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Réveil Communiste

Iniciativa Cuba Socialista a 20 ans. "Tout le monde devrait visiter Cuba".

2 Juin 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba

 

Katrien Demuynck (à gauche) et Isabelle Vanbrabant (à droite). (Photo Solidaire, Dirk Tuypens)

Sur le blog du PTB

 

« Donner une vie digne à chacun malgré la pression extérieure »

Iniciativa Cuba Socialista fête ses 20 ans. En 1992, dans la vague de protestation contre le blocus des Etats-Unis à l’encontre de Cuba, le mouvement de solidarité Iniciativa Cuba Socialista (ICS) voyait le jour. Avec beaucoup d’enthousiasme et... peu de militants. Aujourd’hui internationalement reconnu, ICS compte quelque 700 membres. Retour sur ce parcours avec Katrien Demuynck, présidente d’ICS, et Isabelle Vanbrabant, responsable du mouvement.

Comment le mouvement a-t-il débuté?

    Katrien  Demuynck. Lors d’un événement très concret: le vote de la loi Torricelli aux Etats-Unis qui renforçait le blocus économique à l’encontre de Cuba. La réaction internationale a été forte, et la Belgique ne voulait pas manquer à l’appel.
    Ramsey Clark, avocat et ancien procureur général aux Etats-Unis, avait alors lancé une pétition intitulée Paix pour Cuba plaidant pour le droit de Cuba à disposer de lui-même et condamnant toute forme d’agression et d’immixtion. Nous avons utilisé ce texte comme plateforme pour fonder Iniciativa Cuba Socialista.

Quel était alors votre objectif?

    Katrien  Demuynck. L’initiative avait pour but de forcer le blocus. A cet effet, nous avons travaillé de deux manières: la sensibilisation et l’action concrète. Nous avons commencé à rassembler des marchandises de première nécessité. Nous les avons apportées à des bateaux cubains qui passaient par les ports d’Anvers et de Rotterdam. Nous avons aussi soutenu des années durant un projet de Médecine pour le Peuple dans le quartier de Dragones à la Havane. Il s’agissait d’un projet de médecine préventive, mis en œuvre par les Cubains eux-mêmes. Mais, vu le renforcement du blocus et la chute du bloc de l’Est, nous avons manqué de moyens pour le poursuivre.
    Deux ans plus tard, en 1994, nous avons organisé la première édition de Che Presente. Je me demande encore comment nous avons réussi. Nous n’avions alors que très peu de collaborateurs, mais nous avons tout de même attiré plus de 700 visiteurs.
    Un an plus tard, nous avons commencé à mettre sur pied des ancrages locaux. Nous en avons rapidement eu trois: à Anvers, Gand et Heist-op-den-Berg. Actuellement, nous en avons treize.

ICS s’est entre-temps développé en un des plus grands mouvements de solidarité du Benelux.

    Katrien  Demuynck. C’est exact. Et Che Presente est le plus grand événement de solidarité envers Cuba en Europe. C’est également ICS qui coordonne la campagne Free The Five, ce qui signifie quand même que nous sommes parvenus à réaliser quelque chose de significatif.
    Isabelle Vanbrabant. ICS démontre que, avec peu de gens et peu de moyens, il est possible de construire des choses ayant un impact. Les bonnes idées et l’engagement ne coûtent rien.

D’où provient votre passion pour Cuba?

    Katrien  Demuynck. J’ai travaillé six ans au Nicaragua, dans des postes de santé situés dans des villages et hameaux isolés. Nous y avons souvent été confrontés à des situations difficilement supportables. Lorsque nous emmenions des personnes dans un état critique à l’hôpital, les seuls médecins sur qui nous pouvions compter étaient des Cubains. Les médecins nicaraguayens étaient formés dans une optique bourgeoise de la médecine. Ils ne venaient pas s’ils n’étaient pas de garde, et ne se déplaçaient certainement pas pour des pauvres. Les médecins cubains, eux, étaient appelables à tout moment.
    Ce n’est qu’en 1994 que je me suis rendue pour la première fois à Cuba. Je n’étais pas du tout une farouche supporter de Cuba au plan politique ou autre. Mais là, j’ai ouvert les yeux. J’ai vu qu’il était possible de vivre dans le tiers-monde, dans un pays étranglé par un blocus, et de tout de même parvenir à envoyer tous les enfants à l’école, de maintenir un haut niveau de soins de santé pour tous, de faire en sorte que, en temps de pénurie, les personnes âgées et les enfants puissent disposer du nécessaire. Un système socialiste est parfaitement en état de donner à tout le monde une vie digne, et sans aide extérieure. Mais, apparemment, c’est interdit; c’est un système à saborder. Et c’est contre cela que je lutte.
    Isabelle Vanbrabant. J’ai étudié les sciences politiques et la coopération au développement. Nous avons assisté à des cours d’experts de l’Institut de médecine tropicale sur les soins de santé dans le tiers-monde. Ceux-ci effectuaient régulièrement des comparaisons entre Cuba et d’autres pays d’Amérique latine. Cette partie du monde – et particulièrement Cuba – me fascinait. Lorsque j’ai vu qu’ICS cherchait quelqu’un pour s’occuper pendant deux mois de l’organisation de Che Presente, je me suis présentée et j’ai été acceptée. Cela m’a tellement plu que j’y suis restée active par après.
    Katrien m’a alors conseillé de me rendre à Cuba. Ce fut une magnifique expérience, où j’ai vécu une sorte de choc des cultures. Chez nous, c’est le règne de l’individualisme. A Cuba, on voit qu’une autre voie est réellement possible. La vision collective y existe jusque dans les moindres recoins. La société civile et gouvernement travaillent dans la collaboration. Cuba est un pays passionnant, en plein développement.

Bref, tout le monde devrait visiter Cuba?

    Katrien  Demuynck. C’est très important que les gens se rendent à Cuba. Il faut y aller l’esprit ouvert, sans idées préconçues, positives ou négatives. Il faut pouvoir distinguer le vrai du faux, percer le flot constant de mensonges sur Cuba, mettre de côté l’individualisme qui nous est en permanence imposé. On peut alors découvrir une société chaleureuse, voir qu’un monde qui crée une misère énorme d’un côté et, de l’autre, une poignée de millionnaires n’est pas une fatalité.

Vingt ans plus tard, est-ce devenu plus facile de convaincre?

    Katrien  Demuynck. Nous ne pouvons pas tenir compte de la droitisation de la société. L’impact croissant des médias à ce sujet n’est pas à sous-estimer. L’individualisation est totalement dominante. Mais, par ailleurs, nous disposons aujourd’hui de bien plus de moyens de communication. Dans le temps, il fallait envoyer des montagnes de lettres pour toucher les gens; maintenant, il existe le courrier électronique, Facebook, notre site Internet.
    Isabelle Vanbrabant. Ces dernières années, l’Amérique latine a évolué vers la gauche, ce qui éveille l’intérêt. Souvent, des personnes à la recherche d’une alternative découvrent notre travail. Exemple concret: notre livre vert sur les réalisations de Cuba concernant l’écologie et le développement durable. Celles-ci sont impressionnantes et convaincantes, et ce thème est un canal qui ouvre aux gens une porte vers les autres aspects de Cuba que nous présentons.
    Nous sommes également fiers de notre site bilingue, qui existe depuis 1997 et fonctionne entièrement avec des bénévoles. Nous nous sommes imposés de publier cinq fois par semaine de nouveaux articles. Une de nos missions les plus importantes est la sensibilisation, faire entendre un autre son de cloche que celui des médias habituels.

Le 20e anniversaire d’ICS est également fêté par l’ambassade de Cuba. Comment collaborez-vous?

    Katrien  Demuynck. On peut difficilement être solidaire d’un pays et travailler seul dans son coin. Nous testons ce que nous voulons faire. En 1997-1998, nous nous occupions surtout de remplir des conteneurs de marchandises. Mais, à un certain moment, l’ambassade nous a signalé que Cuba surmontait quelque peu la crise. Une information correcte et la sensibilisation étaient davantage nécessaires. Nous avons donc fonctionné dans ce sens. En 2001, l’ambassade nous a également demandé de travailler pour les Cuban Five. Nous étions partants, même si ce n’était pas évident.

La campagne Free the Five reste-t-elle une priorité?

    Katrien  Demuynck. Nous pouvons affirmer que c’est ICS qui a mis ici et dans nos pays voisins l’affaire des Cuban Five sur la carte. Cette histoire est hallucinante: des agents cubains sont emprisonnés à vie aux Etats-Unis parce qu’ils ont essayé d’empêcher que des actions de terreur contre leur pays au départ de Miami. Presque tout le monde est au courant du blocus contre Cuba, mais très peu savent qu’il existe aussi d’autres formes d’agressions, que des attentats sont régulièrement commis, que des gens sont assassinés. Aux Etats-Unis, c’est deux poids deux mesures. D’un côté, la war on terror; de l’autre, le laisser-faire pour d’obscures organisations de Miami qui organisent et exécutent et pratiquent des attentats contre Cuba.
      Nous poursuivrons la campagne pour les Cuban Five jusqu’à ce ceux-ci soient libérés. Cela peut peut-être sembler sans espoir, mais il ne faut pas oublier que c’est par une campagne mondiale ininterrompue que Nelson Mandela a été libéré. Rien n’est impossible. 

Vous avez aussi obtenu du soutien pour les Cuban Five de la part de partis politiques belges.

    Katrien  Demuynck. Oui, nous avons obtenu l’écoute de tous les partis, sauf du Vlaams Belang. Une résolution sur ce sujet a été votée au Sénat. Ce n’est pas banal, des politiciens qui rencontrent les épouses des Cuban Five, se laissent motiver par le sens de l’injustice et ne tiennent pas compte des obstacles suscités par l’habituelle politique de parti. Ces contacts sont donc très importants.

Comment voyez-vous les vingt ans à venir?

    Isabelle Vanbrabant. En 2020, nous voulons avoir 2000 membres. C’est ambitieux, mais possible. Nos membres sont notre force. Je voudrais donc également lancer un appel aux lecteurs de Solidaire afin qu’ils nous soutiennent de cette manière. Tout le monde est le bienvenu, même en n’adhérant pas totalement à notre message politique.
    Katrien  Demuynck. Il existe une base pour la solidarité politique avec Cuba. C’est ce que nous voulons développer avec ICS. C’est pour cela que nous avons évolué vers un mouvement affiliant des membres. Il est important qu’un projet socialiste comme celui de Cuba soit largement connu. C’est une alternative à part entière pour notre société individualiste. En découvrant les qualités du projet cubain, on remarque mieux les fortes carences de notre société, où les gens n’arrivent plus à payer leur facture d’énergie, le nombre de personnes qui mendient dans les gares et ailleurs n’arrête pas d’augmenter.

Initiativa Cuba Socialista : www.cubanismo.net

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