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Réveil Communiste

Jean Claude Delaunay : contre la participation du PCF au gouvernement, pour un parti marxiste

6 Juin 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

Je trouve remarquable le texte ayant trait à « la pédagogie de l’effacement du PCF en France et en Europe », que Marie-Christine Burricand vient de mettre sur le web. (lire ici : Jean-Luc Mélenchon à Henin-Beaumont ou la pédagogie de l’effacement du PCF en France et en Europe par MC Burricand (CN du PCF)

 

Je vais m’exprimer sur deux points : 1) Le fait que les élections soient quasiment bouclées, 2) Comment mener le travail théorique ?


1) Les élections sont quasiment bouclées. A mon avis, les « choses » sont à peu près bouclées bien que nous n’en connaissions pas le résultat final. Voici cinq remarques.


a) Je pense que, globalement, ce résultat sera peut-être acceptable mais qu’il ne sera pas « glorieux ». Je suis donc sensible à l’argument que développait récemment Danièle Bleitrach sur ce site, savoir que les communistes ne peuvent se désintéresser de ces élections. On ne peut se contenter de rester sur le bord du terrain en ricanant. Cela dit, faut-il, pour autant, s’engager dans le Front de gauche, comme j’ai compris qu’elle le suggérait ? Ma réponse, en tant que communiste, est « non ». Je crois qu’il faut d’abord développer l’action et la réflexion des communistes en tant que tels, avec leur référence marxiste nécessaire. Tel est, me semble-t-il, le message principal contenu dans la réflexion de Marie-Christine Burricand.


b) Il est clair que Jean-Luc Mélenchon poursuit une carrière dont je n’approuve pas les orientations. Mais l’expression de ses propres ambitions ne date pas d’aujourd’hui. Ce qui souligne encore plus la responsabilité des dirigeants communistes dans le choix de cet homme pour les représenter et dans le destin qu’ils lui tricotent.


c) Les dirigeants communistes actuels ont perdu toute confiance dans la capacité d’un parti révolutionnaire à diriger la lutte sociale et dans la nécessité d’une telle organisation pour accomplir cette finalité. Il faut donc s’attendre à divers assauts menés de leur part pour subordonner le parti communiste à je ne sais quelle force de résurrection. Ce qui est très embêtant est qu’un nombre encore trop grand de communistes ne croient plus non plus dans l’absolue nécessité d’une telle organisation. Comment retrouver cette confiance ?


d) Le paradoxe de la stratégie communiste du moment, celle de « l’appel insurrectionnel au peuple » est que l’un des succès des prochaines élections sera, peut-être, pour le Parti communiste, d’avoir empêché les représentants d’une partie du « peuple » (électeurs du FN) d’accéder à l’Assemblée nationale. Ce paradoxe souligne ce en quoi cette stratégie est erronée. Elle ne repose sur aucune analyse des classes sociales en France, dans le cadre du capitalisme mondialisé.


e) Les membres du Parti communiste vont être consultés sur la présence de communistes au gouvernement. La démocratie, c’est toujours bon à prendre. Mais j’ose espérer qu’il s’agit d’une rouerie politique et que, pour diverses raisons, le grand chef et ses lieutenants ont besoin de manœuvrer, ce que ce vote leur permettrait.


Mais s’ils (elles) avaient vraiment en tête d’accepter une place dans le gouvernement socialiste, ce serait à rire et à pleurer. La médiocrité, sur de nombreux points, de nos positions passées, la faiblesse de nos propositions présentes et, par conséquent, le faible écho qu’elles peuvent rencontrer dans la masse de la population, n’autorisent pas les dirigeants communistes à participer au gouvernement pour y tenir le rôle de stimulant auquel ils prétendent. Ils seraient le vivant témoignage de l’hégémonie actuellement exercée par le Parti socialiste, au nom d’une doctrine et d’une conviction ayant perdu toute volonté transformatrice de la société française autre que « sociétale ». La présence de communistes au gouvernement ridiculiserait les communistes. Cette position peut être expliquée sans agressivité à celles et ceux qu’influence l’idéologie socialiste.


2) Comment mener le travail théorique et prendre appui sur lui?


Au plan du changement social, l’affaire du 21ème siècle sera, j’en suis convaincu, ce que certains appellent le socialisme, d’autres le communisme. Ce sera la mise en place progressive, selon des rythmes différents à l’échelle mondiale, de nouvelles formes du fonctionnement de la société en général, mais aussi des sociétés et de leurs rapports. C’est une banalité de dire cela et il n’y a pas besoin d’avoir le mot « prophète » marqué sur le front pour tenir ce propos. Cela étant dit, quatre remarques me viennent à l’esprit :


a) La prise en considération du travail théorique dans le Parti communiste est aujourd’hui mal en point. C’est du moins ce que je crois, en lisant, par exemple, Le pari communiste de Pierre Laurent. Ce livre est nul. Je sais bien que ce n’est pas lui qui l’a écrit. Mais c’est lui qui l’a signé et qui en a donné les grandes lignes. Il faut revaloriser le travail théorique dans l’action révolutionnaire.


b) Comme chacun, chacune, sans doute, je suis frappé par la diversité et d’une certaine manière par l’émiettement des résultats de la réflexion théorique des communistes ou des radicaux sur un grand nombre de points. Sur l’Europe, par exemple, existe toute la palette des positions possibles. Or je crois que le travail théorique n’est pas en mesure de clarifier cette situation. Cette clarification devrait être d’abord politique Il y aurait, sur l’Europe notamment, à engager un véritable débat et une véritable consultation des communistes pour déterminer démocratiquement la position de l’organisation.


c) Le Parti communiste français doit redevenir explicitement un parti de référence marxiste tout en tirant sur ce point les leçons du passé et en les traduisant de manière institutionnelle. Cette référence explicite signifierait que l’une des tâches majeures du Parti communiste serait d’assurer la formation marxiste de ses membres. Le fondement du travail théorique de l’organisation communiste doit devenir une affaire du plus grand nombre.


d) Les résultats de la théorie doivent atteindre un degré de compréhension, et donc un degré élevé de clarté dans la forme et dans le fond. S’il est vrai que le socialisme est l’affaire du 21ème siècle, cela signifie que la théorie du socialisme doit devenir une théorie de masse. J’accepte a priori que les masses populaires ont une compréhension en profondeur des phénomènes plus grande que je ne peux le penser. Cela dit, des formes d’élaboration ainsi qu’une pédagogie renouvelées devront sans doute être expérimentées.

 

Jean-Claude Delaunay

 

publié sur RC le 25 mai 2012, envoyé par l'auteur

 

 

 

 

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JMP 27/05/2012 14:26


Tout ça (cet article, le papier de MCB, ce que dit Gilles et d'autres ici) sonne très juste. En tant que communiste desencarté, et au PRCF, je me dis que les convergences d'idées et, partant,
d'action, méritent de rentrer dans le domaine de la réalité !


Le point d) du 2ème point de JC Delaunay me va particulièrement, il rejoint les préoccupations de pas mal de camarades dont moi : le communisme doit redevenir un système de valeur de masse, donc
populaire, et il convient effectivement d'arrêter de s'écouter parler (ou de se lire écrire) et d'être pédagogue, il n'y a pas d'autre mot. Mettons nos pas, évidemment du 21ème siècle, dans ceux
de Friedrich Engels qui a su traduire simplement et rendre populaire le socialisme scientifique.


Amitiés fraternelles.

GQ 25/05/2012 22:37


Sur l'Europe, ma religion est faite depuis 2005 et 2008 (Lisbonne); il s'agit d'une nouvelle forme politique qui dépasse et supprime la démocratie dans le meilleur des monde capitaliste. L'Europe
est antidémocratique non dans les principes ou les tendances d'une évolution longue mais dans la pratique actuelle, d'une manière massive, très grave et insidieuse, ici et maintenant. elle
dégénère le citoyen en sujet. Et je crois que comprendre cela est un préalable politique déterminant. Je partage le rejet viscéral de ce projet, de la même manière que le PRCF. Le caractère "non
létal " pour le moment, de l'oppression qui provient de Bruxelles ne la rend pas moins redoutable. Contrairement à ce que pensent la plupart, l'UE n'est pas ridicule ou méprisable, elle est
haissable. C'est une figure de l'empire, bien plus sournoise que celle des États Unis, avec ses fausses promesses de paix et de tolérance, et sa réalité d'esclavage. Et c'est bien davantage le
"corporate state".