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Réveil Communiste

Microfinance, macro exploitation. Le cas du Kirghizstan

5 Mai 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

La microfinance, clé du développement du Kirghizstan, à des taux usuraires

by histoireetsociete

dans le cadre de notre tentative de comprendre comment peuvent se constituer des filières de djiadistes, nouveaux mercenaires, le cas de la république kirghize nous est apparu particulièrement significatif, nous avons toutes les situations, un état d'instabilité permanent entretenu autour de la base de l'OTAN vers l'afghanistan, le trafic de drogue toujours à partir de ce pays et de la guerre, la misère, l'intervention des ONG qui venues des Etats-Unis jouent les faiseurs de dirigeants et même comme dans l'exemple donné ici installent un mode de financement basés sur les microcrédits à des taux d'environ 130% véritablement usuraires. La décomposition de l'ex-Union soviétique sous l'égide des Etats-Unis ici comme dans les privatisations de la Russie ont été l'quivalent des plaies d'Egypte, une destructuration politique, économique et sociale en profondeur.

Avril 2013

Pour Angelika Li, chef de gestion de contrôle externe à la Banque nationale de la République kirghize, « la microfinance occupe une place importante dans le système financier de la République. A la date du 30 septembre 2012, on dénombrait 358 organisations de microfinance. Soit 271 agences de microfinance (AMF), 82 associations de microcrédit (AMC) et 5 sociétés de microfinance (SMF). Leur portefeuille de prêts s'élevait en tout à 16,3 milliards de soms et elles comptabilisaient alors plus de 472 000 emprunteurs. A la même date, le taux d'intérêt moyen pondéré, soit les intérêts à payer sur les prêts pour une année entière était de 34,71 %. Le portefeuille des institutions de microfinance est traditionnellement centré sur le commerce et l'agriculture, dont les parts respectives sont de 23,9 % (4 000 milliards de soms) et 43,93 % (7 000 milliards de soms). La principale source de croissance de ce portefeuille repose sur les fonds des institutions financières internationales et l'augmentation du capital des institutions microfinancières (IMF) ». Il s'agit d'un business social, qui aide à bâtir le business réel. Les agences de microfinances, principalement utilisées par les agriculteurs et petits entrepreneurs, sont déjà implantées dans la majorité des régions du Kirghizstan.

Interview de Nargiza Joldoshova, directeur de l’Association des organisations de microfinance du Kirghizstan

Pouvez-vous nous dresser un bref portrait de votre association ?

Notre association a été fondée en 2005 et regroupe les institutions de microcrédit qui opèrent au Kirghizstan. Les fondateurs de notre organisation sont les quatre grandes entreprises du secteur : la fondation financière “Bai-Tushum”, le groupe financier “Kompanion”, et les organisations de microfinance “Frontiers”,  et “FINCA”. Ces institutions de microfinance peuvent être divisées en trois catégories, avec tout d'abord la microfinance d’entreprises qui fournit des services au public. Viennent ensuite les sociétés de microcrédit. Enfin, il y a aussi les micro-organismes de crédit et les syndicats. Nous comptons 36 entreprises adhérentes à notre association. Ce sont principalement de grandes sociétés, mais nous comptons aussi des moyennes et petites entreprises. Nous sommes partiellement financés par l’organisation allemande pour la coopération internationale GIZ et l'organisation néerlandaise ICCO.

Quels sont les principaux objectifs de votre organisation et sur quels types de  projets travaillez-vous ? Parmi les activités que nous menons, la première est de représenter et protéger les intérêts des institutions de microcrédit, et de promouvoir des projets de loi relatifs à leur activité, en collaboration avec le gouvernement et le Zhogorku Kenesh (Parlement du Kirghizstan). En outre, nous avons une activité de services, tels que la formation et le conseil pour les fonctionnaires, des organismes de prêt aux entreprises et des représentants des départements de ressources humaines. Nous organisons aussi des tables rondes de concertation entre établissements de crédit, parlementaires et représentants de banques.

Le développement du secteur privé implique acteurs financiers, gouvernementaux et ONG. Crédits SDC

Quelles lois ont été adoptées ou sont en cours d'élaboration avec votre  participation ? Le projet de loi sur « les organisations de microfinance » a été remis au Parlement en septembre 2012. Nous avons eu auparavant des discussions avec les représentants du Comité sur la politique budgétaire de la Banque nationale. Nous espérons qu’à la fin de l'année la loi sera votée. Par ailleurs, nous examinons tous les projets de loi relatifs à la microfinance. Après discussion avec nos membres, notre position est envoyée à la Banque centrale. Nos membres fournissent également des données économiques sur les institutions de microfinance - valeur de leur portefeuille de crédit, taux d'intérêts, etc.

Pensez-vous qu‘une industrie de la microfinance soit nécessaire au  développement économique et à l’amélioration de la vie des citoyens ? Pour développer leurs affaires, les entrepreneurs ont besoin d'un capital de démarrage. Les banques commerciales ne sont pas disponibles partout. Elles donnent généralement des prêts sans garantie et n'acceptent pas de dépôt. Au Kirghizstan, la situation politique est instable et vous ne pouvez pas toujours compter sur l'aide de l’État. Les gens veulent améliorer leur vie et se tournent vers les agences de microfinance. Parmi les clients des organisations micro financières, 79 % sont des femmes et 21 % des hommes. La majorité des emprunteurs vit en région. Si vous regardez le secteur du crédit, les banques commerciales sont la source de 64 % des prêts aux particuliers. Il y a aussi un certain pourcentage correspondant à un « marché gris », qui inclut les prêteurs sur gages, ainsi que des particuliers avec garantie de prêt. Il est particulièrement important pour les personnes ayant un revenu inférieur à la moyenne.

Les crédits octroyés par OXUS au Kirghizstan. Crédits Oxus

Quelle est la signification sociale de votre action ? En soi, l’activité des établissements de microfinance revêt un fort caractère social. Les personnes pauvres ont besoin d'argent et doivent contracter des emprunts, non seulement pour financer des entreprises mais aussi pour des événements familiaux, un mariage par exemple.

Y a-t-il un risque à emprunter? Le crédit doit être un recours ultime, après en avoir discuté avec toute la famille. Il est nécessaire de vérifier le budget familial, d’avancer étape par étape. Il est également nécessaire d'aborder cette question d'un point de vue juridique. Si l'emprunteur rencontre des problèmes il doit contacter directement la société qui a émis le prêt.

Etre sur le terrain: analyse de l'organisation Kompanion

Parmi les agences de microfinance présentes au Kirghizstan, Kompanion a choisi de miser sur la formation des emprunteurs, pour ne pas seulement leur « donner des poissons » mais aussi leur « apprendre à pêcher », aider les communautés à devenir autonomes, développer et pérenniser leur activité. L'organisation a été fondée par l’ONG américaine Mercy Corps en 2003 et est soutenue par l’USAID, elle compte aujourd’hui plus de 120 000 clients, en particulier des petites et moyennes entreprises.

 

En plus de son activité principale de prêt aux entrepreneurs, Kompanion les forme, principalement dans deux domaines : le jardinage et l'élevage. Cette organisation de microcrédit propose principalement deux types de formation, « Eco-Jardin »  et « UDS », qui permettent aux bénéficiaires de prêts de comprendre comment utiliser au mieux leurs fonds pour développer leur activité. Le projet Eco-Jardin, qui concerne 3 000 familles dans les régions de Naryn et Issyk-Koul dans le nord du pays, porte sur le développement de cultures améliorées et le recyclage des déchets. Cela inclut la recherche d'acheteurs potentiels pour ces déchets, pour réduire la pollution des sols et des eaux. En 2005, le projet « initiatives de développement conjoint », financé par l'USAID, associait les autorités locales et les gestionnaires pour résoudre les problèmes liés à la vie des communautés. Dans ce projet, basé sur une étude internationale (“Kompanion”, 5-year review report 2004-2009), les participants ont fondé sept conseils de développement économique local.

L'agriculture représente 33 % de la valeur ajoutée du PIB (FMI). Les agriculteurs trouvent dans le microcrédit un moyen de gagner de l’argent par eux-mêmes avec l’aide d’organisations de micro-finance. Nurlan Ibraev, chef de supervision des opérations non bancaires à la Banque nationale, rappelle que dans ce cas, le taux d'intérêt sur les prêts à des organismes de microcrédit est plus élevé que dans les banques, et atteint jusqu'à 70-80 %  par an. Malgré des taux d'intérêt élevés, ce secteur semble essentiel pour la croissance économique au Kirghizstan. Selon les données de l’agence statistique d’Etat, début 2011, 3 800 travailleurs agricoles ont été embauchés et 3 700 employés sont partis à la retraite cette même année, ce qui montre un niveau faible de développement de ce secteur.

Comment savoir si les prêts accordés à la population du Kirghizstan sont efficaces ?  Angelika Li donne la réponse suivante : « du point de vue de l'impact économique pour l'Etat, la délivrance d'un prêt est considérée comme efficace si l'institution de microfinance qui délivre le crédit cherche à mettre en œuvre des moyens pour faire baisser la pauvreté, améliorer le niveau de l'emploi, ou encore favoriser le développement de l'entrepreneuriat et de la mobilisation sociale de la population kirghize. À ce jour, la Banque nationale propose des services visant la promotion des institutions de microfinance pour la délivrance de crédits, compte tenu de cette vocation sociale.»

Augmenter la confiance des Kirghizes dans les agences microfinancières

Bien que les institutions microfinancières veuillent améliorer la confiance que placent en elles leurs clients, certains d'entre eux s'en sont pris à leurs bureaux dans le sud du pays, en juin dernier. Selon Angelika Li, « Ces manifestations d’emprunteurs poursuivaient plusieurs objectifs. Ils pouvaient réellement avoir besoin d'aide, car n'étant pas capable de résoudre leur problème sans l'Etat. Il a mis en place un mécanisme de coopération en matière de remboursement des prêts, et la Banque nationale y participe activement. Il pouvait aussi s'agir de protestations à but purement politique. »

La chef de gestion de contrôle externe rappelle « qu'un projet de loi du  Zhogorku Kenesh (le parlement kirghize), intitulé '' Des modifications et compléments d'actes législatifs de la République kirghize ' a été développé en 2011 dans le cadre d'opérations de la Banque nationale. Il prévoit l'élargissement de la liste des services bancaires rendus aux organisations microfinancières et aux coopératives de crédit, ainsi que la protection des droits des consommateurs. En 2012, une série de documents juridiques et réglementaires visant à protéger les droits des consommateurs ont été établis. A ce jour, la Banque nationale a organisé plusieurs réunions avec les organisations microfinancières, où il a été recommandé d'effectuer un travail individuel avec les emprunteurs et, si nécessaire, de restructurer voir prolonger les prêts. Elle a également participé à faire des propositions pour les projets législatifs adoptés par le Parlement '' Sur le partage de l'information sur le crédit '', qui sera soumis à l'examen du Zhogorku Kenesh, dans le but de réduire les emprunts multiples et simultanés dans le secteur financier, avec le soutien technique de la société financière Internationale (IFC). Aussi la Banque nationale aura la possibilité d'exercer des inspections de vérification et d'interroger les rapports et autres informations nécessaires sur les activités des bureaux de crédit. »

Mais la question de la participation des agences microfinancières dans l'optimisation du travail avec leurs clients reste ouverte. Si les clients ne peuvent pas rembourser leur prêt à temps, pourquoi les agences n’iraient-elles pas à leur rencontre pour prolonger le délai de remboursement ? Selon un rapport de l’USAID, l'agence pour le développement international des États-Unis, dans de nombreux villages, il y a des microcrédits qui peuvent être obtenus par les agriculteurs, par exemple pour l'achat de semences. Mais les taux d'intérêt sont élevés et des exigences de garanties à 130 % du montant du prêt les empêchent de se développer.  Les organisations microfinancières les plus grandes dans les zones rurales sont FINTRAC, Finca, Bai-Tushum et Kompanion.

Comme le développement des ménages domestiques nécessite de l'argent et les gens n'ont pas le choix dans l'accès à cette ressource, il faut prendre en compte la question du développement rural et  faire des concessions importantes aux clients, selon le même rapport de l’USAID . Après tout, une société de microfinance est responsable du choix du client et de la vérification de sa solvabilité. Cela reflète le principe du double sens de la responsabilité sociale. Pour les sociétés de microfinance, exercer son activité repose sur la confiance des clients. Pour la garder, il leur faudra donc probablement examiner leur politique financière. Dans le cas contraire, il y aura sans doute moins de gens amenés à prendre des prêts.

Comme dans tout processus de développement, la réussite exige un effort constant. En dépit de tous les problèmes dans leur travail les entreprises du secteur micro financier doivent donc maintenir leur aide aux petits entrepreneurs du secteur agricole, un des piliers du développement de l’économie au Kirghizstan.

Ecrit par Marina Shentsova

Journaliste pour Francekoul.com à Bichkek

Relu par Benedicte Weiss

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