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Réveil Communiste

L'envoyé spécial de l'Humanité interviewe l’écrivain communiste égyptien Sonallah Ibrahim avant d'être arrêté

3 Février 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

 sur le blog de Nicolas Maury 

L’écrivain égyptien Sonallah Ibrahim dit son espoir dans ce mouvement qu’il compare à celui de 1919, qui fut un soulèvement populaire contre la puissance coloniale britannique
Sonallah Ibrahim « De cette révolution naît une autorité populaire »
Sonallah Ibrahim est un opposant de longue date. Membre du Parti communiste, il avait été jeté en prison de 1959 à 1964, du temps de Nasser. Sa plume a toujours été mise au service de ce peuple égyptien qu’il a su si bien décrire, notamment dans Charaf ou l’honneur (Éditions Actes Sud), où, au travers de la vie carcérale de prisonniers politiques, il dresse le portrait d’une société égyptienne aujourd’hui en pleine révolte. Nous l’avons rencontré chez lui, dans une banlieue du Caire.

Que ressentez-vous en voyant tous 
ces manifestants dans les rues 
de la capitale et des villes d’Égypte ?

Sonallah Ibrahim. Cette vision me remplit de joie. Ce sont des jours glorieux. On attendait ce genre de manifestation sans trop vraiment y croire. On a été vraiment surpris. Tout le peuple est descendu dans la rue sans qu’il y ait un guide politique. C’est extraordinaire. Une seule demande : le départ de Moubarak. Ce qui s’est passé en Tunisie a montré aux Égyptiens qu’il était possible de renverser les dictateurs. Pour moi, ce régime est fini. C’est un régime corrompu, allié aux États-Unis et à Israël. Ce n’est plus qu’une question de jours. Le problème maintenant est de bien définir les étapes qui vont suivre. Si Moubarak s’en va mais que son vice-président, Omar Souleiman, reste, les manifestations ne s’arrêteront pas.

Quel est le processus politique auquel il faut s’attendre en cas de départ de Moubarak ?

Sonallah Ibrahim. Il y aura une véritable réponse démocratique qui sera l’expression du peuple. Pour accéder à cette République nouvelle, il faut l’unité des forces d’opposition avec les manifestants et la formation d’un gouvernement de salut national. Ce qui signifie évidemment la dissolution de ce Parlement élu par la fraude, l’organisation d’élections, et l’élaboration d’une nouvelle constitution. Mais la condition est claire : Moubarak, Souleiman (le vice-président – NDLR) et Shafik (le premier ministre – NDLR) doivent partir.

Comment jugez-vous l’attitude de l’armée ?

Sonallah Ibrahim. Parlons d’abord de la police. Elle a été un outil de la répression. Le ministère de l’Intérieur a joué un jeu dangereux en la retirant totalement des rues, y compris en ne faisant plus la circulation, en retirant les pompiers, en ouvrant les portes des prisons pour les prisonniers de droit commun, laissant ainsi s’échapper des criminels, récupérés par la police secrète pour commettre des vols et des pillages. Le but était clair : créer le chaos et amener une majorité d’Égyptiens à choisir la sécurité avec Moubarak. Mais cette stratégie a été un échec parce que les gens se sont pris en main et ont affronté le problème de la sécurité. Nous sommes face à une révolution qui a fait naître une autorité populaire. Cette révolution est comparable à celle de 1919.

La position de l’armée est mystérieuse. Parce que, dans le fond, on ne sait pas ce qu’elle va faire. Lundi soir elle a promis qu’elle ne ferait rien contre le peuple et c’est ce qu’elle fait, effectivement. Mais dans le monde entier, l’armée est la garante du régime en place. Alors ?

Que pensez-vous de l’attitude de l’opposition, et singulièrement des Frères musulmans ?

Sonallah Ibrahim. Par son attitude, on peut dire que l’opposition s’est inscrite dans un paysage largement dessiné par le régime en place. Il faut donc placer nos espoirs dans de nouveaux mouvements. Quant aux Frères musulmans, ils n’ont pas participé de façon massive aux manifestations, mais il est possible qu’ils tentent d’exploiter la situation. Lundi, des groupes de manifestants criaient : « islam, islam », mais la réponse n’a pas tardé, massive : « la nation, la nation ». Je pense que les classes populaires ne permettront à personne de voler le mouvement.

On parle beaucoup, dans les médias occidentaux, de Mohamed El Baradei. 
Qu’en pensez-vous ?


Sonallah Ibrahim. El Baradei a toujours été en dehors du pays. Il n’a jamais participé à la vie politique. C’est étrange de le voir ainsi arriver soudainement et prétendre qu’il peut être président. Il y a des centaines de personnalités connues en Égypte, qui se sont élevées contre le régime et qui peuvent jouer un grand rôle.

L’attitude des Occidentaux, notamment 
des États-Unis et de la France, 
vous étonne-t-elle ?

Sonallah Ibrahim. Ces pays ont toujours soutenu Moubarak pour protéger leurs propres intérêts. Ce n’est pas tellement étonnant de la part de pays impérialistes peu intéressés par le peuple égyptien. De même, on n’oubliera jamais la position d’Israël, qui est l’un des plus grands amis de Moubarak.


Le dernier ouvrage de Sonallah Ibrahim, Turbans 
et chapeaux (Actes Sud), paraît aujourd’hui en France.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey pour L'Humanité
Pierre Barbancey a été détenu pendant deux heures dans une caserne cette nuit, avant d'être placé en résidence surveillée. Relâché ce matin, il raconte
Egypte: l'envoyé spécial de L'Humanité arrêté
"Vers 22 heures, mercredi soir, j'ai voulu retourner sur la place Tahrir avec d'autres journalistes français (Thomas Cantaloube de Mediapart, Vincent Lafargue, photographe indépendant, Sarah Mabrouk, JRI indépendante). Peu avant d'y arriver, nous avons été arrêtés par des miliciens pro-Moubarak. Ils cherchaient clairement à nous empêcher d'accéder à la place où ils ont affronté toute la journée les opposants au régime. Il faut dire que la télévision officielle ne montre que des images des manifestations. Tout ce qui va à l'encontre de la version officielle, c'est-à-dire ce que montrent les médias étrangers, est combattu.

Ces miliciens nous ont livrés à l'armée, qui nous a emmenés dans une caserne proche du centre de la ville. Ils nous ont retenus là pendant deux heures. Nous avons été bien traîtés, en tous cas mieux que les Egyptiens qui s'y trouvaient, dont certains étaient roués de coups de poing et de matraque.

Au bout de ces deux heures, ils nous ont emmenés dans un hôtel où nous avons été assignés. A 7 heures ce matin, j'ai pu regagner mon hôtel. Ca n'a pas été sans mal puisque d'autres miliciens, certains armés de sabre, voulaient nous livrer à nouveau aux militaires. Cette nuit, il était difficile de dire qui étaient vraiment ces miliciens. Mais dans la journée de mercredi, certains portaient des armes à feu et faisaient penser à des policiers en civil.

Il est compliqué de savoir ce qui se passe hors du Caire. Je sais que des barrages empêchent les gens de venir au Caire. Je sais aussi que la situation est très tendue à Alexandrie et à Suez.

Réaction de Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité
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