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Réveil Communiste

Présentation à Cuba d'un film sur Toussaint Louverture

5 Mai 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba

Lu sur Cuba Coopération, extrait de Granma international en français :

Pour ceux qui ignorent encore Haïti


• Première à La Havane d’un film sur Toussaint-Louverture, le précurseur de l’indépendance haïtienne, à l’occasion du 210e anniversaire de son assassinat

• Le jacobin noir est réhabilité par le cinéma après l'hommage que lui rendit l'UNESCO en 2004

• Réalisé sous les auspices de l'Exposition itinérante de cinéma de la Caraïbe, le film se veut un rappel à ceux qui ignorent encore Haïti, le premier pays à s'être libéré du colonialisme et de l'esclavage en Amérique latine


Gabriel Molina Franchossi

FRANÇOIS-DOMINIQUE Toussaint-Louverture, le jacobin noir, figure emblématique de l’essor et du déclin de la Révolution française, est l’objet d’une évocation imposante au château médiéval de Fort de Joux, première étape de la Route de l’abolition de l’esclavage proclamée en 2004 par l’Organisation des Nations Unies, à l’initiative de l’UNESCO.

À l’occasion du 210e anniversaire de sa mort – en juin 1802, il fut fait prisonnier par Napoléon Bonaparte et déporté en France, où il mourut, à l’âge de 60 ans – la Caraïbe lui a rendu hommage avec la projection du film Toussaint-Louverture, au cinéma 23 et 12 de La Havane, qui a été présenté par le directeur de l’Exposition itinérante Rigoberto Lopez, en présence du ministre cubain de la Culture, Rafael Bernal, et de l’acteur haïtien Jimmy Jean-Louis, qui incarne le précurseur de l’indépendance haïtienne, invité avec le concours de l’ambassade d’Haïti et de Hollyood Unites for Haiti. Jimmy Jean-Louis a conquis le public par une interprétation réussie.

Toussaint-Louverture fut fasciné par l’idéologie de la Révolution de 1789 et il termina sa vie en France, emprisonné au Fort de Joux – une sinistre prison de haute sécurité proche de la frontière suisse – par celui qui fut l’artisan du déclin du processus révolutionnaire français, Napoléon Bonaparte.

Cette étape initiale de la Route rend un hommage mérité au général haïtien, né voici 265 ans, le 1er novembre 1743. Esclave comme son père, qui fut arraché du Dahomey, aujourd’hui le Bénin, Toussaint-Louverture mena l’unique rébellion victorieuse de l’Histoire contemporaine, laquelle déboucha aussi sur la première émancipation du colonialisme en Amérique latine. Mais il paya cher son audace. Ce pays, autrefois la colonie la plus riche de la terre, est devenu aujourd’hui la nation la plus pauvre de la région.

Rien n’est plus émouvant que de voir sa cellule, l’ultime demeure du glorieux général sur les collines, au pied des Vosges, en Lorraine, dans l’Est de la France. C’est l’une des régions les plus froides du pays et qui a le plus souffert au cours de l’Histoire, car elle a été le théâtre des nombreuses guerres livrées par les Français depuis la conquête de Rome jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Ce château est une forteresse qui fut chaque fois adaptée aux nouvelles exigences militaires, depuis les 11e et 12e siècles, car il est situé à un carrefour traversé par les armées ennemies depuis l’Empire romain jusqu’aux armées en provenance d’Allemagne et de Suisse. Il est perché au sommet de collines élevées, à environ 940 m au-dessus du niveau de la mer, afin de défendre les hauteurs stratégiques où il est situé.

Les idées de la Révolution française eurent une influence décisive sur Toussaint de Breda – il tenait son nom de la plantation de Bréda, où il fut cocher. Enfant chétif, ses propriétaires ne l’obligèrent pas à travailler dans les champs et lui permirent d’apprendre à lire et à écrire. Les Commentaires de César et d’autres écrits militaires lui donnèrent l’occasion de s’initier aux rudiments de la stratégie et de la tactique. Il devînt si bon cavalier qu’on l’appela « le Centaure de la Savane ».

Il fut affranchi en 1776, à 33 ans, alors que débutait la guerre d’indépendance des États-Unis. Quinze ans plus tard, le 30 octobre 1791, peu avant de fêter ses 48 ans, il rejoignit le soulèvement des esclaves haïtiens qui, la haine au coeur, se vengèrent cruellement des traitements barbares qui leur étaient infligés. Toussaint-Louverture fut choisi pour négocier avec les autorités. Mais celles-ci refusèrent l’offre de reddition et firent la sourde oreille aux demandes des trois commissaires – Sonthonax, Polverel et Ailhaud –, envoyés depuis Paris par l’Assemblée nationale, qui était au courant d’un plan d’invasion britannique. Ils pensaient que la chute de l’île serait un désastre pour la métropole française.

Les négociations ayant échoué, Toussaint-Louverture fit appel aux Espagnols qui occupaient à l’est les deux autres tiers de l’île (La Hispaniola, aujourd’hui la République dominicaine), et qui étaient les alliés des Britanniques contre les Français. Lui et les autres dirigeants rebelles reçurent les grades de général en chef de l’armée espagnole, et ils commencèrent à combattre les forces françaises sur la côte occidentale. Mais le 29 août 1793, face aux premiers signes d’une attaque anglaise, les commissaires français proclamèrent l’abolition complète de l’esclavage et l’émancipation des esclaves noirs, pour les inciter à soutenir la France.

Ce même jour Toussaint-Louverture lança sa propre proclamation : « Frères et amis. Je suis Toussaint-Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. »

Lorsque l’Assemblée nationale de France décréta officiellement l’abolition de l’esclavage, Toussaint-Louverture rompit avec l’Espagne et adhéra à la proclamation de liberté des Français, avec 4 000 soldats en première ligne. En 1795, l’armée espagnole fut défaite, grâce à ses efforts notamment. Battre les Britanniques qui continuaient de recevoir des renforts fut une tâche plus longue et ardue qui devait durer jusqu’en mai 1798. L’armée britannique essuya de nombreuses pertes : entre

20 000 et 60 000 morts d’après les chroniqueurs. Toussaint-Louverture reçut l’aide du gouvernement des États-Unis, le président John Adams et son secrétaire d’État Timothy Pickering craignant encore un coup de leur ancienne métropole. C’est ainsi que commença le commerce, encouragé par Hamilton. Mais même si Toussaint-Louverture avait fait construire des chemins et des écoles, Napoléon refusa de lui envoyer un seul instituteur.

« La colonie de Saint-Domingue, qui était placée sous mon commandement, jouissait d’un grand calme, d’une culture et d’un commerce florissants », écrivit-il dans ses Mémoires. Cependant, lorsque Jefferson remporta les élections présidentielles de 1800, aussitôt après avoir accédé à la Maison-Blanche, le 4 mars 1801, il se retourna contre le héros haïtien et fit savoir à Talleyrand, le ministre des Affaires étrangères de Napoléon, que la France pouvait recevoir tout le ravitaillement nécessaire pour reconquérir Saint-Domingue.

Au terme des hostilités avec la Grande-Bretagne après la Paix d’Amiens, Napoléon put bénéficier du soutien de Jefferson pour attaquer Haïti. Il arma une imposante flotte pour envahir l’île, placée sous les ordres de son beau-frère, le général Victor Emmanuel Leclerc. Environ 20 000 hommes débarquèrent en février 1802 sous les ordres de Leclerc et sous le faux prétexte de rétablir l’autorité française. Une fois leurs positions prises, ils désarmèrent les Noirs et rétablirent l’esclavage. Le général noir fut arrêté et déporté vers la France, et emprisonné au Fort de Joux en 1802.

Cette prison de haute sécurité que personne ne pouvait même approcher et où les visites étaient interdites fut sa dernière demeure, au milieu d’un isolement rigoureux décrété et vérifié par Napoléon. Le révolutionnaire haïtien mourut le 7 avril 1803. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’empereur reconnut son erreur.

Malheureusement, le film, qui parvient à recréer le contexte dans un respect historique assez rigoureux, ne reconnaît pas le rôle négatif des États-Unis sur l’échiquier des intrigues diplomatiques contre Toussaint-Louverture et Haïti, ni que la France ait monnayé l’indépendance d’Haïti par le biais d’une indemnisation. Cette indépendance acquise par les armes n’a été reconnue par la France qu’en 1825, sous la condition du paiement d’une indemnisation des colons français qui avaient perdu leurs propriétés. Ainsi, l’existence d’Haïti relève de conditions historiques particulières, dont les conséquences perdurent jusqu’à nos jours.

La France a rendu tardivement justice à François-Dominique Toussaint-Louverture, dit « l’initiateur », en inscrivant à Fort Joux ses paroles prononcées durant son emprisonnement : « En me renversant, vous avez seulement abattu le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs. Mais il repoussera par les racines, car elles sont nombreuses et très profondes ». En effet ces racines se sont propagées en France, à travers l’Amérique, dans le monde entier. Et même aujourd’hui jusqu’aux États-Unis.

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