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Réveil Communiste

pour JC Delaunay, le PCF actuel représente une frange de la petite bourgeoisie qui se croit représentative de "l'humain"

22 Février 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

sur lepcf.fr
Hypothèses sur la sociologie du 36ème Congrès - Quelles conclusions ?

A l’occasion du 36ème Congrès du PCF, rien n’a évolué ou bougé dans le comportement de ses dirigeants. Je suis donc, comme beaucoup, désolé d’observer leur incapacité à élaborer quoique ce soit de sérieux pour la lutte sociale et révolutionnaire, tant de court que de long terme, dans ce pays et dans le monde. Mais leurs idées, je le crois, ne doivent pas être analysées selon une grille morale. Elles sont partagées par l’opinion communiste majoritaire et représentent une ligne. Voici quelques hypothèses, émises par un communiste de vieille génération, relatives à la base sociologique de cette ligne et aux conclusions que l’on peut déduire de cette analyse.


- 1) La qualité d’une décision est d’autant plus grande qu’elle est élaborée collectivement et sans malice. La nature collective de son élaboration n’en garantit pas la justesse. Mais elle contient les mécanismes les plus efficaces de sa reformulation dans tous les cas de figure (erreur initiale ou changement du contexte).


- 2) On ne peut pas dire que le dernier Congrès ait donné l’image d’un processus collectif de décision orienté par la transparence. Le communisme de nouvelle génération est un communisme du "coup tordu", et, comme me le confiait un ami : « Quand j’ai lu dans l’Humanité les articles rendant compte de ces journées, je me suis dit que, les journalistes et moi, nous n’avions pas assisté au même Congrès ». De ces torsions et distorsions, on a pu lire plusieurs témoignages convergents sur le site « Faire vivre le PCF ». Cela étant dit, mon hypothèse de départ dans ce texte est la suivante. Aussi tordu et verrouillé qu’ait été ce Congrès, il fut quand même en phase avec « une opinion générale ».


- 3) Selon moi, les délégués ayant voté les textes du Congrès se trompent lourdement. Cela dit, quoique je dise ou pense, le seul juge en dernier ressort de nos désaccords et de nos interprétations respectives sera l’histoire. Le marxisme présente cette différence avec la religion, que la sanction des analyses qu’il aide à produire n’est pas reportée au Ciel. Elle a lieu sur Terre. Dans le cas qui nous occupe, on verra. Et on verra assez rapidement.


- 4) Si l’objet de mon observation était une opération simple et secondaire de la vie courante, je pourrais me contenter de dire : « Les paris sont ouverts ». Ils le sont, évidemment. Mais je crois qu’il faut faire plus et autre chose que ricaner sur le bord de la route. L’enjeu actuel de ce Congrès est le pourrissement de la société française.


Je sais que les communistes de ce pays sont, pour une partie d’entre eux, passés maîtres dans l’art d’esquiver leur responsabilité dans cette évolution. Ce n’est pas la faute à Voltaire, mais c’est tout comme. C’est la faute à la crise, c’est la faute à la droite, c’est la faute aux socialistes, c’est la faute à la droitisation des idées. Et nous là-dedans ? C’est pourtant l’une de nos tâches, en tant que communistes, que de comprendre la situation politique dans sa profondeur.

Je suis donc conduit à me demander : derrière ces désaccords et différences d’idées, ne peut-on déceler des différences plus accentuées, d’âge, d’histoire individuelle et collective, de milieu social ? Quel est le sous-bassement sociologique du fonctionnement actuel du PCF ? Quelles conséquences en tirer au plan de l’action ?


- 5) Je crois qu’il existe deux lignes, distinctes et opposées,pour interpréter la crise en cours et en proposer des solutions de long terme. Lorsque Pierre Laurent a sorti son topo sur la nouvelle génération de communistes devant mettre au point, disait-il, un communisme de nouvelle génération, j’ai tout d’abord été choqué. Jadis (mais cela se passait dans des temps très anciens), nous aurions plutôt insisté sur « l’amalgame ». Je crois cependant que notre "Da Wang", quel que soit la maladresse de son propos, a néanmoins raison sur le fond. On observerait deux catégories de communistes. Il y aurait « les vieux schnocks » et « les jeunes ». Comme l’a rappelé récemment un grand penseur, les chats ne font pas des moutons. En sorte que, à chaque groupe correspondrait une certaine idée de la révolution. Essayons tout d’abord d’approfondir cette approche zoologique du communisme de notre temps par ce qui constitue désormais le phare de notre pensée, à savoir "l’humain".


- 6) Autrefois les communistes, qui faisaient déjà preuve d’une préoccupation écologique évidente, s’éclairaient, disaient-ils, « à la lumière du marxisme ». Aujourd’hui, les nouveaux communistes envisagent de s’éclairer « à la lumière de l’humain ».

Quelles sont les caractéristiques de l’humain dans le champ politique ? Je dois dire que je suis perplexe. La notion d’humain est-elle un guide mental infaillible ? D’une part, les hommes sont parfois très pervers, indépendamment de toute influence liée à la naissance et à la fortune. D’autre part, je ne vois pas très bien en quoi la référence à l’humain distinguerait la pensée communiste d’une autre pensée politique.

Car enfin, quel est le parti politique qui, par contraste avec les communistes, se glorifierait d’être « le parti de l’inhumain » ? Peut-on envisager, par exemple, que, pour creuser l’écart qui mène au succès, tel ou tel candidat de l’UMP se déclare « favorable à l’inhumain » ? Les financiers eux-mêmes défendent l’idée que la mondialisation capitaliste est au service de l’humain. Ils poussent la démagogie jusqu’à dire que les classes ouvrières des pays développés sont hostiles à la mondialisation pour des raisons égoïstes, des raisons contraires à l’humain.


- 7) Oui, bien sûr, j’exagère. Mais dès lors que l’on commence à dire qu’il y a "humain" et "humain", en quoi "l’humain" peut-il être un référentiel politique ? Certes, nous sommes des communistes occidentaux. Nous véhiculons donc dans nos pensées les idées religieuses qui sont au principe de notre entendement occidental. L’humain, ce n’est pas très loin du partage, la grande idée du communisme de nouvelle génération. Mais au plan de la précision nécessaire des concepts, l’humain c’est tout et rien, c’est la belle et la bête, c’est le bon et le truand, le zéro et l’infini. C’est le rond, le carré et le pyramidal, c’est un mouton à tête de chat comme dirait le camarade Bessac. Penser la politique par l’intermédiaire de la notion d’humain, c’est tout simplement nul.


- 8) Quel est donc le concept sur lequel une pensée communiste, fût-elle de nouvelle génération, devrait prendre appui pour récupérer ce qui peut être éventuellement récupéré de la notion d’"humain" ? A mon avis, la réponse est simple. Je l’ai trouvée en m’éclairant « à la lumière du marxisme ». Cette réponse, c’est LE TRAVAIL. L’homme n’est homme que par son travail, c’est Charles qui l’a dit, et sur ce point, il n’est pas dépassé.

Les communistes de la nouvelle génération, de concert avec ceux de la génération ancienne, et pour la raison qu’ils forment "le grand parti des travailleurs" devraient envisager de faire la révolution, au nom du travail, avec les travailleurs, en les écoutant et en luttant avec eux. Bernique ! La révolution informationnelle a effacé le travail de leur entendement.

- 9) Puisque la notion d’humain ne me permet pas de comprendre la rationalité du communisme de nouvelle génération, il me faut utiliser un concept réellement opératoire. Ce concept est le travail et le travail renvoie lui-même à la position dans la société de ceux qui travaillent. Quelques mots, donc, maintenant, sur la matérialité sociologique des producteurs du communisme de nouvelle génération. Beaucoup de choses ont déjà été dites à ce propos. Mais je pense qu’il faut encore creuser. Ce que j’avance est en partie hypothétique.


Quatre idées :

- 10) La première est que le capitalisme développé de notre temps n’est plus celui que connaissaient Marx et Engels. C’est un capitalisme ayant produit une société « plutôt aisée » en moyenne. Je ne dis pas que tout le monde est riche, loin de là. Car on observe aujourd’hui une société en voie de paupérisation comptant un grand nombre de pauvres absolus. Mais en moyenne, il y a plus de richesse qu’il y a un ou deux siècles, mais aussi une plus grande diffusion de cette richesse, même dans des catégories ouvrières et populaires.


- 11) La deuxième idée est que ces sociétés "riches" sont animées d’un double mouvement sociologique. D’une part, la petite bourgeoisie agricole, industrielle et commerçante (les petits et moyens propriétaires) tend à disparaître et à former un salariat majoritaire (environ 90% des actifs, en France). C’est un facteur d’unification. D’autre part, au sein des salariés, agissent des facteurs de forte différenciation [1]. Le concept de classes moyennes serait un moyen de rendre compte de cette dualité spécifique puisque d’une part, les membres de ces classes seraient peu distincts d’autres catégories de salariés, le critère du niveau de revenu salarial étant un critère flou. Mais d’autre part, les classes moyennes seraient différenciées de ces autres classes sociales par le niveau et la nature de leurs consommations.

D’un côté, le concept de classes moyennes serait, au plan de la production, une forme de négation de la division de la société en classes. Il aurait donc un usage idéologique. Utiliser le concept de classes moyennes pour interpréter la production aurait un effet fortement idéologique. Mais d’un autre côté, il existerait entre les salariés des différences dans la consommation finale, comme dans la nature et la quantité des actifs qu’ils détiennent. L’emploi de ce concept serait alors scientifiquement justifié. Un certain nombre des salariés constitutifs des classes moyennes modernes disposeraient de responsabilités dans le travail social et d’un salaire suffisant pour atteindre des niveaux de satisfaction professionnelle et de consommation finale qui les différencieraient de salariés d’exécution et plus généralement de ce qu’on appelle les couches populaires. Je ne suis pas en train de dire que les salariés des classes moyennes seraient des bourgeois et qu’il faut les traiter en ennemis. Ce que je crois est qu’ils constituent un groupe disposant d’une certaine stabilité et d’une certaine homogénéité et que l’analyse politique communiste doit en tenir compte.


- 12) Les classes moyennes seraient donc, dans les pays capitalistes développés, un concept significatif au plan de la consommation finale, accessoirement au plan de la responsabilité dans le processus de travail. Mais ils ne formeraient pas un groupe significatif au plan de la production. Ce sont des salariés dont le salaire ne serait pas suffisant pour leur permettre de former un capital économique et d’exploiter de la main-d’œuvre. Mais ce sont des salariés dont le salaire serait suffisant pour leur permettre de se différencier dans la consommation finale et d’accumuler un capital intellectuel. Les travaux de Bourdieu sur la distinction sont opérationnels sur ce plan. Ce sont, accessoirement des salariés dont le travail relèverait de « la double nature du travail » mentionnée par le principal fondateur de l’UGICT, Le Guen.


- 13) Les conséquences politiques de mon raisonnement sont les suivantes :

  • Ce sont des salariés que les possibilités de consommation finale poussent vers l’individualisme, voire vers l’hyper-individualisme. Je rejoins ici l’une des cogitations récentes de Monsieur René [2].
  • Ce sont des salariés qui voyagent, que ce soit en avion ou sur le web. S’ils sont membres d’une organisation révolutionnaire, peu leur importe de participer aujourd’hui à une réunion de cellule à Paris, mais la semaine prochaine à Florianopolis et le mois d’après à Bombay. Ils prennent place dans « la mondialité ».
  • Ce sont néanmoins des salariés qui tendent à se radicaliser dans le contexte de la crise du capitalisme financier mondialisé. Le capitalisme mondialisé réduit leur champ d’action et leurs possibilités financières de diverses manières. C’est pourquoi ils envisagent l’idéologie communiste comme étant possible, à la condition de l’adapter à leurs préoccupations.

- 14) Mon hypothèse sociologique relativement au PCF est que « le communisme de nouvelle génération » prend sa source dans ces classes moyennes. Je sais bien qu’il faudrait une recherche beaucoup plus documentée pour donner force à mon hypothèse. Mais je note ici et là, des comportements. Il y a, par exemple, cette personne qui, confondant politique et communication a pour préoccupation majeure de "figurer sur la photo". Elle n’est pas membre du PCF mais elle me paraît représentative de ce milieu social. Il y a le refus de la direction communiste de donner la CSP (Composition Socio-Professionnelle) des membres de ses organes de direction. Il y a surtout le contenu des textes adoptés par ce Congrès.


- 15) Les membres de ces catégories sociales sont, évidement, violemment opposées à toute idée de socialisme révolutionnaire, qu’elles identifient à l’image qu’elles ont du socialisme de type soviétique. On l’a noté plusieurs fois, le concept de socialisme est le grand absent du nouveau communisme. Celui-ci aujourd’hui, se construirait sans qu’on y pense. Telle était la pensée d’André Gorz, l’auteur de Adieu au prolétariat.

J’ai souvenir d’une histoire que m’avait suggéré la lecture d’un texte de Gorz, texte dont j’avais rendu compte dans un numéro de La Pensée. Cette histoire est la suivante. Un haut dignitaire chinois est condamné par l’empereur à avoir la tête tranchée. Il s’adresse à son bourreau et lui dit : « S’il vous plaît, Monsieur le bourreau, quand vous me trancherez la tête, faites que je ne m’en aperçoive pas ». Et le bourreau de lui répondre : « Mais, que Votre Seigneurie se rassure, c’est déjà fait ».


- 16) J’ai déjà développé, dans un texte sur la Chine perçue à travers les travaux du 36ème Congrès du PCF, comment on pouvait appréhender les raisons de l’opposition « de fond » entre PCF et PCC. D’un côté, pour la Chine, le plus important serait le contenu du socialisme. D’un autre côté, pour les communistes français relevant du « communisme de nouvelle génération », ce qui compterait avant tout serait la forme démocratique de la solution des contradictions de tous les jours, processus qui devrait déboucher un jour ou l’autre sur le Communisme. Je pense que les membres de cette catégorie sociologique ignorent ce que signifie le mot « travailler ». Ils savent prendre la parole et souhaitent jouir pleinement de cet exercice. Ils ont certaines connaissances scolaires. Ils ignorent le marxisme, idéologie qui serait dépassée. Ils ne sont pas concernés par les structures parce qu’ils occupent une certaine position en leur sein.


- 17) Les différences entre les systèmes de représentation de la société non-capitaliste, en Chine et en France, sont surdéterminées par les différences culturelles existant entre ces deux zones, historiquement séparées jusqu’à la mondialisation. Cela étant dit, au-delà des facteurs historiques, il existe bien, je le crois, deux approches de la révolution du capitalisme. Elles recoupent la distinction implicitement effectuée par Pierre Laurent. La crainte de la bureaucratie de type soviétique est, selon moi, le paravent derrière lequel ces classes moyennes radicalisées cachent leur peur des ouvriers. Elles semblent avoir accepté que le plus grand nombre et un nombre croissant de ces derniers se reconnaissent dans le Front national.

Les élites du Parti socialiste sont issues des classes moyennes et prétendent prendre appui sur la fraction des classes moyennes désireuse d’humaniser le capitalisme sans le changer. « Les communistes de la nouvelle génération » sont issus eux aussi des classes moyennes. Mais ses membres sont radicalisés relativement aux élites capitalistes, car leur position sociale, largement dépendante des dépenses de l’État, est menacée. Mais simultanément, ils ont peur du socialisme et des ouvriers.


- 18) Supposons que j’aie raison. Quelles conséquences puis-je tirer de cette analyse ? Il existe, selon, trois conclusions possibles :


a) La première consisterait à dire : « Puisque ces nouveaux communistes représentent les intérêts et les ambitions politiques d’un sous-groupe social particulier, distinct et même opposé aux ouvriers et aux petits paysans des débuts de l’action révolutionnaire organisée dans ce pays, créons une organisation distincte du PCF qu’ils ont complètement investi et perverti ».

b) La deuxième consisterait à dire : « Restons à l’intérieur du PCF dont il faut, coûte que coûte, garantir la pérennité. En effet, ces gens sont des liquidateurs. Essayons de limiter autant que possible les effets désastreux de leurs décisions ». Et puis, lorsque viendra le moment de l’échec, il faudra être présent pour limiter la débandade. Enfin, ces représentants des classes moyennes ont certainement des idées à apporter à la cause commune. Les ouvriers apportent au monde leur connaissance de la production matérielle. Les classes moyennes apportent, de leur côté, leur connaissance de la production non matérielle. Le 36ème Congrès aurait dû avoir pour fonction de resserrer les rangs entre les classes moyennes et les autres salariés. Ce devrait être le rôle des communistes que de favoriser la jonction des salariés de la production matérielle et de la production non matérielle.


c) Je tends à penser qu’il en existe une troisième, en raison du mal galopant qu’engendre et nourrit aussi, dans ce pays, la débilité relative de la stratégie et des décisions envisagées par l’actuelle direction communiste.

Je crois que, d’une part, il faut rester au sein de la structure existante pour les raisons que j’ai dites. Il faut poursuivre le dialogue avec les classes moyennes certes radicalisées mais ignorantes. En outre, même si personne ou presque ne prête désormais attention au PCF, son isolement relatif serait encore plus grand au sein d’une nouvelle structure.

Mais je crois d’autre part qu’il conviendrait d’agir, au sein de cette structure, de manière peut-être plus ouverte, quand bien même il s’agirait de faire autre chose que ce que dit la direction. Car je ne vois pas pourquoi il faudrait en respecter les décisions quand celles-ci sont élaborées de manière aussi peu démocratique.

Je vais essayer d’illustrer mon propos. Le site de « Faire Vivre le PCF » a récemment diffusé une collection d’interventions de travailleurs et responsables syndicaux appartenant à des entreprises actuellement menacées de liquidations. C’était intéressant et important non seulement en raison du contenu de chaque intervention, mais en tant que collection d’interventions. Puisque la direction communiste actuelle n’est pas capable de s’adresser aux salariés tout en les aidant réellement dans leurs luttes pour globaliser leurs objectifs, pourquoi les communistes partisans du communisme d’ancienne génération, jeunes et moins jeunes, ne prendraient-ils pas l’initiative de s’adresser à eux, globalement. En tant que groupe interne au PCF et distinct de sa direction, ils leur diraient, par exemple :

• que nous avons besoin d’écouter ce que la lutte leur a appris sur les solutions à apporter dans leurs entreprises,

• que nous soumettons à leur sagacité les thèmes suivants, que j’énonce ici sans ordre et sans réflexion collective préalable. En voici quelques exemples : Comment, de manière immédiate, sauver globalement leurs entreprises ? Que pensent-ils de leur nationalisation ? Ensuite, avec une vue de plus long terme, quelle politique industrielle et, simultanément, quelle politique de la production non matérielle, conviendrait-il de mettre en œuvre ? Pour quelle forme de travail ? Compte tenu des convergences, mais aussi des contradictions existant au sein du salariat, comment envisagent-ils la démocratie au sein de l’entreprise ? Quels seraient les territoires les mieux adaptés à ces projets de politique économique ? Est-il vrai, selon eux, que la nation n’existerait plus ? Que pensent-ils du combat à mener pour sortir de l’Union européenne ? Comment perçoivent-ils l’obstination des communistes que nous sommes à parler et à agir en faveur du socialisme ?

Jean-Claude Delaunay, février 2013


[1] Ceux et celles que cela intéresse pourront trouver, dans le livre écrit en collaboration avec Quynh Delaunay (Lire le Capitalisme contemporain - Essai sur la société du 21ème siècle, 2007), une analyse du concept de « classe moyenne », laquelle sert de point d’appui à ma présente réflexion. Dans ce texte, nous avons essayé de tenir compte de certains des auteurs du « marxisme analytique » américain. Même si on estime que cette branche de la théorie marxiste est très « insuffisante », il faut en lire attentivement les écrits.

[2] Je veux parler ici du « mystérieux Descartes ».

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Jo 24/02/2013 19:10


L'examen de l'apauvrissement ou de l'enrichissement de la population globale peut se faire avec des données économiques de base. Il suffit de calculer la grandeur suivante :
(croissance du PIB - inflation) / (croissance de la population), c'est-à-dire, (variation du pouvoir d'achat réel) / (croissance de la population). Avant d'avoir "l'impression" que cette grandeur
est positive (i.e. que la population globalement s'est enrichie, autrement dit qu'il y a pour chacun plus de richesse potentiellement disponible, même si, en réalité, leur distribution ne permet
pas de s'en rendre compte), il faut la calculer.


Au-delà, même si je suis d'accord avec l'analyse sociologique du PCF, qui se traduit sur sa ligne politique, je ne vois pas bien où il veut en venir. Faut-il admettre la classe moyenne comme
socle sociologique du PCF ou, souhait réorienter sa ligne, il faut s'appuyer sur une autre classe sociale ? Moi ce que je constate, c'est que la direction du PCF insiste lourdement sur les
nouveaux adhérents pour être le socle du "communisme de nouvelle génération". Elle masque d'ailleurs que si, depuis le lancement du Front de gauche, le PCF a reçu 23000 nouveaux cotisants (ce
qu'elle revendique), il en a perdu, sur le même temps, 36000 (je ne compte pas les "adhérents non cotisants") : il faut faire soi-même le compte des cotisants pour, connaissant le nombre
d'arrivées, en déduire le nombre de départs du PCF...


Cependant, je suis d'accord quand JCD dit que l'humain se substitue au travail en tant que paradigme central de l'idéologie du PCF. C'est une remise en cause complète du marxisme, d'une part, qui
établit que l'humanité n'est humanité qu'en ce qu'elle transforme la nature (autrement dit qu'elle travaille), celle-ci s'appuyant sur les travaux de L. Sève, nouveau métaphysicien, et de la
centralité de la classe productive par excellence, la classe ouvrière, d'autre part, comme classe motrice de la révolution. Alors, oui, ces changements font du communisme "sans histoire" (aux
sens propre et figuré) un communisme de "nouvelle génération" : c'est un retour à l'utopie même pré-marxienne que ce communisme-là.

JMP 24/02/2013 10:27


Très bien écrit. Beaucoup de faits réels et analyses vraies, bonnes pistes de réflexions, conclusion féconde de ce qu'il faut effectivement s'attacher à reconstruire.


Une petite remarque :


Le supplément communistes de l'Huma du 13 février titrait "Un communisme de nouvelle génération" et en gros titre "La dynamique de l'espoir".


C'est une rengaine dans le parti depuis 20 ans par son groupe dirigeant...


Et pourtant que d'hétérogénéité dans ce groupe en 20 ans, mais une chose les relie tous, qu'ils soient mutants, liquidateurs, opportunistes, conservateurs, rammollis : c'est cette méthode coué de
dire que tout est sur la bonne voie pour le Parti, je songe en particulier au bouquin d'Herzog (il n'est plus là et de beaucoup) et de Dimicoli (il est encore là, et de beaucoup) de la campagne
pour les européennes de 1992 . "Europe 92 construire autrement et autre chose".


Pathétique.


 


Sur la conclusion : entièrement d'accord.


Il faut absolumment reconstruire un mouvement et une organisation communiste qui ait l'attachement des travailleurs. Pour se faire il faut redonner une place plus que conséquente, de DIRIGEANTS
du parti aux ouvriers et travailleurs.


Ce qui suppose du vrai travail d'approche et ensuite d'éducation/formation. M'est avis en discutant avec les vieux du Parti - et j'ai la chance au PRCF d'en cotoyer d'inestimables d'expérience de
cette Ecole du Parti qui a tant fait dans le passé - que nous avons d'abord à reconstruire cela. 

Xuan 23/02/2013 00:29


Bonjour,


Marx avait déjà tordu le coup à cet « humain » proprement inhumain inventé par la société bourgeoise. Il avait expliqué comment cette abstraction  ne prend vie qu’à travers les
rapports sociaux de production, il avait démonté pièce par pièce la machinerie complexe de ces rapports et exposé leur cinétique, l’attraction et la répulsion qu’exercent réciproquement les
classes, et le produit final : le profit capitaliste.


Bien après qu’il eut mis un point final à la philosophie spéculative, certains penseurs stipendiés ont compté sur l’oubli, les trahisons, les restaurations intérimaires et l’opulence transitoire
pour réinventer l’eau chaude et remettre des habits neufs au cadavre de « l’humain ». Par quel mystère des communistes ont-ils pu prendre cette eau saumâtre pour une cuvée
millésimée ?


 


Marx écrivait dans le Manifeste du Parti Communiste « De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment
révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. »


La domination  acceptée des catégories intermédiaires dans le P « C »F est inséparable de la négation du rôle dirigeant de la classe ouvrière. On a tout dit à ce sujet, en
commençant par prétendre que les contremaîtres et chefs d’atelier en faisaient partie (allez voir qui fait grève dans les usines), puis que la classe ouvrière déclinait, que d’autres prenaient sa
place, etc.


 


Marx est dépassé, n’est-ce pas : « Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour
leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la
roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels;
elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. » [Le Manifeste du Parti Communiste]


Je regrette, c’est la simple vérité, et qui s’applique aussi à la version relookée du travail à domicile et à l’auto entrepreneur, qui se shoote à la « liberté d’entreprendre »,
junkie de l’auto exploitation.


J’ai personnellement participé à la transformation industrielle, appris puis jeté aux clous l’hydraulique, le pneumatique, l’électrique, l’électronique, les fibres optiques, l’assembleur, les
versions Windows et les bases de données des générations successives, avec l’enthousiasme d’un enfant devant un sapin de Noël.


Passée l’excitation de la découverte et du bidouillage, il n’en reste plus qu’un travail d’OS, assorti des formulaires de rapports d’inspection et d’Assurance Qualité à remplir suivant le mode
opératoire établi par la norme AQ estampillée saucisson de cheval.


Ce n’est pas tout, l’externalisation permet de transformer le technicien improductif en créateur de plus-value dans sa nouvelle société.


Par le biais des rapports de sous-traitance un tribut est reversé aux banques et aux donneurs d’ordre, écrasant l’ouvrier de ces sociétés sous la triple semelle du banquier  et des patrons
dominé et dominant. (Permettez-moi de ne pas développer mais de vous proposer cette étude )


Enfin, nonobstant les catégories de l’INSEE et son fourre-tout des catégories intermédiaires, la diminution relative du prolétariat industriel en nombre est inversement proportionnelle à
l’accroissement de sa capacité de production, c’est-à-dire à son poids social.


Vous avez accepté l’enterrement sans fleur ni couronne de la dictature du prolétariat. Ce sont aujourd’hui des mots tabous, politiquement incorrects.


Demandez-vous si la dictature de la bourgeoisie a bel et bien disparu pour justifier cette autocensure.Un œil crevé par la police de Valls, assorti d’un licenciement immédiat, serait-ce une
avancée démocratique comparée aux morts de Jules Moch le 4 décembre 1947 ?


Les jeunes instruits croient encore à la liberté de la société capitaliste ? Ils ne voient pas les crocs des requins s’enfoncer dans leurs tweets ? Il n’y a pas assez  de pop-up
publicitaires pour les avertir ? Ils apprendront vite.


Mais ils ne pourront pas s’en sortir sans un parti communiste authentique. Pensons à l’avenir, faites ce que vous jugez utile pour le moment mais n’oubliez pas de récupérer la faucille, le
marteau, le titre de communiste et avec eux tout le passé glorieux de votre parti et de ses sacrifices, avant qu’il ne sombre sans rémission dans la social-démocratie avec ses
dirigeants.


Ne leur laissez ni l’héritage ni la gloire.


Salutations fraternelles