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Réveil Communiste

Pour un parti communiste des temps d’orage (augmenté)

17 Mars 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Réseaux communistes

 

sur lepcf.fr, point de vue, suivi d'un commentaire de JC Delaunay et de la réponse de l'auteur

par  jean jullien

Le monde capitaliste a engendré une nouvelle crise d’ampleur inégalée, où il s’enfonce depuis plus de cinq ans.

Afin de préserver les profits, l’Etat de la bourgeoisie accumule les mesures antipopulaires, détruit les protections sociales, diminue les salaires, augmente les taxes et les tarifs publics, de sorte que la consommation des masses ne peut plus absorber les richesses produites, lesquelles sont détruites, ainsi que les moyens de production.

Les plus grandes entreprises suppriment encore des postes de travail pour accroître la productivité. Des dizaines de milliers de salariés sont ainsi jetés à la rue et des régions entières sinistrées par le chômage.

Pour faire accepter cette régression insupportable, l’Etat bourgeois est capable d’utiliser tous les moyens, de la persuasion par des medias et des syndicats stipendiés à cet effet, jusqu’à la violence armée policière ou militaire, ou encore celle des groupes paramilitaires fascistes.

Ainsi la police de Valls en crevant l’œil d’un sidérurgiste belge, aussitôt licencié, nous remémore l’assassinat en décembre 1947 de plusieurs grévistes par la police du ministre socialiste Jules Moch.

La dictature de la classe capitaliste prend selon les circonstances le visage de la démocratie et de la liberté d’expression, ou bien celui de l’oppression et du terrorisme d’Etat. Mais lorsque la crise s’aggrave, la concertation n’est plus de mise. Bien au contraire, la concurrence entre les monopoles accentue entre eux et entre les Etats la guerre économique, la guerre des monnaies et finalement la guerre tout court. Les monopoles français ont déjà montré leurs ambitions bellicistes par la subversion et l’intervention militaire directe de l’autre côté de la Méditerranée. Mais aucune région n’est à l’abri ni aucune alliance car la rapacité des requins capitalistes peut déchirer les amis d’hier et précipiter leurs peuples les uns contre les autres, au nom de l’Union Sacrée des classes pour la défense de la Patrie.

Il faut un parti communiste authentique

Plus la situation se dégrade, plus le ciel est menaçant et plus se fait jour la nécessité non pas de réclamer « de nouveaux droits pour les salariés » ni de « réduire le pouvoir des actionnaires », mais de remplacer définitivement le capitalisme par le socialisme. Pour cela il faut un authentique parti communiste capable de diriger la lutte révolutionnaire dans toutes les situations que nous impose l’ennemi de classe : légale ou non, pacifique ou non.

La confiscation du parti de la classe ouvrière

Notre parti communiste doit se placer sous la direction idéologique de la classe ouvrière et organiser dans ses rangs prioritairement les éléments les plus résolus du prolétariat.

Marx écrivait dans le Manifeste du Parti Communiste « De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. »

De nombreux communistes sont ulcérés de voir le prolétariat écarté de la direction de son parti et réduit à un faire valoir. Tandis que ce parti se dissout dans l’idéologie et l’organisation sociales-démocrates, ce sont des classes intermédiaires nullement révolutionnaires qui le dirigent au nom de « l’humain », et qui en ont jeté tous les principes à la poubelle, jusqu’aux symboles de la classe ouvrière et de la paysannerie modeste, la faucille et le marteau.

Certains camarades ont dénoncé là avec lucidité un communisme de « bobos ».

La révision des principes marxistes-léninistes a eu pour résultat de remplacer la révolution socialiste par d’improbables réformes de structure dans le système capitaliste. En s’obstinant avec la foi du charbonnier dans la voie électoraliste, et sous le prétexte fallacieux de « ne pas faire le jeu de la droite », on en vient à répéter jusqu’à ce jour « vous avez eu raison d’y croire » alors que tout démontre le contraire.

Dès les années soixante d’autres communistes et anciens résistants, alertés par le rejet sans appel de toute l’œuvre de Staline et par la lettre en 25 point du Parti Communiste Chinois, empêchés de débattre au sein du PCF et exclus, avaient tenté de créer un nouveau parti communiste, le PCMLF. Mais cette tentative échoua face à l’afflux de la petite-bourgeoisie et à la vague social-démocrate de 1981.

Depuis d’autres camarades tentent encore d’impulser un nouveau parti ou de redresser la dérive révisionniste de leur parti, mais sans succès jusqu’à son dernier congrès, dont la majorité a soutenu la ligne de Paul Laurent et la fusion voire la dissolution prochaine dans le Front de Gauche.

Ne lâchez rien !

Ces derniers camarades, peut-être désemparés, mais toujours attachés à un précieux esprit de parti, ne veulent pas lâcher la proie pour l’ombre ni rejoindre d’autres groupes marxistes-léninistes, encore déchirés par quelques querelles sectaires. Et eux-mêmes ne sont pas unis sur d’importantes questions. Pensons à l’avenir : qu’ils fassent ce qu’ils jugent le plus utile pour rassembler tout ce qui peut l’être, mais qu’ils n’oublient pas le moment venu de récupérer la faucille, le marteau, le titre de communiste et avec eux tout le passé glorieux de leur parti et de ses sacrifices.

Qu’ils ne laissent là ni l’héritage ni la gloire, avant que leur parti ne sombre sans rémission dans la social-démocratie.

Unissons nos forces

Le temps presse, n’attendons que le ciel nous tombe sur la tête. La boussole du marxisme-léninisme et du parti communiste font cruellement défaut à classe ouvrière et aux masses populaires.

Pour l’heure, et avant de renouer avec l’esprit du congrès de Tours, nous appelons les communistes qui aspirent réellement à la transformation révolutionnaire de la société à unir leurs forces tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti révisionniste, à s’emparer du marxisme-léninisme et à confronter fraternellement leurs opinions. « Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme ; travailler à l’unité, non à la scission ; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots » (Mao Tsé-toung)

La révolution violente, la dictature du prolétariat font partie de ce débat que des décennies d’anticommunisme ont étouffé, mais aussi bien la bourgeoisie nous donnera elle-même la réponse. Nous ne souhaitons ni les uns ni les autres la violence et la contrainte mais ce sont les classes exploiteuses qui obligent les masses populaires à y recourir.

Il nous faut aussi juger notre passé et remettre en question l’esprit de secte et le penchant à la liquidation et à la scission stériles pour des queues de cerise, mais avec de lourdes conséquences pour notre cause ainsi paralysée des décennies durant.

Il est hors de question de créer une secte. Nos meilleures intentions n’auront aucun effet sans rassembler l’immense majorité des masses de notre pays. Et leurs intérêts matériels ne seront jamais déterminés par des accommodements électoralistes mais par l’étude attentive des classes de notre société, des alliés sûrs de la classe ouvrière et des éléments qu’elle peut neutraliser, afin d’isoler notre ennemi fondamental qui est le capitalisme monopoliste.

« Ni révisionnisme, ni gauchisme une seule voie : celle du marxisme-léninisme » (François Marty)

Seul le centralisme-démocratique au sein d’un authentique parti communiste nous permettra de progresser dans l’unité et dans une discipline librement consentie, en appliquant le matérialisme-dialectique à la réalité de notre pays. Mais dès à présent il nous faut les uns et les autres nous débarrasser de l’esprit de clocher, considérer à la fois ce qui nous unit et ce qui nous sépare et viser à l’unité en partant des faits.

Ces faits, c’est la cause des plus larges masses, et en particulier celle des plus exploités.

Unissons-nous pour un parti communiste des temps d’orage !

Editions Prolétariennes.

 

mercredi 13 mars 2013 à 11h25, par  Jean-Claude Delaunay

J’aime bien ce texte. Son élan me pousse à faire 4 remarques, avec les soucis, je l’espère, de droiture, de théorie, de recherche de l’unité des communistes, d’efficacité, qui animent son auteur.

1) La première concerne la désignation du système actuel "capitalisme de monopoles". Je dirai plutôt "capitalisme de monopoles, financiarisé et mondialisé". La dimension mondiale capitaliste a engendré l’hyperconcurrence, et celle-ci rend tout discours du genre "On va muscler l’économie, vous allez voir ce que vous allez voir", totalement douloureux pour celles et ceux qui subissent les séances de musclage (en particulier l’accroissement du degré de flexibilité du travail) et totalement illusoire pour les travailleurs. L’emploi et les salaires ne suivent pas car il faut toujours "muscler".

2) Il faut donc changer totalement la donne du capitalisme financier mondialisé. Je ne crois pas que nous en soyons à l’époque de la fin du capitalisme. Ce qui serait possible et nécessaire serait, selon moi, la fin de la domination du capitalisme. Je pense que le socialisme sera une phase au cours de laquelle le capitalisme ne sera plus dominant. Pour cela, les monopoles capitalistes doivent être éliminés.

3) La crise actuelle n’est pas seulement due aux délires de la finance mondialisée. Elle est due à l’incapacité du système à accoucher de la nouvelle société qu’il a pourtant engendrée. Cette nouvelle société est celle, selon moi, de la production non matérielle, venant en complément et prolongement de la société industrielle, celle de la production matérielle. Pour illustrer mon propos, on ne peut, par exemple, concevoir aujourd’hui une politique industrielle qui ne serait en même temps une politique de la science. Or produire de la science, c’est produire autre chose que des voitures.

4) La classe ouvrière a accumulé, en France, une expérience des luttes. En outre, pendant une longue période, la production (matérielle et non matérielle) sera valorisée monétairement. La classe ouvrière continuera donc d’être au coeur du mécanisme de l’exploitation que nous connaissons. Pour ces deux raisons il est compréhensible que la classe ouvrière entraîne les luttes. Mais je pense que simultanément, elle doit chercher une alliance à part entière avec les classes nouvelles qu’engendre le développement de la production non matérielle. Ce combat pour l’alliance n’est pas gagné d’avance, car il est plein d’embûches bien que nécessaire. Une organisation révolutionnaire est aussi nécessaire aujourd’hui pour la réaliser (alliance des travailleurs de la production matérielle et non matérielle) qu’elle le fut hier (alliance des ouvriers et de la petite paysannerie). Merci, mon camarade, pour ton texte vigoureux.


dimanche 17 mars 2013 à 00h44, par  Xuan

Salut camarade, et merci pour ton commentaire très fraternel.


Tes remarques mériteraient de très longs développements sur des sujets économiques ardus.
Quelques observations quand même, sans prétendre faire le tour.


(1) Sur le "capitalisme de monopoles, financiarisé et mondialisé".


La domination du capital financier sur le capital industriel et commercial avait déjà été mise en évidence par Marx ainsi que le caractère mondial du capitalisme, même si limité aux pays industriels, et Lénine avait prolongé son raisonnement en donnant « de l’impérialisme une définition englobant les cinq caractères fondamentaux suivants :


1) concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique ;
2) fusion du capital bancaire et du capital industriel et création, sur la base de ce “ capital financier ”, d’une oligarchie financière ;
3) l’exportation des capitaux à la différence de l’exportation des marchandises, prend une importance toute particulière ;
4) formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et
5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes.
L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes ».[l’impérialisme stade suprême]


Aujourd’hui, la domination du capital financier est encore plus poussée et elle atteint tous les domaines de la vie sociale et l’existence de chaque individu dans ses moindres recoins. De sorte que tous les rapports économiques antérieurs disparaissent ou lui sont inféodés.
On voit ainsi que les progrès techniques deviennent très rapidement des sources nouvelles de profit, par exemple la commercialisation par les agences bancaires de téléphones cellulaires permettant le télépaiement, la connexion à son compte, etc.


Dans tous les cas la « financiarisation » accentue les désordres et précipite la fin des rapports de production bourgeois, c’est la crise qu’on peut observer et qui n’est pas terminée parce que ses causes n’ont pas été supprimées.


Evidemment on mesure à quel point tous les discours sur la modération, le droit de regard ou le contrôle démocratique, la limitation, la moralisation de la finance sont des babillages d’enfant tant que l’Etat capitaliste n’est pas renversé et que la domination financière n’est pas entièrement exercée par une classe nouvelle.


Mais ce qui a changé profondément dans les rapports mondiaux c’est l’indépendance puis l’émergence des anciennes colonies.


L’industrialisation à marche forcée de ces pays constitue à la fois une source de profits pour nos monopoles mais aussi un obstacle qui ébranle les vieux empires coloniaux.


Directement ou indirectement les prolétaires des pays riches et ceux des pays pauvres sont mis en concurrence, auparavant à travers l’immigration dans les métropoles impérialistes, maintenant à des milliers de kilomètres de distance. Et bien sûr la crise économique accentue cette concurrence. C’est la remarque que tu fais « on va muscler l’économie ». Et combien de fois entend-on dans les CE exceptionnels le patron verser des larmes de crocodile sur les salaires chinois ?


Mais nous sommes aussi parvenus à une étape nouvelle, où la classe ouvrière mondiale a vu grossir ses rangs de centaines de millions d’ouvriers venus des campagnes.
Jamais le mot d’ordre du Manifeste « prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » n’a eu autant de poids qu’aujourd’hui.


Donc la mondialisation devrait être vue de façon dialectique à la manière de Marx, en étudiant ses aspects positifs et négatifs et en analysant toutes ses contradictions. C’est un vaste travail.
Par exemple l’ouverture libérale des frontières s’est retournée contre ses promoteurs en opposant aux pays riches la concurrence des pays émergents.


Les monopoles qui ont délocalisé dans ces pays ont détruit ici l’emploi industriel et déséquilibré la balance commerciale en favorisant l’importation de produits bon marché au détriment des exportations, (mais nous avons-nous-mêmes bénéficié en tant que consommateurs de ces produits bon marché comme le textile ou la Hi Fi).


A l’inverse, la crise des pays impérialistes a été atténuée par la poursuite de la croissance en Chine et en Inde, qui ont tiré l’économie mondiale.


On voit que la mondialisation est un phénomène irréversible et complexe qu’il faut essayer de comprendre pour guider notre action, et pas un orage dont il faudrait se protéger en se cachant la tête derrière un caillou ou en cédant aux sirènes protectionnistes.
Faut-il attendre passivement que l’égalisation autour d’un hypothétique salaire moyen mondial mette fin à la concurrence entre les salariés ?


Ou bien devons-nous saisir cette opportunité pour développer l’internationalisme prolétarien (même à l’échelle régionale européenne), afin que nos luttes communes contre des monopoles mondiaux s’épaulent mutuellement ?


Sur ton point (2) ce qu’on voit se dessiner c’est le déclin de la puissance impérialiste occidentale.


La mondialisation met en relief le déséquilibre monétaire causé par l’exportation de la dette américaine dont le dollar est régulièrement déprécié au détriment des autres pays, de sorte qu’une nouvelle monnaie mondiale devient une nécessité. Cette nouvelle monnaie reflèterait un nouvel équilibre économique mondial multipolaire qui est en cours de construction.
Le capitalisme ne disparaîtra pas pour autant mais ce bouleversement historique serait la fin de l’hégémonie US, et peut-être un coup très sévère pour l’impérialisme occidental, qui essaie à toutes forces d’y résister et finira peut-être par s’entre-déchirer. Pour la révolution prolétarienne dans ces pays, c’est une opportunité.


Sur ton point (3) concernant la production non matérielle :


La production non matérielle existe à travers sa matérialisation. Par exemple l’affaire Clearstream a révélé au public l’existence de logiciels permettant des transferts financiers virtuels quasi instantanés. Mais pour des raisons bien compréhensibles ces transferts doivent être consignés sur des supports matériels (les fameux listings), et même les opérations fantômes doivent faire l’objet de rapports non publics mais bien réels.


La contradiction vient surtout du fait que le développement de la production non matérielle devrait alléger le travail et réserver à l’activité humaine la part la moins contraignante physiquement et abolir le travail répétitif. Mais c’est l’inverse.


Ce qui rejoint ton dernier point (4)


L’automatisation, après les premiers plâtres essuyés, a laissé le travail le plus ingrat aux ouvriers qui ont dû conduire une, deux, puis quatre machines, les dépanner et rédiger les comptes-rendus.


Idem pour les techniciens, avec des armées de mécanos et d’électriciens débarqués ou envoyés en sous-traitance. Ceux qu’on appelait les « seigneurs », parce qu’ils savaient réparer ou bidouiller des cartes électroniques, n’ont plus qu’à commander les pièces de rechange en disant aux chefs de fabrication qu’on attend la livraison.


A l’exception des concepteurs proprement dits, des milliers de développeurs ont vu l’essentiel de leur travail se limiter à la maintenance et leur « liberté de création » s’amenuiser. La recherche et l’échange libres et gratuits ont été absorbés par la publicité, le commerce et la recherche du profit. Là-aussi il y a simplification du travail, prolétarisation et paupérisation à grande vitesse. D’où les alliances inévitables mais pas encore conscientes comme tu dis : "c’est pas gagné d’avance".


L’alliance autour de la classe ouvrière doit être fondée sur les intérêts et les situations matérielles des catégories sociales.


Il ne faut pas oublier les paysans pauvres, comme les éleveurs intégrés qui sont de quasi salariés.


Une dernière remarque : pour maîtriser l’automatisation les patrons ont voulu mettre la ceinture et les bretelles en embauchant des bacheliers (ou des BTS) qui sont maintenant affectés à des tâches d’ouvriers, et payés à des salaires de manars. C’est un grand risque d’exploiter des prolétaires aussi instruits.

Salut fraternel

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