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Réveil Communiste

Le rôle du passé du mouvement dans la construction du communisme politique actuel

16 Janvier 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

http://www.katardat.org/marxuniv/2002-SUWW2/Images/images-stalingrad/stalingrad-275.jpgJeune soldat soviétique à Stalingrad photographié par un camarade de combat, source : www.katardat.org


Le passé du mouvement dans la construction du communisme politique actuel

 

La discussion sur le passé glorieux ou tragique de notre mouvement ne cesse pas, s’approfondit au contraire avec le temps. Il semble qu’il soit impossible pour un communiste d’exister sans se positionner vis-à-vis de grands événements comme la Révolution d’Octobre, Stalingrad, la Résistance, la Révolution Culturelle, ou de personnalités considérables (Lénine, Staline, Trotski, Mao, le Che). Pourquoi ? Parce que ces événements et ces personnes caractérisent l’époque où notre mouvement avait atteint son maximum d’influence sur les consciences et sur les événements historiques.  La construction du socialisme s’avère une affaire de longue haleine (au moins sur cela Marx s’est trompé) et ces figures conserveront leur actualité tant que le capitalisme existera, tant que la pré-histoire continuera.


Mais dans quel sens devons nous utiliser cette histoire ? Marx nous indique en tout cas la marche à ne pas suivre : faire comme les révolutionnaires de 1848 fascinés par la Montagne de 1793 qui cherchent à rejouer, et qui souvent se déguisent en révolutionnaires plutôt qu’ils n'agissent. Certains se plaisent à me faire jouer le rôle du « dernier stalinien » ce qui dans leur bouche n’est pas un compliment. Ils se trompent : je ne suis pas stalinien, et par contre il y en a beaucoup d’autres, pas toujours où ils s’attendent à les trouver.


Mais si on en revient à l’évaluation du rôle de Staline, certains me demandent pourquoi diable le remettre sur le tapis ? Surtout nous autres communistes français qui n’avons après tout pas participé aux excès de son régime en URSS et dans les pays de l’Est ? C’est se cacher derrière son petit doigt : le PCF a toujours été loyal envers l’URSS, jusques et y compris celle de Gorbatchev, pour son malheur.


Or il faut reconnaitre le fait que dans le monde entier les révolutionnaires prolétariens déterminés, à l’exception de quelques anarchistes espagnols, se sont rangés du coté de Staline quand il gouvernait l’URSS. Et une grande partie des mouvements bourgeois de libération nationale dans les colonies et le Tiers Monde aussi. Et que l’URSS s’est consolidée et a vaincu l’Allemagne hitlérienne sous sa direction, sans quoi il n'aurait pas survécu beaucoup de communistes dans le monde y compris en France. Que nombre d’antistaliniens, à commencer par Khrouchtchev, ont été de son vivant des exécutants fidèles et zélé des aspects le plus répressifs de sa politique. Et que le mouvement communiste n’a fait que décliner depuis la déstalinisation.


Donc nous voilà devant le dilemme suivant : devons nous accepter comme des « dommages collatéraux » les aspects négatifs de ce moment de l’histoire communiste? Ce serait vraiment d'un niveau d'analyse insuffisant! Ou devons nous chercher à convaincre, en nous prenant les pieds dans le tapis d'ailleurs que nous n’avons rien à voir avec cette histoire et qu’elle nous cause des remords terribles ? Devons nous tenter d’ajouter aux mensonges il est vrai assez nombreux de la propagande stalinienne un mensonge de plus, qui consiste à dire que Staline n’est pas un communiste (ou pas un « vrai » communiste) ? Je pense que notre mouvement a mal géré son repli idéologique depuis 1960 environ, et qu'il faut reprendre la critique au début:


La critique anticommuniste a raison sur trois postulats :


Staline est un communiste authentique, ceux qui s’intitulent encore communistes doivent assumer et expliquer pourquoi ils le font. Je prétends que ce défi est très facile à relever, et sans provocation ni extrémisme ! Il suffit de savoir ce qu'on veut, la respectabilité ou la révolution.


L’URSS a été une tentative de réaliser une utopie économico-politique qui a échoué. Sauf que pour nous, ce n’est pas l’utopie en elle qui la condamne, au contraire ! Et de plus en plus clairement, c'est le projet économique capitaliste dans son ensmble qui semble une utopie dangereuse.


Et le fascisme s'explique, le tableau de ses effets meurtriers n'exige de la postérité aucun mutisme craintif, aucune sidération. Ce n’est qu’une réaction de panique de la bourgeoisie, face à ce qu’elle appelle le « bolchevisme », terme émotionnel dont le contenu est à peu près le même que celui de « Staline » aujourd’hui, et cette critique, qui a été présentée avec cohérence par Ernst Nolte en Allemagne, est en fait un aveu de la bourgeoisie, qui replace Auschwitz sans mystère au terme de l’escalade criminelle de la contrerévolution.


Donc j’affirme que tous les communistes actuels, s’il était possible par magie de les transporter dans l’époque et les circonstances qui ont vu naître et grandir l’URSS, et la contre révolution fasciste, dans la mesure où ils sont honnêtes et déterminés, seraient staliniens, et sans doute bien plus que moi. J’en viens enfin à ce qui me parait important : les communistes actuels, forts de leur expérience historique inestimable et chèrement acquise par les camarades qui les ont précédés dans la lutte et dont beaucoup maintenant âgés regardent avec désolation l’état de leur parti, ne doivent rien renier de leur passé s’ils veulent avoir un avenir. Ils doivent utiliser l’échec global de l’expérience commencée en octobre 1917 pour corriger leur théorie, mais non pour se replier dans un humanisme inconsistant qui ne permet aucune analyse, ne justifie aucune prise de risque et aucune révolution. S’il s’agit d’être utile aux « gens », pas besoin d’être communiste ! S’il s’agit de relancer la révolution prolétarienne, plus nécessaire que jamais, alors il faut avancer, en refusant d’être enfermé dans une « prison scripturaire », dans les mythes de l’histoire contre-révolutionnaire en contestant point par point tous les procès qui concernant le passé de notre mouvement, et en suivant ces principes :


1) une grande partie des allégations de l’historiographie antistalinienne sont fausses ou exagérées. Soljenitsyne, Conquest, Trotsky ne sont pas des sources fiables, mais des auteurs partisans.


2) dans l’affrontement entre la révolution mondiale et la contre-révolution mondiale, depuis 1914, le camp capitaliste est responsable de crimes innombrables et n’a pas de leçon de morale à donner.


3) Nous éviterons à l’avenir les dérives antidémocratiques, les erreurs et les excès violents en étudiant toute l’histoire de notre mouvement et non en reproduisant les critiques de l’adversaire.


4) Les critiques émanant de mouvements ou d’hommes pseudo-révolutionnaires qui n’ont pas agi (comme celles de Georges Orwell par exemple) sont de peu de valeur, ainsi que celles émanant d’acteurs de l’histoire du communisme qui tentent de couvrir leurs responsabilités, comme Trotski  et Khrouchtchev.

 

Gilles Questiaux, PCF section de Paris XXème, 16 janvier 2010

 

PS  le mot "communisme" doit s'entendre dans ce texte comme "mouvement politique communiste réellement agissant".

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Pascale 02/02/2010 21:14


Petite contribution: lire ou relire "A l'ombre des deux T", rédigé par Giulio Ceretti, membre du C.Central du PCF, avant la guerre, sous le nom d'Allard, militant communiste dans l'Italie fasciste,
organisateur du ravitaillement en armes de la république espagnole, qui est retourné en Italie après la guerre et y a exercé son rôle de militant et de responsable politique. Ami de Thorez et de
Togliatti (les deux T). (Re)lire notamment le chapitre, intéressant à bien des égards, "on était tous des staliniens".
Et s'exercer à la réflexion... 


GQ 16/01/2010 13:21


Salut Pierre, je suis plus d'accord avec toi que tu penses, mais il faudra développer. Ce que je conteste c'est le rejet de staline comme "chien crevé" par les structures que l'appareil stalinien a
mis en place. A un autre commetaire, j'ai répondu qu'il fallait faire la part des choses, comme pour Mao en Chine , 70% positif, 30% négatif. je veux aussi briser la "prison scripturaire" c'st à
dire la tentative de l'idéologie dominante d'enfermer le socialisme réel dans une espèce de tabou. Sur le fond ce que tu dis est en gros (exact) sauf quelques réserves sur l'internationalisme, mais
ça n'annule pas les mérites du personnage ou des nombreux communistes qui y ont été asociés : construction d'un premier état socialiste viable, victoire sur l'hitlérisme, contribution à la
décolonisation et au progrès social dans les pays capitalistes développés. et ausi les qualités pédagogiques de ses textes de base, traduits dans toutes les langues du monde. Bien entendu, Lénine
le surpasse sur ce plan.


martin pierre 16/01/2010 10:34



Réponse aux articles de Gilles sur le personnage historique  « Staline »


 


Staline est un assassin qui a perverti l’idéal communiste.


 


Il l’a perverti parce qu’avec ces procès à répétition contre d’authentiques communistes, Zinoviev, Kamenev, Trotski, Boukharine,
Chliapnikov etc. etc., il a donné une image du Mouvement Communiste International comme mouvement capable de construire une représentation des valeurs humaines sur le mensonge et les procès
truqués.


 


Il l’a perverti par les milliers, pour ne pas dire les millions, d’arrestations arbitraires et les déportations massives.


 


Il l’a perverti, parce qu’en subordonnant la politique de l’Internationale Communiste aux intérêts de l’U.R.S.S, il a souvent mis le
Mouvement Communiste International dans une position intenable conduisant des PC à collaborer avec des mouvements d’indépendance nationale qui une fois arrivés au pouvoir se sont empressés de
liquider les partis communistes.


 


Je pourrais égrener sans fin les méfais du stalinisme, dont l’application dans le P.C.F a eu aussi des effets désastreux.


 


Le dernier en date est d’avoir favorisé le retour du social-démocratisme et de la domination absolue du réformisme au sein même du
parti, sous prétexte que, continuer de vouloir se référer à l’idéal communiste révolutionnaire ne peut avoir qu’un seul effet : conduire au totalitarisme. C’est la sainte alliance de la
bureaucratie stalinienne et du social-démocratisme agonisant, pour continuer à maintenir les masses sous la domination du capital.


 


Non Gilles, il n’y a rien à sauver chez Staline, pas même le pré mâchage des textes de Lénine, dont il a fallu ensuite retrouver le
sens réel, voir de nombreux textes parus dans la Collection Théorie dirigée par Louis Althusser, pour l’écart qu’ils présentaient avec le point de vue de Lénine.


 


J’ai déjà eu L’occasion de dire à Maurice (Cukierman) ce que je pensais de la déviation stalinienne. Même quand des œuvres  de Staline se présentent comme ayant un caractère incontestable par exemple « Le Marxisme et la Question Nationale » écrit en 1915. Staline, n’est pas
encore «  Staline » ce texte qui est un Survey de ce que marxisme entend par nation et question nationale peut donc être revendiqué par toutes les tendances du marxisme
(trotskistes compris) que découvrons nous ? C’est que Staline écrit une chose et en pratique une autre, il affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la nécessite du respect des
minorités nationales et quand il est envoyé sur le terrain, notamment en Géorgie, il se conduit avec une telle brutalité que Lénine est obligé de le rappeler à l’ordre.


 


A qui et à quoi sert Staline aujourd’hui ?


 


En Russie : à justifier le chauvinisme Grand- Russien,  c’est Staline
et Tzar même combat ! On assiste même à la production d’une intéressante bande dessiné à caractère réactionnaire et contre révolutionnaire : Staline et la sainte
« machin-chose » en Icône que les mémés viennent embrassées dans les églises.  


Pas un mot sur Lénine, que Poutine et ses potes évitent soigneusement de rétablir.


 


En France et en Europe de l’Ouest ?


Un Staline idéalisé, sert à essayer de construire un rassemblement de nostalgiques d’un passé mythifié, qui ne peut constituer qu’un
frein dans l’évolution vers la société sans classes et sans Etat : le communisme. Il s’agit souvent de tenter de faire la pige au mouvement trotskiste en construisant un autre pôle de
gauche. Ce qu’oublient ces camarades, c’est qu’une telle tentative a déjà eu lieu et qu’elle s’est transformée en échec. Pensent-ils faire mieux que : Jurquet et le P.C.M.LF, mieux que
Roustang et le P.C.R (M.L), mieux que Badiou et le CFML, mieux que les Pro albanais de la librairie (Norman Bétun), mieux que le P. C.O.F ?


Etc. 


Au pique de leur rassemblement les « Maos » étaient à peu près 5.000 Militants toutes tendances confondues, l’U.R.C et les
R.C.C combien de divisions ?


(Ceci posé, malgré toute la sympathie que j’ai pour Maurice qui sort avec ses camarades un journal bien fait, et pour les R.C.C qui on
un site internet bien construit).


 


La restauration du capitalisme à eu lieu, l’U.R.S.S n’existe plus. Ce n’est pas en restant les yeux fixés sur le passé et en
pratiquant une nostalgie mal placée sur Staline que l’on sortira le Mouvement Communiste International du marasme et qu’on lui insufflera un nouveau cours.




Oulianov93 16/01/2010 03:18


Je suis assez d'accord avec toi camarade !
Continuons la lutte pour le socialisme et osons regarder, de manière critique,  en face notre passé la tête haute pour pouvoir avancer d'un pas plus sûr vers l'émancipation de l'Humanité.

Fraternellement,
Oulianov93