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Réveil Communiste

Socialisme réel , essai de bilan critique (3/3) : la productivité

21 Avril 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Economie, #Russie, #Europe de l'Est, #Front historique

le plafonnement de la production automobile en URSS serait-il dû à la crise de la productivité?

le plafonnement de la production automobile en URSS serait-il dû à la crise de la productivité?

 

Cette productivité n'est pas qu'économique, elle est aussi politique; mais on l'aborde généralement, c'est bien normal, par le coté économique. Je rappelle que la productivité est la valeur des marchandises produites, divisée par temps nécessaire pour les produire. Le progrès consiste à produire de plus en plus de biens socialement utiles en un temps de plus en plus court, et nécessite donc d'augmenter la productivité.

La crise économique (ou plutôt l’épisode de stagnation économique) qu’a connu l'URSS dans les années 1980 a ouvert la voie à la liquidation de l’URSS par ses dirigeants.

Cette crise était principalement une crise de la productivité du travail. Aujourd’hui les difficultés économiques cubaines sont également, pour une part, liées à la productivité du travail. Pour donner un coup de fouet décisif à la productivité, les communistes chinois ont réintroduit l’économie de marché dans le socialisme, à partir de 1979.

C’est dans une contradiction fondamentale du socialisme que réside l’origine de ce problème : un État qui met le prolétariat au pouvoir par le moyen du parti qui l’organise peut-il demander au prolétariat de produire de la plus-value, car c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle de productivité ? La création de plus-value, ça signifie la possibilité de lancer le cycle cumulatif du progrès technique scientifique et culturel qui conduit dans la voie de l’abondance.

Pour Marx, cela ne posait semble-t-il aucun problème, parce qu’il avait l’air de penser que la dictature du prolétariat serait un régime de transition très court, et que la fin de l’exploitation libérerait une créativité humaine virtuellement illimitée. L’histoire ne lui a pas donné raison sur ce point, qu’il n’a d’ailleurs que très allusivement traité. Il pensait que les travailleurs libérés du salariat s’en chargeraient eux-mêmes, et que le socialisme au pouvoir ne serait pas longtemps dans la situation tragi-comique d’avoir à demander au dictateur de travailler.

Il peut le demander bien sûr, mais de là à l’obtenir, c’est une autre paire de manche ! Fondamentalement, le régime prolétarien ne peut pas obtenir de la plus value du prolétariat sans un très grand effort de stimulation de la conscience. Tout cet effort qui est fait, en Occident, au service de la marchandise, par la publicité et le marketing.

Sauf pendant la période héroïque, le premier quart de siècle. Le stakhanovisme, au-delà des sarcasmes petits bourgeois à son encontre, est un grand mouvement authentiquement populaire. Mais après trente ans de révolution et surtout de guerres contre révolutionnaires chèrement gagnées, le ressort a été trop tendu, le socialisme doit rentrer dans la normalité, et à ce moment là, il faut bien obtenir le consentement aux objectifs, là où l’enthousiasme fait défaut.

Cependant, dans un premier temps, le temps d’une génération enthousiaste, il semble bien y parvenir ; ce n’est pas le manque de productivité mais plutôt les défauts d’organisation qui causent des pénuries.

Mais dès cette période on constate une attention insuffisante, dès l’origine donc, au secteur de services, et particulièrement au commerce, considéré, suite à une lecture simpliste (mais dans le fond exacte) de Marx comme secondaire par rapport à l’industrie, ou à la science. Or les services même les plus humbles constituent autant la valeur d’usage d'une marchandise que sa production. Un steak qui n’est pas parvenu dans mon assiette parce qu’il ne m’a pas été vendu, parce que personne ne l’a transporté jusqu’à moi, parce que personne ne m’a informé de l‘existence d’un steak, ou même parce que personne ne m’a donné envie d’en manger, n’a pas plus de valeur d’usage que s’il n’avait pas été produit du tout.

Il y a un autre problème peut être plus gênant : une économie planifiée ne dispose plus du mécanisme de la concurrence pour ramener à zéro la plus value extra apporté par une hausse de productivité, et ramener du coup la rémunération du travail à sa « valeur socialement nécessaire ». En d’autres termes, dans une économie socialiste de planification impérative, il est difficile d’évaluer la valeur réelle de la force de travail, elle est facilement exagérée, et contrairement à ce que l’on à tendance à croire, toute progression de la productivité est immédiatement reversée aux travailleurs (sauf prélèvement autoritaire, immédiatement perçu comme abusif : d’où le rôle épisodiquement contre-révolutionnaire de la classe ouvrière en Pologne, en Hongrie, en RDA), et elle ne peut pas se développer de manière cumulative, comme dans le système marchand, capitaliste ou non. Dans une économie peu efficace pour fournir des produits de consommation de masse, ces gains de productivité prennent surtout la forme de temps libre, légal ou informel, d'efforts de perfectionnement personnel du genre de l’apprentissage de l’esperanto, et malheureusement aussi de l’ingestion de vodka. Ce qui faisait si on veut le charme discret du système socialiste réel.

Dans l’économie socialiste pure, où le secteur privé est réduit à la portion congrue, il y a essentiellement deux leviers de productivité : l’émulation socialiste et les stimulants matériels. En d’autres termes, la participation positive, l’initiative volontaire par adhésion philosophique au socialisme, l’esprit de corps des travailleurs, et comme en économie capitaliste, les primes. Puis tout un éventail mêlant les deux principes : la promotion d’une morale du travail bien fait, les récompenses honorifiques, les avantages en nature (dont les congés et les biens de luxe) et les stimulants matériels, et à cela on peut ajouter, quitte à en étonner certains, comme dans l’organisation capitaliste, la rationalisation scientifique du travail (taylorisme, toyotisme) et la motivation par la promotion. Il faut remarquer que la rationalisation du travail n’aboutit pas, contrairement aux vantardises de Taylor, à la création d’un « gorille apprivoisé », mais au contraire à la formation d’une main d’œuvre virtuose, et de fait irremplaçable dans un système technique donné, et d’une véritable culture ouvrière industrielle fière et sure d’elle-même.

Dans l’économie socialiste de marché, l’enrichissement personnel fait un retour en force, et souvent puissant, dans la motivation au travail, mais aussi le haut salaire dont on peut rémunérer un salarié dans une joint venture capitaliste d’une zone franche (comme celle que Cuba est en train de monter à Mariel).

J’ai tendance à penser que le socialisme le meilleur serait une économie de marché mixte avec une très grande extension des services publics, une sécurité sociale très étendue, des entreprises capitalistique d’État (celle qui nécessitent un important investissement scientifique) et du secteur coopératif pour les services (à la rigueur, une sorte de Suède avec le PC au pouvoir, parti unique bien entendu, et sa bourgeoisie néonazie proprement expropriée. Je plaisante bien sûr, mais pas complètement).

Mais en attendant, pour l’essentiel les procédés pour augmenter la productivité sont moins efficaces dans le système productif socialiste qu’en Occident, le travailleur est moins efficace quand il travaille pour la collectivité, que quand il travaille pour un patron. Comment l’expliquer ? la pauvreté de la récompense du travail sous forme de marchandises, théorie souvent évoquée par les critiques émanant d’adversaires du socialisme (dans le sens de la blague anticommuniste classique : « ils font semblant de nous payer et nous faisons semblant de travailler ») n’est pas une bonne explication car la richesse collective qui proviendrait d’une meilleure culture générale de la productivité pourrait fort bien être aussi à l’origine d’une motivation collective, et d’ailleurs ce l’était jusqu’à un certain point.

Hypothèses courantes, voire clichés, pour expliquer la panne de productivité dans le socialisme :

L’absence du chômage, qui provoquerait l’indolence au travail. La philosophie individualiste héritée du passé. Le spectacle démoralisant de la corruption (faible par rapport au reste du monde en quantité, mais ruineuse au plan symbolique, discréditant les responsables, minant la confiance dans le parti). La coupure concrète de la société avec le sommet bureaucratisé. La concurrence déloyale de l’économie informelle, prélevant une dîme sur les produits et le temps de travail alloués aux objectifs du plan. L’inhibition de la critique et la loi du silence, conséquence d’un déficit démocratique prolongé. Les pénuries de biens de consommation, dévorant le temps et démoralisantes. Corrélatif : une mauvaise information des services économiques à tous les niveaux ; avec un manque de revues et de culture techniques. Une mauvaise évaluation des compétences et des cadres, à partir d’objectifs purement quantitatifs. L’absence habituelle de sanction pour les vols, l’incurie, les retards, l’absentéisme, l’incompétence et l’irresponsabilité dans le travail, entrecoupée de courtes campagnes de répression. L’isolement des travailleurs honnêtes dans une ambiance de filouterie généralisée. Le manque d’organisation démocratique au travail ; le sous équipement et le sous investissement dans les coopératives ; l’organisation planifiée d’activités de service auxquelles cette organisation de convient pas.

Toutes ces tares sont réelles et observées, mais la critique qui se base sur elles ne va pas au fond des choses, car en réalité la majorité des travailleurs préfèrent encore, quand on ne les en empêche pas … travailler ! il faut signaler qu’elles existent d’ailleurs aussi dans le système capitaliste où de plus la concurrence effrénée aboutit bien souvent à des gaspillages insensés, y compris humains, suscite chez les agents économiques un « antijeu » mutuellement destructif, ou des attitudes de fuite du risque et de l’initiative précisément provoquées par l’insécurité permanente.

Clichés sur le socialisme peut-être,  mais envahissants et démoralisants, parce qu’aucun de ces phénomènes n’est véritablement mesuré, et correctement évalué dans ces conséquences ; ils ne peuvent l’être faute d’une statistique scientifique suffisamment fine et développée, et surtout publiée. Voilà aussi un service négligé. On dirait que le socialisme avait peur de se regarder en face, en tout cas publiquement (car ses archives sont souvent de fort bonne qualité).

Mais aussi peut-on formuler des hypothèses moins courantes : un effet pervers de l’éducation de qualité pour tous, entrainant une pénurie de travailleurs qualifiés, comparée aux diplômés des disciplines abstraites, combinée au manque de mobilité de la main d’œuvre. En somme on continue à former sous le socialisme des intellectuels bourgeois. On produit des universitaires, sauf le respect qui leur est dû, mais on manque de maçons. Ce déficit étant systématiquement comblé en pays capitaliste par immigration. Le renoncement au développement de produits spécifiques à la civilisation socialiste, remplacé par l’imitation des gadgets de l’Ouest et le consumérisme. Le manque de dynamisme de la culture prolétarienne (un comble !) par rapport à la culture intellectuelle savante. Paradoxalement le prolétaire américain, du moment qu’il adhère à des valeurs réactionnaires, est davantage accepté dans sa propre société en tant que tel, en tant que travailleur manuel ou simple exécutant, avec sa culture spontanée (folklore vivant, musiques, jeux, sports, sociabilités), que ne l’est le travailleur socialiste de base, non promu, non récompensé, méprisé par l'intelligentsia (coté jardin de la bureaucratie) mais toujours indispensable quand même, qui semble se morfondre dans l’isolement, à qui ne reste que la fuite dans l’alcool. L’alcool, nullement une question marginale de santé publique, une des causes principales de la baisse de productivité en URSS. La boucle est bouclée.

Il n’y a sans doute pas de racine commune à tous ces problèmes, mais on peut remarquer qu’ils surgissent dans le contexte d’une économie où la juste répartition des biens est la norme ; le capitalisme n’a aucune peine à résoudre les problèmes récurrents de pénurie, en augmentant les prix de façon à rendre les produits manquants inaccessibles. Souvent alors, mais trop tard, l’éternel râleur des files d’attentes des magasins de Moscou comprend sa douleur. Alors le socialisme apparaît dans la mémoire et le regret sous l’espèce de la nostalgie. Le voilà bien avancé.

On peut aussi constater que les problèmes semblent se poser toujours en les mêmes termes, comme si le pouvoir socialiste n’arrivait pas à communiquer de manière convaincante sur les raisons objectives des dysfonctionnements, comme si le discours des autorités tournait à vide, même lorsqu’il est frappé au coin du bon sens. On touche maintenant à la question de la productivité politique. Je pense que ce déraillage est dû à la nuance monocolore de l’information qui circule dans le socialisme réel; l’information toujours orientée dans le même sens finit par perdre sa valeur de communication. Lorsque, comme il est arrivé mainte fois, le dirigeant socialiste critique la presse socialiste parce qu’elle ne fournit pas d’information de qualité, il a raison ; et en même temps, cette critique ne serait fructueuse que s’il était permis à cette presse socialiste, sur le mode de la dénégation freudienne, de protester avec indignation. Une interprétation juste de l’inconscient (et souvent ces intellectuels socialistes sabotent joyeusement le socialisme avec leur inconscient déchainé) étant psychologiquement acceptée par ceux qui la méritent grâce à la dénégation. En l’absence de la prononciation publique de cette dénégation, la réponse perverse apparaît, qui consiste à répéter le message idéologique comme des perroquets, à la manière des enfants insupportables qui ridiculisent les adultes en répétant ce qu’ils disent. Il y a une différence essentielle entre interdire aux groupes de médias capitalistes internationaux d’exercer une influence dissolvante, et rendre la critique constructive d’origine interne difficile voire impossible. Il manquait dans les pays socialistes une presse réellement critique, y compris dans la satire ad hominem. Une critique qui retient ses coups ne peut pas jouer son rôle dialectique. Les dirigeants du prolétariat doivent accepter la satire ouverte. « Krokodil », le « Canard enchainé soviétique » ça ne suffisait pas.

Le socialisme a perdu la bataille du désir (« une bataille », comme disait avec panache le grand Charles « mais dans le monde des forces immenses n’ont pas encore donné »). L’hédonisme aliéné du marketing capitaliste l’a emporté. Mais le socialisme va regagner ce terrain perdu, en devenant le système économique et politique du désir de la conscience. Celui où les agents économiques et politiques de base qui constituent les masses sauront en conscience réfléchie, et cesseront d’être des agents passifs des manipulations publicitaires, ils sauront ce qu’ils veulent et ce qu’il faut faire pour l’obtenir.

Un dernier point : le socialisme est en fait un système productif efficace : il avait toujours su jusqu'aux années 1980 relever les défis de la contrerévolution, sur les terrains où ils étaient posés : le développement, la guerre et la science. Mais lorsque le défi s’est déporté dans le domaine de la fabrication du désir, dans le contexte des progrès des technologies de l’information, et de la production sociale du spectacle de la vie heureuse, il a été pris de court.

Pour être véritablement productif il faut que le communisme produise les rêves et organise des jeux dont la matière et l’enjeu sont le produit social, et la politique. Il faut une sorte d'équivalent socialiste du marketing, et un jeu politique ouvert, en vue du pouvoir politique. Avec un calcul rusé des risques, et des règles empêchant les pressions, interventions, et perturbations provenant des forces impériales capitalistes déclinantes, mais redoutables. Mais cela impliquerait l’invention d’une forme inédite de démocratie directe, et j’ai peur qu’une telle forme dans un monde encore dominé par le capital soit prématurée : la démocratie étant un système agonistique, une vraie démocratie prolétarienne entrerait très vite et trop vite en guerre à mort avec les puissances capitalistes. Un peu de freinage bureaucratique, dans ces conditions est peut être un moindre mal.

Voici donc l’état de mes réflexions sur la question, en espérant n’avoir pas produit que du vent. Mais ça, chers camarades, ça ne dépend pas que de moi, ça dépend aussi de vous.

 

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recocom 10/07/2019 08:34

La plupart des groupes se réclamant du Marxisme-Léninisme continuent d'affirmer que l'URSS à partir de Khrouchtchev était toujours socialiste.

Voyons de quoi il retourne...

Posons-nous cette question : Qu'est-ce que le socialisme ?

Le socialisme, tel qu'il a été défini par Karl Marx, c'est tout à la fois la socialisation des moyens de production et d'échange ET la dictature du prolétariat. Ces deux aspects sont indissociables.

Le but est l'abolition de l'exploitation de l'Homme par l'Homme et donc l'abolition de l'esclavage salarié.

Or, l'URSS à partir de Khrouchtchev, a mis en place un système d'accaparation par une classe de profiteurs du sur-travail produit (Les dirigeants des entreprises socialisées, de l'État, de la direction du parti communiste, de certains dirigeants syndicaux et des associations de masse, ainsi que d'une frange de moyens et petit cadres de ces mêmes organismes ont ainsi détourné une part de plus en plus grande du sur-travail produit). Cette caste a formé une nouvelle bourgeoisie.

Puis cette caste d'apparatchiks a détruit progressivement mais sûrement la base socialisée en associant les mafias aux affaires de ces entreprises, les transformant de plus en plus en entreprises privées, "officiellement" encore entreprises d'état.

Dans le même temps, les mafias et les anciens bourgeois créaient des entreprises privées souterraines qui exploitaient sans vergogne les travailleurs, renforçant ainsi la classe bourgeoise et détruisant la force de résistance des travailleurs.



Par ailleurs, la dictature du prolétariat (pouvoir des soviets des ouvriers et paysans) a été remplacée par la dictature policière de ces mêmes apparatchiks profiteurs.



Bien entendu, le pouvoir tenait un discours "socialiste" afin de tromper les travailleurs. Toutes les "réformes" étaient faites pour "moderniser, améliorer, démocratiser le socialisme".

Une des premières lois que les Khrouchtcheviens ont supprimée fut celle qui donnait aux travailleurs la possibilité de révoquer les dirigeants élus (d'entreprises, des soviets locaux et de l'état, de syndicats, etc.)

Ils ont aussi écarté les vrais marxistes léninistes de la direction de toutes les instances (au sommet comme à la base) - limogeages, procès avec de fausses preuves, emprisonnement et assassinats.

La dictature des profiteurs se mettait ainsi en place.

Donc, les deux points fondamentaux de ce qui fait le socialisme ont été détruits !


Continuer à affirmer que l'URSS à partir de Khrouchtchev était encore socialiste est soi de l'ignorance, soit de la connivence.

le socialisme constitue la période de transition permettant d'arriver à une société communiste, c'est-à-dire sans classes, en partant de la société bourgeoise ou règnent les antagonismes de classes. Il n'en reste pas moins que la société socialiste ainsi que la société communiste ont une même base matérielle : la propriété commune des moyens de production associé au pouvoir des travailleurs. L'un ne va pas sans l'autre !

Le "sur-travail" continue d'exister sous le socialisme, essentiellement en tant que source :

1° de la consommation sociale (éducation, santé, retraites, etc.),

2° de l'amortissement des infrastructures et de l'outil de production, et

3° de la hausse de la norme d'accumulation et de l'extension de l'outil productif.

Ce sur-travail n'a plus rien à voir avec le profit, c'est-à-dire avec la fraction de travail extorquée par les capitalistes à leurs esclaves...



Rappel des faits historiques : (Une synthèse du travail de Vincent Gouysse)

Les révisionnistes khrouchtchéviens avaient bel et bien une base économique et sociale : ils étaient les représentants et les interprètes des éléments bourgeois hostiles anciens (bourgeois infiltrés), et nouveaux (bureaucrates arrivistes et carriéristes recherchant les privilèges), auxquels les circonstances exceptionnelles de la Guerre d'extermination livrée par l'impérialisme allemand combinées à l'affaiblissement qualitatif du P(b)CUS qui perdit au cours de celle-ci des millions de ses meilleurs éléments, avaient permis de se développer largement au point d'en arriver à constituer une masse critique qui s'avéra capable de renverser le pouvoir prolétarien de l'intérieur.



Les années s'étendant de l'immédiate après-guerre jusqu'au début des années 1950, furent le théâtre d'une très âpre lutte de classe au sein du P(b)CUS ! D'abord larvée et sous-terraine, cette lutte apparût une première fois au grand jour au lendemain même de le guerre d'extermination dont fût victime l'URSS. Les révisionnistes menèrent une bataille contre Staline et la ligne bolchévique : il s'opposèrent à la dénonciation de la voie de trahison des titistes yougoslaves, ils assassinèrent plusieurs dirigeants fidèles et éprouvés du P(b)CUS, et enfin menèrent une vaste campagne anti-juive et russophone, raciste et anti-cosmopolite (le nationalisme grand-russe) - comme quoi le nationalisme est toujours l'arme des ennemis des travailleurs !

Cette lutte culmina avec l'offensive des stalinistes soviétiques qui parvinrent au tournant de 1952- 1953 à évincer les éléments révisionnistes dégénérés de la direction à la suite d'une vaste campagne idéologique, mais qui s'acheva quelques mois plus tard avec la contre-offensive victorieuse de ces éléments pourris qui, grâce à l'emploi des méthodes de conspirateurs et au soutien d'une fraction des hauts-cadres de l'Armée, parvinrent à se débarrasser dans la coulisse des derniers "vilains gêneurs staliniens", et en particulier de celui qui avait guidé trois décennies d'une glorieuse marche en avant vers le communisme et dont le nom faisait trembler les impérialistes de tous les pays... le camarade Staline !

Le XXème Congrès du PCUS, tenu en 1956, et le processus de déstalinisation qu'il amorça, ne firent que proclamer ouvertement la victoire (qui s'avéra hélas définitive) des forces contre-révolutionnaires.

Le début de la déstalinisation démontre qu'un premier saut qualitatif avait déjà eu lieu (celle de la restauration du capitalisme).

Ce qui constitue en fait la principale source du danger de restauration capitaliste est le bureaucratisme et la recherche des privilèges !

Dans un pays comme l'URSS de la fin des années 1930, le secteur socialiste d'Etat embrasse toute l'industrie, le commerce, les transports et même une partie de l'agriculture. Le socialisme conduit donc à une centralisation sans précédent des moyens de production, et dans ces conditions, la tentation est grande pour les gestionnaires et les administrateurs de cette propriété sociale qui ne se sont pas encore affranchis de toutes les survivances du capitalisme qui persistent longtemps dans la conscience des hommes, de chercher à profiter de cette position privilégiée pour détourner à leur profit personnel une fraction du produit social...

Il n'est pas difficile de comprendre que de telles méthodes d'acquisition de ce produit social sont dans leur fondement parfaitement similaires à l'extorsion capitaliste du profit. Dans les deux cas en effet, une fraction du produit social ne revient ni directement, ni indirectement à ceux qui l'ont créé, mais est détournée par une classe qui profite de sa position privilégiée au sein des organismes dirigeants pour se l'accaparer.



Comment donc se préserver de ces phénomènes négatifs et de ce danger majeur ? La réponse nous a été donnée il y a longtemps déjà par Karl Marx.

« Précisément par l'exemple de la Commune [de Paris], Marx a montré que les titulaires des fonctions publiques cessent, en régime socialiste, d'être des « bureaucrates », des « fonctionnaires » au fur et à mesure que, sans parler de leur électivité, on établit en outre leur révocabilité à tout moment, qu'on réduit en outre leur traitement à un salaire moyen d'ouvrier, et qu'en plus on remplace les organismes parlementaires par des corps « agissants », « exécutifs et législatifs à la fois ». »

C'est en ayant en vue ces enseignements fondamentaux, qu'en 1927, dans son rapport au XVe Congrès du P(b)CUS, Staline reconnut qu'une partie des militants affectés à la lutte contre la bureaucratie, « tout en luttant contre la bureaucratie, se laissent parfois contaminer eux-mêmes par ce mal et le propagent dans les organisations du Parti ».

Pour Staline, la tentation bureaucratique était étroitement liée à l'existence de l'Etat, et ce phénomène se poursuivrait donc « à un degré plus ou moins fort » jusqu'à l'avènement du communisme. Staline recommandait comme meilleur moyen d'amputer cette tendance bureaucratique permanente d'accroître « l'activité des masses du Parti, en les faisant participer au règlement des questions de la direction du Parti et en perfectionnant systématiquement la démocratie à l'intérieur du Parti ».

Contrôle du bas sur le haut, telle est donc la recette fondamentale des mécanismes de la lutte contre les éléments bourgeois dans les organes du pouvoir sous la dictature du prolétariat.

Staline avait encore tout ceci à l'esprit quand en 1937, à l'occasion d'un discours prononcé devant les électeurs de sa circonscription, il leur conseilla de se montrer toujours vigilants, de ne jamais laisser leurs élus devenir « libres » et « indépendants » d'eux, de ne jamais les laisser dévier impunément du droit chemin quitte à « s'empêtrer dans des machinations pas tout à fait recommandables » une fois les élections passées, comme c'est la norme dans les pays bourgeois.

C'est ainsi que Staline rappelait à ses camarades-électeurs que la constitution soviétique avait « promulgué une loi conférant aux électeurs le droit de rappeler avant terme ceux de leurs députés qui commencent à biaiser, à dévier de la bonne voie, à oublier leur dépendance vis-à-vis du peuple, vis-à-vis des électeurs ».

« Loi remarquable que celle-là, camarades. Le député doit savoir qu'il est le serviteur du peuple, son délégué envoyé au Soviet suprême, et il doit s'en tenir à la ligne qui lui a été tracée dans son mandat par le peuple. Si le député a dévié de son chemin, ses mandants ont le droit de demander de nouvelles élections et de blackbouler le député fourvoyé. (Rires, applaudissements.) Loi remarquable que celle-là. Mon conseil, conseil de candidat- député à ses électeurs, est qu'ils n'oublient pas ce droit, le droit qu'ils ont de rappeler avant terme les députés, de surveiller leurs députés, de les contrôler et, s'ils s'avisent de dévier de la bonne route, de les secouer de leurs épaules, d'exiger de nouvelles élections. Le gouvernement a le devoir de fixer de nouvelles élections. Mon conseil est de ne pas oublier cette loi et de s'en servir à l'occasion ».

Il faut également rapprocher cet avertissement d'un autre avertissement que Staline lança à la même époque. Il suffit aujourd'hui de relire la conclusion du précis d'Histoire du P(b)CUS à l'aune de la contre- révolution bourgeoise-révisionniste victorieuse pour y voir l'avertissement permanent que Staline lançait à tous les membres du Parti :

« On peut reconnaître pour règle générale, dit le camarade Staline, qu'aussi longtemps que les bolcheviks conserveront leur liaison avec les grandes masses du peuple, ils seront invincibles. Et au contraire, il suffit que les bolcheviks se détachent des masses et rompent leur liaison avec elles, il suffit qu'ils se couvrent de la rouille bureaucratique, pour qu'ils perdent toute leur force et se transforment en une nullité ».

Lorsque les khrouchtchéviens proclament l'avènement de "l'Etat de tout le peuple" alors que le communisme n'est pas instauré, ils ne font rien d'autre que proclamer "l'extinction de la lutte de classes" afin de désarmer le prolétariat soviétique pendant qu'eux-mêmes passent à l'offensive. La similitude est frappante avec l'Etat de notre "bon vieux" capitalisme "classique" qui, lui aussi, aime à l'occasion proclamer son caractère "démocratique pour tous" afin de faire croire au prolétariat qu'il n'a plus rien à conquérir puisqu'il a soi-disant conquis des droits politiques égaux vis-à-vis de ceux des classes exploiteuses...

En URSS, l'accumulation quantitative d'éléments bourgeois au sein des organes de l'Etat, du Parti et de l'Armée a pu longtemps être évitée grâce à une vigilance révolutionnaire de tous les instants et à une participation directe des masses populaires aux mécanismes de contrôle sur les organes du pouvoir soviétique. Des éléments hostiles parvinrent certes de manière continue à pénétrer au sein de ces organes ou a en émerger spontanément au cours des années 1920-1930, mais ils en furent alors systématiquement ponctuellement épurés et ne purent ainsi jamais atteindre une masse critique représentant un danger pour le pouvoir de la dictature du prolétariat.

Mais la guerre d'extermination livrée par l'impérialisme allemand changea fondamentalement la donne. Elle força ces organes à mettre au second plan ─ si ce n'est à suspendre complètement ─, la lutte contre les éléments bourgeois infiltrés et les bureaucrates dégénérés. Elle leur permit pendant plusieurs années de prospérer et de prendre une extension de plus en plus large au moment même où le P(b)CUS voyait disparaître brutalement et en masse de ses rangs ses meilleurs éléments, ses membres les plus fidèles et les plus dévoués à la cause du communisme. La situation exceptionnelle induite par la guerre conduisit à un affaiblissement sans précédent de la participation des larges masses populaires à l'administration du pays, et donc à un affaiblissement directement proportionnel de la lutte contre les éléments bourgeois dégénérés s'y infiltrant ou en émergeant spontanément. Cette situation conduisit donc à une accumulation quantitative accélérée de ces éléments hostiles à la dictature du prolétariat.

Dans ces conditions, la situation politique interne du P(b)CUS était grosse de dangers dans l'immédiate après-guerre. Ces éléments bureaucrates et carriéristes coupés des masses qui avaient pu prospérer librement sans être épurés, en étaient arrivés à représenter un seuil critique, et le saut qualitatif contre-révolutionnaire menaçait.

A l'évidence, Staline avait pris conscience de ces dangers, de l'affaiblissement qualitatif du P(b)CUS et de la nécessité de combler rapidement ce vide en formant une nouvelle génération de bolchéviks ─ un souci dont témoignent de manière incontestable ses derniers écrits polémiques avec les théoriciens qui se faisaient les porte-paroles de ces tendances néo-bourgeoises, son implication dans la mise au point du Manuel d'économie politique, ainsi que son rôle dans la mise à l'écart des éléments révisionnistes et conciliateurs de la direction soviétique en décembre 1952.



Mais les menées et les intrigues sous-terraines de ces éléments néo-bourgeois dégénérés ne lui en laissèrent ni le temps ni la possibilité. Dans l'immédiate après-guerre, ces éléments avaient rapidement pris conscience que le rapport de forces avait évolué en leur faveur, et qu'ils avaient peut-être désormais la possibilité de se soustraire aux mécanismes de contrôle populaire, avec à la clef la promesse d'une vie plus paisible et la possibilité de pouvoir enfin rechercher des privilèges sans avoir à être inquiétés, sans avoir au dessus de sa tête la menace permanente du poing de la dictature du prolétariat. Telle est la base sociale fondamentale de la contre-révolution bourgeoise-khrouchtchévienne qui triompha en URSS en 1953.

Dans le domaine de l'industrie, qui est dans sa totalité directement centralisée dans les mains de l'Etat, la seule prise de pouvoir de la nouvelle bourgeoisie constitua le saut qualitatif qui transforma la propriété du peuple tout entier en propriété capitaliste monopoliste d'Etat.

Mais cela ne suffisait pas aux nouveaux exploiteurs. Pour eux, les sommes colossales dépensées par l'Etat soviétique dans l'agriculture étaient une entrave à leur accumulation. L'Etat néo-bourgeois avait en effet hérité de la période socialiste la propriété des principaux moyens de production du secteur agricole ─ les stations de machines et tracteurs (SMT) étant simplement "louées" aux kolkhozes. La "réforme" des khrouchtchéviens ayant abouti à la vente des SMT aux kolkhozes en 1957 permit donc d'alléger un fardeau jugé bien trop lourd par la nouvelle bourgeoise "soviétique".

Par cette "réforme", ce n'était pas seulement un recul en arrière "limité" ─ c'est-à-dire pouvant certes plonger l'agriculture soviétique dans de graves difficultés, sans que cela ne remette cependant en cause son caractère "socialiste" ─, comme essaie de le faire croire notre "camarade" qui cite au passage Staline pour appuyer son argumentaire. Staline parlait effectivement de l'éventualité d'une telle réforme comme d'une tentative « de faire tourner à rebours la roue de l'histoire », mais sans préciser davantage sa signification profonde, car ce débat était censé être clos depuis longtemps.

Rappelons que la propriété étatique sur les SMT était inscrite dans l'article n°6 de la nouvelle constitution de l'URSS adoptée en décembre 1936. Staline ne pensait alors certainement pas que son Parti avait dégénéré au point de pouvoir mettre en œuvre une telle "réforme" quelques années plus tard...

La vente des principaux moyens de production aux kolkhozes en 1957 ne pouvait signifier qu'une seule chose : la restauration du capitalisme dans l'agriculture sous la forme de fermes coopératives de type capitaliste, qui elles aussi possèdent en propre leur gros outillage. On peut ainsi affirmer que dès 1957, c'est la propriété socialiste dans son ensemble ─ dans l'industrie comme dans l'agriculture ─, qui avait été liquidée par la nouvelle bourgeoisie monopoliste d'Etat.

Toutes les réformes ultérieures du "socialisme du marché" ─ à l'instar de la première d'entre elles, la réforme des sovnarkhozes de 1957, puis celle de Liberman-Trapeznikov-Kossyguine en 1965 ─, ne viseront nullement à affaiblir la dictature du prolétariat (alors déjà liquidée !) et à préparer la restauration du capitalisme.

Ces réformes viseront uniquement à rechercher les méthodes de gestions les plus efficaces, les plus capables de privilégier la croissance de la rentabilité des entreprises formant le secteur capitaliste monopoliste d'Etat, c'est-à-dire d'augmenter la masse des profit extorqués : autonomie de gestion visant à "stimuler les initiatives", recherche de la rentabilité financière immédiate maximale, abandon de la primauté de l'industrie de production des moyens de production au profit des branches de l'industrie légère à plus basse composition organique en Capital, etc.

Il est évident que ces méthodes ne sont que des formes de gestion dont l'importance est en réalité secondaire. Ces formes ne sauraient en effet éclipser leur fondement commun : un contenu bourgeois induit par l'existence d'une classe exploiteuse au sein même de l'appareil d'Etat et du Parti, c'est-à-dire une classe détenant simultanément le pouvoir économique et politique.

Evidemment, les capacités d'accumulation et plus encore la possibilité pour cette néo-bourgeoisie de "jouir" du profit qu'elle avait extorqué étaient limitées ─ relativement à celles de son homologue des pays impérialistes d'Occident.

Sa capacité à détourner à son profit le produit social était donc relativement restreinte, d'autant plus qu'elle ne pouvait s'afficher trop sensiblement dans le luxe sans avoir à craindre de se démasquer immédiatement aux yeux des masses populaires. Ce sont ces "limitations" qui détermineront l'extension de plus en plus large de la corruption et du marché noir, dont notre "camarade" fournit d'ailleurs des exemples prouvant qu'ils avaient pris de vastes proportions : « l'économie informelle » représente ainsi autour de 10 % du PIB "soviétique" à la fin des années 1960, et près du tiers du chiffre d'affaires du secteur capitaliste monopoliste d'Etat vers 1985.

Mais ces méthodes parallèles et sous-terraines assez "artisanales" ne permettaient alors pas une accumulation individuelle assez rapide. Dans ces conditions, une fraction de cette bourgeoisie confrontée à la crise de stagnation économique des années 1970-1980 se décidera à... brader la propriété capitaliste monopoliste d'Etat afin de renouer résolument avec les profits tout en réalisant au passage une accumulation primitive foudroyante pour quelques individus bien placés... L'intelligentsia néo-bourgeoise privilégiée qui rêvait depuis longtemps d'accéder au mode de vie de la grande bourgeoisie occidentale pût alors être comblée et les chantres de la "fin de l'Histoire" en profitèrent pour se déchaîner et déclarer la mort clinique d'un "communisme" qui avait soi-disant irrémédiablement échoué...

Dans ces conditions, il est évidemment de la plus haute importance de comprendre que la répartition du produit du travail dans la société "soviétique" post-stalinienne ─ c'est-à-dire du profit extorqué par la nouvelle classe exploiteuse ─, n'avait rien en commun avec le socialisme et reflétait indéniablement la restauration de l'exploitation du travail du prolétariat "soviétique".



Une étude publiée par le PTA en 1982 souligna le caractère bourgeois de la répartition du produit du travail dans l'URSS post-stalinienne.

Selon cette étude, on pouvait déduire de sources soviétiques que le rapport entre les plus bas et les plus hauts salaires au sein des entreprises industrielles étaient de près de 1 pour 11 ! Et à cela, il fallait ajouter le fossé encore plus grand en ce qui concerne la distribution des bénéfices et le partage des primes :

« Du point de vue de la structure sociale, le personnel de l'industrie soviétique comprend 4 % d'administrateurs et 96 % d'ouvriers. Quant à la répartition des fonds des stimulants matériels dans cette branche fondamentale de l'économie, les statistiques officielles indiquent que les administrateurs capitalistes de la production s'approprient 49,3 % des gratifications, le reste, soit 50,7 %, « étant distribué aux ouvriers ». (Sovietskaia Ekonomitcheskaia Reformu : Prodvijienie, Probleme, p. 197.) Ces faits prouvent que "la part du lion" revient aux représentants de la bourgeoisie révisionniste soviétique qui, investis du pouvoir d'Etat, sont en réalité les dirigeants effectifs de la production. Selon les statistiques susmentionnées, 1 % du personnel des entreprises soviétiques, investi de fonctions d'Etat (c'est-à-dire les gestionnaires capitalistes) reçoit 12,3% des gratifications, alors que le personnel privé de ce pouvoir, comme c'est le cas du prolétariat soviétique, n'en reçoit que 0,5 %, soit 25 fois moins. Il n'y a aucun doute que la grande bourgeoisie au pouvoir, tout comme la bourgeoisie occidentale, nourrit de ses "miettes" l'opportunisme au sein du mouvement ouvrier ».

A la même époque, en Albanie socialiste, l'amplitude entre les plus bas et les plus hauts salaires ─ c'est à dire entre la rémunération d'un paysan coopéré et celle d'un ministre ─, variait dans un rapport de 1 à 2 !

Il n'est ainsi pas difficile de comprendre que la persistance « d'acquis sociaux » hérités de la période socialiste et même de « hausses de salaires » ponctuelles ne constituaient dans ce cadre aucunement des preuves que les rapports de production socialistes perduraient fondamentalement dans la société "soviétique" post-staliniste.

Nous en voulons pour illustration le fait que le prolétariat chinois voit ainsi aujourd'hui sa bourgeoisie lui accorder de plus en plus volontiers des "chaînes dorées" de cette sorte, parce que cela est aujourd'hui dans l'intérêt de l'impérialisme chinois qui voit le rapport de forces inter-impérialistes se modifier rapidement en sa faveur et que sa situation économique relativement confortable (par rapport à celle de ses concurrents) le lui permet.

La stagnation économique servit de prétexte aux gorbatchéviens pour démanteler le social-impérialisme soviétique au profit de son principal concurrent ─ l'impérialisme américain ─, sous le slogan doublement mystificateur d'extension de la "démocratie" et de la "transparence", qu'il fallait alors opposer aux méthodes "bureaucratiques" et "autoritaires" de l'aile impérialiste de la néo-bourgeoisie monopoliste d'Etat. Les méthodes de cette dernière étaient alors jugées responsables de la décomposition économique de plus en plus patente, et comme ces méthodes étaient de tendance "centralisatrices" on les assimila mensongèrement à celles de la période staliniste.

L'époque moderne est caractérisée par le passage du mode de production capitaliste au mode de production communiste.

Chacun de ces modes de production possède plusieurs stades, selon son niveau de développement notamment. Le mode de production capitaliste (basé sur la propriété privée des moyens de production) comprend ainsi le stade pré-monopoliste et le stade monopoliste, c'est-à-dire impérialiste.

De même, le mode de production communiste (basé sur la propriété collective des moyens de production) compte deux stades fondamentaux : le stade inférieur socialiste, où la propriété socialiste peut ne pas encore embrasser tout le tissu économique et où peuvent persister des couches petite-bourgeoises, et le stade supérieur, celui du communisme, où la propriété sociale a atteint son stade supérieur dans toute l'économie et où n'existent plus de classes sociales distinctes.

Sous le capitalisme, et durant la phase de transition au communisme, existe l'Etat, instrument aux mains de la classe détenant les moyens de production. Sous le capitalisme, il sert à réprimer les travailleurs et à perpétrer l'esclavage salarié. Sous le socialisme, il sert à consolider le pouvoir des travailleurs et à briser la résistance opposée par les anciennes classes exploiteuses et leurs débris.

Dans un système comme dans l'autre la démocratie revêt toujours un caractère de classe et exclut de sa sphère d'action soit les exploités (sous le capitalisme), soit les anciens exploiteurs (sous le socialisme). Ce n'est ainsi jamais une démocratie "pure", pour tous.

Le social-impérialisme existe donc bel et bien. Il s'agit seulement d'un capitalisme monopoliste d'Etat "classique" maquillé d'une phraséologie pseudo-marxiste : "socialiste" en paroles, impérialiste dans les faits !

Ce social-impérialisme émerge à la suite de la constitution d'une nouvelle classe exploiteuse au sein même des organismes économiques et politiques dirigeants. A l'instar de notre capitalisme, il peut revêtir simultanément plusieurs visages : celui de la démocratie ─ notamment à l'égard de ses exploités indigènes lorsqu'ils bénéficient de "chaînes dorées" les aidant à accepter le joug de l'esclavage ─, et celui de la dictature fasciste et terroriste ouverte du Capital, quand il lui faut réprimer la résistance et les aspirations des exploités et des peuples opprimés.

Affirmer que l'URSS post-staliniste n'avait plus rien de socialiste ─ sinon le nom ─, n'a rien à voir avec le trotskisme. Ayant échoué à rallier à ses thèses les membres du P(b)CUS, Trotski prenait prétexte du danger permanent (au demeurant bien réel) du développement des éléments bureaucrates au sein des organismes dirigeants, pour faire croire que les éléments bureaucrates avaient déjà triomphé sous la direction de Staline.

Or le développement économique impétueux et harmonieux de l'URSS, alors seul pays au monde à ne pas subir le contrecoup de la Grande Dépression, suffit à prouver que les rapports de production socialistes y dominaient alors et constitue donc à lui seul un cinglant démenti à la soi-disant victoire de la bureaucratie "stalinienne". On ne peut évidemment en dire autant de l'URSS post-staliniste...

Ce qu'il faut retenir :

- Sous le socialisme, l'Etat et le Parti communiste sont les lieux où se manifestent le plus âprement la lutte des classes une fois les classes sociales exploiteuses liquidées : les éléments bourgeois hostiles chercheront à s'en emparer à n'importe quel prix ─ qu'il s'agisse d'anciens débris revanchards infiltrés de l'ordre ancien ou d'éléments bureaucrates et carriéristes nouveaux aspirant à profiter de leur position privilégiée pour acquérir de nouveaux privilèges...

- Dans un pays socialiste où l'industrie se trouve entièrement socialisée dans les mains de l'Etat, la constitution d'une nouvelle classe bourgeoise au sein même de l'appareil de l'Etat et du Parti peut conduire au rétablissement immédiat du capitalisme sous la forme d'un capitalisme monopoliste d'Etat...

- La forme, en apparence préservée de la propriété sociale des moyens de production ─ mais en apparence seulement ! ─, sert alors en fait au nouveaux exploiteurs à masquer son nouveau contenu bourgeois, et la propriété étatisée est alors du même type que celle du secteur "public" des pays capitalistes traditionnels...

- Dès lors qu'elle accède au pouvoir et parvient à s'affranchir des mécanismes de contrôle populaire qui constituent le fondement essentiel de l'Etat de dictature du prolétariat, le pouvoir de la nouvelle bourgeoisie nomenclaturiste aboutit à la transformation de l'Etat socialiste en un Etat bourgeois des plus classiques et que l'Etat devient alors un instrument de mystification, d'oppression et de répression orienté contre les travailleurs et leurs intérêts...

- La seule chose qui restait alors du "socialisme" dans l'URSS social-impérialiste se ramenait alors à des "acquis sociaux" ─ au demeurant guère plus "socialistes" que ceux qu'accordent temporairement les Etats impérialistes dominants à leur exploités "privilégiés" au cours des périodes de relative prospérité économique ─ c'est-à-dire des chaînes dorées grâce auxquelles les exploiteurs achètent la paix sociale ─, et que la nouvelle classe exploiteuse monopoliste d'Etat "soviétique" ne put maintenir qu'aussi longtemps que l'économie du pays ne connût pas de crise économique majeure...

Luniterre 29/07/2018 02:20

Bonjour,

Je viens de lire la série des 3 articles...

Il est vrai qu'un bon graphique en dit souvent plus qu'un long discours...

Plus que la production des voitures ou que la productivité en général, il y a une courbe qui dit encore bien mieux l'histoire, c'est celle de la durée de vie ...humaine. La « production de vie », en quelque sorte, de la société considérée...

Voici, en lien, celle que j'ai republié, récemment, dans un article sur la réforme des retraites en Russie, et qui va de 1896 à 2015 :

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/07/graphe-duree-de-vie-urss-russie.jpg

La cassure démographique est nette à partir de 1961. Cela correspond aux résultats désastreux des « réformes » khrouchtcheviennes, notamment dans le domaine agricole, avec le démantèlement des Stations Machines Tracteurs, qui a déséquilibré complètement le travail des kolkhozes et détruit ce lien essentiel entre villes et campagnes, industrie et agriculture.

Dans la mesure où les moyens de production cessaient d'appartenir à l’État pour rentrer dans le budget « achat » des kolkhozes, on peut parler d'une forme de privatisation. Dans l'industrie la réforme aboutissait au même type de « gestion autonome », même si ce n'était pas aussi formel, en terme de propriété.

Même si le « plan » subsiste formellement, il se trouve en fait soumis à des effets de marchés, inévitablement dus aux relations inter-entreprises et à leur nécessité de « rentabilité » au sens budgétaire et bureaucratique du terme : la bureaucratie doit se conserver une marge sur ce budget « autonome » pour des salaires suffisamment élevés à sa guise.

Même s'il ne dit pas son nom, il s'agit déjà d'une forme de « socialisme de marché », c'est à dire de capitalisme, en fait, même si « national » et bureaucratique,

L'effondrement de l'URSS n'est jamais qu'une phase provisoire de mutation « comprador » de ce capitalisme, qui cesse donc un temps d'être « national », jusqu'à la reprise en main par le clan Poutine.

La contre-révolution a eu lieu avec Khrouchtchev, en fait, et la véritable fin du socialisme aussi.

C'est donc dans la période de reconstruction après guerre que s'est cristallisé la tendance révisionniste qui a abouti à la mort de Staline, mais s'était déjà manifesté dès 1948, avec celle d'Andreï Jdanov.

Ce sont les luttes de classe sous la période stalinienne qui nous permettent de comprendre les causes de la contre-révolution, et non celles de la dégénérescence de la bourgeoisie nationale bureaucratique, de Khrouchtchev à Gorbatchev, même si ce n'est pas non plus dépourvu d'intérêt.

Si l'on reprend l'histoire du 19ème Congrès, en 1952, on comprend que Staline avait su tirer les leçons et s'apprêtait à une véritable nouvelle avancée révolutionnaire, basée sur les principes économiques de la Critique du Programme de Gotha, et qui visait précisément à limiter et à réduire encore les relations économiques de type marchandes-monétaire, tout en réglant les échanges au mieux sur la base de la valeur-travail, du temps de travail socialement nécessaire, utilisant enfin la loi de la valeur de façon maîtrisée, et non au sens libéral de la loi du marché.

C'est toute la différence entre économie qui est encore formellement « marchande », mais réellement planifiée en fonction des besoins sociaux, et donc en rupture avec le capitalisme, et « économie de marché », soumise à la loi de l'offre et de la demande, la « main du marché », qui est de nature entièrement capitaliste.

Staline nous l'explique à sa manière, dans « Les problèmes économiques du socialisme en URSS », en reprenant, dans les conditions concrètes de l'URSS de son temps, les catégories d'analyse présentes dans la Critique du Programme de Gotha, à laquelle il fait expressément allusion, du reste.

La CPG de Marx n'est en rien une recette de cuisine, mais un outil théorique puissant, en lien avec tous les fondamentaux de son œuvre, et plus que jamais d'actu, à l'heure de l'informatique et de l'interactivité ! A ré-contextualiser, donc, comme a tenté de le faire Staline, peu « avant » sa mort, mais nombre d'historiens russes y voient donc précisément un lien de cause à effet...

Il ne s'agit pas non plus de dresser un panégyrique de Staline, mais de comprendre pourquoi cette ligne nouvelle, apparue au 19ème Congrès, n'avait pas pu s'imposer plus tôt, et pourquoi elle a cristallisé définitivement le camp de la réaction révisionniste.

Luniterre

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/11/les-problemes-economiques-du-socialisme-en-urss.pdf


https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/


https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/05/17/marx-200-ans-quelle-signification-de-son-detour-russe/



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CHADI 27/10/2017 18:30

Cette série d'articles,bien charpentés sur le plan intellectuel,ne sont d'aucun intérêt en matière de protection de la révolution prolétarienne contre la trahison fomentée à l'intérieur de l'URSS par les
ennemis intérieurs,et qui complotaient et complotent à ce jour contre leur propre pays pour le compte de
l'oligarchie occidentale. Si nos amis russes persistent dans leur naïveté,qui consiste à faire des analyses
trop savantes pour remédier à des maux,qui requiert certes des solutions appropriées,qui laissent de côté l'ennemi mortel - à savoir les vils traîtres à la solde de l'Occident - ils se trouveront au final en face
du désastre,auquel l'empire oligarchique occidental consacre toutes ses énergies ,celui de la destruction pure et simple de la Russie.
La Russie aujourd'hui,comme l'URSS hier,n'a qu'un seul et redoutable ennemi : les traîtres issus de la Russie elle même. Le second ennemi,non moins mortel,est cette frilosité des dirigeants russes face aux occidentaux,et qui consiste à satisfaire leurs exigences absurdes sur le respect des prétendus"droits de
l'homme"et"démocratie".
Imaginons un peu l'attitude des etats unis dans le scénario de la sécession d'un État et que l'URSS
fomente des actes hostiles contre l'Amérique. Il est évident que les événements déboucheraient
irrémédiablement vers une guerre totale URSS-USA.
Finalement,le problème des russes peut se résumer en ce dilemme : ils"gèrent" le complot occidental pour avoir la"paix". Et bien sûr,ils auront le complot et ses conséquences désastreuses et la guerre...

GQ 12/06/2015 17:55

Complément aux graphiques illustratifs : la production automobile en Russie seule a atteint 2 300 000 unités en 2012, avant la crise artificielle provoquée par les sanctions.

imbert olivier 17/03/2015 10:10

et repose comme depuis assez longtemps sur les sciences et structures y compris ondulatoire de la matière, qui sans être pour le militaire et le cosmos( drome eet un peu port) et l'aéro-atmosphérique(drome et port) toujours susceptible d'autre chose que d'une productivité absolue d'indépendance et souveraineté nationale et individuelle, mais aussi possède de l'importance induite d'une productivité relative et marginale d'importance dans l'effectivité et la qualité des mesures dans le socialisme.