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Réveil Communiste

Il y a 25 ans, le docteur Michaël De Witte décédait au Salvador, tué par un tir de mortier made in USA ...

2 Mars 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Sur le blog du PTB:
Commémoration du docteur Michaël De Witte : « Si j’avais vécu en 2012… »

Il y a 25 ans, le docteur Michaël De Witte décédait au Salvador, tué par un tir de mortier made in USA alors qu’il se reposait sous un manguier avec deux autres militants du mouvement de libération FMLN. Son frère Willem, auteur de cet article, participe également à l’organisation de la cérémonie commémorative qui aura lieu le 14 mars prochain à Gand.

Willem De Witte

 

Au Salvador, Michaël se faisait appeler Sebastián. Ses compagnons ne l’ont pas oublié. En 2010, dans le petit village de San Hilario – la région où Michaël travaillait – une nouvelle école secondaire qui porte son nom a été fondée : l’Instituto Sebastián. Son portrait trône à l’entrée.

En 1982, cinq ans avant sa mort, mon frère Michaël décide de s’expatrier au Salvador avec sa petite amie Karin Lievens, pour y rejoindre le mouvement de libération FMLN. Michaël en tant que médecin et Karin en tant que journaliste. A l’époque, le Frente Farabundo Marti para la Liberacion Nacional est le mouvement de guérilla le plus puissant d’Amérique latine. Son objectif : libérer le pays de la dictature militaire, défendre le socialisme comme à Cuba et empêcher toute ingérence des États-Unis.

Un choix radical

Qu’est-ce qui pousse un jeune à faire un choix aussi radical ? Michaël était un jeune homme débordant de vie. A 12 ans, le football était sa grande passion. Avec son frère Lodewijk, il assistait à tous les matchs du club Zwevegem Sport. Il découpait dans les journaux tous les articles et les photos du Club de Bruges. A la fin de ses études secondaires, le karting devient sa nouvelle passion. Il passe tout son temps libre à bricoler son go-kart. Mais il manque d’argent et ne peut s’offrir du matériel de qualité. Résultat, il figure souvent parmi les derniers lors des courses, mais il ne se laisse pas démonter. Au contraire, il se donne à fond durant les compétitions. Une fois à l’université, il participe à un stage de saut en parachute à Diest. Bref, c’était un jeune qui ne tenait pas en place et débordait de projets. Un jeune qui en voulait toujours plus et sans cesse occupé à corriger ses faiblesses.

Je me souviens également de Michaël, de huit ans mon cadet, qui, comme tant d’autres dans les années 1970, voulait s’investir socialement. Les uns auprès des boutiques de droit, les autres auprès de cercles universitaires… Michaël décidera finalement de travailler pour le Magasin du Monde à Courtrai, il participera activement aux actions d’étudiants pour défendre un enseignement démocratique et travaillera comme médecin stagiaire à Médecine pour le Peuple Genk. Son idéal était de s’investir là où il serait le plus utile à la société et ses semblables. Michaël osait faire des choix extrêmes, il était comme ça. Souvent il disait : « Lorsqu’on fait un choix, il faut rester conséquent par rapport à ce choix » ou « Il faut toujours être fidèle et loyal à ses idées et convictions, quelles qu’en soient les conséquences ».

« Ce que je veux léguer »

Durant ses années au Salvador, Michaël a tenu un journal. Il y rapportait les événements, mais y notait également ses réflexions personnelles. Et plus particulièrement, des réflexions sur la révolution au Salvador, dans le monde, en Belgique, sans se soustraire à l’autocritique. Il n’avait aucune ambition littéraire, juste l’ambition que cela serve un jour. Ainsi, il écrit le 26 mars 1985 : « J’espère, si je devais mourir ici, que Karin retravaillera mes griffonnages et les publiera. Il y a peut-être sur cette terre des personnes que mon message intéressera et encouragera à être conséquentes dans leurs actions. » C’est également pour cette raison qu’il rédige un testament politique, dont un extrait est publié ci-contre.  

C’est pour moi une grande fierté de savoir qu’à l’heure actuelle l’exemple de Michaël inspire encore tant de gens. Récemment, j’ai rencontré un jeune syndicaliste, activement impliqué dans les actions organisées contre les mesures d’austérité votées par le gouvernement Di Rupo. Il m’a confié que la lecture du journal de mon frère (Dagboek uit El Salvador) avait été déterminante dans son choix et son engagement. Ce qui m’a fait très plaisir, car je suis également convaincu que, si Michaël vivait encore, il aurait ajouté à son testament politique : « En Belgique, poursuivre le combat syndical contre le programme d’austérité de l’Europe et dénoncer les guerres menées par les États-Unis en Afghanistan, et en Libye. »

Le livre est actuellement épuisé, mais on peut trouver les textes sur le site
www.michaeldewitte.be

 

Extrait du testament politique de Michaël De Witte

El Salvador, Frente Sur-Oriental, 12 juin 1985

Chère Karin, cher Willem,

Cette lettre reprend quelques extraits de mon journal. Mes idées ne sont pas toujours exprimées de manière cohérente ou ordonnée, mais il s’agit là d’une première tentative de rédaction d’un testament politico-idéologique… qui en aucun cas ne se veut vérité absolue.
    Ce que je voudrais léguer, ce sont des convictions anticapitalistes et anti-impérialistes, et la foi dans la construction d’une société plus juste. C’est un combat que l’on peut mener sur plusieurs fronts, et idéalement là où se trouvent nos racines, c’est-à-dire dans notre pays, ou là où on peut porter un coup stratégique à l’impérialisme (ou se rapprocher de sa destruction définitive, comme c’est le cas au Salvador en ce moment).
    Si j’avais vécu dans les années 1930, je me serais engagé dans la lutte contre le fascisme en Espagne. Si j’avais vécu dans les années 1940 j’aurais rejoint la résistance en Chine. Si j’avais vécu dans les années 1950, j’aurais rejoint celle de Corée, celle du Vietnam dans les années 1960 et celle du Nicaragua dans les années 1970. Je vis dans les années 1980 et j’ai rejoint celle du Salvador (il y aussi de celle du Moyen-Orient, d’Afrique du Sud, des Philippines).
    Dans mon pays, mon objectif est de combattre l’idéologie individualiste et organiser les gens dans une lutte anticapitaliste : syndicalisme de lutte, travail politique et internationalisme basé sur le marxisme-léninisme. Comme disait le Che, « peu importe l’endroit où la mort nous surprend, tant que c’est dans la lutte contre l’impérialisme ». 

C’est tout. J’attends votre réponse ou de vous revoir,

Michaël

Cérémonie commémorative à la mémoire de Michaël De Witte
Programme :
• Projection de l’émission de la chaîne Canvas sur les guérilleros flamands à laquelle sont invités Karin Lievens, Marc Ingelbrecht et Rita Vanobberghen pour répondre à la question « L’engagement et la mort de Michaël ont-ils servi ? »
• Témoignage du frère de Michaël sur ses idéaux et ce qui l’a poussé à partir au Salvador en 1982.
• Exposé sur le Salvador et le FMLN depuis sa création en 1980 à 2009.
• Témoignage de Margarita Posada, représentante de l’ACCPS (Alianza Cuidadana contra la Privatización de la Salud) sur la lutte pour un système de soins de santé convenable au Salvador.
• Discussion autour d’un verre et amuse-bouche.
Adresse :
Auditorium D, UZ Gand
De Pintelaan 185, 9000 Gand

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