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Réveil Communiste

Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (2/5)

5 Octobre 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Economie

Suite de l'article de JC Delaunay publié sur lepcf.fr

Début sur RC : Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (1/5)

 

1 - La mondialisation n’est pas un phénomène technique.

Le procédé le plus couramment utilisé par les idéologues des classes dominantes pour mettre leurs conceptions de la société « hors débat » et ensuite « hors révolution » consiste, au plan intellectuel, à en naturaliser les concepts.

Naturaliser les concepts signifie leur donner un contenu physique, technique, naturel en quelque sorte. Il s’agit de les sortir de la politique. Ainsi la mondialisation est-elle mise « hors débat » et « hors d’atteinte révolutionnaire » si elle est décrite et acceptée comme relevant de la technique ou du monde physique.

C’est ce que fait PL. Selon lui, la mondialisation doit s’imposer, quoique l’on fasse, dise ou pense, parce qu’elle relèverait de la technique. Certes, il explique qu’elle est enveloppée par des règles, des lois, des comportements. Elle est enveloppée par des rapports sociaux. Mais ces derniers ne seraient qu’un voile, un habit. En tant que phénomène technique, la mondialisation serait une réalité aussi solide que le roc.

Selon PL (conférence du 20 décembre 2012, Forum Europe), on peut la définir à l’aide des trois composantes principales suivantes : 1) Les nouvelles technologies (celles du transport des marchandises et de l’information). C’est la composante essentielle. 2) La multilocalisation de la production. Pour atteindre et dépasser sans cesse l’efficience technologique, les processus de production seraient désormais éclatés de par le monde dans des « chaînes de valeur globales ». 3) L’urbanisation croissante de la planète. Ce dernier phénomène engendrerait à son tour de nouveaux facteurs d’efficience.

La conclusion qu’il tire implicitement de ces trois composantes est que la mondialisation serait de nature technique. Elle n’aurait rien à voir dans son essence avec « la politique », ou, comme disent les marxistes, avec les rapports sociaux. Car les nouvelles technologies, par exemple, ne sont ni de droite ni de gauche, n’est-ce pas, mon cher Watson ? Elles sont, tout simplement. L’efficience économique, qui serait, selon PL, le moteur de la multi-localisation, ne serait, elle aussi, ni de droite ni de gauche. Elle est, elle s’impose, c’est une force. Il en est de même de l’urbanisation. Pascal Lamy ne serait qu’un observateur attentif de ce qui existe au plan technique, tout comme le Doyen Jèze, autrefois, observait que les ponts n’étaient pas des êtres politiques.

En réalité (c’est moi qui parle), les nouvelles techniques ne sont pas à l’origine des nouveaux rapports sociaux. Ce sont les nouveaux rapports sociaux qui appellent le besoin de nouvelles techniques. Marx n’est pas le penseur de la technique, c’est le penseur des rapports sociaux ainsi que du travail. Par suite, c’est le penseur des techniques nouvelles que les rapports sociaux, eux-mêmes nouveaux, appellent et contribuent à développer, notamment au niveau du travail, dans la lutte et la contradiction.

2 - En décrivant la mondialisation capitaliste comme un phénomène technique, et notamment comme une simple « mondialisation », quelles conséquences pour Pascal Lamy ?

La principale conséquence est la suivante. PL fait dériver de sa description technique une partie des nouveaux rapports sociaux politiques, de la mondialisation en cours. Il inverse le cours des explications comme du mouvement réel. Bien entendu, il ne parle jamais de « mondialisation capitaliste » mais toujours de « mondialisation ».

Pour lui, la grande transformation (l’aspect technique de la mondialisation) serait à l’origine du grand basculement (son aspect politique, le rôle nouveau des pays émergeant). Puis, par voie de conséquence, le grand basculement donnerait à la « mondialisation » un caractère durable.

En effet, selon lui, l’efficience économique induite par la mondialisation aurait été le point de départ de la croissance impétueuse des pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, etc.). Cette évolution, ponctuée par le recul de la misère mondiale et la formation de « nouvelles classes moyennes » (25% de la population mondiale dans 20 ans, selon PL), serait irréversible. Elle s’imposerait donc aux pays anciennement dominants de l’hémisphère Nord.

PL reconstruit l’histoire avec un manque total de rigueur intellectuelle et de respect des faits. En réalité, la mondialisation actuelle est née de la crise généralisée du Capital des années 1970. Dans tous les pays développés, à cette époque, les capitalistes (les grands, ceux qui font le destin du monde, pas les petits qui travaillent comme sous-traitants des grands) ont cherché une issue aux difficultés qu’ils rencontraient dans la mise en valeur du capital. Il existe des tonnes de travaux à ce propos. Cette issue a consisté, pour eux, à « libérer le Capital » des contraintes que ce rapport social fondamental pouvait rencontrer dans « les vieux pays » et à se lancer dans l’aventure économique du monde. Enfin seuls, enfin libres ! Je vais reprendre dans le point ci-après les traits essentiels de cette « libération ».

Mais ce que je retiens ici, pour critiquer les propos de Lamy, est que les traits majeurs de cette « libération » ont consisté en la mise en place de nouveaux rapports sociaux de fonctionnement du Capital, au premier rang desquels la priorité désormais accordée à l’entreprise géante mondialisée, la mise en place d’une infrastructure financière mondiale, la mise à l’écart et la destruction des nations comme territoires pertinents de l’activité économique, une modification radicale du rôle des États dans le fonctionnement économique, et, cela va de soi, la surexploitation des travailleurs, ceux des vieux pays comme ceux des nouveaux, mais avec des effets politiques et psychologiques complètement opposés. Ce sont tous ces rapports sociaux nouveaux (nouveaux en ce qui concerne le fonctionnement courant du Capital, mais pas du tout nouveaux en ce qui concerne l’essence du Capital) qui ont tissé la trame de la mondialisation capitaliste de la fin du 20ème siècle. C’est dans ce cadre que se sont installées les nouvelles technologies et, notamment, la considérable réduction du coût de l’information comme du coût direct du transport des marchandises.

Simultanément, un certain nombre de pays émergents, après avoir expérimenté les limites de leur organisation sociale (pour la Chine, par exemple, l’échec du socialisme de pénurie à la Mao Zédong), se sont lancés dans la réforme, l’ouverture et le développement, intégrant le capitalisme, et donc les autres pays développés du monde, à leur mode de production. Ce n’est pas la mondialisation qui a provoqué leur développement. C’est leur aspiration immense au développement économique, et donc la mise en place de nouveaux rapports sociaux, qui les a poussés à intervenir dans le monde comme ils le font.

Il s’est donc produit une conjonction heureuse entre la crise du capitalisme dans les pays développés et l’aspiration au développement économique rapide dans les pays sous-développés. L’état actuel de l’économie allemande illustre cette coïncidence.

Le point de départ de l’analyse que l’on doit faire du monde contemporain n’est donc pas une analyse technique. C’est une analyse sociale. L’intérêt du marxisme est, pour employer le langage un peu étrange de Marx, de « défétichiser » ces rapports sociaux nouveaux en montrant que leur origine est "dans la société" et non dans "la nature" ou dans "la technique". Le rôle des idéologues du capitalisme mondialisé est au contraire de les « fétichiser », de les décrire comme naturels, comme extérieurs à la société, comme techniques, et donc s’imposant à tous. Défétichiser les rapports sociaux revient à se donner les moyens intellectuels de les transformer. Au contraire, accepter leur fétichisation, c’est abandonner a priori toute volonté révolutionnaire et transformatrice de ces rapports.

 

à suivre ... Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (3/5)

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