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Réveil Communiste

La politique étrangère de la Chine sous Xi Jinping : le "partenariat" sino-américain

26 Septembre 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Chine

Par Danielle Bleitrach sur son blog :

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La première remarque des observateurs a été la rapidité avec laquelle Xi Jinping a cumulé la direction du Parti, de l’Etat et de l’Armée populaire de Libération (APL). Aucune faction ne lui dispute plus la direction de cette dernière alors que ses prédécesseurs avaient dû attendre. avant d’être élu à la présidence de la Commission militaire centrale (CMC). Xi Jinping jouit de tous les pouvoirs et on s’accorde sur son dynamisme, il peut donc incarner la diplomatie chinoise, et revendiquer ouvertement la puissance chinoise substituant "au monde harmonieux" de Hu Jintao "le rêve chinois" (Zhongguo Meng). On assiste à une recentralisation autour de lui des multiples décideurs de la politique étrangère chinoise.(1)

Si en Europe, on a essentiellement perçu le partenariat plus étroit avec la Russie, mais aussi l’Inde et les Brics, le tout dans le cadre des différentes crises depuis celle de l’Ukraine à celle du Moyen Orient, l’Irak et la Syrie. En fait le centre de la diplomatie chinoise est à rechercher en Orient.

Les priorités effectives dans lesquelles Xi Jinping a dû s’investir  sont les questions de sécurité en Asie orientale- péninsule coréenne, Japon et à un degré moindre le Vietnam. La situation est si tendue avec le Japon que l’on a pu s’interroger sur l’éventualité d’une guerre. Il paraît à peu près évident que personne ne veut la guerre à moins qu’un troisième larron s’en mêle: les Etats-Unis.

ET là nous sommes confrontés au centre de la diplomatie chinoise de Xi Jinping: désormais chaque acte, chaque discours du dirigeant chinois inclut un message à destination des Etats-Unis.Tous les dossiers de politique étrangère chinoise sont conçus autour de la quête d’une parité stratégique sino-américaine.

C’est une réponse au "pivot asiatique" américain, défini par Hilary Clinton (2) et qui est devenu la doctrine de l’administration Obama. Le pivot dans le contexte des difficultés budgétaires et de retrait d’Afghanistan et d’Irak, porte l’essentiel de ses engagements et de ses financements en Asie pacifique en renforçant sa présence militaire et en multipliant les investissements économiques mais aussi culturels (avec l’inévitable présence d’ONG déstabilisatrices) et d’aide aux mouvements séparatistes et terroristes.

On perçoit mal la situation en Ukraine, la politique à l’égard de la Russie si on ne tient pas compte de cette  priorité. Les Etats-Unis ont fait de cette crise l’occasion d’un renforcement de l’OTAN et un jeu visant à faire assumer par les alliés européens, les frais militaires de l’endiguement de la Russie en les coupant d’un possible continent eurasiatique. D’où le caractère paradoxal d’une Europe sans politique étrangère à la remorque des Etats-Unis alors qu’eux même cherchent à leur refiler le bébé du coût de l’opération. On retrouve la même logique au Moyen orient avec des Etats-Unis empêtrés dans le résultat de leurs précédentes opérations, Irak, Syrie, Libye et qui voudraient bien en faire assumer les frais à leurs alliés arabes et européens (la France se retrouvant là encore en première ligne) sous le prétexte d’une grande "coalition".

Mais l’essentiel est "le pivot asiatique", c’est-à-dire l’ouverture des hostilités de fait avec la Chine. A ceci, Xi Jinping répond par la recherche  d’un "nouveau type de relations entre grandes puissances" qui est non seulement une réponse au "pivot" mais une perspective pour le développement de la Chine avec l’horizon 2021 et le centième anniversaire du PCC, pendant son second mandat. Date à laquelle la Chine sera la première économie mondiale. C’est-à-dire la proposition non d’une nouvelle puissance hégémonique mais d’un monde multipolaire.

Et à ce qui constitue le fondamental pour un dirigeant chinois, à savoir assurer la sécurité et la nourriture d’une population d’un milliard trois cent mille individus est venue s’ajouter la nécessité de repousser la menace de guerre avec les Etats-Unis. Xi Jinping a accepté le défi et propose une ligne.

Donner un objectif stratégique au développement, le rôle du secrétaire du parti

On oublie trop souvent dans une vision de la Chine capitaliste à quel point ce pays reste communiste sur le plan politique et le poids de l’idéologie dans l’appareil comme dans l’armée. Ainsi quand Xi Jinping marque son arrivée à la direction du pays par une lutte contre la corruption qui n’épargne personne, mais définit avec un slogan (en l’occurrence "le rêve chinois") assorti au plan international du nouveau partenariat des grandes puissances, tout l’appareil du parti depuis le sommet jusqu’aux cellules entre en conclave et dans de longues séances de travail destinées à voir les implications concrètes de la dite ligne sur les tâches quotidiennes.

Cela n’est pas simple allégeance mais c’est plutôt une sorte de jeu de go auquel tout le monde est convié. Par exemple, tout le monde a bien compris qu’il s’agit d’aboutir à un nouvel équilibre en Asie Orientale avec les États-Unis avec un problème identifié depuis des années: comment éviter la guerre avec une hégémonie déclinante alors même que tout le potentiel militaire de part et d’autre s’accroît vers l’affrontement? Là nous sommes dans l’approfondissement par des millions d’individus du "nouveau type de relations entre grandes puissances". Ne pas oublier à quel point cet enjeu a de multiples dimensions et comment les Chinois dans toutes leurs responsabilités y compris la diaspora peuvent s’y investir.

Il faut penser selon Xi Jinping, une situation entièrement nouvelle sans précédent :"le nouveau type de relations entre grandes puissances n’a pas de précédent historique, mais il pourra à l’avenir servir d’exemple"(3)

Le "rêve chinois" est d’abord pour la Chine, avec l’horizon de prospérité et de puissance, et il signifie que les dirigeants doivent s’attaquer en priorité aux problèmes concrets des Chinois, tels que les inégalités de revenus et le logement, la pollution atmosphérique et les problèmes de sécurité alimentaire. Mais il a aussi désormais une dimension internationale, la sécurité et la protection de la Chine en faisant face aux Etats-Unis sans avoir à faire la guerre. Cela se traduit par la poursuite de la modernisation de l’armée qui lui a assuré le soutien de celle-ci. le budget officiel de la défense (114,3 milliards de dollars) est déjà le deuxième mondial depuis 2012. Le message s’adresse aux Etats-Unis mais aussi aux voisins qui assurent le relais des ambitions étatsuniennes dans la région, la Chine ne cédera pas mais il s’agit de montrer aussi sa force pour éviter de s’en servir par exemple avec Taiwan.

Depuis Deng Xiaoping, la doctrine était "cacher ses talents et attendre son heure" : accumuler de la puissance matérielle, consolider ses relations avec de nouveaux partenaires, gérer les différends pragmatiquement. Il y a incontestablement une rupture avec cette approche.

Il est difficile de rentrer dans les arcanes des nominations des responsables mais on pourrait le résumer en constatant un affaiblissement des ministères concernés par la politique étrangère et une recentralisation par le parti et l’armée ce qui a déjà été le cas sous Mao Zedong mais aussi sous Deng Xiaoping. Sous Mao Zedong il y a eu jusqu’à sa mort Zhou Enlai. Alors que dans les dernières années il y a eu au contraire une diffusion des pouvoirs, la mondialisation du pays s’accompagnait d’une mondialisation des intérêts à défendre, par exemple les grandes entreprises d’Etat en particulier énergétiques sont devenues des acteurs internationaux à part entière avec une coordination de plus en plus difficile et un ministère des affaires étrangères en difficulté.

C’est toujours un problème auquel il est répondu par la gestion directe par Xi Jinping des "dossiers prioritaires", la question de l’institutionnalisation d’une aide, par exemple un poste spécifique au sein du Bureau politique restreint(4) n’est pas résolue et pour le moment le plus clair est la personnalisation du pouvoir avec l’aide du parti et de l’armée.

Les dossiers prioritaires sont de "sécurité régionale" avec le refus de l’intervention américaine dans les négociations coopératives: 1) la péninsule coréenne, le Chine ne remet pas en cause son alliance avec la Corée du nord et tente de contrer la stratégie américaine de réunification sous l’égide de Séoul, leur seule entente est sur le gel des programmes nucléaires militaires et une sorte de test pour les relations entre grandes puissances. 2) des territoires maritimes disputés avec le Vietnam et la Malaisie, les Philippines; mais le risque le plus fort d’incidents est avec le japon. Ces incidents sont ceux qui jouissent en Chine de la plus grosse couverture médiatique. Il n’y a pas d’institutions ad hoc pour résoudre le problème qui dépend de la retenue de chacun des partenaires et le retour à la négociation pour lutter par exemple contre la piraterie, les problèmes d’environnement. La Chine attribue tous ces conflits au "pivot" américain et ne cède pas.

De nouvelles priorités sont apparues, d’abord la sécurité des ressortissants chinois à l’étranger (ceux-ci sont 82 millions en 2012  alors qu’ils étaient 280.000 en 1982. Il y a 400.000 étudiants chinois à l’étranger et on estime à 5 millions le nombres d’employés par les entreprises d’Etat ou privées. Or ils sont de plus en plus victimes d’attentats, de meurtres, d’attaques terroristes. La globalisation de l’économie chinoise requiert une évolution de la politique étrangère. Officiellement c’est le ministère des affaires étrangères et les services consulaires qui s’en occupent mais les gouvernements locaux et provinciaux et surtout les grandes entreprises ont leur propres circuits de protection. Ce dossier pourrait être celui d’un rapprochement avec les pays occidentaux et contribuer là encore à l’élaboration de la doctrine de puissance à puissance.

Il y a la cybersécurité et là la Chine est en train de développer une négociation directe avec les Etats-Unis en même temps que l’organisation de Coopération de Shanghai comme dans le domaine de la lutte antiterroriste intervient face à l’ONU. Depuis la proposition sino-russe de 2011 il est soutenu une négociation dans le cadre de l’ONU, mais plutôt dans le cadre de la conférence sur le désarmement de Genève qu’à l’assemblée de l’ONU. Les Etats-Unis refusent parce qu’ils pensent que les Russes et les Chinois sont en train de tenter de leur faire accepter une souveraineté sur internet. Notons que la crise ukrainienne a accordé un nouveau champ d’exercice à l’OTAN qui s’oppose à cette souveraineté et accorde de fait tous les droits aux Etats-Unis. Pendant tout un temps les Etats-Unis ont publié les attaques dont ils étaient victimes, la Chine en a fait autant. Nous avons donc un autre dossier sur lequel tester les relations entre grandes puissances et nous voyons que le cadre n’est pas que bilatéral, d’un côté l’OTAN, de l’autre la montée en puissance de l’OCS avec une relation privilégiée avec la Russie.

Enfin le grand dossier est celui de la lutte contre l’interventionnisme occidental. L’apparition de ce thème est la conséquence de la guerre en Libye et du printemps arabe encore renforcé par l’affaire ukrainienne. C’est une position déjà ancienne de la Chine qui tente de se prémunir des effets de l’ouverture économique qui donneraient aux Etat-Unis la possibilité d’introduire des agents de déstabilisation. Désormais les soutiens aux "mouvements démocratiques" par l’occident ne relève pas d’une volonté émancipatrice mais manipulatrice de l’occident engendrant le chaos.

Pour le moment le résultat de cette nouvelle étape des relations entre grandes puissances, s’est traduite par un mouvement contradictoire que l’on retrouve en Chine mais aussi en Russie, en Amérique latine et dans tout le Moyen Orient. Il y a eu avec les printemps arabes un modèle de reprise en main par les Etats-Unis sous couvert de soutien aux aspirations démocratiques des peuples et aux séparatismes contre les Etats, l’exaspération des revendications nationalistes et régionalistes, une avancée incontestable des Etats-Unis et de leurs alliés par le chaos et les guerres civiles comme politique d’endiguement de la Chine et de ses alliés. Est-ce que la politique de fermeté de Xi Jinping, comme celle de Poutine ou des dirigeants sud-américains sont à l’origine de la crise ouverte de voisinage ou au contraire une réponse à celle-ci permettant de marquer la ligne rouge à ne pas dépasser. Elle donne lieu en occident à une dénonciation sans précédent des dictatures marquées plus ou moins du sceau d communisme, avec le choix d’une nouvelle guerre froide. Mais les Chinois comme les Russes ne sont pas de médiocres joueurs.

Danielle Bleitrach pour Histoire et societe

(1) dans un excellent numéro (3e trimestre 2013) de la revue Hérodote consacrée à la Chine, nous avons en particulier consulté celui de Mathieu Duchâtel intitulé La politique étrangère de la Chine p.172, mais c’est l’ensemble du numéro en particulier l’article consacré aux relations avec le Japon qui mérite d’être lu.

(2)un article d’Hilary Clinton dans la revue Foreign Policy en octobre 2011 définissait le pivot asiatique alors qu’elle était secrétaire d’Etat.

(3)Xi Jinping à son retour du sommet des chefs d’Etat en Californie, Xinhua, 9 juin 2013

(4)Si on assiste à l’effacement des grandes figures qui ont imposé l’indépendance du continent sud américain, celui-ci poursuit sur leur impulsion mais se heurte de plus en plus à une offensive déstabilisatrice où de vrais fascistes jouent l’opposition "démocratique" avec le soutien des médias occidentaux et des institutions financières. Mais l’originalité de la période est incontestablement la présence de deux dirigeants forts et nationalistes à la mode gaullienne avec Poutine et Xi Jinping face à une administration américaine de plus en plus dominée par les faucons.

 
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