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Réveil Communiste

Égypte, 2 juillet 2013 : analyse de situation par Danielle Bleitrach

3 Juillet 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

 

 

Egypte, les mêmes tentent de reprendre la main, tout en étant incapables de répondre à l’exigence sociale et démocratique par danielle Bleitrach

02 juil
Alexandrie, dimanche après-midi. Auteur inconnu.

Il est frappant de voir de quelle manière on  résume la situation en Egypte à  l’alternative à soit les frères musulmans, soit l’armée… Le tout sanctifié par un retour aux urnes le plus rapidement possible… Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on assiste à la même situation  et l’on peut constater que déjà l’élection de Morsi- alors plus ou moins inconnu- puis le bras de fer d’une armée tapie en coulisse et jouant sur la dégradation de la situation a été le résultat d’une étape électorale marquée par les fraudes et les achats de vote. Avec comme objectif commun des deux antagonistes (et avec eux les "alliés" occidentaux) d’éliminer le candidat de gauche arrivé en troisième position et d’arrêter la contestation sociale en cherchant dans les urnes une force capable de la tenir idéologiquement ou par la répression, voir les deux. Cela s’avère difficile. .

Ce qui est occulté aujourd’hui comme hier est la situation réelle du mouvement populaire et en particulier les revendications sociales, les grèves avant la chute de Moubarak et après n’ont cessé d’intervenir jamais le peuple n’a accepté l’idée de la fatalité d’une politique antisociale et de perte de souveraineté nationale autant que l’autoritarisme, ainsi en 2012 sur les deux derniers mois selon le Centre Egyptien pour les droits économiques ont été recensés 2000 grèves.

En lien avec cette situation, il faut considérer deux autres types de données trés importantes, la première est le fait que les explosions actuelles ne surgissent pas du néant et qu’elles ont un contenu social autant que démocratique. La seconde est justement la nature de cette exigence démocratique qui sans renier le passage aux urnes est la volonté de construire une issue politique à travers la prise de conscience et l’organisation à la base, ce qui est en train de se faire. L’ére Moubarak et c’est vrai pour la plupart des peuples arabes et des dictatures soutenues par l’occident, a détruit systématiquement un tissu politique ne laissant plus subsister que l’armée et les frères musulmans, d’où les jeux pseudo-démocratiques dans les urnes (1).

Donc l’intervention de l’armée, l’ultimatum posé au président Morsi et aux frères musulmans se situe dans une logique qui jusqu’à ce jour a bloqué ce processus démocratique réel et le passage aux urnes est sans doute une manière pour deux adversaires qui jouent dans le même camp, celui d’une bourgeoisie qui attend sa légitimité moins des urnes que de l’assentiment étranger pour tenter de geler l’explosion sociale en créant un leurre faussement démocratique, un scénario qui a fait la preuve de sa nocivité.

Incontestablement l’Egypte témoigne d’une accélération de la prise de conscience populaire et ce pays a une histoire qui plaide en la faveur de sa capacité à trouver une issue politique parce qu’il est clair qu’aucune des solutions qui pourraient naître de jeux politiciens ne répondront à la force de la revendication à la fois sociale et démocratique. Il s’agit bien d’un processus dont on cherche à bloquer l’issue réellement démocratique qui est justement la constitution de forces nouvelles nées des luttes populaires. Mais il ne s’agit pas seulement de l’Egypte, partout l’alternative est dans le rassemblement autour de ces luttes, l’élévation de la conscience politique et des organisations représentatives, le passage dans les urnes est une étape parmi d’autres (2).

l’enjeu d’un processus révolutionnaire ? Et je le répète cela ne concerne pas que l’Egypte même si une fois de plus ce pays nous fait prendre conscience d’un acteur historique essentiel que l’on croyait disparu : les masses…Ce n’est pas un hasard si face à cette forme démocratique le capital et l’impérialisme n’ont qu’une hypothèse prolonger des jeux politiciens devenus des leurres démocratiques y compris jusqu’au fascisme.

Danielle Bleitrach

(1) Il reste à analyser comment le XXe siècle a construit des formes de socialisation des moyens de production étatisées qui ont contribué à cette destruction du tissu politique, sur cette question il y a eu beaucoup d’affirmations qui méritent d’être revues et repensées sur une période plus longue celle qui va de la boucherie de 1914-18, des guerres impérialistes, des révolutions et contre-révolutions, tout un travail historique commence à s’opérer malgré la chape idéologique et intellectuelle de la période néo-libérale… ou dite telle…

(2) En occident la manière dont les jeux électoraux bloquent la maturation de la conscience populaire et son organisation alors qu’elles sont sensées le traduire est tout à fait caractéristique de cette aporie démocratique. Il ne s’agit pas de nier l’importance des élections mais de voir que dans certaines conditions d’aliénation politique et d’absence d’issue elles peuvent ne pas être l’antithèse du fascisme mais y conduire.

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