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Réveil Communiste

éléments pour une révolution dans la culture

17 Septembre 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

Pourquoi publier ce texte, émanant de la lettre de la tendance (hégémonique et historiquement liée au PCF) Unité et Action du SNES, intéressant pour lui même, sur Réveil Communiste?

Parce que je pense que la question de la culture est le point central sur lequel la construction du socialisme a acchoppé, particulièrement en URSS. C'est parce eu le socialisme n'a pas su créer sa culture, qui romprait avec la hiérarchisation réactionnaire entre travail intellectuel et manuel remontant à Platon (je n'ai jamais pu lire le philosophe fondateur de l'idéalisme sans être révolté par sa conception du monde esclavagiste), que l'URSS a formé par millions une intelligentsia réactionnaire (autre nom de la fameuse "bureaucratie") pleine de ressentiment de ne pas jouir de toutes les prérogatives du pouvoir de classe, rressentiment partagé par les dissidents et les carriéristes, et qui n'a eu de cesse que de revenir au monde inversé que lui décrivait la culture classique (note de GQ).

 

 

>>> Bonsoir !


>>>  Comme promis hier soir, voici donc la première note de lecture de l'année, qui va causer d'un livre écrit par Matthew B. Crawford, intitulé :  "éloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail".
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>>> Matthew B. Crawford a un parcours scolaire assez particulier puisqu'il a commencé par passer un diplôme d'électricien, suivi d'un doctorat de philosophie pour ouvrir finalement un atelier de réparations de motos, spécialisé dans les vieux modèles.  Bref, un profil tout ce qu'il y a de plus singulier. Cette expérience originale l'a conduit à engager une réflexion de fond,  non seulement sur le travail dans ses dimensions intellectuelles et manuelles mais également sur l'évolution de notre société et notamment sur le rapport de plus en plus bizarre qu'elle a (ou plutôt qu'elle n'a plus tellement)  avec l'objet technique.
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>>> 1) Matthew B. Crawford s'interroge tout d'abord sur la disparition quasi totale  des cours de technologie dans tous les établissements secondaires aux Etats-Unis. Le système éducatif américain semble avoir choisi  la solution de facilité. Hélas, il semblerait que la France suive actuellement la même pente : il est sans doute plus facile d'entasser les élèves par paquets de trente derrière des ordis plutôt que de les mettre en demi-groupes dans des ateliers où les outils coûtent bien plus cher, sans parler du fait qu'ils sont plus dangereux à manoeuvrer etc. Cela dit, l'auteur va plus loin que cette analyse et s'interroge sur une tendance lourde qui semble s'imposer dans nos sociétés modernes où les gens souhaitent de moins en moins être dérangés par les objets qui sont autour d'eux, (beaucoup préfèrent d'ailleurs les jeter plutôt que les réparer) comme s'il s'agissait d'évoluer petit à petit vers un monde de plus en plus virtuel et dégagé des basses contingences matérielles.  Pourtant, explique Matthew B. Crawford, les objets sont bel et bien autour de nous et la démarche consistant à essayer d'en faire abstraction lui semble aussi idiote que mortifère. Paradoxalement, notre obstination à essayer de nous en débarasser nous rend de plus en plus dépendants et démunis par rapport à eux.  Pour lui, la question du statut du technique et de l'enseignement technologique n'est donc pas seulement une question scolaire, et ne saurait se réduire au problème de la disparition progressive des filières technologiques (qui représente en réalité la face émergée d'un iceberg bien plus vaste). Il s'agit bien là d'un véritable enjeu de civilisation qui concerne tout le monde.
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>>> 2) La lecture de ce livre ne laisse planer aucun doute (au cas où certains en auraient encore) sur le fait qu'il existe non seulement une véritable "culture technique" mais aussi que le technique fait complètement partie de notre culture. Le livre qui se lit vraiment très bien, contient des passages captivants (voire carrément romanesques !)  sur la réparation des motos. Il parlera sans doute à ceux qui s'y connaissent dans ce domaine mais intéressera peut-être encore plus ceux qui n'ont jamais possédé, conduit ou réparé une moto de leur vie et qui découvriront dans ce bouquin tout un univers inconnu.
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>>> 3) Inutile de vous préciser que cet ouvrage est complètement en phase avec le projet de culture commune de la FSU. Non seulement il interroge avec beaucoup de pertinence la hiérarchie des disciplines, mais il pulvérise magistralement la dichotomie étrange (mais pourtant bien tenace) existant entre "le travail intellectuel" d'un côté et "le travail manuel" de l'autre. En s'appuyant (notamment) sur l'exemple de la mécanique, l'auteur commence par mettre en évidence l'énorme part d'abstraction et la grande complexité des métiers manuels, qui ne sauraient en aucun cas se réduire à des activités "d'exécutants". Il montre en quoi les manuels de réparations d'automobiles qui mettent en regard une panne avec "ce qu'il faudrait faire pour la réparer" ne correspondent à peu près jamais au vécu des  mécaniciens, qui affrontent en général des  situations complètement inédites, nécessitant un degré de réflexion extrêmement pointu, une sacrée dose d'expérience ainsi que des connaissances en béton armé, doublées d'une perception extrêmement fine du monde sensible (auditive, visuelle, tactile...) L'auteur montre aussi en quoi la réparation d'une moto peut se transformer en une aventure à épisodes, bourrée de rebondissements et d'imprévus. Il s'interroge aussi sur le sens de ce travail, sur la spécificité de ces lieux de travail que sont les ateliers, (certaines descriptions d'ateliers sont vraiment très rigolotes),  sur la place des mécaniciens dans la société, sur leur relation avec leurs pairs mais également au monde et aux autres.  Il fait aussi le tour de tout ce qu'on implique de nous-mêmes dans ce genre de travail, à la fois sur le plan physique, mais aussi sur le plan intellectuel, éthique et moral, sans parler de l'imaginaire, qui est hautement sollicité.
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>>> 4) Pendant que les métiers dits "manuels" sont en train de se complexifier à toute vitesse, l'auteur en profite pour s'inquiéter de l'évolution de pas mal de métiers dits "intellectuels", qui, à l'inverse, sont en train de se tayloriser de plus en plus. Certains tendent même à se vider de tout intérêt et de toute signification, conduisant parfois à une véritable démission de la pensée, voire à un abrutissement total de ceux qui les exercent, surtout lorsque la gestion managériale new look s'attache à les rendre encore plus falots et déresponsabilisants. Plus grave, il constate  aussi  une démission éthique et morale de la part de ceux qui les exercent. Les exemples de ces métiers ne manquent pas dans le livre, certains sont particulièrement édifiants et ceux qui les font ressentent un malaise existentiel grandissant  et s'interrogent sur leur utilité sociale. Bon. Bien sûr, l'auteur ne dit pas qu'il en est ainsi pour l'ensemble des métiers intellectuels mais constate toutefois une tendance lourde sur laquelle il devient très urgent de réfléchir.
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>>> 5) Entre autres considérations, l'auteur s'inquiète aussi de l'évolution du marché du travail et montre que les dangers de déqualification et de dévalorisation des diplômes ou des salaires ne se trouvent pas forcément là où on le croit. Pendant que certains métiers échappent bien mieux que d'autres par nature au libéralisme galopant (difficile de planter un clou sur internet ou de délocaliser un plombier Chine ou en Inde, surtout lorsque c'est sous NOTRE évier à nous que le problème se pose), d'autres, à l'inverse, sont infiniment plus menacés : en effet, on trouve en Chine ou en Inde de plus en plus d'ingénieurs en informatique ou des mathématiciens très qualifiés qui pourraient fort bien travailler à distance et à moindre coût pour tout un tas d'entreprises.
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>>> Bon. On peut ne pas être d'accord avec tout ce qui est écrit dans le bouquin mais il gagne vraiment à être lu car il est vraiment intéressant et démolit de façon très salutaire tout un tas d'idées reçues sur la question du travail, sur ce qu'on y fait et sur notre façon de nous situer dans le monde lorsqu'on exerce un métier. Il contient des arguments très convaincants, non seulement pour défendre la voie technologique, mais aussi pour repenser le statut du technique et de son enseignement dans la voie générale, au collège et dans l'ensemble de la société.
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>>> Bref, un très bon livre, qui contient encore des tas d'idées dont je n'ai pas parlé ici, et qui pourrait intéresser les collègues enseignant dans les disciplines ou les filières technologiques mais également tous les autres !
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>>> Bonne lecture !
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>>> Valérie SULTAN

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