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Réveil Communiste

Les communiqués du PCF et la situation au Mali, et analyse politique et géographique

18 Juillet 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

Le Mali connaît actuellement une déstabilisation historique, sur laquelle il convient de se pencher.

D'abord, c'est un pays très vaste, ethniquement non-homogène, puisqu'y vivent des Peuls, Touaregs, Dogons, Soninkés, Bambaras, Bozos, etc., chaque ethnie avec ses propres activités (les Peuls sont des éleveurs, les Bambaras des cultivateurs, les Bozos des pêcheurs, etc.), ses propres représentations, sa propre langue. Les Bambaras étant majoritaires, leur langue est la langue officielle, avec le Français. Et depuis l'indépendance, le pays a toujours été dirigé par un Bambara, c'est-à-dire un noir du sud (je précise, car les Peuls, par exemple, regardent la couleur de peau de très près, par exemple sur le plan esthétique, et n'hésite pas à dire "ce noir-là" à propos d'un bambara...) ; je précise aussi "du sud", car les Touaregs vivent au nord, et que cette division, dans un pays si grand, est importante. Se sont ainsi succédés au pouvoir Modibo Keita, président qui voulait construire le socialisme au Mali, renversé par Moussa Traoré qui a imposé une dictature militaire ; renversé par Amadou Toumani Touré, celui-ci rend le pouvoir aux civils, avec Alpha Oumar Konaré, avant d'être lui-même élu (renversé par un coup d'Etat le 22 mars dernier).

Historiquement, les Touaregs ont toujours été réticents à l'idée d'intégrer la nation malienne, ceci depuis l'indépendance en 1960 ; certains disent que de Gaulle a délibérément composé les frontières de ce pays pour l'affaiblir... toujours est-il que les touaregs ont périodiquement animé une rébellion contre l'Etat central, ceci depuis des décennies. Il est vrai, par ailleurs, que celui-ci a massivement sous-investi dans le nord, au niveau de l'infrastructure, de la santé, de l'éducation, de l'eau, etc., et que le sentiment d'abandon des Touaregs est légitime.

La situation au Sahel a commencé à se dégrader il y a plusieurs années, avec des enlèvements ou assassinats d'européens depuis au moins 2007 (Mauritanie) ; au Mali, il y a eu des enlèvements à partir de 2010. Leurs auteurs sont des membres d'AQMI, qui est elle-même issue du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), héritier du Groupe Islamique Armé (GIA), né en Algérie (ce qui nous ramène à la guerre civile de ce pays dans les années 90). En parallèle, l'Islam s'est fait de plus en plus présent au nord du Mali depuis quelques années, par installation d'écoles coraniques dirigées par des pakistanais. L'Islam au Mali est cependant très ouvert, très tolérant, et syncrétique avec les croyances animistes locales ; d'où l'importance accordée aux marabouts, aux lieux sacrés, aux masques, aux statues, etc.

Toujours est-il que depuis les enlèvements de 2010, le Mali s'est vidé de son tourisme, essentiellement parce que la France, d'où venaient beaucoup de touristes, a classé ce pays en rouge et orange quant à la sécurité ; il s'agissait peut-être, aussi, d'une façon de faire payer au président malien son refus de signer les accords de rapatriement des sans-papiers que Sarkozy a voulu imposer aux Africains. Dans un pays si pauvre, la perte de l'activité touristique, notamment au nord (Djenné, Mopti, pays dogon, Tombouctou) a rendu la situation encore plus difficile, d'autant que, les saisons des pluies n'étant plus si arrosées, de graves problèmes alimentaires sont apparus ces dernières années.

Il y a eu ensuite l'élément déclencheur : la guerre en Libye. Beaucoup de Touaregs travaillaient et combattaient pour Kadhafi, "roi des rois d'Afrique". A la tête du pays le plus riche du continent après l'Afrique du Sud, il a largement arrosé autour, pour financer des projets agricoles ou de développement. Après l'échec de sa stratégie panarabe, le panafricanisme était devenu sa ligne directrice. Et force est de constater qu'il jouissait d'une popularité importante en Afrique de l'Ouest (je l'ai constaté au Sénégal, auprès de mes amis maliens, ainsi qu'au Burkina Faso), notamment parce qu'il incarnait une forme de fierté face à l'arrogance occidentale ; le ressenti africain sur l'Occident est à nuancer, car entre Chirac, adulé en Afrique et chez les Arabes, et Sarkozy, qui au contraire avait une image très mauvaise auprès d'eux, la France a donné une image d'elle très contradictoire et très changeante.

Toujours est-il qu'une fois Kadhafi battu, les Touaregs à son service sont repartis chez eux, avec des armes. Ceci a abouti à au déclenchement de l'offensive de ceux-ci au Mali, en janvier dernier. Face à la débandade de l'armée malienne (mal équipée, mal formée aux terrains du nord, car étant composée de noirs du sud, etc.), et alors que des élections présidentielles devaient avoir lieu fin avril, des sous-officiers, dirigés par le capitaine Sanogo, ont renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) le 22 mars, pour soi-disant redresser l'Etat et l'armée. Sauf que ça n'a fait qu'accentuer la déliquescence de l'Etat malien. Pendant ce temps, beaucoup de réfugiés quittaient le pays pour la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso. Et surtout, AQMI entrait dans la danse en faisant alliance avec le Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) des Touaregs. Les objectifs de ces deux mouvements ne sont pas les mêmes : AQMI était composé d'arabes voulant imposer la charia, tandis que le MNLA est composé de Touaregs voulant libérer l'Azawad (région du nord du Mali) pour en faire un Etat indépendant et laïc ; il est à noter aussi, à titre illustratif, que la place de la femme est très protégée chez les Touaregs, et qu'elle y jouit d'une grande liberté (une femme fait ainsi partie de la direction du MNLA, Nina Walet Entalou). C'est le MNLA qui a déclaré l'indépendance de l'Azawad en mai. Entre temps, un autre acteur est arrivé : Ançar Dine, issu d'AQMI, mais composé de Touaregs prêchant un islam radical ; il a ensuite été l'objet d'une scission, aboutissant au MUJAO (Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest), qui contrôle désormais Gao. Après une tentative de rapprochement entre le MNLA et Ançar Dine en mai, leurs relations se dégradent en juin, au point que Ançar Dine finit par combattre le MNLA et le faire reculer partout. Ce sont donc les islamistes qui prennent le contrôle de Gao, Kidal et Tombouctou, mais le MNLA qui a endossé tout le risque politique (déclenchement de l'insurrection, déclaration d'indépendance). Ançar Dine y impose la charia, violente femmes et enfants (viols, amputations, exécutions sommaires), et détruit les mausolées de la ville de Tombouctou inscrits au patrimoine de l'UNESCO, et issus de la longue et brillante tradition érudite de cette ville, haut-lieu de l'Islam savant, ayant su s'intégrer aux croyances locales. Se sont agglomérés autours des islamistes de l'Azawad toute la fine fleur de l'islamisme mondial : Afghans, Pakistanais, membres de la secte Boko Haram du Nigéria, etc. Le Qatar est clairement identifié comme pourvoyeur de fonds et de matériel pour Ançar Dine ; mais de ceci, la France ne dit rien.

Pendant ce temps, le capitaine Sanogo a quitté le pouvoir à Bamako, pressé par la CEDEAO, au profit de Diocounda Traoré qui, après s'être fait agressé dans son palais, est toujours en convalescence en France ; le premier ministre est l'astrophysicien Cheik Modibo Diarra. Mais le pouvoir central malien semble paralysé, laissant, de fait, les mains libres aux islamistes.

La situation est donc celle-ci aujourd'hui. Les Etats africains discutent d'une intervention militaire ; y sont favorables notamment le Tchad et la Guinée. L'Algérie est étrangement passive alors que sa région sud est clairement exposée au terrorisme islamiste qui s'installe à ses portes, tandis que d'autres pays craignent la désintégration de la région. Mais une intervention militaire africaine se heurterait à l'hostilité des Maliens, très jaloux de leur souveraineté. Pendant ce temps, les USA, qui ont des bases au Burkina et en Mauritanie (au Mali je ne sais pas), observent attentivement, et la France, en tant que gendarme de l'OTAN pour l'Afrique de l'Ouest, également, en encourageant cependant une intervention armée des Africains. Il faut rappeler que, pour récupérer des otages (avec le succès que l'on sait), la France a déjà procédé ces dernières années à deux violation de l'intégrité territoriale du Mali, avec la Mauritanie une fois, avec le Niger la seconde. Elle ne semble pas vouloir participer aux combats les armes à la main, mais appuyer logistiquement les armées africaines, qui sont bien mal préparées, en nombre et en technique, au terrain de l'Azawad.

Se pose la question du MNLA : il est certes battu, mais dispose encore de combattants. Il se dit qu'il pourrait s'allier avec l'armée régulière pour combattre les islamistes. Mais ce serait alors combattre avec ceux contre qui, depuis des décennies, les Touaregs se battent : le risque politique est donc énorme si une telle stratégie était adoptée. En même temps, depuis longtemps, le MNLA et les Touaregs en général ont réclamé en vain des armes pour liquider AQMI, avec qui ils ne partagent rien ; personne ou presque n'y a répondu pour ne pas porter atteinte à l'intégrité territoriale du Mali. Mais imaginons que le MNLA s'allie avec l'armée régulière, et qu'AQMI et Ançar Dine déguerpissent ; il est alors à craindre que l'armée malienne fasse, ensuite, payer très cher au MNLA et aux populations touarègues et du nord, la rébellion et ce qui est perçu comme la cause de l'affaissement historique de l'Etat malien.

La question que je pose est donc celle-ci. En préalable, je rappelle qu'après le coup d'Etat du 22 mars, le PCF, faisant preuve d'une lucidité à toute épreuve, a publié un communiqué exprimant son son soutien au parti SADI, qui était pourtant le seul parti à soutenir la junte militaire ; quoi qu'on ait pu reprocher à ATT, cela m'apparaît comme une position bien dangereuse. Le lien vers le communiqué : http://collectif-afrique.pcf.fr/21386

Par ailleurs, alors que le PCF et la gauche en général n'ont pas été très virulents pour protester contre la guerre en Libye, qui consistait clairement à soutenir les milices islamistes contre la dictature, laïque, de Kadhafi, il semble que là, alors que l'adversaire islamiste est clairement identifié, le PCF se montre beaucoup plus vindicatif contre une intervention armée. Il est très vrai, je le reconnais, que le risque de "somalisation" de la région est bien réel, et qu'une guerre n'ajouterait probablement que du malheur au malheur ; et l'exemple afghan nous montre que les islamistes savent finalement bien gérer et combattre même face aux armées super-équipées. En même temps, je doute qu'Ançar Dine accepte de quitter gentiment les villes du nord seulement avec une concertation et un cocktail.

Bref, rien n'est simple dans cette histoire, et on se retrouve dans une situation où aucune décision n'est sans inconvénient. Je pose simplement la question de savoir la position du PCF, immaculée et bien-pensante, n'est pas qu'un voeux pieux sans lien avec le réel.

Jonathan, 18 juillet 2012

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G
<br /> "Mali : Une crise globale" par Paul Martial<br /> <br /> <br /> Mali : Une crise globale Paul Martial mercredi 25 juillet 2012, par Comité Valmy cartes ajoutées par "canempechepasnicolas" Le Mali ne fait pas exception à la règle de l’instabilité des pays de<br /> la…<br /> <br /> <br /> Pour lire la suite cliquez ici<br />
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J
<br /> Je partage ton point de vue.<br /> Mais il y a de nombreux problèmes à résoudre :<br /> <br /> <br /> - pourquoi la gauche et singulièrement le PCF ont mordu à l'hameçon de "la guerre pour protéger le peuple libyen" ?<br /> <br /> <br /> - que faire contre les islamistes qui, partout dans le monde arabe et au Sahel, s'installent au pouvoir ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br />
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G
<br /> En libérant le nid de frelon islamiste jugulé par Khadafi, la France s'est donné un prétexte pour intervenir où et quand elle veut partout en Afrique de l'Ouest.<br />
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