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Réveil Communiste

Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (3/5)

6 Octobre 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Economie

Suite (3) de l'article de JC Delaunay, publié sur lepcf.fr voir : Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (2/5)

3 - Les acteurs et les lois économiques de la mondialisation capitaliste

Quels sont les acteurs et les principales lois de fonctionnement de la mondialisation capitaliste ?

- a) Les acteurs de la mondialisation capitaliste.

On peut distinguer 3 catégories d’acteurs dirigeants de la mondialisation capitaliste :
— 1) Les firmes géantes. Initialement le territoire national était la base productive des grandes firmes, le territoire national et le reste du monde étant le lieu d’écoulement de leurs produits. Puis, pour des raisons de rentabilité, elles ont eu le besoin d’exporter non seulement leurs produits mais leurs processus productifs, de se rapprocher des marchés de leurs produits, de se rapprocher de facteurs de production économiquement plus avantageux.

Le résultat est que l’entreprise géante n’est plus organisée autour de la production d’un produit. Bien sûr, l’entreprise géante vend des produits. Mais son activité principale n’est plus la production en tant que telle [2]. Elle rassemble des opérations effectuées ici et là de manière sous-traitée et disséminée. Par suite de quoi, organisée autour de contrats et non plus de produits, elle devient avant tout un centre d’information, un centre d’achats, un centre financier. La finalité de l’entreprise géante en est profondément modifiée. Le territoire national original ne compte plus sous l’angle de la production. La politique économique nationale d’autrefois, elle s’en moque.

Cela dit, en même temps que le Capital est libéré des « contraintes nationales », au plan de la production, des impôts, de la consommation de ses produits, la concurrence mondiale des capitaux passe à une échelle supérieure. Les entreprises petites et moyennes du territoire national sont embringuées dans le sillon des entreprises géantes, par exemple en tant que sous-traitantes. Elles subissent les effets de la mondialisation capitaliste, même si elles restent cantonnées dans leur petit territoire d’autrefois. Toutes les entreprises, grandes ou petites, de tous les pays développés sont aujourd’hui entraînées dans la mondialisation capitaliste.

— 2) Les acteurs financiers. La cour de récréation des entreprises géantes est désormais le monde entier. Là où existent de bonnes conditions de rentabilisation de leurs capitaux, elles investissent. Elles font appel à des actionnaires ou s’endettent. Mais elles peuvent avoir besoin de quitter les lieux, et très vite.

Dans leur marche vers le taux de profit maximum au plan mondial, elles ont besoin d’institutions qui leurs permettent d’engager et de dégager leur mise de façon rapide. Elles ont besoin de marchés financiers. Elles ont besoin de places où se rassemblent les collecteurs de cette épargne, tels les fonds de pension, ou d’éventuels acheteurs de leurs actifs. De la même façon qu’existent autour du globe des ceintures de volcans, existent, au cœur de la mondialisation capitaliste des ceintures de marchés financiers (un peu plus d’une trentaine dans le monde) animés par des investisseurs financiers de toutes sortes.

Les États, de leur côté, sont poussés à financer une partie de leurs dépenses via les marchés financiers. Les titres publics de créance deviennent une sorte de refuge pour les créanciers (car les États « ne font pas faillite », en théorie). Mais, simultanément, l’ampleur de la dette des États est soumise au contrôle implicite des opérateurs financiers mondiaux.

— 3) Les États. Ils interviennent, ou au contraire, sont incapables d’intervenir, dans deux domaines distincts.

Le premier domaine d’intervention est celui de l’ordre politique mondial. Ici, les États-Unis jouent le rôle de « gendarme en chef ». Le capitalisme a toujours eu besoin d’un État-gendarme. On peut dire que, sur ce plan, la mondialisation capitaliste est dotée des bases d’une action mondiale de gendarmerie.

Nous avons le triste privilège, en France, d’observer combien les élites socialistes se plaisent à intervenir politiquement dans le monde, au nom de l’idéologie des Droits de l’Homme et se comportent en réalité pour ce qu’ils sont, des partisans résolus de l’impérialisme, le système politique mondial ayant leur soutien. Ils ne sont plus seulement des partenaires loyaux du capitalisme. Ce sont, aujourd’hui, des partenaires loyaux du capitalisme mondialisé.

Je ne leur ferai pas le reproche d’être des supplétifs de l’Amérique du Nord. En effet, cela pourrait laisser croire que, si les socialistes agissaient seuls en tant que gardiens des intérêts politiques les plus généraux du Capital mondial, cela trouverait grâce à mes yeux. Il n’en reste pas moins, sous cette réserve, que leur servilité mal récompensée envers l’Amérique donne de la France une image peu honorable.

On remarque cependant que, eu égard à la nature composite de la mondialisation capitaliste (pays capitalistes, pays émergents diversifiés), les gendarmes capitalistes du monde n’ont plus les coudées aussi franches qu’autrefois. Il n’a pas été indifférent de passer du G5 (1975) au G8 (1998), puis au G20 (1999), quand bien même ces regroupements mondiaux n’auraient pas de pouvoir de décision [3].

Le second domaine d’intervention des États dans le monde est celui de l’ordre économique. Dans ce domaine, les agents moteurs de la mondialisation capitaliste ne disposent, au plan mondial, d’aucune institution étatique qui régulerait l’ordre économique mondial.

La stabilité économique du monde repose sur la morale et la bonne volonté, ce qui, dans les pays capitalistes, ne veut pas dire grand-chose. En réalité, non seulement le processus de la mondialisation capitaliste fonctionne sans filets de sécurité mais il est émaillé de ces zones de non-droit économique absolu que sont les places financières « libres ».

- b) Les lois économiques de la mondialisation capitaliste.

J’en, énonce quatre :

— (1) La loi du taux de profit mondial maximum. Comme indiqué supra, les firmes géantes ratissent toute la planète, là où il y a du revenu. Elles ont besoin de la plus grande mobilité économique et législative possible : marchés et acteurs financiers, pas d’entraves à leurs déplacements, évasion fiscale maximum, accords divers, par exemple accords de l’OMC (marchandises, libertés financières), accords de l’OCDE (investissements).

— (2) La loi de la valeur mondialeunique (ce qu’on appelle « la loi du prix unique »). En vérité, la théorie marxiste permet d’être plus précis que la théorie courante. D’une part, il tend certainement à s’établir une valeur unique des produits et des services, même si, d’autre part, les prix des produits (ou les taux d’intérêt) peuvent être encore très différenciés.

— (3) La loi de l’hyper-concurrence. La mondialisation capitaliste se fraie son chemin dans le cadre d’une concurrence exacerbée. La compétitivité mondiale devient le maître mot du vocabulaire économique. C’est le harcèlement permanent des salariés qui l’emporte.

— (4) Le triangle d’incompatibilité de Mundell. Cette règle empirique indique que si, dans un pays, fonctionne la mobilité totale de ses capitaux, il n’est pas possible de réaliser, en plus de cette mobilité, une politique monétaire indépendante ET une politique indépendante des taux de change. Il faut choisir entre ces deux dernières branches de la politique économique. En général, avec la mondialisation capitaliste (liberté généralisée des capitaux), les États (ou leur équivalent territorial) choisissent de fixer le taux de l’intérêt (la circulation des capitaux). Le taux de change (variable pesant sur les échanges commerciaux) s’adapte en conséquence, sans que cette adaptation soit nécessairement adaptée aux besoins généraux de l’économie.

Il ressort de cette règle que la mondialisation capitaliste accroît les degrés de liberté des capitalistes mais réduit les degrés de liberté de la nation, ou de l’ensemble géographique considéré.

Si l’on fait le bilan de cette partie, on aboutit aux deux grandes conclusions suivantes : le processus de mondialisation capitaliste entraîne d’une part la dévalorisation des nations et d’autre part la régression de l’ordre mondial, tant au plan politique qu’économique.

D’un côté, les « lois » économiques de la mondialisation capitaliste anéantissent progressivement les nations telles qu’elles fonctionnaient dans les années 1950-1980.

De l’autre, l’ordre politique mondial ne s’est aucunement amélioré, pas plus que l’ordre économique mondial. Ils ont régressé l’un et l’autre. La violence guerrière s’est accrue de la part des impérialismes, comme on a pu l’observer hier avec la Libye, comme on peut l’observer aujourd’hui avec la Syrie. Quant aux crises économiques, elles ont été, depuis 1980, de plus en plus graves et fréquentes.

En se situant seulement dans le plan économique, que faut-il faire ? Faut-il, si l’on souhaite défendre les intérêts de la France, intégrer encore plus notre économie dans la mondialisation capitaliste et accepter à terme sa disparition comme économie indépendante ?

Faut-il, au contraire, s’opposer résolument à ce courant dominant ? Mais alors, au nom de quels principes et à la suite de quelles analyses ? Avec quels alliés, en France et dans le monde ? En promouvant quels changements ?

 

à suivre ...

 

Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (4/5)

 

 

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