Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Minuit moins quart pour la classe ouvrière

28 Avril 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions

Un sondage paru ce jour indique qu’une majorité d’ouvriers voteraient pour Marine Le Pen si les présidentielles avaient lieu demain. Hollande, Aubry ou DSK arriveraient loin derrière la patronne du FN ; désormais vomi par une majorité de prolétaires, Sarkozy serait troisième. Quant aux Mélenchon, Besancenot et Cie, ils recueilleraient un pourcentage très faible des voix ouvrières. Certes il faut rester prudent avec ce type d’enquête : ces instituts de sondage et les médias qui les commanditent travaillent pour les ennemis du monde du travail. En outre, les sondeurs ignorent systématiquement que, des européennes aux cantonales, le « premier parti ouvrier de France » n’est pas le FN mais l’abstention, par laquelle les travailleurs manifestent leur rejet catégorique de l’UMPS maastrichtienne et des petits partis qui leur servent de rabatteurs objectifs au premier tour. Méfions-nous aussi de l’utilisation anti-ouvrière de ce sondage, qui va surtout servir à salir l’image des ouvriers auprès des « bobos » qui font désormais la loi à la tête de la gauche et même de l’extrême gauche établies.

N’empêche : les militants du PRCF qui vivent dans les départements saccagés par les délocalisations et où la classe ouvrière est menacée de déclassement global, peuvent confirmer ce fait politique inquiétant : la tentation d’utiliser, -illusoirement et dangereusement certes-, le vote FN pour « donner un coup de balai » général, monte en puissance dans une partie de la classe laborieuse, y compris hélas dans le prolétariat des usines. Et l’héritière du milliardaire Le Pen le sait si bien que, remisant provisoirement et superficiellement le programme archi-patronal de son vieux facho de père, elle feint d’exiger des nationalisations, de refuser l’euro et le libre échange (alors que les députés FN ont voté l’Acte unique européen en 1986 !), et se réfère même à la laïcité, dont elle dévoie le contenu dans un sens islamophobe comme ses imitateurs Guéant et Hortefeux. Au lieu de nier les faits ou de maudire ces « ouvriers-qui-ne-comprennent-rien-au-danger-fasciste », les marxistes, les communistes et tous les vrais antifascistes ont le devoir de se demander comment on en est arrivé là et comment il est possible de changer de cap sans attendre 2012.

Et là, c’est d’une autocritique radicale qu’auraient besoin la quasi-totalité des dirigeants de la « gauche » et de l’extrême gauche établies, et au premier chef la direction nationale du PCF. En effet, depuis au moins 81, ces bonnes gens, tous plus « internationalistes » et « antiracistes » les uns que les autres, ont creusé le lit du FN et pour commencer, celui de l’UMP, dont la politique se distingue de moins en moins de celle du parti d’extrême droite. En effet, la fausse gauche et les faux communistes ont passé leur temps, tout en calomniant sans cesse les marxistes-léninistes restés fidèles à leur idées, à :

=>criminaliser le communisme, en cultivant l’antisoviétisme, l’anti-léninisme et le négationnisme anticommuniste. Accompagnant le procès fascisant du Livre noir du communisme, la fausse gauche et la fausse extrême gauche ont expliqué aux travailleurs que l’issue à la crise systémique du capitalisme n’était plus la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, encore moins la socialisation des moyens de production ; loin de faire le bilan objectif de l’expérience née de la Révolution d’octobre, loin d’en tirer leçon pour construire le socialisme de l’avenir, ces dirigeants ont repris la scandaleuse équation « antitotalitaire » : « URSS=Troisième Reich », quitte à mettre sur le même plan les tortionnaires nazis et les héros de Stalingrad. Comment s’étonner alors si, à l’arrivée, l’extrême droite est banalisée dans toute l’UE au rythme même où les « Rouges » sont diabolisés ? On ne fustigera jamais assez l’irresponsabilité des dirigeants mutants et « refondateurs » du PCF qui depuis des décennies ont rivalisé d’auto flagellation avec la droite en mettant dans toutes les têtes, et d’abord dans celles des enfants décervelés par les manuels d’ « histoire » officiels, l’équation « communistes=criminels » : car cette équation odieuse est le socle sur lequel l’ultra-droite déferle sur l’Europe de l’Italie aux pays baltes. En attendant, les travailleurs n’ont plus à leur disposition de vrai PC implanté prioritairement à l’usine, intégrant les immigrés au combat de classe, soutenant le syndicalisme de classe, portant un véritable patriotisme progressiste et dynamisant chaque lutte par la perspective de la révolution socialiste ;

=>ensuite, la fausse gauche aidée par les trotskistes et par les idéologues mutants et refondateurs du PCF ont travaillé à diminuer la conscience de classe. Les ouvriers sont devenus des travailleurs (alors que tous ne sont pas confrontés au même degré à l’exploitation capitaliste), les travailleurs sont devenus des « salariés » (alors que certains « salariés », PDG, DRH, etc., ne sont que des laquais du capital), et pour finir les salariés sont devenus des « gens ». Depuis plusieurs années, l’Huma a purgé sa manchette du marteau et de la faucille en affichant la devise du «parti-pris-des-gens » (Humanité-Dimanche). Quels gens, les exploiteurs ou les exploités ?… Parachevant le délestage idéologique entrepris en 76 avec l’abandon de la dictature du prolétariat, le PCF a rayé de ses statuts (28 et 29èmes congrès, tout est vérifiable) toute référence à la classe ouvrière et au marxisme ; et tout en prétendant avoir coupé la « courroie de transmission », la CGT a rayé de ses statuts la notion de syndicalisme de classe. Quant au NPA, il a renié les mots « communiste » et « révolutionnaire » qui figuraient dans l’ancien sigle de la LCR. Comment s’étonner si aujourd’hui les ouvriers se désintéressent du « facteur » préféré des Neuilléens, O. Besancenot !

=>enfin la gauche établie a totalement renié la nation. Au moment où les capitalistes « français » s’acharnent sur l’industrie et l’agriculture de notre pays, pourquoi le PRCF est-il presque seul, en tant qu’organisation progressiste, à défendre la revendication prolétarienne de « produire en France », sans laquelle les ouvriers iront coucher sous les ponts pendant que les bobos disserteront sur « l’autre mondialisation » - tandis qu'ils auront détruit pour longtemps, avec nos capacités productives, toute possibilité objective de révolution socialiste dans notre pays -? Comment se fait-il que les militants franchement communistes du PRCF, censurés par la presse et calomniés par tout ce que le pays compte de gauchistes de salon, soient si seuls, en tant qu’organisation, à appeler à sortir la France de l’Union Européenne avant qu’elle y reste, à fustiger le mensonge de l’Europe sociale, et à porter une pétition de masse pour que la France se retire sur des bases progressistes de la ruineuse zone euro… alors même que le plan « euro plus » sert de feuille de route à toute l’euro-bourgeoisie pour diminuer les salaires et fermer les services publics ? Pourquoi en dehors du PRCF, pas une organisation politique se réclamant du camp progressiste n’engage la résistance linguistique au tout-anglais patronal au moment où le MEDEF, Chatel, Pécresse, l’UE veulent contraindre les travailleurs à bosser en anglais en favorisant ouvertement la préférence nationale à l’envers des « English mother tongue » chéris par le grand patronat ?

La réalité, c’est que la fausse gauche, trahissant Jaurès (« la souveraineté politique du peuple est le socle de l’émancipation sociale »), Ho Chi Minh (« il n’y a pas de bien plus précieux que l’indépendance et la liberté »), Lénine (« Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes ») et Politzer (« la nation c’est le peuple »), a rompu l’alliance invincible du patriotisme républicain et de l’internationalisme prolétarien qui fut au cœur de la Commune de Paris, du Front populaire et du Conseil National de la Résistance. Aujourd’hui, la plupart des groupes gauchistes, non seulement abandonnent le drapeau tricolore et la Marseillaise au FN (une erreur que n’ont pas faite les ouvriers de la raffinerie de Gonfreville qui chantèrent la Marseillaise face aux charges de CRS !), mais ils traitent inlassablement de « nationaliste » le PRCF qui continue dans la voie tracée par Thorez, Duclos, Manouchian et Croizat avec l’appui on ne peut plus enthousiaste de l’Internationale communiste : celle qui consiste à associer, contre les fascistes, contre l’Union Européenne et « Sarko-Medef», le drapeau rouge au drapeau tricolore ! Et pendant que la « petite gauche », avant tout soucieuse de ménager le PS et les directions confédérales euro-formatées, refuse de condamner la sacro-sainte « construction européenne », les ouvriers perdent leur emploi, l’agriculture et la pêche artisanale s’éteignent, la France s’écroule sous les importations, les services publics disparaissent « pour sauver l’euro »… Mais rassurons-nous, rien n’est perdu : Pierre Laurent, le secrétaire du PCF, renie le combat de Georges Marchais en défendant l’euro. Ainsi donne-t-il des gages au Parti de la Gauche Européenne dont il est devenu le président ainsi qu’à Mélenchon, qui juge « nationaliste » de sortir de l’euro et qui croit « internationaliste » d’appeler l’impérialiste Sarkozy à bombarder Tripoli pour « sauver la révolution arabe» (sic) !

En fait, pour notre pays, pour sa classe ouvrière française et immigrée, il est minuit moins le quart. Les vrais communistes, ceux qui sont hors du PCF comme ceux qui y adhèrent encore, parviendront-ils à temps à rendre irrésistible l’exigence d’une sortie progressiste de l’Union Européenne pour faire revivre le programme du Conseil National de la Résistance ? Parviendrons-nous ensemble à défendre l’histoire du communisme et la perspective du socialisme ? Ou bien, pour suivre à la trace la petite bourgeoisie euro-constructive, « anti-libérale » et altermondialiste, les mouvements gauchistes déguisés en internationalistes laisseront-ils le FN et DSK prendre à la fois la République et la classe ouvrière en tenailles pour détruire la nation en « sauvant » la seule chose qui compte pour eux : les profits de l’oligarchie et l’avenir de l’impérialisme « français » ? C’est dans cet esprit que le PRCF 62 a proposé à la Fédé 62 du PCF d’organiser ensemble une action à Hénin-Beaumont, la grande ville ouvrière convoitée par le FN, pour commémorer la grande grève patriotique des mineurs de mai 1941.

Quoi qu’il en soit, le PRCF continuera son effort pour que la nation se tourne à nouveau vers la classe ouvrière quitte à rompre avec l’Union Européenne du grand capital, et que symétriquement, la classe ouvrière retrouve son rôle dirigeant dans la transformation sociale en « devenant la nation », comme y invitait déjà le Manifeste communiste de Marx et d’Engels à l’orée d’un autre Printemps des peuples : et il est décisif pour les vrais militants ouvriers qui veulent combattre efficacement le FN et l’Europe capitaliste de renforcer cet outil politique modeste, mais franchement communiste et prioritairement tourné vers la classe laborieuse.

Le 26 avril 2011

Pour le PRCF

Léon Landini, ancien officier des FTP-MOI, Grand Mutilé de Guerre ; Pierre Pranchère, ancien FTPF des Maquis de Corrèze ; ancien député communiste ; Jean-Pierre Hemmen, fils de Fusillé de la Résistance, réprimé pour avoir refusé de porter les armes sous les ordres de l’OTAN ; Georges Gastaud, philosophe, auteur de « Patriotisme et internationalisme » ; Bernard Colovray, ouvrier du livre, syndicaliste ; Jean-Pierre Menuge, ouvrier du bâtiment, secrétaire de la cellule d’Eleu du PCF ; Roger Silvain, militant du PCF en mai 1968 à Renault-Billancourt, Vincent Flament, rédacteur en chef d’Initiative Communiste, Annie Lacroix-Riz, historienne, Aurélien Djament, rédacteur en chef d'EtincelleS.

 

 

Ressources-Histoire-Abrupt-Clio-Team-Affiches-Politique-195.jpg

Une affiche du PCF au temps où il était encore communiste...

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article