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Réveil Communiste

Peter Mertens (président du PTB) et Raoul Hedebouw (porte-parole du PTB) à propos du 25 mai : « Une nouvelle force politique s’est levée »

25 Juin 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

Expérience intéressante que celle du PTB qui semble avoir su se transformer pour devenir un parti accessible aux masses sans renier ses fondamentaux marxistes et ouvriers, et qui est devenu aussi le seul parti du maintien national de la Belgique, wallon et flamand . Lu sur "Solidaires"


3 Juin 2014

Le 25 mai, plus de 250 000 personnes ont voté pour le PTB. Dans tout le pays, le parti a fortement progressé et, pour la première fois depuis trois décennies, la gauche authentique envoie 2 élus au Parlement fédéral. Peter Mertens, président du PTB, et Raoul Hedebouw, porte-parole national, sont sur-occupés, mais Solidaire a réussi à les rencontrer entre deux autres interviews, après le rendez-vous de Peter Mertens au Palais et juste avant celui avec l’informateur De Wever.

Peter Mertens. En 2008, nous avons entamé un renouvellement du parti. Nous avons ainsi défini un certain nombre d’objectifs afin de renforcer la lutte sociale. Notre défi le plus important était de nous développer plus largement dans la classe des travailleurs, auprès des jeunes et de tous ceux qui ont des difficultés, dans le but de pouvoir mener cette lutte sociale mieux et de manière plus étendue.

Notre premier objectif était de percer dans les grandes villes lors des élections communales de 2012, et c’est ce que nous avons fait à Anvers, Liège et Bruxelles. Notre deuxième objectif, à l’époque en 2008, était de pouvoir, lors des élections fédérales prévues en 2015 (mais la chute du gouvernement en 2010 a avancé celles-ci à 2014, NdlR), envoyer un certain nombre d’élus au Parlement pour servir de caisse de résonance à la lutte sociale.

Six ans plus tard, nous pouvons constater que nous avons réussi. En ce moment (mercredi 29 mai, NdlR), quatre points ressortent à coup sûr. Premièrement, pour la première fois en plus de trente ans, une voix conséquente de gauche se fera entendre dans le débat parlementaire et il y aura une voix qui ira à contre-courant de cette pensée unique étouffante de la fanfare néolibérale. C’est aussi la première fois dans l’histoire de notre parti que nous pouvons envoyer des élus aux parlements. Tant au Parlement fédéral qu’aux parlements wallon et bruxellois. Deuxièmement, le PTB a lancé un signal dans tout le pays. Nous brisons non seulement l’unanimité néolibérale, mais aussi l’apartheid linguistique qui règne dans notre pays. Ce contre-courant aussi est nouveau, et il a désormais un visage : celui du Liégeois-Limbourgeois Raoul Hedebouw (rires). Je l’ai déjà dit dimanche soir : il y a 120 ans, le socialiste gantois Edward Anseele a été élu à Liège, et il est devenu la voix de la classe ouvrière de tout le pays. Aujourd’hui, en cette même ville de Liège, Raoul Hedebouw a été élu, et il sera lui aussi la voix de la large population ouvrière de tout le pays. Troisièmement, le PTB a continué à se renforcer dans trois des plus importantes régions économiques du pays. À Bruxelles, la capitale de l’Europe, nous envoyons quatre élus au Parlement bruxellois. À Liège, nous montons à 11,49 % et, dans le premier centre industriel du pays, Anvers, nous continuons à monter pour atteindre 9,04 %. Dans les régions urbaines, nous posons les bases pour continuer à croître. On le voit dans les autres villes : nous obtenons désormais 8,71 % à Charleroi, 8,63 % à La Louvière, 8,03 % à Genk, 5,56  % à Verviers, 5,36 % à Namur, 5,26 % à Malines, 4,83 % à Gand, et 3,77 % à Louvain. Il y a deux ans, le PTB était encore vu comme n’étant qu’un parti de deux villes, Liège et Anvers. Ce stade, nous l’avons aujourd’hui définitivement derrière nous. Quatrièmement et pour finir, nous sommes en train de construire quelque chose. Nous n’avons pas seulement demandé aux gens leur voix, mais aussi leur engagement. En cours de campagne, plusieurs nouvelles sections sont venues s’ajouter et tous nos candidats et membres ont continué à mettre le PTB encore davantage sur la carte. Et même dans les régions où c’est beaucoup plus difficile. Il y a une fameuse dose de combativité dans notre parti, ce dont je suis très fier, et cela permet d’espérer le meilleur pour l’avenir. 

Nous savons très bien que nous devons continuer à construire des rapports de force sur le terrain. Les élections nous enseignent que tous les partis traditionnels, N-VA comprise, continuent à se cramponner à une vision en oeillères faite d’économies, de restrictions, de privatisations, de libéralisations. Durant la campagne, on a même assisté à une surenchère dans les mesures d’austérité, au point de jongler avec des chiffres de 8 à 15 milliards d’économies. Les partis classiques continuent à s’en tenir à la politique aveugle des restrictions imposée par l’Union européenne. On va de nouveau s’en prendre au simple citoyen. La mise sur pied d’un contre-mouvement reste la force principale. La différence, c’est que nous avons désormais aussi deux députés qui pourront, clairement et sans complexe, mettre à l’agenda la voix de ce contre-mouvement. Avec Marco Van Hees, la commission des Banques et celle des Finances au Parlement ne seront plus jamais comme avant. Et, avec Raoul Hedebouw, le débat budgétaire et le débat sur l’emploi deviendront enfin un vrai débat, avec le piment rouge dont il a tant besoin. (Rires).   

Si, cette fois, une grande partie de la classe des travailleurs a voté pour le PTB, c’est parce que nous sommes présents sur le terrain.

Selon vous, pourquoi un quart de million de gens ont-ils voté PTB ?

Raoul Hedebouw. Si, cette fois, une grande partie de la classe des travailleurs a voté pour le PTB, c’est parce que nous sommes présents sur le terrain. Au cours de cette campagne, j’ai entendu un nombre incalculable de fois : « Vous étiez les seuls qui étaient à nos côtés lorsque nous sommes descendus dans la rue. » Qui était présent aux piquets de grève, aux manifestations, dans les quartiers, sur le terrain ? Toujours le PTB.

C’est ce travail dans les mouvements sociaux et dans le domaine associatif qui, ces dernières semaines, a mué vers une dynamique électorale pour voter PTB. Que nous puissions au Parlement être le mégaphone de la lutte sociale n’est pas seulement la conséquence de notre victoire électorale, c’est aussi la raison pour laquelle nous avons gagné.

Peter Mertens. Nous allons donc tout simplement continuer à faire ce que nous faisions déjà. La grande différence, c’est que ces mégaphones ne seront plus seulement entendus dans la rue et dans les conseils communaux, mais aussi dans les différents parlements où nous avons des élus.

Comment allez-vous réaliser cela ? N’allez-vous pas vous noyer dans le travail parlementaire ?

Peter Mertens. Nous ne sommes pas un parti parlementaire classique, nous voulons utiliser notre voix dans les parlements pour servir le peuple. Le PTB sera aussi présent là où est sa place : dans les quartiers, parmi les jeunes, dans les entreprises… Mais, désormais, nous allons pouvoir faire entendre mieux et plus largement un certain nombre d’idées qui vivent à la base.

Par exemple, j’ai reçu ce matin un mail des dockers du port d’Anvers. Ils ont déjà très concrètement demandé que, en tant que groupe parlementaire, nous intervenions sur le statut des travailleurs portuaires. On continuera donc à nous voir au local d’embauche des dockers pour les soutenir, mais, cette fois, nous allons aussi amener ce combat au Parlement.

J’ai reçu ce matin un mail des dockers du port d’Anvers. Ils ont déjà très concrètement demandé que, en tant que groupe parlementaire, nous intervenions sur le statut des travailleurs portuaires. 

Dans notre travail, nous pratiquons toujours le principe du « rue-Conseil-rue », et cela ne va pas changer, bien au contraire. Le conseil communal, ou le Parlement, n’est qu’une étape intermédiaire. Tout commence et aboutit dans la rue et sur les lieux de travail, c’est-à-dire là où les gens vivent et travaillent ensemble.

Raoul Hedebouw. Nous ne sommes pas un parti traditionnel, et nous ne le deviendrons pas parce que nous avons désormais des élus.

Nous serons une nouvelle sorte de parlementaires. Si nous faisons une proposition au Parlement et que les autres votent contre, nous allons expliquer aux gens ce qui s’est passé et pourquoi les autres partis ont voté contre. Cela rend les autres partis très nerveux, parce qu’ils préfèrent tout arranger entre eux derrière des portes closes. Nous, nous sommes des parlementaires au service de la lutte sociale, comme tout le parti d’ailleurs. 

En juin, les élus et Peter Mertens feront une tournée dans tout le pays, bien sûr pour se présenter, mais aussi pour écouter les préoccupations de nos membres et sympathisants tant en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles. Marco Van Hees et moi-même serons en effet au Parlement des représentants pour tout le pays, même si certains nationalistes des deux côtés de la frontière linguistique ont du mal avec ça.

Tous nos élus continueront à vivre avec un salaire moyen d’ouvrier et tous les revenus excédentaires seront reversés à la caisse du parti. En effet, lorsque les revenus de quelqu’un sont élevés, il perd le lien avec la réalité vécue par les travailleurs qui, eux, doivent se débrouiller pour joindre les deux bouts.

Quel est le profil des gens qui ont voté PTB ?

Peter Mertens. Dans les villes, nous touchons un public assez jeune, et cela donne beaucoup d’espoir. C’est un public nouveau, jeune, qui est de gauche, on le voit partout.

Nous constatons aussi que, dans les entreprises, le PTB est vraiment en hausse. C’est probablement la première fois qu’il y a un tel courant pour le PTB au sein des entreprises. Et il y a aussi pas mal d’organisations sociales qui se retrouvent dans ce que défend le PTB.

            Ces 250 000 électeurs ne sont pas seulement attachés au projet politique du PTB, mais aussi à notre choix de défendre les intérêts des jeunes, des travailleurs et de tous ceux qui ont des difficultés à s’en sortir dans la société actuelle.

Vous dites que le PTB touche beaucoup de jeunes. Comment cela se manifeste-t-il ?

Raoul Hedebouw. Du côté néerlandophone, on le constate par exemple dans les très bons scores obtenus par le PTB durant des débats dans des écoles. Presque partout où nous avons eu la chance de participer à des débats de ce type, nous avons eu un très bon score. Il est régulièrement arrivé que nous avions déjà un très bon score avant le débat, pour ensuite, en fin de débat, lorsqu’il fallait à nouveau voter, finir comme un des plus grands partis, ce qui est évidemment remarquable. 

Du côté francophone il n’existe pas une telle tradition de débats dans les écoles, mais nous avons cependant constaté que pas mal d’adultes nous ont dit qu’ils allaient voter pour nous parce que leur fils ou leur fille les avait convaincus. C’est assez amusant, car la plupart du temps, ce sont les parents qui donnent des conseils de vote aux enfants, et chez nous on a pu constater plutôt l’inverse.

Nous avons fait confiance à une nouvelle génération. Le PTB est prêt pour les 5 années à venir.

Lors de la constitution des listes, le PTB a expressément accordé sa confiance à des candidats jeunes.

Peter Mertens. Effectivement, nous avons donné à plusieurs jeunes la possibilité d’être tête de liste. Nos deux listes européennes étaient tirées par des jeunes : Aurélie Decoene pour le collège francophone et Tim Joye pour le collège néerlandophone. Ils ont participé à des débats face à des gens comme Guy Verhofstadt, et ils ont fait cela très bien.

A Anvers, Jos D’Haese a été une des révélations de ces élections, mais aussi Line De Witte, qui a fait un travail formidable dans le Brabant flamand, et notre liste de jeunes continue à augmenter.

Et puis, il y a évidemment aussi Ruddy Warnier, élu dans l’arrondissement de Huy-Waremme. Il devient le plus jeune député au Parlement wallon.

A Bruxelles, Mathilde El Bakri (28 ans) et Michaël Verbauwhede (28 ans) sont élus. Michaël est l’ex-président de la Fédération des étudiants francophones (FEF) et connaît donc la problématique des jeunes de fond en comble.

Cela signifie que nous avons fait confiance à une nouvelle génération et que le PTB est prêt pour les 5 années à venir.

Lors de la manifestation européenne contre le dumping social, on a pu constater le soutien que vous aviez de la part de nombreuses délégations syndicales.

Raoul Hedebouw. Dans les grandes entreprises, nous obtenons des scores deux à trois fois plus élevés que la moyenne nationale. Nous savons qu’il y a des entreprises où plus d’une personne sur cinq a voté pour nous. Cela nous donne d’ailleurs de la marge de manœuvre pour la lutte sociale et syndicale. Une telle percée, nous ne l’avons pas encore réalisée dans les plus petites entreprises.

Le PTB est aussi le seul parti qui a des sections dans plusieurs entreprises. Les sociaux-démocrates ont depuis longtemps cessé de faire cela, mais nous, nous continuons à être présents et à soutenir la lutte dans les entreprises. Les gens ont vu que le PTB était toujours à leurs côtés dans leur lutte. Ce n’est donc pas très étonnant que c’est dans des régions industrielles comme Anvers ou Liège que nous atteignions les scores les plus hauts.

Nous avons également mené campagne pour faire élire le sidérurgiste et délégué syndical Frédéric Gillot au Parlement wallon, et avec succès. Du côté flamand, nous avons mené campagne dans le Limbourg pour Gaby Colebunders, ouvrier chez Ford. Nous savions que ce serait bien plus difficile. Gaby n’a pas été élu, mais il a néanmoins obtenu 4 495 voix de préférence, ce qui est vraiment un excellent score.

A Bruxelles, nous avons réussi à faire élire au Parlement bruxellois Youssef Handichi, un chauffeur de bus et un homme engagé et social. Cet objectif d’envoyer des ouvriers au Parlement a donné une dynamique spécifique à la campagne.

Nous avons fait notre campagne avec seulement 300 000 euros, mais avec une richesse fantastique en moyens humains. La PTB, c’est vraiment ça : les gens d’abord, pas le profit.

Il y a aussi eu le soutien explicite et la sympathie de nombreux syndicalistes.

Peter Mertens. Exact. Nous avions aussi 170 syndicalistes des deux syndicats présents sur nos listes.

Il est ressorti d’une enquête que 81 % des gens qui figurent sur nos listes sont membres d’un syndicat et qu’ils sont tous membres de l’une ou l’autre organisation sociale. En ce qui concerne le degré d’organisation sociale de ses membres, aucun autre parti n’a fait mieux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que nos candidats sont de toute façon engagés socialement, et qu’ils endossent des responsabilités pour défendre les gens, à leur travail ou dans leur quartier. C’est bien, non ? Ce ne sont pas des chasseurs de beaux postes, des carriéristes, mais des gens qui font preuve de cœur contre vents et marées. Cela indique que le PTB est effectivement une autre sorte de parti.

Les gens ne se mettent pas sur une liste PTB dans l’espoir d’être élu et de décrocher un beau job. D’ailleurs, nos élus continueront à vivre avec un salaire moyen de travailleur, ce que beaucoup de gens apprécient.

Pourquoi un si beau succès du côté francophone ? 

Peter Mertens. En Belgique francophone, les quatre partis traditionnels (PS, MR, cdH et Écolo) ont déterminé la politique pendant des années. En ce qui concerne l’opposition, un large boulevard s’ouvrait donc au PTB. Du côté flamand, c’était toutefois très différent. A droite, il y avait l’opposition d’extrême droite du Vlaams Belang, mais aussi le fait que la N-VA a su se profiler comme un parti d’opposition fédérale et qui, d’ailleurs, a ainsi aspiré le Vlaams Belang. De l’autre côté, Groen, au contraire d’Écolo, a su se présenter comme un parti d’opposition de gauche en mettant en avant une importante partie de nos propres thèmes. C’est naturellement une tout autre situation, dans laquelle, médiatiquement parlant, il était également très difficile de percer. En Wallonie, le PTB a pu se projeter dans ce paysage en tant le parti défiant l’ordre établi ; en Flandre, ce rôle – aussi absurde que cela puisse paraître – est allé à Bart De Wever. Ceci est encore renforcé par le fait que, les trois dernières semaines, il a été présent quasiment à temps plein dans tous les médias. Mais bon, nous savions que cela allait être très difficile du côté néerlandophone. 

Raoul Hedebouw. Du côté francophone, il n’existait plus de véritable opposition. Les 4 partis traditionnels – PS, MR, cdH et Ecolo – participaient aux différents niveaux de pouvoirs et ont voté toutes sortes de mesures d’austérité. D’où l’importance d’avoir un parti de combat comme le nôtre pour mener l’opposition.

Une de nos caractéristiques, c’est que nous sommes toujours présents sur le terrain. Nous ne sommes pas un phénomène médiatique. Quand on milite au PTB, on ne le fait pas pour trouver un appartement ou un job. Non, on le fait par conviction, parce que nous voulons changer le monde.

Du côté d’Ecolo, les résultats des élections ont été catastrophiques.

Raoul Hedebouw. Une partie de la population de gauche a clairement constaté qu’Ecolo est devenu un parti comme les autres. Il n’a pas fait la différence à la Région wallonne et à Bruxelles, où il était dans la majorité. Au contraire, il a par exemple augmenté le ticket de bus d’1,10 euro à 1,90 euro en Wallonie. Il a voté le TSCG, le traité européen d’austérité, ce qui n’a, à juste titre, pas été accepté par beaucoup de syndicalistes et d’acteurs sociaux.

Quand, à Ecolo, on dit que c’est le prix à payer quand on participe au pouvoir, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas participer au pouvoir qui est le problème, c’est ce qu’a fait Ecolo quand il a participé au pouvoir. C’est cela que les gens jugent. Et Ecolo n’a pas du tout mené une politique de gauche. Du côté francophone, la percée du PTB prouve qu’il est temps qu’un autre parti défende des intérêts de gauche.

Certains ont avancé que la montée du PTB affaiblissait la gauche.

Raoul Hedebouw. C’est le contraire qui est vrai. Quand on voit la mobilisation, le nombre de personnes qui viennent aux meetings, le nombre de personnes qui ont bougé durant cette campagne, il est clair que nous avons apporté un vent de fraicheur sur les idées de gauche.

Il y a un facteur qui a changé en 2014 dans le paysage politique, c’est la taille et le poids du PTB. M. Magnette a dit qu’on allait l’avoir, cet impôt sur la fortune. Cela n’a pas fait l’objet d’un débat lors des quatre dernières élections, ça l’est devenu ces élections-ci. Les intérêts notionnels n’ont pas fait débat quand ils ont été votés. Le PTB, sans aucun député, a réussi à mettre le point à l’agenda. Et on va continuer à le faire. On peut vraiment dire que deux députés PTB vont peser au moins autant que quelques groupes de partis traditionnels.

Pourquoi le PTB n’a-t-il finalement pas réussi à décrocher un siège à Anvers ?

Peter Mertens. Croyez-moi, j’aurais préféré répondre à la question : pourquoi le PTB a-t-il réussi à décrocher un siège à Anvers ? Mais bon, ce n’est pas le cas, et il s’en est fallu de très peu, mais on ne peut pas tout avoir en main.

Nous nous sentons un peu comme l’Atlético Madrid qui, jusqu’à la 93e minute, avait la victoire à portée de main en Ligue des champions, et qui a quand même perdu. Et pourtant, nous aussi, jusqu’à la 93e minute, nous avons aussi super bien joué. Et ce n’est évidemment pas parce qu’une ultime minute est venue s’ajouter que nous allons modifier cette évaluation. Nous sommes toujours en train d’analyser ce qui, en cette 94e minute, a mal tourné pour nous, mais il est important de mettre en évidence toutes les bonnes choses et de les protéger de tous les journaux de droite qui vont tenter de les minimaliser.

A Anvers, on peut constater ce qu’est vraiment la N-VA : un colosse aux pieds d’argile. Derrière la prétendue victoire de la N-VA, on voit déjà les germes d’une victoire sur la N-VA.

Dans la deuxième ville du pays, nous obtenons désormais 9,04 % des voix. Nous confirmons donc non seulement les 8 % de 2012, mais nous gagnons encore 1 % de plus. Nous devenons le quatrième parti d’Anvers : plus grand que le CD&V, que l’Open VLD et, pour la toute première fois, plus grand aussi que le Vlaams Belang. On aurait dit cela il y a cinq ans, on se serait sans doute fait traiter de fou. Et c’est maintenant prouvé aussi : nous prenons des voix à la droite. Anvers est le seul endroit où la N-VA est vraiment au pouvoir. Eh bien, en un an et demi à peine, la N-VA a perdu 5,79 % des voix pour le Parlement flamand et même 10 % de ses voix de 2012 si on regarde du côté du Parlement européen. C’est à Anvers qu’on peut voir ce qu’est réellement la N-VA : un géant aux pieds d’argile. Derrière la prétendue victoire de la N-VA, on voit les germes d’une victoire sur la N-VA. Et notre travail n’y est absolument pas étranger. Hier encore, quand j’étais en route pour le Palais royal, un homme m’a interpellé à la gare Centrale d’Anvers : « Continue comme ça, Peter, nous en avons besoin ! » L’homme travaille au service propreté de la Ville d’Anvers et il m’a parlé des conditions de travail, du démantèlement des services et des privatisations qui se profilent. Mais, surtout, il a dit ceci : « En 2012, Peter, des tas de collègues avaient voté pour la N-VA. Mais il ont vu comment De Wever traitait le personnel de la Ville. Ces collègues, cette fois, ont presque tous voté pour le PTB. » Il se pourrait donc très bien que le vent tourne...

Dans la circonscription d’Anvers, dans toute la province, donc, il n’y a que trois partis qui progressent. Après la N-VA, c’est le PTB qui progresse le plus, avec + 2,5 %, et nous progressons plus que Groen (+ 2,1 %). À Malines, avec une nouvelle et jeune équipe, nous obtenons d’un coup 5,26 % des voix et, à Turnhout, 4,11 %. Ce sont des bases que l’on pose pour l’avenir.  

Nous avons donc échoué de très peu. Deux semaines avant les élections, un sondage nous donnait 6,5 % des voix. Sans doute un certain nombre de personnes ont-ils pris ce sondage pour la réalité et se sont-ils décidés en dernière instance à tout de même voter pour un parti classique. Ce qui est certain, c’est que les deux dernières semaines ont été très difficiles, qu’il y a quasiment eu un silence de mort médiatique autour du PTB et que, dans un tel contexte, tant le sp.a que Groen ont reconquis un tas de voix sur nous. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’à la fin de la campagne, des tas de partis ont repris presque mot pour mot des thèmes et des exemples du PTB afin de nous faucher l’herbe sous le pied. Nous devons examiner cela de plus près. Et, oui, c’est embêtant d’être ainsi éliminé à la 94e minute. Mais l’équipe actuelle du PTB a construit quelque chose qui va continuer à grandir et à s’étendre.

L’importance du PTB-go!

En Belgique francophone, le PTB se présentait sous le nom de PTB-go!, le « go » signifiant « gauche d’ouverture ».

Raoul Hedebouw. Le « go » a été un point important. C’était un appel à voter pour nos listes de la part de milieux très différents, de personnalités comme Hugues Le Paige, Josy Dubié, Isabelle Stengers, Sfia Bouarfa et bien d’autres, de centrales syndicales qui ont montré de la sympathie pour nous, et de nos compagnons de route d’autres partis de la gauche radicale comme le PC et la LCR. Le bilan est positif.

Notre victoire est son seulement une très bonne chose pour les membres du PTB, mais pour ces personnes de tous horizons, qui étaient heureuses le soir du 25 mai et n’avaient plus vu une telle percée depuis 20 ans du côté francophone. C’est une responsabilité pour nous. Nous devons rester humbles et engager beaucoup d’efforts pour structurer tout cela, pour être au service des mouvements sociaux, à la hauteur de ce mandat de confiance qui nous a été donné.

Le PTB a opté en Flandre pour une campagne personnelle et cela a porté des fruits. Avec 26 010 voix de préférence, vous obtenez la 8e place dans toute la province d’Anvers et même le 37e score personnel pour toute la Belgique. Et, pourtant, vous n’êtes pas élu…  

Peter Mertens. Oui, il y a en effet ce double cordon de protection autour du Parlement. Primo, le seuil électoral, complètement arbitraire. Sans ce seuil, Jos D’Haese aurait été élu au Parlement flamand et moi-même au Parlement fédéral. C’est de cette façon, par exemple, que le SP aux Pays-Bas a été élu au Parlement. Et, secundo, l’absurdité politique d’étendre ce seuil à toute une province. Dans le temps, on avait les arrondissements, avec chacun leur particularité politique. Maintenant, on peut obtenir 9,04  % à Anvers mais, avec l’adjonction de Malines et de Turnhout, il se peut qu’on ne soit quand même pas élu. Et c’est ainsi qu’avec 26 100 voix de préférence, on ne peut même pas siéger et que, sur les 150 parlementaires, il y en a 114 qui pourront le faire avec moins de voix. C’est comme ça. Mais cela pourrait vite changer. En 2003, la N-VA avait tout juste loupé le seuil électoral dans la province d’Anvers, et Bart De Wever n’avait pas été élu. Regardez où ils sont, maintenant, et vous comprendrez que ce qui semble bien en place ne l’est au fond pas tant qu’on le croit.  

Nous sommes partisans de réintroduire les régions urbaines en lieu et places des provinces. Nous l’étions déjà avant ces élections, vous savez (rires). Chaque urbaniste progressiste ou expert en urbanisme pourrait vous expliquer pourquoi c’est nécessaire. Les villes sont les pôles de croissance de la société moderne et il faut donc aussi avoir des circonscriptions électorales à ce niveau, pour avoir un vrai reflet de ce qui vit dans les régions urbaines. Mais, de toute façon, Raoul Hedebouw et Marco Van Hees introduiront une proposition de loi en ce sens et, alors, nous pourrons voir quelles sont les forces politiques dans notre pays qui auront le courage de soutenir ce projet.

Au début de la campagne électorale, le PTB a mené une enquête auprès de plus de 41 000 personnes, ce qui a été un tour de force. Fait frappant : les résultats ne différaient que de manière minime dans les différentes parties du pays. Pourtant, on essaie toujours de nous faire croire que la réalité est différente de part et d’autre de la frontière linguistique.

Peter Mertens. Le vrai contexte politique dans lequel nous vivons, c’est l’Europe. Nous avons effectué une enquête auprès de 41 000 personnes, et ce sont les résultats de cette enquête qui ont défini nos 5 thèmes fers de lance : la pauvreté, une fiscalité juste, l’emploi – très spécifique pour les jeunes –, la justice et le climat. Eh bien, je suis certain que, si l’on pose les mêmes questions à propos de leurs préoccupations aux Portugais, aux Français, aux Hollandais ou aux Allemands, on aura plus ou moins les mêmes résultats.

Nous avons élaboré notre programme sur la base d’une très large enquête auprès des gens, et c’est sur les thèmes qui en sont ressortis que nous avons mené notre campagne dans tout le pays. Au cours de la campagne, beaucoup de partis politiques ont d’ailleurs copié certains éléments de notre programme.

C’est sur base de cette enquête que nous avons élaboré notre programme et que nous avons mené notre campagne dans tout le pays. Nous avons par là tiré tout le débat politique vers la gauche. Au cours de la campagne, beaucoup de partis politiques ont d’ailleurs copié certains éléments de notre programme. Avec Marco Van Hees, fiscaliste au service d’études du PTB, nous avons mis à l’agenda la question des intérêts notionnels, ce vol légal de revenus de l’Etat. D’autres partis, des deux côtés de la frontière linguistique, ont dû vraiment jouer en défense.

Tous nos thèmes, et parfois même littéralement nos slogans (dans un débat télévisé, Bart De Wever a évoqué la femme de ménage qui paie plus d’impôts qu’une multinationale, NdlR) ont été repris par les partis classiques. C’est naturellement un point positif, mais cela montre aussi que nous, nous sentons le pouls de la population.

Ces dernières années, nous avons prouvé que nous pouvons lancer des idées nouvelles, des idées fraîches. Mais ces idées ne sortent naturellement pas de nulle part. Elles viennent du quart de millions de gens que nous représentons, et c’est ce que nous continuerons à faire en tant que parti.

C’est aussi la raison pour laquelle nous renforçons la gauche. En fait, toute la gauche, dans toutes les parties du pays, devrait se réjouir qu’il existe un parti qui fonctionne de cette manière.

Nous sentons ce qui se vit, nous le reprenons et, avec notre service d’études, nous le traduisons en des alternatives positives étayées. Et on doit bien constater que d’autres partis ont lancé des versions affaiblies de nos propositions.

Pour la première fois depuis longtemps, dans une campagne électorale, il n’a pas tant été question de questions communautaires, que de la question riches versus pauvres, et ça, c’est certainement aussi au PTB qu’on le doit.

Certains affirment que le vote pour le PTB est un vote de protestation. Qu’en pensez-vous ?

Raoul Hedebouw. Je pense que c’est le contraire qui est vrai. Enormément de gens de gauche se reconnaissent dans les perspectives que nous portons et y puisent de l’énergie et de l’espoir. Cela fait maintenant plus de dix ans que nous entendons d’autres partis de gauche dire que « sans nous, ce serait pire ». Les économies, travailler plus longtemps, le démantèlement des droits sociaux… tout cela sous le couvert du « sans nous, ce serait pire »… Eh bien, beaucoup de gens en ont assez qu’on leur serve ça, et nous avons offert à une partie du public de gauche de l’espoir et des perspectives.

Je suis d’ailleurs convaincu qu’il y a autant de gens qui ont voté pour nous que de gens qui ont hésité à le faire mais ne l’ont pas fait à cause de ce « sans nous, ce serait pire ».

Nous avons aussi un public d’électeurs solidaires car, dans toute cette histoire sur le danger de la N-VA, nous avons pu montrer que nous sommes le seul parti qui, dans les deux parties du pays, lutte contre le nationalisme. Celui qui, à Liège, a voté pour moi, a voté aussi pour Peter Mertens qui, à Anvers, mène la lutte sur le terrain contre De Wever. Et vice-versa : celui qui a voté Peter Mertens à Anvers a aussi voté pour Marco Van Hees qui, dans le Hainaut, se bat sur le terrain pour une fiscalité équitable. Cela a été très important dans cette campagne: ce choix de la solidarité.

Peter Mertens. Il y a un quart de million de gens qui ont voté pour le PTB : des gens qui ne se reconnaissent plus dans cette société et dans les partis traditionnels, et qui se sont maintenant tournés vers le PTB.

Beaucoup de gens disent que, quand ils entendent Peter ou Raoul à la TV, ils entendent un autre son de cloche. Là, on parle enfin des chômeurs. Là, on parle enfin des soudeurs de 52 ans qui vont d’entreprise en entreprise pour postuler, mais ne reçoivent jamais de réponse. Là, Bart De Wever reçoit enfin une réplique sur toute la politique de limitation des allocations de chômage dans le temps.

Raoul Hedebouw. On voit aussi maintenant surgir un débat sur la question si nous devons ou pas aller plus loin avec les partis classiques de gauche. Nous avons vu se dérouler cela dans les syndicats, mais aussi dans plusieurs autres mouvements sociaux. Si, dans certaines communes, on dépasse les 8 à 10 %, on peut vraiment affirmer que nous avons mis un nouveau courant en marche. Une nouvelle force politique s’est levée, qui est désormais représentée dans les Parlements.

10 000 et 251 276 fois merci !

Peter Mertens. Ensemble, durant cette campagne, nous avons construit quelque chose. Nous avons posé les fondations d’un courant de base social dont nous allons avoir absolument besoin au cours des cinq années à venir. 

Du fond de mon cœur et aussi au nom du Bureau du parti, je tiens à remercier ces quelque 10.000 bénévoles, ces centaines de candidats et tous les membres, un par un, pour leur engagement. Parce que nos amis ont donné le meilleur d’eux-mêmes, parce que, durant cette campagne, ils n’ont pas seulement fait connaître encore plus le PTB, mais ils ont aussi dû ramer à contre-courant et faire entendre une autre voix, une voix nouvelle, une vraie voix socialiste qui dénonce l’inégalité extrême et qui veut vraiment faire quelque chose pour remédier à ce problème. 

Notre campagne n’a pas été portée par des subsides, elle a été portée à bout de bras par l’engagement de milliers de bénévoles. J’ai entendu qu’il fallait au moins investir 2 millions d’euros dans une campagne pour obtenir des résultats. Les séparatistes y ont même dépensé 4 millions d’euros. Eh bien, nous, nous l’avons fait avec 300 000 euros à peine, mais avec, toutefois, une énorme richesse en hommes et en femmes. Voilà vraiment ce qu’est le PTB : les gens d’abord, pas le profit. Et c’est pourquoi je veux dédier toute notre campagne à tous ces fantastiques bénévoles qui nous ont aidés.

Je tiens également à remercier nos électeurs. Votre voix est notre engagement. Nous avons scellé un engagement : nous allons défendre les intérêts de toute la classe ouvrière et ce, dans toute sa diversité. Des jeunes dans toute leur dynamique. Des sans-voix, des gens qui, dans notre société, sont considérés comme des numéros. Et de tous ceux qui sont dans le besoin. 251 276 fois merci! Nous respecterons notre engagement !

 

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