Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Pour un État unique et laïc en Palestine

11 Novembre 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ

Un point de vue communiste et anti-impérialiste.

 

Le conflit local qui dure depuis trois quart de siècles entre les peuples israélien et palestinien, pour la possession exclusive d'un territoire national exigu encombrés des sites touristiques prestigieux des différents monothéismes, a acquis une grande importance symbolique, et présente un risque permanent pour la paix mondiale. L’un de ces peuples a subi toutes sortes d’oppressions, exils, discriminations, racismes, massacres, et tentatives d’extermination dont la dernière fut bien près de réussir, cela jusqu’en 1945, et l’autre en a en quelque sorte pris le relais pour devenir un nouveau peuple opprimé et dispersé. L’ironie sinistre de l'histoire veut que les opprimés d’hier soient devenus les oppresseurs d’aujourd’hui. Cette Guerre de Cent ans est devenue aussi le reflet déformé de la lutte des classes mondiale, déformé au point de gêner grandement les luttes des forces progressistes et anti-impérialistes. La paix entre Israéliens et Palestiniens est devenue une condition du succès de la lutte pour l’émancipation mondiale. Le programme du capitalisme pour cette région, au contraire, n’est rien d’autre que la guerre perpétuelle, qui ne se satisfera même pas de la soumission la plus abjecte des vaincus, quels qu’ils soient…


La haine accumulée de part et d’autres est sans doute l’obstacle le plus visible vers la paix. Les partis religieux des deux camps, et les partis laïcs nationalistes de droite se nourrissent de cette haine, et ont tout intérêt à pousser les feux. La paix ne viendra pas, je pense, sans confrontation avec eux, et probablement pas sans une répression déterminée de l’islam et du judaïsme politiques, accessoires idéologiques populaires du sionisme et du panarabisme. Tant que le rapport de force nécessaire pour neutraliser les forces obscurantistes ne sera pas atteint, il n’y aura pas de paix entre les peuples. Les religions ne pratiquent l'humilité qu'elles prêchent que quand elles y sont contraintes. Croyants, catholiques, protestants, musulmans et juifs ne sont tolérants que s’ils sont minoritaires dans leur société et il faut veiller à ce qu'ils le restent. A ce propos, quelque soit le contentieux historique entre la Syrie et Israël, la victoire du gouvernement syrien sur les gangs intégristes sera un pas en avant vers la paix.


Palestiniens et Israéliens ont droit tous deux à un État dans le territoire de la Palestine historique (dans les frontières du mandat de la SDN définie en 1919). Pour les Palestiniens, simplement parce qu’il s’agit de leur pays, pour les Israéliens, parce qu’ils n’en ont pas d’autres et que le peuplement juif de Palestine est un fait accompli de l’histoire. Expulser les Juifs ne ferait qu’ajouter une injustice à une autre.


Cela dit le problème ne se réduit pas à une question de titres historiques dont la valeur est toujours relative à la force dont on dispose pour les faire valoir. Les Israéliens sont éduqués depuis l’enfance dans une ambiance de citadelle assiégée. Que les craintes sur la sécurité des Juifs israéliens soient fondées ou non (et pour ma part je crois qu’elles le sont pour partie, sachant que le courant radical islamiste organise des individus qui sont bien les seuls sur la planète à tuer des enfants juifs simplement parce qu’ils sont juifs !), aucune solution ne viendra si l’on ne tient pas compte de cette exigence de sécurité. Certes les Palestiniens vivent quant à eux dans une insécurité totale depuis 1948, mais ce constat ne fait qu’aggraver la crainte israélienne d’une dose de mauvaise conscience mal assumée.


La solution juste sera un État palestinien laïc unique, doté du droit du sol, pour Juifs et Arabes.

Mais pour y parvenir il faudrait quelques garanties minimales pour que la politique de cet État n'évolue pas de manière à tomber sous le contrôle des fondamentalistes racistes de chaque camp, dont le but est de rejouer la partie et d’expulser l’autre communauté. De plus, sur ce territoire les Juifs ont vocation à devenir rapidement  minoritaires. Du coup le juif moyen, israélien ou pas, qui n'en déplaise aux antisémites n'est ni plus intelligent ni plus riche qu'un autre, se sent plus en sécurité avec les guerres continuelles qu'avec la paix, sans voir que cette arrogance militaire conduit droit à un Waterloo où Israël sombrera corps et bien (non sans grands dommages dans le reste du monde). Israël n’est pas viable à long terme, c’est un corps étranger enkysté au Moyen Orient. Si les Juifs veulent rester dans cette région, ils doivent le démanteler avant qu’il ne s’écroule sur eux.


Le problème lancinant du courant international anti-impérialiste tient à ce que sa solidarité nécessaire avec la lutte palestinienne le conduit inexorablement et sans grand bénéfice pour cette cause à des difficultés supplémentaires dans un combat déjà bien inégal avec le capitalisme mondialisé. Cette solidarité est nécessaire et historiquement fondée, comme celle du mouvement ouvrier avec la lutte nationale de l’Irlande. Mais le combat palestinien reste fondamentalement sur la ligne d’une récupération de toute la Palestine, et ceux qui avaient fait le pas de la reconnaissance d’Israël à Oslo en 1993 se sont discrédités, ont été discrédités par le sabotage de la paix par leurs partenaires mêmes. A ce titre les Palestiniens ont un agenda particulier qui diverge fortement de la ligne habituelle à la gauche qui est sur celle dite « deux États » ou de la ligne qui progresse à nouveau et qui est défendue ici, dite « État unique». Le rêve de défaire l’histoire accomplie reste fort parmi eux, et leur intransigeance est bien explicable au vu des tragédies qui ont rythmé leur existence de nouveau peuple de l’exil. Mais le mouvement anti-impérialisme ne peut pas devenir l’instrument d’un projet de purification ethnique, quand bien même s’agirait-il de revenir sur une purification ethnique inverse accomplie dans le passé. Je précise qu’il ne s’agit pas tant de morale que de bon sens politique. Si l’élimination d’Israël était une chose si facile, une simple étape préliminaire à quelque chose de mieux, un œuf à casser dans l’omelette révolutionnaire mondiale, elle aurait déjà eu lieu depuis longtemps.


Reste que nous sommes conduits dans une impasse. Le soutien aux Palestiniens, bien peu efficace d’ailleurs, se transforme en pure posture. D’autre part le projet revanchard islamo-nationaliste a du plomb dans l’aile, sa fraction sunnite étant fondamentalement manipulée par l'Occident, et pour sa fraction chiite il est largement hors de porté. En effet, il ne serait pas si simple de faire disparaître Israël de la carte, n’en déplaise à Ahmaninedjad, par une guerre, même nucléaire. Celui-ci n’est d’ailleurs pas dupe et ses excès de langage ne sont que surenchère destiné au champ politique islamique. Israël, ou plus exactement les Juifs d’Israël, resteront implantés autour de Jérusalem, sauf à spéculer sur une guerre généralisée, ce qui n’est ni prudent ni souhaitable. Si cette guerre se produisait, elle ne pourrait aboutir à une révolution internationale qu’au bénéfice du parti qui aurait résolument joué son existence sur la paix, comme le firent les bolcheviks en 1914, et non de ceux qui auraient fait la politique du pire.


Il faudra donc travailler, avec les communistes qui n'ont pas désarmés de part et d’autre de la ligne de front, à une solution politique qui laissera de coté les désirs de revanche d’un coté, les rêves d’expansion sionistes de l’autre, rêves qui sont d’ailleurs mortels à terme pour la nation juive qui s’est forgée dans la diaspora et non dans les pérégrinations légendaires de Moïse et d’Abraham.


Le seul avenir compatible avec nos idéaux politiques est la paix, qui nécessite des concessions majeures des deux cotés, pour sortir du blocage des deux peuples pour un seul territoire.


L’État juif aussi paradoxal que cela paraisse ne peut être démantelé que par les Juifs eux mêmes, c'est-à-dire par ceux qui comprendront que la paix avec les Arabes est préférable y compris sur le plan de la sécurité à la guerre perpétuelle. Les Juifs devront décider d’abandonner l’identité ethnico-religieuse de substance sioniste et le nom même de leur État qui signale cette identité, « Israël », devra faire place à « Palestine », nom du nouvel État, soit unitaire et binational, soit (second choix) fédératif avec partage territorial (dans ce cas Jérusalem comme sur le plan de partage de l’ONU de 1947 devrait former une troisième zone, et la zone palestinienne devrait être plus étendue que ce qui en restait en 1967). Ces concessions sémantiques ne devraient pas être si difficiles pour ceux qui ont toujours prétendu que la Palestine n’était qu’un nom géographique, et que le peuple palestinien n’existait pas, ou seulement comme une branche locale du peuple arabe. Malgré ce prétexte fallacieux, ils devront accepter aussi le droit au retour palestinien. Les Palestiniens de leur coté devront abandonner le projet implicite d’un État arabe homogène, ainsi que le panarabisme et le panislamisme,  même présentés sous un voile laïc comme dans l’Algérie de l’indépendance, et ils devront accepter de ne constituer qu’une moitié de ce qui fut leur pays entier et de ne pas s’appuyer sur leur supprématie démographique pour renverser la parité institutionnelle des deux nations palestiniennes constitutives, juive et arabe, d’un pays doté des deux langues officielles enseignées à tous, l’arabe et l’hébreux.


L’État palestinien ainsi fondé, laïc, binational arabo-juif et bilingue comportera la plus importante communauté juive du monde, mais cessera de prétendre représenter en quelque sorte tous les Juifs. Il comporterait aussi la société arabe la plus avancée dans le progrès économique et social. Et je pense qu’il serait la base idéale pour construire un nouveau modèle de socialisme au XXIème siècle. Pour finir sur une note ironique, je crois que ce serait une juste compensation que les devises des pèlerins des divers monothéismes visitant leurs lieux saints servent à cette fin.


Tout ceci peut sembler utopique, mais je crains fort que l’alternative ne soit que du sang et des larmes pour tous, et pas seulement pour Israéliens, Palestiniens, Juifs et Arabes.


GQ, 14 octobre 2012

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
<br /> A propso d'éric hazan :<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> 02/12/2012 14:59:04<br /> Un nouvel article sur le blog canempechepasnicolas.over-blog.com<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Une histoire de la Révolution française : Eric Hazan présentera son livre le 4 décembre 2012 à 19h30 à la librairie « La Hune » à Paris<br /> <br /> <br /> REPRIS SUR EL DIABLO "Une histoire de la Révolution française" Eric Hazan présentera son livre le 4 décembre 2012 à la librairie "La Hune" à Paris Eric Hazan présentera son livre le 4 décembre<br /> 2012 à…<br /> <br /> <br /> Pour lire la suite cliquez ici<br />
Répondre
G
<br /> Il s'agit parait-il d'une vieille position trotskyste. et c'est celle d'Éric hazan. Sans doute! Mais elle devient actuelle aujourd'hui seulement, après la faillite organisée de l'autorité<br /> palestinienne.<br /> <br /> <br /> pour Hazan, écouter : http://www.dailymotion.com/video/xvburr_en-direct-de-mediapart-entretien-avec-eric-hazan_news#from=embediframe<br />
Répondre
G
<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> 08/11/2012 09:38:13<br /> Un nouvel article sur le blog canempechepasnicolas.over-blog.com<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> François Hollande s'aligne sur Benjamin Netanyahou<br /> <br /> <br /> Communiqué du Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens Les déclarations de François Hollande tenues lors de sa conférence de presse avec Benjamin Netanyahou<br /> marquent…<br /> <br /> <br /> Pour lire la suite cliquez ici<br />
Répondre
G
<br /> Pour info :<br /> <br /> <br /> Une lettre de notre ami Uri Avnery : "Unr rébellion sur le Titanic"...<br /> <br /> <br /> REPRIS SUR histoireetsociete Une rébellion sur le Titanic – Par Uri Avnery 24OCT | légende: Caspar David Friedrich, le naufrage Oct.22, 2012 | traduction de Joëlle Perl Si nous voulons éviter…<br /> <br /> <br /> Pour lire la suite cliquez ici<br />
Répondre
G
<br /> Je constate avec plaisir que personne n'objecte à cette solution ! <br />
Répondre