Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Essai d'analyse marxiste de la Ligue du Nord en Italie

8 Avril 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Communistes en Italie

 

Saluto fascista di Bossi

 

Article du 16 septembre 2009,

republié après les élections régionales en Italie



par Domenico Moro (PdCI)

et    Fosco Giannini (PRC)*



 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Lu sur le blog de Jean Lévy et sur Bandera Rossa (blog PCF section cap corse)

La capacité de la Ligue du Nord à capter le vote ouvrier, jusque dans les bastions de la gauche, est en hausse. Si nous voulons reconquérir des positions au Nord, nous devons comprendre ce qu'est la Ligue.

Le Parti de Bossi est un parti fasciste, mais avec de nombreux éléments nouveaux et différents.

Comme le fascisme, la Ligue vise à la subversion de l'ordre constitutionnel, par la mobilisation réactionnaire de masse insérée dans un bloc inter-classiste dominé par l'entreprise.

Comme le fascisme des origines, il est le représentant de la très petite, petite et moyenne entreprise, mais il fait le jeu également du grand capital financier.
 

Toutefois, alors que le fascisme prônait le nationalisme et le centralisme, la Ligue s'appuie, non seulement sur la xénophobie mais aussi sur le régionalisme et le localisme.


La Ligue est la fille des particularités et des déséquilibres historiques de la structure socio-économique italienne, qui présente une proportion plus importante de petites et très petites entreprises que dans les autres Pays avancés. Ce secteur, alimenté par les restructurations et externalisations des grandes entreprises, a pu prospérer seulement grâce au travail au noir (en particulier celui des immigrés), aux bas salaires et surtout à l'évasion fiscale. Aujourd'hui, cependant, la petite entreprise est incapable de faire face à la nouvelle concurrence internationale parce qu'elle n'a pas suffisamment de ressources pour innover, tandis que les grandes entreprises leur mettent tout le poids de la crise sur le dos, et que les grandes banques réduisent les crédits accordés.

Dans ce contexte, et face à l'absence de solutions collectives, la classe ouvrière des petites et moyennes entreprises (mais de plus en plus celle des grandes également) développe une solidarité “spontanée” avec leur entreprise, se réfugiant dans le seul cadre qui semble leur rester, le territoire local, où ils sont co-optés au sein du “bloc social des producteurs” leghiste. Le ciment de ce bloc leghiste, ce sont la xénophobie et les taxes. Ce qui, toutefois, si on y regarde avec attention, n'est pas sans faiblesses et contradictions.



riserveLes immigrés, soumis au chantage et payés une bouchée de pain, font trop l'affaire des petites et moyennes entreprises pour que celles-ci les rejettent véritablement, et en effet Maroni [Ministre de l'Intérieur italien – dirigeant de la Ligue du Nord] a assuré que seraient exclus d'un éventuel arrêt de l'immigration pour les deux années à venir (demandé par les parlementaires de la Ligue) les saisonniers nécessaires au tourisme et à l'agriculture.

Mais le principal ciment utilisé par la Ligue est celui des taxes, qui se combine avec l'attaque contre le grand ennemi, l'Etat central. Ici la Ligue s'empare d'un problème important, l'insoutenable pression fiscale qui s'exerce sur les salarités et sur la grande partie des « partite IVA » [officiellement statut de travailleurs en free-lance – s'appuyant sur le numéro d'identification fiscale, la partie IVA – de fait condition de travailleur précaire touchant des millions de salariés en Italie] souvent des Romaladronatravailleurs salariés masqués et précaires. Toutefois, ici aussi, l'hypocrisie de la Ligue est évidente. L'existence d'une pression fiscale excessive et d'un haut niveau d'endettement public est due à deux raisons: l'évasion fiscale des entreprises, qui s'élève à 7% du PIB national (si elle était récupérée par l'Etat, elle annulerait le déficit public et générerait des excédents pour améliorer le système de sécurité sociale) et le financement des petites et grandes entreprises, « socialisation des pertes » inclus.

La Ligue, au contraire, attribue à la gestion centrale étatique de la fiscalité et des dépenses toute la responsabilité, et sur cette hypothèse a fait approuver le fédéralisme fiscal. La capacité régionale de lever des taxes aura, en revanche, des effets extrêmement opposés à ceux espérés par beaucoup. En premier lieu, comme c'est déjà démontré par la régionalisation de la santé, les dépenses auront tendance à augmenter, poussées par la demande de subventions des entreprises privées et par la prolifération de la couche politique locale, avec comme conséquence que la pression fiscale, évidemment pas à charge des évadés fiscaux mais toujours des salariés, augmentera. Ensuite, on s'exposera non seulement à l'approfondissement des équilibres et de la division entre Nord et Sud, mais on tombera dans l'erreur d'affronter la crise et le développement à un niveau seulement local et donc trop restreint.

La Ligue est une force désintégratrice et, dans le même temps, conservatrice et régressive, inadaptée à la phase historique de mondialisation et de crise. La Ligue cherche à maintenir une taille des entreprises insuffisante et l'anarchie du marché capitaliste dans sa forme la plus pure dans une période historique dans laquelle apparaît la nécessité d'un rôle nouveau pour l'État et surtout de politiques industrielles nationales.

Faire sauter le ciment du bloc leghiste, donc, cela veut dire en dévoiler les contradictions et la dangerosité et en renverser – en un sens classiste – les thématiques, reliant la réduction des taxes pour les salariés (y compris ceux masqués sous la dénomination de « Partite IVA ») à la défense du salaire et la lutte contre l'évasion fiscale et le travail au noir à la lutte contre le xénophobie. Mais, surtout, c'est sur la lutte contre le localisme et pour des politiques économiques coordonnées dans l'ensemble du Pays, que doivent se centrer nos propositions et notre propagande.

C'est seulement de cette manière que, face à l'échec de la bourgeoisie en tant que classe nationale, nous pouvons poser les bases d'un nouveau bloc social des travailleurs subalternes et d'un véritable parti « national », au sens progressiste du terme.



* Domenico Moro est économiste et membre du Comité Central du PdCI;

  Fosco Giannini, ancien sénateur, fait partie de la direction nationale du Parti de la Refondation Communiste et membre du courant de « L'Ernesto »

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article