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Réveil Communiste

Habermas et l'idéologie européenne, une analyse de Danielle Bleitrach

5 Août 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

L’Europe et le mythe d’Aristophane ou l’avenir d’une illusion… par danielle Bleitrach

 

 

Autrefois la nature humaine n’était pas ce qu’elle est maintenant explique Aristophane dans le Banquet de Platon où chacun commente sa conception de l’amour ; elle était bien différente. D’abord il y avait trois genres, et non deux comme maintenant, un mâle et une femelle ; s’y ajoutait un troisième genre qui participait des deux autres – dont l’appellation a subsisté – mais qui a lui-même disparu : il y avait un genre androgyne, dont l’aspect et le nom participait à la fois des deux autres [...]. Par ailleurs la forme de chaque homme était entièrement ronde, avec un dos arrondi et des côtes circulaires, avec quatre mains, autant de jambes et deux visages sur un cou d’une rondeur parfaitement régulière, mais une seule tête sous les deux visages regardant en sens opposés ; avec quatre oreilles, et deux sexes [...]. Ils étaient doués d’une force et d’une vigueur prodigieuse et d’une grande présomption. Ils s’en prirent aux dieux [...]. Après s’être torturé l’esprit, Zeus déclara : « Je crois tenir le moyen pour qu’il y ait encore des hommes et pour mettre en même temps fin à leur impudence : c’est qu’ils deviennent plus faibles. Je vais donc les séparer en deux [...]. » Sur ces mots il coupa les hommes en deux [...]. Ainsi leur corps était divisé en deux ; chacun alors, regrettant sa moitié, la rejoignait ; et ils se jetaient dans les bras les uns des autres et s’entrelaçaient dans le désir de s’unir, de ne plus faire qu’un ; ils mouraient de faim et généralement d’inanition, parce qu’il ne pouvaient rien faire les uns sans les autres [...].


Pris de pitié Zeus inventa un nouvel expédient : il déplaça sur le devant les organes génitaux ; car jusque-là ils les portaient derrière [...] il leur permit de s’engendrer les uns dans les autres [...]. C’est donc depuis cette lointaine époque que l’amour des uns pour les autres est inné chez les hommes, qu’il ramène l’unité de notre nature primitive, et entreprend de faire un seul être de deux et de guérir la nature humaine. Ainsi chacun de nous est le complément d’un être humain, pour avoir été coupé, comme les carrelets, et d’un, être devenu deux. Chacun ne cesse alors de chercher son complément [...] chaque fois que le hasard lui fait rencontrer cette moitié de lui-même, alors l’amoureux [...] est saisi – ô prodige ! – d’un sentiment d’amitié, de familiarité, d’amour ; ils ne veulent pour ainsi dire plus se séparer, fût-ce un instant [...]. Par l’union et la fusion avec son bien-aimé, de deux [l’amoureux désire] ne devenir qu’un. (Platon, Mythe d’Aristophane, Le Banquet, 189d-192e, traduction de Bernard et Renée, Nathan
, 1983, pp. 58-61).

L’illusion de l’Europe comme réalité post-nationale contre l’holocauste

Si l’on en croit Jurgen Habermas et quelques autres, il faut penser L’Europe et L’Allemagne sur le modèle de cette misérécordieuse recomposition amoureuse. Je m’explique à partir d’une Allemagne divisée en deux, on (mais qui?) a inventé  une histoire d’amour comparable à ce conte d’Aristophane pour reconstituer une Allemagne vivable dans une Europe devenue modèle exemplaire des droits de l’homme, garantie de la paix éternelle pour faire référence au projet kantien et par une alchimie étonnante l’Europe est devenue « continent des droits de l’homme ».

  Habermas pour ceux qui ont lu les différents textes parus sur l’Ecole de francfort dans ce blog, prolonge la pensée de cette école mais défend la raison et s’inscrit dans la postérité de kant et non de Marx et de freud. Face au pessimisme de ceux qui dans cette école annoncent un malaise dans la civilisation, le danger de l’obsolescence de « l’homme », sa disparition dans le fétichisme du marché, il existe un certain nombre d’intellectuels dont Habermas qui vont voir dans l’Europe le triomphe enfin de la raison sur tous « les totalitarismes » .  Habermas est Allemand et il est confronté à une histoire problématique au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Pour lui, comme pour un grand nombre d’intellectuels européens l »Holocauste est une parenthèse, une monstruosité et Habermas s’interroge sur la manière dont le pays alors divisé entre RFA et RDA peut conquérir une nouvelle identité politique. La monstruosité serait dûe à la volonté de puissance nationale engendrant le nazisme.

Habermas propose de reconstituer la citoyenneté par l’attachement à la démocratie, aux institutions et aux valeurs inscrites dans la Constitution en s’immunisant contre le retour du nationalisme, drapeau, coutumes et autres considérés comme matrices du nazisme. C’est dire si l’Europe fut alors pour ce philosophe la réalisation de cet idéal qui permettrait à une Allemagne, coupée en deux comme dans le mythe d’Aristophane, de s’unir à une autre entité qui la ferait échapper au particularisme pour atteindre l’Universel.

En fait derrière le mythe de la victoire sur le totalitarisme existe la grande peur du socialisme et la capacité à recréer l’Europe autour de la moitié d’une Allemagne unie à la France n’a d’égale que la rapidité à travers laquelle on transforme l’URSS victorieuse du nazisme en son équivalent grâce à la catégorie creuse du « totalitarisme »(1)

Il n’y a pas que pour israël que l’holocauste va fonctionner comme le mythe fondateur de l’identité. L’holocauste, le nazisme, le fascisme ne seront jamais analysés comme tel, en particulier dans sa relation avec l’impérialisme et le capitalisme, l’Europe est-elle même fondée en tant qu’illusion politique et idéologique sur la dénonciation des « totalitarismes », et la clôture des camps d’extermination et du nazisme autour du sacrifice des seuls juifs dans la Shoah. Il faudrait également analyser comment l’antisémitisme se met à fonctionner comme un opérateur universel idéologique. Opérateur adopté aussi bien par les philosémites que par les antis. Encore un échec du mythe puisqu’il s’avère que l’omni-usage de cette catégorie, son vide, n’empêche pas au contraire la résurgence de tous les racismes.

La pensée du philosophe Habermas est intéressante parce que, même si elle se présente rarement à un niveau aussi élaborée, cette vision idéologique est dominante dans nos médias, et dans la plupart des partis dès qu’il est question de l’Europe.  On la retrouve derrière l’idée que l’Europe a assuré la paix. Alors que la paix largement imposée à l’Europe et surtout à l’Allemagne nazie a permis de créer l’Europe de l’ouest comme un rempart face au communisme., c’est-à-dire non l’Europe de la paix mais celle des missiles nucléaires hérissés face à l’URSS, l’Europe de l’OTAN, avant poste des Etats-Unis et du nouvel Empire érigé sur le nouveau rapport de forces hérité de la deuxième guerre mondiale. L’Europe de l’OTAN qui a bien dû se créer une nouvelle raison d’exister aux lendemains de la chûte de l’URSS, la fin du pacte de Varsovie. Et qui est partie en croisade loin de son espace initial au nom de la défense de la démocratie et accessoirement pour le contrôle de l’énergie.

Ce qui est incontournable est le fait que pour mener « la guerre froide », les Etats-Unis ont besoin d’une Europe dans laquelle l’Allemagne (RFA) doit avoir toute sa place et pour cela, la construction doit non seulement l’intégrer mais en faire une pièce centrale y compris par la reconversion dans le projet européen de gens et d’entreprises ayant participé au nazisme. Cette reconversion des anciens nazis s’opère partout, dans les sciences, dans l’univers culturel, voir en Amérique latine, dans la CIA, le mythe européen, celui de la « raison » recouvrée sur la barbarie qui comme par hasard ressurgit à l’Est et aujourd’hui dans l’Islam et ailleurs a besoin de cette recomposition d’une nouvelle unification autour de l’Allemagne alliée à la France, symboles de paix éternelle.

Mais dans ce merveilleuse vision qui est plus moins celle d’Habermas est non seulement est résolue le problème d’une identité allemande qui pouvait paraître un peu encombrante aux lendemains de la deuxième guerre mondiale mais également la question des minorités, puisque il suffit à ce moment là que la minorité marque son adhésion à la Constitution pour être reconnue de plein droit membre de la dite communauté non plus nationale mais démocratique. Le tout sans réellement bouleverser les trusts fauteurs de guerre. On voit ce qu’il advient aujourd’hui des immigrés, et désormais  des Roms qui pourtant pourraient être une illustration de cette citoyenneté européenne et qui de surcroît ont beaucoup donné du temps du nazisme. On voit ce qu’il en est donc de cette citoyenneté post-nationale dans laquelle  selon Habermas , les minorités seraient intégrées en dépassant la citoyenneté nationale. En fait, la réalité est qu’alors que les barrières nationales tendent à sauter dans les protections des citoyens, on harmonise vers le bas, mais on raccompagne les Roms chez ce qui devrait être chez eux et ne veut pas d’eux d’ailleurs. Après avoir de fait chassé les juifs vers les terres palestiniennes pour y constituer un autre poste avancée de la démocratie occidentale.

L’illusion européenne d’une citoyenneté non nationale mais reposant sur la démocratie constitutionnelle va connaitre un franc succès au point que ce continent qui a tout de même engendré deux guerres mondiales, le colonialisme, quelques génocides et terminé en beauté sur la shoa, puis a appuyé son rejeton étasunien sur toute la planète, donc ce continent va être le continent des droits de l’homme, celui de la paix retrouvée. Partie de la rédemption de l’Allemagne et de quelques autres pays fascistes cette Europe là, faute d’avoir été jusqu’au bout de l’analyse du nazisme et de ses liens avec la crise et l’intérêt des monopoles capitaliste, par simple reconversion dans la lutte contre le communisme va grâce à cette idéologie être immédiatement mobilisable dans la lutte idéologique contre l’URSS. 
 
En fait derrière cette vision idyllique de la construction européenne,  il y a la version soft de ce qui s’est passé brutalement à Hiroshima, la volonté de Truman de bloquer les avancées de l’URSS. Là bas il reçoivent des bombes nucléaires, l’Europe le plan Marshall. Nous avons toujours eu beaucoup de mal à imaginer les exactions nord-américaines parce que pour nous européen l’intervention nord- américaine, CIA comprise s’est faite en douceur.

Seuls quelques esprits particulièrement marqué par le « cosmopolitisme » feront le lien entre l’holocauste et Hiroshima et procéderont à partir de là à une critique radicale de nos sociétés capitalistes et de leur « démocratie ».

Malgré ces empêcheurs de penser en rond, nous sommes devenus l’avant poste de la démocratie et de la liberté face au communisme « totalitaire », mieux nous avions vaincu en notre propre sein le totalitarisme nazi c’était la preuve de notre capacité à le vaincre partout, ce qui est il faut bien le reconnaitre une vision assez déformée de l’histoire.

Derrière l’illusion post-nationale démocratique, la réalité du marché monopoliste…

Là dessus quelques dirigeants très pragmatiques ont mis en place les bases d’un intérêt économique bien compris pour les grands monopoles, la grande réconciliation des capitalistes s’ils ont jamais été désunis et ce toujours en regard de ce qui se profilait là bas vers l’Oural: le marché commun, la communauté du charbon et de l’acier. L’Allemagne était incontournable et les Etats-Unis le voulaient ainsi pour que la résistance face à l’URSS et à l’Europe de l’Est soit efficace, l’Allemagne devait être intégrée à un ensemble, la France a accepté d’être la partenaire, cela l’aidait aussi à lutter contre le danger communiste.

Et pendant ce temps là les intellectuels en particulier allemand, Habermas au premier rang d’entre eux imaginaient une sorte de patriotisme postnational et des droits nouveaux comme la Cour Européenne de justice, les frontières abolies et la monnaie unique, intellectuellement c’est l’apothéose… Et de surcroît il est clair que l’Europe se défend, défend militairement « le monde libre » sous la houlette des Etats-unis, mais doit aussi accorder des droits aux travailleurs pour éviter la contagion de l’ex-URSS. D’où le modèle social… la redemption et le continent se met à donner des leçons à toute la planète.

Mais cette adhésion européenne y compris au plan idéologique reste glaciale. Anna harendt expliquait quand les israéliens la critiquaient pour sa froideur juive dans le procès d’Eichman en l’accusant de ne pas « aimer » les juifs, son peuple. Elle rétorquait qu’elle avait beaucoup de mal à « aimer » un collectif, elle n’aimait que les individus. Dans une certaine mesure ce que proposait Habermas en matière européenne était de cet ordre là, une union fondée non sur le patriotisme mais sur la raison et les droits constitutionnels de ses citoyens. L’union n’a jamais engendré selon le muthe d’Aristophane :  la fusion avec son bien-aimé, de deux [l’amoureux désire] ne devenir qu’un mais tout au plus un fatalisme et la difficulté à proposer, ni même à penser la situation autrement qu’elle n’est.

En fait une des hypothèses que l’on pourrait explorer c’est qu’il y a eu essentiellement déperdition non seulement au niveau de la conception de la nation mais qu’à travers celle-ci s’est également perdu une conception cohérente du contexte international et donc de la signification de la mondialisation. Une des dimensions du déni de guerre aujourd’hui est incontestablement liée à cette déperdition. la citoyenneté post-nationale n’existe pas.

Il y a eu un véritable mythe européen, mais il est restée une construction intellectuelle qui n’a jamais engendré une adhésion patriotique et quand de plus en plus apparaissent les limites et les défauts de la dite union c’est peu de dire que la citoyenneté n’est jamais ressentie.

L’effondrement du mythe mais en son nom se poursuit l’accélération du marché

Habermas est aujourd’hui absolument navré parce qu’il découvre que sa belle construction s’effondre, l’Allemagne s’est réunifiée et telle l’orgueilleuse créature du mythe d’Aristophane remet en question l’Europe. La fourmi Allemagne refuse de payer pour tous les autres pays européens. Dans une contribution à l’hebdomadaire allemand Die Zeit, Habermas dénonce à propos des décisions de la cour constitutionnelle allemande relative au traité de Lisbonne « le retour d’un nouvel egocentrisme allemand » et la « nouvelle indifférence’ de son pays vis à vis de l’UE: « la mentalité égocentrique, dépourvue d’ambition normative, de l’Allemagne ce colosse tourné sur lui-même au milieu de l’Europe, ne garantit même plus l’Union Européenne sera préservée dans son vacillant statu quo ».

Mais le « vacillant statu quo » n’avait plus lieu d’être , en particulier l’Europe sociale était devenue bien encombrante après l’effondrement de l’URSS. L’Europe a alors subi un double mouvement qui le mène vers la désintégration : plus de guerre froide, plus d’ennemi à combattre, la chute du mur de berlin deviendra peut-être un jour dans les livres d’école la fin du mythe européen. Puisque de surcroît l’Allemagne se réunifit, redivient la nation patriote et égoïste dénoncée par Habermas et dans le même temps l’hypertrophie, l’absence de vocation ,l’imposition à des peuples qui n’en veulent pas d’une unité où chacun est convaincu de plus en plus d’avoir tout à perdre et rien à gagner.

Ce qui est interessant est de voir le fonctionnement du mythe la manière dont il tenté de ravauder les morceaux en nous expliquant qu’il n’est que de grands ensembles suceptibles de résister… A quoi mais voyons à la Chine et aux etats-Unis, qui comme par hasard sont des Etats-nations. Et le montage continue,une fois encore derrière l’hymne à la joie, il y a la peur… Peur d’être maginalisé , dominé dans le combat de titan entre la Chine et les USA , combat qui n’a pas encore commencé, comme jadis  du temps de la guerre froide on faisait peur. Peur de la crise, peur de l’inconnu, c’est à ce prix et non à celui d’une citoyenneté post-nationale que le mythe de la nécessaire unification européenne prétend se survivre à lui-même.

Il est clair que le mythe s’effondre que la réalité apparait de plus en plus en rupture avec les intérêts des peuples et des masses, mais il n’existe actuellement à y opposer aucune conception cohérente, aucune représentation du passé, du présent et de l’avenir de l’histoire, des rapports sociaux et donc de la place des individus dans un monde qui s’effondre. il n’y a pas de force en situation de construire une nouvelle hégémonie et dominent alors les peurs et le fatalisme.

Je voudrais terminer cette analyse par une anecdote personnelle. Hier Lutte ouvrière avait pris posirion tout autour de la place de la Rotonde à Aix en provence. Une femme m’a abordée et a commencé sa demonstration sur la nécessité de manifester. je lui ai répondu que j’en étais tout à fait convaincue mais que dans le même temps j’étais convaincue que ces manifestations indispensables auraient pour débouché politique l’alternance voir le vote pour DSK. Comme les indispensables et vertueuses dénonciation de la xénpohobie d’Etat de sarkozy ou « les affaires »… Elle m’a dit d’un air exatique « Oui il faut la grève générale! » Je lui ai répondu que je n’étais absolument pas convaincue de cela et j’ai expliqué que par exemple à l’Université ce genre de mot d’ordre menait à l’échec, que mon problème était le developpement du niveau de conscience.

mais là où ça c’est totalement gaché entre nous c’est quand j’ai tenté de l’interroger sur la question de savoir si son organisation s’est intéressée au fait que nous menions une guerre en Afghanistan, et à son côut tant sur le plan humain que financier. Elle s’est mis à me dire que l’important était les familles qui n’arrivaient pas en france à finir le mois. je lui ai dit que l’un n’était pas exclusif de l’autre au contraire et puisqu’elle travaillait dans un hopital que on pourrait utiliser l’argent autrement. Elle est repartie sur l’urgence de s’occuper des familles qui n’arrivaient pas à boucler la fin du mois.

je lui ai dit: « C’est vrai et c’est pour ça qu’il faut manifester mais est-ce que dans votre journal vous parlez de la présence française en Afghanistan, de la guerre qui se prépare en iran ? Elle l’a feuilleté, on parlait de l’irak, d’israêl mais pas un mot sur les sujets pré-cités. Et comme je lui disais que c’est la première fois de ma vie que je vois une telle ignorance d’une guerre dans laquelle la France est engagée, elle m’a dit que nous étions aussi en Afrique. ce qui n’est pas une excuse mais semble oublier le coût réel des diverses opérations et celui de la guerre en Afghanistan, la question de l’OTAN et du projet de guerre perpétuelle qui est derrière. Là, je l’ai vu quasiment au bord des larmes parce que cela ne rentrait pas dans sa vision de la réalité, de sa réalité, celle dont elle  voulait me convaincre et elle a fini par m’accuser de « mépriser » les familles bien de chez nous qui n’arrivaient pas à boucler la fin du mois… son reflexe était de l’ordre de la panique et je m’en suis voulu de la provoquer alors qu’elle faisait l’effort de tenter de soulever les masses.

Quand des militants, des organisations qui revendiquent le communisme peuvent éprouver une telle souffrance devant le bouleversement de la  représentation de leur espace d’intervention mais aussi de leur compréhension, de ce qui motive leur engagement nous sommes bien dans cet étrange déni qui veut que rien ne fonctionne dans l’idéologie capitaliste mais que dans le même temps la peur de la perte totale de sens interdit une autre vision. Pour une part l’hégémonie du capital aujourd’hui alors même qu’il est mourant et mortifère repose sur l’incapacité à sortir des catégories qu’il nous impose. Le mythe européen n’en est-il pas la pièce centrale ?

Danielle Bleitrach

1. Voir dans ce blog, l’étude de Marc Harpon sur les historiens de l’Ecole de Cambridge qui récusent ce concept de totalitarisme pour analyser l’histoire de l’ex-URSS.

Quand l’histoire russe marche sur ses pieds : John Arch Getty et le nouvelle soviétologie anglo-saxonne, par Marc Harpon

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gilles questiaux 03/09/2010 10:12



les programmes scolaires et questions de concours sont truffées d’idéologie européenne, dans le but de donner un peu de corps à l’union. Mais l’identité européenne se résume à ceci : blanche,
chrétienne, riche, la même que l’identité nord-américaine, l’esprit d’aventure en moins.