perdu à moins, si l’on avait participé à une pareille histoire.


Moins les communistes seront tentés de répudier le Staline historique, moins ils seront tentés de rejeter Staline dans les poubelles de l’histoire, moins ils seront staliniens, au sens trivial du mot qui caractérise bien l’apparatchik brejnévien : autoritaires, menteurs, dissimulés, brutaux, incultes, veules, opposés à la spontanéité révolutionnaire et à la démocratie. Car ceux que l’on qualifie spontanément de « stalinien » avec ce que cela comporte d’opprobre justifiée ne sont pas staliniens, mais khrouchtchviens, gorbatchéviens, eltsiniens. Ou en d’autres termes ceux de Thermidor, pourris et cyniques ne peuvent pas juger la Terreur, à laquelle ils ont participé.


Reste les mérites du personnage historique auquel il faut rendre justice : Il a su rendre concrète l’expérience du « socialisme dans un seul pays (l’alternative étant, non pas la « révolution permanente » mais « le socialisme dans aucun pays »), expérience que l’humanité devait faire. Il a su diriger le peuple soviétique pour vaincre le nazisme, presque seul. Sans Staline, le Parti communiste soviétique, et le peuple russe, le Troisième Reich aurait triomphé. Il a accéléré la décomposition du monde colonial et du racisme, et rendu dans le monde entier l’exploitation et la misère illégitime. Le seul moyen de vaincre le socialisme a été de faire provisoirement mieux que lui sur son terrain, le terrain social, et on voit bien ce que ça donne aujourd’hui que ce puissant stimulant a disparu.


Il est vrai que Staline symbolise un bilan terrible, jusqu’à environ quatre millions de morts en trente ans (exécutés et déportés morts en captivité, selon l’estimation élevée de Moshe Lewin), une fois revenu des délires hyperboliques diffusés par les historiens anticommunistes professionnels. Comme le dit Losurdo, l'État révolutionnaire fondé par les bolcheviks n'a jamais pu se sortir de l'état d'exception, il n'a pas réussi à fonder une nouvelle légalité, de manière à entrer dans un développement pacifié et prosaïque, et Losurdo pense, paradoxalement, mais il a sans doute raison, que la composante anarchisante du projet communiste, l'objectif du dépérissement rapide de l'État, a empêché la stabilsation du socialisme et son retour au respect de la légalité. Et en effet, les premiers bénéficiaires d'une telle pacification devaient être les cadres, les "bureaucrates". Il semble que Staline fut une sorte d'anarchiste doté du pouvoir absolu.


Mais tout ça ne s’est pas produit dans une époque et dans des pays tranquilles, où les gens au creux des lits font des rêves, on fait comme s'il n’y avait jamais eu de guerre menée au socialisme, comme si l'Union Soviétique et la révolution prolétarienne n’avaient eu aucun ennemi, et surtout comme si cet ennemi n’avait pas pris dès avant octobre 1917 l’initiative de la violence et de la Terreur. Il est certain qu’aujourd’hui, et on le voit en Amérique Latine, les révolutionnaires ont appris à économiser le sang versé. Et cela n’empêchera contre eux ni calomnies, accusations délirantes, provocations, complots où les médias bourgeois participeront avec enthousiasme, et cette mauvaise réputation que nous pouvons finalement nous sentir assez fiers de partager.


Mais nous ne devons pas accepter les jugements moralisateurs des hypocrites dans des faux-procès en inhumanité, car les morts qu’ont causés le capitalisme, et l’ordre social de classe depuis son origine dans la nuit des temps, sont tellement nombreux que personne n’a même essayé de les compter.


GQ, 3 janvier 2010, revu le 1er juillet 2010

Sur le sujet voir aussi : 

Domenico Losurdo, Staline : histoire et critique d'une légende noire

Qualités et limites de l'ouvrage de Losurdo sur Staline

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Eric RUIZ 04/07/2010 10:33



C'est une sacrée démonstration, FP ! Vous êtes historien ou philosophe ?



La F.P. 04/07/2010 08:48



C'est un dictateur sanguinaire.



Eric RUIZ 02/07/2010 15:21



La grande erreur de Staline a été de refuser l'interdiction du port de la moustache (par pur intérêt personnel). Appliquée par l'Internationale Communiste, cette décision aurait empêcher
l'avènement d'Hitler en Allemagne. Une erreur politique majeure !


Sérieusement, je ne pense vraiment pas que la plupart des gens pensent aux "actions" de Staline vis-à-vis d'Israël quand ils parlent de son bilan politique (réel ou supposé).


Faire un bilan réaliste du stalisnisme, c'est aussi analysé les rouages historiques qui ont mené la révolution de 1917 vers un système socialement progressiste mais politiquement confisqué par
une minorité. Sans cette analyse, il sera difficile lors d'un hypothétique futur mouvement révolutionnaire d'empêcher de nouvelles dérives ou l'entrisme d'aventuriers dans les sphères du nouveau
pouvoir.


La démocratie dans le mouvement révolutionnaire : vaste sujet !



Djamal Benmerad 02/07/2010 12:13



Le Crime Historique de Staline a été d'abord de peser de tout le poids de l'Unon soviétique à l'Onu pour la création de l'Etat d'Israël, puis de lui envoey des armes en quantité. Il s'est ravisé
quelques années plus tard, mais le mal érait fait.


Quand au comportement de Staline en Union soviétique, c'était une affaire soviéto-soviétique.