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Réveil Communiste

Intervention de Georges Toussas, député communiste grec au parlement européen, à la journée populaire de Strasbourg organisée par la section d'Illkirch du PCF

3 Février 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

http://www.google.fr/images?q=tbn:YT2MoaK3xNGK-M::www.kke.gr/cpg/press_ru/2006/KKE.jpg&t=1&h=196&w=188&usg=__KC-8i0Nx9bTyem0i9ZXy7UZvAPY=    http://static.parlorama.eu/img/big/big-28584.jpg


Chers camarades,


Nous voudrions remercier le Parti Communiste Français pour son hospitalité et pour l’organisation de cette conférence, de ce débat sur la crise capitaliste. L’enquête sur les développements concernant la crise capitaliste enrichira notre expérience et contribuera au développement de la lutte des communistes.


Les communistes étudient la crise capitaliste, ses causes et conséquences, les conditions qu’elle crée d’un essor de la lutte de masse, politique, idéologique et économique. Néanmoins, l’attention particulière portée à la crise capitaliste ne doit pas nous détourner du développement capitaliste de la période précédente où ont grandi les facteurs de la crise.


Le capitalisme n’est pas seulement dangereux dans sa phase de crise, de récession économique. Il est dangereux dans sa totalité, parce qu’à toutes les étapes, il se caractérise par l’exploitation de la force de travail, par l’extorsion de la plus-value créée par le travail non rémunéré, par la recherche du profit capitaliste, qui est la raison d’être du système capitaliste.


Même dans les conditions de croissance économique, d’expansion de la production et d’augmentation de la richesse produite par les travailleurs, le grand capital s’approprie les fruits de ce développement, augmentant son profit et son pouvoir.


A l’opposé, les travailleurs sont confrontés à l’augmentation du chômage, au gel des salaires et des pensions, à l’élévation de l’âge de départ à la retraite, à la dégradation du droit à l’accès à l’éducation, à la santé, à la protection sociale, au sport, à la culture comme aux lourdes conséquences des privatisations et de la libéralisation de pans de l’économie.


Ces tendances ne concernent pas seulement les pays qui se placent à un rang subalterne ou intermédiaire dans la pyramide capitaliste. Elles concernent aussi les Etats-Unis, l’Union européenne comme organisation impérialiste interétatique. Elles concernent l’ensemble du monde capitaliste.


La lutte politique et idéologique doit s’intensifier en démontrant les allégations mensongères de la social-démocratie et de l’opportunisme qui utilisent tous les prétextes pour préserver le capitalisme et masquer ses contradictions irréductibles.


Nous devons répondre sans transiger aux allégations des forces bourgeoises et opportunistes, en particulier à celles du Parti de la gauche européenne et de « die Linke » qui jouent un rôle moteur dans la tentative de diffuser les positions du capital dans la classe ouvrière. Nous devons répondre à la nouvelle vague d’anticommunisme déployée à l’occasion du 20ème anniversaire de la contre-révolution avec le soutien plein et entier des forces opportunistes, socio-démocrates et libérales.


Premièrement. L’affirmation selon laquelle la crise aurait été causée exclusivement par la gestion néolibérale masque la vérité. Elle dédouane le capitalisme de ses responsabilités et blanchit la social-démocratie. Le capitalisme connaît des crises depuis le 19ème siècle. Avec son passage au stade impérialiste, les crises ont pris un caractère systémique.


Toutes les formes de gestion ont été essayées pour empêcher et éviter les crises : le renforcement du rôle de l’Etat dans l’activité marchande et la stimulation de la demande suivant les recettes keynésiennes, ou bien les recettes néolibérales ou encore la combinaison de politiques socio-démocrates et néolibérales. Mais les lois du capitalisme sont têtues. Les crises économiques de surproduction surviennent à toutes les époques quel que soit le mode de gestion.

 

Les restructurations capitalistes amorcées après la crise de 1973 et répandues dans les années 90 ne sont pas arrivées par hasard. Leur objectif était de traiter les problèmes de reproduction du capital et le ralentissement du développement capitaliste. Ces changements ont répondu au besoin interne au système d’une centralisation et s’une rentabilité plus grandes du capital. Mais, même cette gestion a perdu sa dynamique. Elle a conduit à une crise économique.


Deuxièmement. La caractérisation de la crise comme une crise financière et la théorie du capitalisme de casino masquent les vraies causes de la crise. De fait, elle a été réfutée par les développements qui ont vu la crise atteindre déjà toutes les sphères de l’économie.


L’histoire des crises a prouvé qu’elles pouvaient d’abord se manifester dans le système financier mais que leurs racines se trouvent dans la suraccumulation du capital qui se produit dans la sphère de la production.


Les emprunts toxiques accordés par les banques et autres institutions financières aux Etats-Unis ont répondu à un besoin spécifique :


- fournir un débouché profitable à la suraccumulation du capital incluant la plus-value créée par l’exploitation de la force de travail, par la part non rémunérée au travail dans la production ;


- fournir un débouché à la suraccumulation du capital et continuer la reproduction du capital en dépassant les problèmes de pouvoir d’achat des familles de travailleurs au moyen de prêts pour l’acquisition de logement et la satisfaction d’autres besoins.


Encore davantage aujourd’hui, la fusion du capital industriel dans le capital bancaire, la formation du capital financier ont pris une dimension colossale.


La véritable cause de la crise réside dans l’intensification de la contradiction principale du capitalisme, la contradiction entre le caractère social de la production et l’appropriation capitaliste de ses produits due au fait que les moyens de production sont sous la propriété du capitalisme.


Ces éléments constituent la base de la baisse tendancielle du taux de profit qui trouve sa cause dans l’accroissement de la composition organique du capital, la base de la contradiction entre la production et la consommation. Ces facteurs mènent à des dysfonctionnements dans la reproduction du capital social, à des « explosions », aux crises de surproduction.


Cette politique est suivie aussi bien par les partis néolibéraux que socio-démocrates. Les décisions des pays du G20 vont également dans la même direction. Leurs contradictions reflètent les rivalités des intérêts monopolistiques qu’ils servent.


Pour tromper les peuples, elles usent de plusieurs théories fabriquées, elles mettent en avant de fausses explications pour tester les réactions sociales et prévenir le développement de la lutte des classes.


Les forces socio-démocrates, l’Internationale socialiste et ses cadres jouent un rôle primordial dans cette entreprise.


Premièrement. Elles présentent le contrôle des mouvements du capital comme une issue. Elles parlent de démocratisation de la Banque mondiale et de la Banque centrale européennes. Pourtant il est prouvé que rien ne peut empêcher l’aiguisement des contradictions capitalistes et qu’aucune mesure ne peut changer la nature du système bancaire, outil du capitalisme.


Deuxièmement. Elles avancent la nationalisation de certaines banques et autres entreprises capitalistes. Cette position est trompeuse parce que même dans ce cas le critère du profit demeure dans un contexte de marché ouvert qui pousse à la concurrence et à l’agressivité contre les populations.


Troisièmement. Elles s’inquiètent de la montée du chômage et proposent une croissance en lien avec le soi-disant « développement vert ». Dans les faits, elles trompent les peuples. Le développement capitaliste n’a jamais réussi à garantir le droit au travail pour tous et ne le fera pas.


Nous devons combattre décisivement les illusions de gestion du système.


La source du mal réside dans le fait que les moyens de production se trouvent dans les mains des capitalistes, que le profit est le critère de développement et que, dans tous les cas, le système se caractérise par une production anarchique et un développement inégal des secteurs de l’économie comme des territoires.


Cette réalité souligne combien, dans le capitalisme, jamais les travailleurs ne seront placés avant les profits. Elle dévoile quelle tromperie constituent les prétentions à « rationaliser », à « humaniser » le capitalisme, à « réguler » le marché. Les communistes doivent réfuter fermement ces illusions sur la gestion du système capitaliste et assumer les difficultés de l’organisation et du développement de la lutte des classes, mettant bien au clair qu’il n’y a aucun intérêt commun entre le capital et la classe ouvrière, pas plus dans la phase de crise que dans la phase de reprise du développement capitaliste.


« L’économie verte », mise en avant principalement par l’UE, constitue un débouché pour la suraccumulation du capital et pour la préservation des profits monopolistes en tant que moyen d’intensifier l’exploitation des travailleurs et des ressources naturelles. Bien loin de résoudre le problème des changements climatiques, au contraire, elle l’intensifie. Les problèmes de climat et d’environnement ne peuvent pas être traités indépendamment de la question de la propriété des moyens de production concentrés en quelques mains et de celle du pouvoir politique.


Le choix des concessions sociales, la collaboration de classe sont les instruments les plus dangereux et insidieux servant à manipuler et à désarmer la classe ouvrière. Cela nous amène à renforcer notre front idéologique et à combattre ces positions qui, la plupart du temps, ne sont pas seulement propagées par les partis néolibéraux et socio-démocrates mais aussi par des partis qui se présentent comme de « gauche », pour dire les choses, des partis opportunistes. Ces partis tentent de nouer des relations avec les partis communistes, d’exercer une influence sur leur politique, leur idéologie et au sein de leurs rangs.


Certains de ces soi-disant partis de « gauche » ne se contentent pas de promouvoir des positions qui font le jeu du capitalisme mais ils recourent aussi ouvertement à l’anticommunisme et ils évacuent le socialisme de l’histoire du mouvement communiste.


Les efforts du mouvement communiste pour l’unité de la classe ouvrière ne doivent pas être basés sur les relations avec ces partis opportunistes soi-disant de « gauche ». Ils doivent reposer sur notre capacité à convaincre, à rassembler et à mobiliser les forces du monde du travail et du peuple contre les monopoles et l’impérialisme contre leurs soutiens avoués ou dissimulés.


Les avertissements préélectoraux du KKE, qu’un « orage » antipopulaire était imminent en Grèce, ont été confirmés par la politique gouvernementale du PASOK social-démocrate et par la politique de l’UE.


On parle de banqueroute et d’emprunts en Grèce. Pourtant, la ploutocratie possède des richesses fabuleuses, même pendant la crise. Qui sème le trouble sur l’économie ?


C’est la ploutocratie, le gouvernement social-démocrate, les libéraux de la ND, l’UE, les banques internationales, les médias bourgeois et l’aristocratie ouvrière qui représente la majorité dans les fédérations syndicales.


Ils sèment le trouble afin d’introduire de nouvelles mesures anti-ouvrières.


Toutes ces forces craignent les réactions populaires. L’alarmisme et le terrorisme sont les « alibis » d’une nouvelle offensive de classe qui vise à faire tolérer et accepter les nouvelles mesures anti-ouvrières. Elles sont les mêmes mesures qu’on prend dans tous les pays de l’UE et aux Etats-Unis. Dans tous les pays l’alarmisme est pareil.


Les allégations que la situation économique est due au fait que certains ont détourné de l’argent constituent une tromperie. La crise financière, les déficits et la dette sont créés par la profitabilité du capital, par l’argent de l’état donné aux entreprises. Le système est corrompu par sa nature même, parce que la corruption des politiciens bourgeois est une extension du vol « légal » du labeur des ouvriers. Ensemble, la bourgeoisie, le gouvernement et l’UE organisent l’offensive antipopulaire. En se prétendant qu’on est poussé par l’UE et qu’on y résiste, le gouvernement se moque du peuple. Le « consensus » est essentiel pour que les capitalistes puissent atteindre leurs buts.


On appelle à un « engagement national » afin de se conformer aux ultimatums et aux menaces de l’UE.


Depuis 1999, le mouvement de classe a constitué une coalition des fédérations, syndicats, centrales ouvrières et syndicalistes contre le front de la bourgeoisie et des directions compromises des confédérations syndicales qui consentent aux projets anti-ouvriers. Cette coalition de classe est le Front Militant des Ouvriers (PAME). Le KKE et le PAME ont rejeté les invitations du gouvernement aux dialogues sociaux et aux tables rondes qui visaient à obtenir le consentement du peuple aux mesures antipopulaires.


Les sociale-démocrates du gouvernement du PASOK, les libéraux de la ND, l'Association des Industriels de Grèce (SEV) et les directions compromises de la GSEE (Confédération Générale des Travailleurs de Grèce) et de l’ADEDY (Confédération Générale des Travailleurs du Secteur Public) traînent les travailleurs à un dialogue maniéré pour leur enlever tous les droits qui leur restent, pour discuter combien ils vont perdre. En vue de la grande grève des forces de classe de PAME, le 17 décembre, la GSEE a publié une communication pour dissuader les ouvriers de faire la grève, en prenant ainsi le parti des capitalistes. Elle a fonctionné comme un mécanisme pour briser la grève, en proclamant ouvertement la grève de PAME – décidée par des Centrales Ouvrières, des Fédérations et des Syndicats de toute la Grèce – illégale. Quant aux opportunistes de SYN/SYRIZA, ils ont aussi boycotté la grève de PAME et ils s’y ont été opposés.


Ayant l’expérience de la grève du 17 décembre, le PAME prépare une nouvelle grève le 10 février.


En même temps, la lutte des agriculteurs est en cours. En s’appuyant à la Coalition Militante des Agriculteurs (PASY), ils se mobilisent contre l’offensive antipopulaire. Partout en Grèce, il y a des barrages de tracteurs agricoles. Les agriculteurs petits et moyens se mobilisent à cause des prix humiliants auxquels ils sont obligés à vendre leurs produits aux gros commerçants et aux industriels ; à cause des dettes excessives vers les banques et du coût de production énorme. Il s’agit des conséquences de la Politique Agricole Commune de l’UE, qui a été votée et est implémentée avec constance par le gouvernement actuel du PASOK social-démocrate, ainsi que par le gouvernement précédent de la ND libérale. Le KKE soutient sans réserve les demandes justes des agriculteurs militants petits et moyens et lutte à leurs côtés.


Contre la loi des capitalistes, servie par l’UE, le gouvernement, les partis considérant que l’UE est le sens unique et leurs supporteurs, il faut répondre de manière forte, fougueuse et stupéfiante en dressant la seule loi, la loi des ouvriers. C’est la loi qui peut être imposée par la lutte qui réveille et organise la classe ouvrière ; la classe qui forme une alliance avec les autres pauvres couches populaires et –en tant que classe productrice de la richesse sociale – peut mettre une fin à l’exploitation de l’homme par l’homme et apporter le pouvoir socialiste.


Intervention de Giorgos Toussas, membre du CC du Parti Communiste de Grèce (KKE) et membre du Parlement Européen

Strasbourg, 31/1/2010

 

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