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Réveil Communiste

éléments biographiques sur André Chassaigne, avec une analyse de ses succès électoraux

15 Juin 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections

(... l'auteur du texte, Jean Pierre Rissoan, explique sur son blog pour commencer qu'il soutient Mélenchon par résignation... puis il enchaine :

 

Depuis 2002, A. Chassaigne représente la circonscription de Thiers-Ambert du département Puy-de-Dôme où il est né. Quelques mots sur cette circonscription.

Thiers - Ambert

C’est l’Est du département, les Monts du Forez exposés à l’Ouest plus la petite Limagne d’Ambert. Pour ceux qui connaissent l’appellation "fourme d’Ambert et de Montbrison" qui chevauche les Monts du forez, c’est le côté ambertois avec, au nord, Thiers et sa région. Alors que Montbrison est au pied du versant ligérien, autrement dit de la Loire (42). à l'ouest, la circonscription est limitée par les Monts du Livradois.

Cette région est de tradition catholique comme l’indique la carte du chanoine Boulard. Apparemment on est dans le rural profond. Mais en réalité les hommes et femmes travaillent surtout dans l’industrie et ses activités induites.

Population active ayant un emploi par catégorie socioprofessionnelle selon l'activité économique (INSEE, 1999)

Circonscription BP PI SM
France 22,5 23 54,5
Moselle 14,2 21,5 64,3
Puy-de-Dôme 21,9 22,4 55,8
Thiers - Ambert 20,2 17 62,8

La circonscription d’A. Chassaigne se rapproche de la structure mosellane par le taux élevé du salariat modeste (SM, terminologie INSEE) c’est-à-dire ouvriers plus employés. Mais nous sommes dans une autre sphère politique. Depuis la Libération, le 63 vote à gauche et est un bastion du PS-SFIO qui deviendra PS tout court. Le PCF a néanmoins réussi à s’y faire une place grâce à A. Chassaigne.

L’irrésistible ascension d’André Chassaigne

Chassaigne incarne l’élitisme républicain. Son biographe nous dit qu’il est "Fils d’un ouvrier Michelin, marié à la fille d'un polisseur à domicile de la montagne thiernoise". Autrement dit, il est de plain-pied avec la grande industrie récente (le pneumatique) et avec l’industrie traditionnelle multiséculaire qui entretient une innovation permanente. Il entre à l’Ecole normale d’instituteurs de Clermont-Ferrand et obtient son bâton de maréchal en accédant au poste de principal de collège à St-Amant-Roche-Savine. Il sera maire et conseiller général du canton.

Voici les résultats du PCF dans cette circonscription.

Résultats du PCF, circonscription Thiers-Ambert, 1er tour

 

Date %Ins. %Exp. Observations
1973 13,7 18,5
1978 12 14,5 Né en 1950, il a 28 ans. Ière candidature 

Concurrence d’A. Laguiller (8,4% exp.)

1981 - 11,8 "Vague rose", élection du maire PS de Thiers (59,3% exp.)
1986 8,3 Mode proportionnel
1988 11,8 FN à 8%.
1993 13,4 "Vague bleue", élection UDF, FN à 9,3%
1997 20,2 FN à 11,9%
2002 14,8 22,9 Effondrement PC, Chassaigne élu, FN à 9,2
2007 27,1 43,8 Elu (65,9%), FN à 3,1%

 

En 1978, Chassaigne est candidat à l’âge de 28 ans - mais la valeur n’attend pas etc…- et doit affronter la candidature d’Arlette Laguiller, soudain célèbre depuis la présidentielle de 1974, qui se présente dans cette circonscription où, il est vrai, se multiplièrent -après 68- les installations de hippies parisiens, les néo-paysans soucieux d’élever chèvres et brebis. Mais Lutte Ouvrière avait déjà obtenu 4% en 1973 et, si mes souvenirs sont bons, je crois que c’est ici qu’A. Laguiller fit son meilleur score en 1974. Quoiqu’il en soit, elle prend des voix au PCF en 1978 et cela traduit en réalité un comportement politique assez courant chez les ouvriers des zones rurales, qui ne sont ni syndiqués, ni politisés et qui sont sensibles à la phrase/poésie révolutionnaire. Au demeurant, les sondages indiquent que, en cas de second tour, l’électorat L.O. se divise en 40/60 : 40% votent à droite, le reste à gauche. Donc, se méfier du vote LO, "canada dry" du comportement révolutionnaire.

En 1981, la victoire socialiste à la présidentielle entraîne un vote massif pour les candidats PS quels qu’ils soient. Ici, cependant, le candidat est un poids lourd : le maire de Thiers, municipalité socialiste durant des décennies. Il est largement élu au second tour avec un peu moins de 60%. Le score du PCF recule fatalement.

Je passe aux résultats de 1993. L’ambiance politique était délétère, le PS à l’agonie offrait l’image d’une fin de règne parfaitement décadente. C’est une déferlante "bleue" et dans la circonscription dont je traite, même le maire de Thiers est battu et c’est la droite qui remporte le siège. Avec 56,7%, ce qui indique que, dans cette circonscription si populaire, nombre d’ouvriers ont voté et votent à droite. Là est sans doute le fruit de la tradition religieuse des montagnes du Massif central. Et pourtant, à contre-courant de tout cela, A. Chassaigne augmente son chiffre et gagne 1,6% ce qui n’est pas rien, compte-tenu de l’état de son parti à cette date. Et compte tenu aussi d’une concurrence nouvelle qui émerge à son extrême-droite : celle du FN. Beaucoup moins lepéniste que la moyenne nationale (14,37% en 1988) grâce à sa tradition républicaine, le Puy-de-Dôme donne quand même 11,57% au leader frontiste, 9,3% dans la circonscription. La crise est présente : quelle région n’a pas été touchée ? Ici, elle s’exprime sous la forme la plus déprimante : la dépopulation. La ville de Thiers perd des habitants depuis le recensement de 1968 et celle d’Ambert baisse depuis 1982[1]. On relèvera que la progression du FN va de pair avec la progression du PCF. On ne peut donc pas dire que ce sont les voix communistes qui abondent le score de l’extrême-droite.

En 1997, c’est le décrochement : André Chassaigne gagne presque 7% des exprimés en quatre ans et, avec plus de 20% des exprimés, aurait pu se maintenir au second tour mais il respecte la discipline républicaine et se désiste pour la maire de Thiers, député sortant, toujours en lice. C’est en 2002, lorsque le PS change de candidat que Chassaigne devient le candidat de gauche le mieux placé pour battre la droite. Et pourtant, en 2002, le candidat communiste à la présidentielle avait fait un score déplorable à 3% et, aux législatives qui suivent, le PCF perd 14 sièges de députés. Il en gagne un : celui de Thiers-Ambert ! avec un score net, supérieur à 51% des exprimés au second tour.

Les électeurs savaient qu’ils choisissaient un homme qui allait être dans l’opposition, qui n’allait pas forcément bénéficier des mannes de Bercy, du clientélisme. Mais la pédagogie politique de Chassaigne est précisément de faire des électeurs des hommes debout, qui se battent pour leurs droits. Message reçu puisqu’en 2007, il double son nombre de voix au premier tour (inscrits comme exprimés). Au second, il rassemble encore plus les électeurs que le maire de Thiers en 1981 avec presque deux exprimés sur trois (65,9%). Le FN s’effondre. Mais un homme seul ne peut rien. Il faut démultiplier les responsabilités, déconcentrer.

L’implantation locale

- C’est d’abord le cas à Ambert.

Le canton d’Ambert est tenu par la droite depuis des lustres. C’est pourtant un canton populaire où le salariat modeste de l’INSEE est encore plus nombreux que dans la circonscription : 64,1%. La bourgeoisie patronale[2] est à 18% seulement. le journal Le Monde n'hésite pas à opposer Thiers-la-rouge à Ambert-la-bigotte en écrivant qu'"aux traditions ouvrières et socialistes de l'une, répond la continuité conservatrice et bigotte de l'autre". C’est dire que de nombreux employés-es ou ouvriers votent à droite. En 1979, la droite "fait" 48,9% des exprimés et est élue au second tour. Réélue dès le premier tour en 1985 et 1992. Réélue au second tour en 1998, mais le candidat du PCF pointe à plus de 20%. Et, en 2004, après l’élection de Chassaigne à la députation en 2002, Ambert se donne, pour la première fois de son histoire un conseiller général communiste : Jacquie Douarre. Douarre passe de 28 à 45,6% des exprimés au premier tour entre 2004 et 2008. En termes d’électeurs inscrits, c’est 17,3 et 22%.

- L’effet Chassaigne se fait sentir aux élections cantonales de 2011.

Progression des voix communistes ou Front de gauche entre 2004 et 2011 (1er tour pourcentage par rapport aux inscrits)

Canton 2004 2011 observation
Ambert 17,3* 22 réélection
Cunlhat 5,5 23,3 Elu en 2011
St-Rémy/Durolle 5 11,1
Thiers 7,1 7,9 Autre candidat FG élu

* le candidat communiste sera élu au second tour de 2004.

Il s’agit des cantons de la circonscription de Chassaigne, au siège renouvelable. A Saint-Germain-l’Herm et Saint-Amant-Roche-Savine, le Front de Gauche ne présentait pas de candidat suivant des accords électoraux avec les candidats sortants. Malgré un effondrement général de la participation électorale, on constate un net progrès des candidats qui se reconnaissent dans l’action de leur député. Comme l’écrit le journal La Montagne[3] "il vaut mieux avoir André Chassaigne dans son camp. A Thiers[4], comme à Cunlhat, Ambert et Saint-Rémy-sur-Durolle, on ne dira pas le contraire". Sur les 14 cantons qui forment la circonscription, il n’y en a plus qu’un seul détenu par la droite.

L’expansion départementale

Le succès de la méthode Chassaigne est connu au-delà des 14 cantons qui lui ont TOUS donné la majorité absolue en 2007. Logiquement, André Chassaigne conduit le combat politique lors des élections régionales de 2010. Pour l’analyse des résultats, il faut tenir compte de la création du Front de Gauche (PCF-PG Mélenchon-GU ex-NPA) qui présente des listes uniques à partir des élections européennes de 2009.

 

2004 2010
suffrages %Ins. %exp. %Ins. %exp.
Auvergne 5,6 9,2 6,9 14,3
Puy-de-Dôme 6 9,5 9,7 19,7

 

"C’est un phénomène" déclare le leader du NPA auvergnat Alain Laffont[5]. De fait, c’est l’Auvergne, derrière Chassaigne, qui donne le meilleur score au Front de gauche en France pour ces régionales. Le journal local titre "André Chassaigne, désormais incontournable". L’heureux élu quitte son poste de maire de Saint-Amant-Roche-Savine pour se consacrer au Conseil régional en sus de son poste de député.

La clé du succès

La clé du succès, à vrai dire, est difficile à trouver. Il faudrait pouvoir interroger les citoyens qui votent pour lui et font fonctionner le bouche à oreille. Lorsqu’il déclare que "les salariés doivent avoir les moyens d’intervenir dans la gestion des entreprises" alors que M. LePen propose dans son programme que les salariés soient propriétaires collectivement de 10% du capital de leur entreprise mais sans le droit de vote au conseil d’administration[6], on voit toute la différence entre un démocrate et une démagogue.

Dans le prochain article, je vais tâcher de montrer comment A. Chassaigne s'est inscrit au cœur d'un mouvement qui rassemble le "pays" tout entier : le pays Livradois-Forez.

Voici, pour conclure cette première partie, une des déclarations d’André Chassaigne qui définit bien, je crois, le personnage politique.

« J'ai fait ce tour de France et je suis présent aujourd'hui en Saône-et-Loire avec l'objectif de faire avancer quelques idées. Je suis de ceux, majoritaires dans mon parti, qui croient en l'avenir du PCF. Je ne me place pas du tout dans une sorte de dilution de celui-ci dans un ensemble plus large, car pour permettre la transformation sociale il faut une organisation politique. Je crois, par ailleurs, à ce que nous bâtissons avec le Front de gauche. Cela permet de peser sur la vie politique dans le bon sens. J'aurai préféré que le PCF soit en capacité de le faire. Mais ce n'est pas aujourd'hui le cas. Avec cette dynamique du Front de gauche nous obtenons des résultats. C'est un plus pour chacune des forces politiques. Nous retrouvons une écoute que nous avions perdue. Si nous ne nous enfermons pas dans la seule relation entre les forces politiques qui le composent, ce rassemblement peut nous permettre d'avancer. J'ai fait acte de candidature à la candidature du Front de gauche pour l'élection présidentielle. Mais je ne me place pas dans un comportement de clivage. Quelle que soit la candidature qui sera finalement retenue, ne soyons pas frustrés si ce n'est pas un communiste. Il nous faudra nous investir sans hésitation, nous lancer dans la bataille pour obtenir les meilleurs résultats à la présidentielle et aux législatives qui suivront. Ma volonté est celle de travailler pour l'avenir. Dans le cadre de cette campagne, l'intervention communiste sera indispensable. Non en contradiction avec le Front de gauche mais pour accompagner, porter, développer cette dynamique du Front de gauche. L’important, c'est de battre Nicolas Sarkozy et de peser sur le contenu du changement autour des questions de la maîtrise de l'argent, des exigences sociales et des pouvoirs nouveaux pour les citoyens».

Même s’il n’est pas investi, André Chassaigne mettra tout son poids dans la bataille de la présidentielle. Et après la victoire de la gauche, il a un poste ministériel qui l’attend : ministre de l’agriculture, du développement rural, de l’aménagement du territoire et du tourisme. Ça fait beaucoup, mais il est taillé pour.

à suivre : ici 


[1] En 2007 cependant, le nombre d’électeurs inscrits dans la circonscription a augmenté par rapport à 2002.

[2] Chefs d’exploitation agricole, artisans, commerçants, chefs d’entreprise (ACCE), les cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS).

[3] Dans son numéro du 21 mars 2011, édition de Clermont-Ferrand.

[4] En termes de suffrages exprimés, à Thiers-canton, le candidat communiste passe de 11,5% (2004) à 18,7%. La candidate socialiste sortante se réclamait, en 2011, aussi du Front de gauche.

[5] La Montagne, édition Clermont-Ferrand, 15 mars 2010, page 13.

[6] Voir l’article "oui, Strauss-Kahn, bien sûr… "

la citation du MONDE est extraite d'un article publié le 27 février 1994 et intitulé "territoires en mouvement : pays du Livradois-Forez".


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