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Réveil Communiste

Dockers d'Anvers en lutte; témoignage recueilli par le PTB

1 Décembre 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Journal des luttes

 

Ivan, docker : « C’est logique que nous résistions, non ? »

Lors de la grève de lundi prochain, bien des regards seront tournés vers Anvers. Et plus précisément sur les dockers. Après l’épilogue violent de la manifestation du 6 novembre à Bruxelles, l’idée s’est en effet installée qu’avec les gars du port, on est toujours certain qu’il y aura du chahut. C’est regrettable, estime Ivan Heyligen, un docker. Nous discutons avec lui du boulot au port, des risques du métier et de ce qui, aujourd’hui, met tellement les dockers en colère.

Dirk Tuypens

 

 

Photo Solidaire, Gaston Van Dyck

Ivan Heyligen travaille au port d’Anvers depuis 2008. Il regrette beaucoup de ne pas y avoir travaillé plus tôt déjà, car il aime vraiment son boulot. Homme de pont, il assure une bonne coordination entre le travail des hommes dans les cales des navires et celui du grutier tout en haut dans sa cabine.   Depuis quelques jours, Ivan est plongé dans la lecture de Le capital au XXIe siècle, le volumineux best-seller de l’économiste français Thomas Piketty. « Un docker qui se farcit une telle brique sur l’économie, là, les gens vous regardent, dit Ivan. Ça ne colle avec le cliché qu’ils se font généralement de nous. » Les mythes à propos des dockers, ce n’est pas ça qui manque. Et Yvan n’hésite pas à les nuancer un tant soit peu.         

 

Ivan Heyligen. L’univers des dockers est souvent romantisé. Mais les gens ne savent pas comment cela se passe vraiment chez nous. La façon, par exemple, dont le système d’embauche est organisé, ce qu’est le « kot », ce que les contremaîtres viennent y faire, ou tout ce qui se passe sur les quais. Pour quelqu’un qui ne connaît pas ça, c’est difficile à comprendre. Il est donc logique que les gens se posent des questions à propos du statut de docker et de la loi Major. Pourquoi tout cela est-il si important ? En plus, il y a encore toutes ces informations négatives à notre propos depuis la manifestation du 6 novembre. Je peux très bien comprendre que les dockers ont perdu une bonne partie de la sympathie de l’opinion publique...  

 

Êtes-vous sensible au regard que l’opinion publique porte sur vous ?         

 

Ivan Heyligen. En 2006, il y a eu à Strasbourg une grève européenne des dockers. À l’époque, nous protestions contre les plans de libéralisation qui étaient prêts pour le secteur portuaire. Sous la pression de cette manifestation, le Parlement européen a reculé d’un pas. Moi-même, à l’époque, je ne travaillais pas encore au port, mais j’étais là comme chauffeur de car. Je me rappelle encore très bien l’accueil enthousiaste que nous avons reçu à notre retour. Les gens nous disaient à l’époque : vous vous y êtes incroyablement bien pris, vous vous battez encore vraiment pour votre emploi. À l’époque, il y avait énormément de respect pour nous. Aujourd’hui, c’est tout autre chose qu’on entend. Vous voyez, ces actes de vandalisme du 6 novembre n’auraient tout simplement pas dû se produire. Détruire une moto de la police et une voiture, ce n’est pas la bonne façon de mener une action. Mais il est clair que les médias rejettent la responsabilité des bagarres unilatéralement du côté des dockers. Ce n’est pas correct. Et il y a eu aussi, incontestablement, des infiltrations de la part d’obscurs provocateurs qui, affublés de vareuses de dockers, en ont profité pour se déchaîner. Que des dockers ont été impliqués dans les violences, c’est certainement vrai. Mais, ce jour-là, nous étions 1.500 à Bruxelles. Il s’agissait donc d’une petite partie d’entre nous. J’espère que ceux-là ont clairement compris désormais qu’en agissant ainsi, ils ont jeté le discrédit sur tous.

(Ivan Heyligen)  

 

Le petit monde des dockers semble très replié sur lui-même. Comment y êtes-vous entré, en fait ?         

 

Ivan Heyligen. Nous sommes un groupe fermé ? Voilà bien un mythe des plus coriaces. On dit souvent : Si ton père n’a pas travaillé aux docks ou n’a pas été contremaître, tu n’y entres pas. Je suis la preuve vivante du contraire. Dans ma famille, personne n’a jamais travaillé au port. Le problème, c’est que la plupart des gens ne connaissent pas le chemin. La première chose à faire, c’est se rendre à l’un des syndicats du port et de s’y faire enregistrer. On se retrouve alors sur une liste d’attente. Au bout d’un certain temps, on est invité pour subir des tests psychotechniques. Et ce n’est pas du gâteau ! Ils servent à voir le genre de personnalité que vous avez, ou si vous avez le sens de la logique, ou si vous maîtrisez suffisamment la langue. La maîtrise de la langue est très importante, dans le port, en raison de la sécurité. Quand il y a quatre hommes à fond de cale et que l’homme de pont crie « Ho ! Les gars, garez-vous ! », il est d’une importance vitale que tout le monde comprenne.   Quand on réussi ses textes psychotechniques, on suit une formation de trois semaines au centre de formation des dockers. En fait, pendant trois semaines, on se familiarise avec les mesures de sécurité, tant en théorie qu’en pratique. À la fin de cette formation, on passe un examen. Si on le réussit, suivent alors deux semaines de stage, durant lesquelles il importe d’ouvrir l’œil et de bien écouter. La pratique est d’ailleurs la meilleure école d’apprentissage. Et c’est ainsi qu’on s’enrôle. C’est stupide que plus de gens ne trouvent pas le chemin du port. Le port d’Anvers est l’un des plus importants employeurs. À Borgerhout, par exemple, il y a beaucoup de chômage, surtout chez les immigrés. Comment se fait-il qu’ils n’ont pas plus de possibilités de se présenter aux docks ?  

 

La N-VA vous reproche votre racisme. « Pas de gueules basanées au kot », serait la devise du syndicat du port.         

 

Ivan Heyligen. Qu’on soit belge, roumain, polonais, marocain ou turc, ça ne change rien pour nous. Nous n’avons aucun problème si des gens d’une autre origine travaillent au port. Pour nous, tous ces gens peuvent venir. Mais, attention, il y a un certain nombre de conditions à remplir. Il faut quand même avoir certaines dispositions techniques et maîtriser un minimum la langue. Mais il y a suffisamment de gens qui remplissent ces conditions. Quand je suis en rue à Borgerhout, j’entends  beaucoup parler le néerlandais. Ce ne doit pas vraiment être le problème.   Fernand Huts, le patron du géant portuaire Katoen Natie, a prétendu un jour dans les médias qu’il n’y avait pas de femmes qui travaillaient au port. C’est absurde, c’est sûr qu’il y en a. Il n’a dit cela que pour nous faire mal voir, pour donner l’impression que nous ne voulions pas voir de femmes et de « gueules basanées » au kot. C’est un mensonge. Monsieur Huts a manifestement ses pions dans les médias. Il les sort pour mener une campagne destinée à détruire le statut du docker.  

 

Pourquoi veut-il détruire le statut de docker ?         

 

Ivan Heyligen. Dans le port, vous avez deux groupes de travailleurs. Il y a d’une part le contingent général, dont je fais partie, et d’autre part le contingent logistique. Les gens du logistique ne travaillent pas sur les quais mais dans les magasins. Leur salaire s’élève à 66 % du salaire des gens faisant partie du contingent général.  Dans l’entreprise Logisport, filiale de Katoen Natie, Fernand Huts est légalement obligé de travailler avec des gens du contingent logistique. Mais il se moque systématiquement de cette obligation. Il y a part exemple des règles claires à propos du nombre d’intérimaires qu’on peut embaucher. Mais monsieur Huts estime que toutes ces règles entravent l’extension de son entreprise. Dans les médias, il en fait une caricature : « Je n’ai quand même pas besoin de dockers pour emballer des soutiens-gorge dans un sac en plastique ? » Huts préférerait voir disparaître le statut de travailleur portuaire logistique, parce qu’alors il pourrait embaucher de la main-d’œuvre bien meilleur marché, des gens qui, façon de parler, travaillent pour rien et qu’il peut jeter dehors à n’importe quel moment. Monsieur Huts travaille beaucoup, par exemple, avec de la main-d’œuvre immigrée. Il s’en vante très volontiers. Mais il sait très bien que ces gens ont une position de faiblesse dans la société. Ils se retrouvent souvent dans des situations sans issue et, brusquement, on leur propose du boulot à 1.100 ou 1.200 euros par mois. À la Saint-Nicolas et à Pâques, ils peuvent s’amener avec leurs enfants à une grande fête, où l’on distribue de petits cadeaux. C’est ainsi qu’on les motive. Mais nous savons aussi que, dans les petites fêtes que lui fréquente, dans le monde de la haute finance, monsieur Huts parle de façon particulièrement condescendante de son personnel. Si Fernand Huts s’en prend au statut des dockers, c’est tout simplement pour faire plus de bénéfice. C’est pour cette raison qu’il veut faire disparaître les travailleurs logistiques de Logisport. Et alors le statut de docker général doit disparaître lui aussi, de sorte qu’il puisse aussi faire charger et décharger les marchandises par des gens au salaire dérisoire de 1.100 ou 1.200 euros. 

(Photo Solidaire)  

 

Quelles seraient les conséquences concrètes de l’érosion ou de la suppression de votre statut et de la loi Major ?         

 

Ivan Heyligen. Voyez ce qui se passe dans les réparations de navires. Là, dans le temps, les gens avaient aussi plusieurs catégories professionnelles et un statut précis. Il y avait des soudeurs à l’arc, de simples soudeurs, des oxycoupeurs (coupeurs à chaud). Ils avaient également un local d’embauche. Et un système similaire de protection sociale.   Dans les années 1980, on s’est mis systématiquement à attaquer les statuts de ces gens. Leurs acquis sociaux ont été détricotés. On a alors bazardé le secteur en le refilant au privé. Des firmes hollandaises et italiennes sont entrées en scène. Ce qui s’est passé alors, ce sont de véritables pratiques mafieuses. On dirait qu’ils y ont introduit une paille et qu’ils y ont aspiré jusqu’à la dernière goutte de sang. Au niveau politique, il a été décidé de supprimer le statut de ces gens, prétendument parce que cela nuirait à l’emploi. C’était soi-disant pour protéger le  boulot de réparateur de navires. Mais allez faire un tour aujourd’hui du côté des grands terminaux à conteneurs. Sur les pontons, près des porte-conteneurs géants, travaillent désormais des Polonais, des Roumains et des Bulgares pour un pauvre salaire de sept euros de l’heure, et quatorze heures d’affilée. Ce n’est quand même pas à ça qu’on veut en venir ? Aujourd’hui, on dit que le boulot de soudeur est un métier à pénurie. Les anciens réparateurs de navires ne parviennent plus à trouver du travail. Aujourd’hui, il est tout simplement plus avantageux de mettre un ouvrier dans un avion en Pologne et de l’envoyer travailler ici pour un salaire de famine que d’aider un chômeur d’ici à trouver un emploi décemment payé. Ce n’est quand même pas ça, l’Europe, vers laquelle nous voulons aller ? Si l’Europe obtient ce qu’elle veut et que notre gouvernement adapte ou supprime la loi Major, alors, c’est fichu pour nous. Alors, chez nous aussi, il y aura un dumping social. C’est de cela qu’il s’agit, de main-d’œuvre bon marché, à nos dépens. Il est donc logique que nous résistions, non ? Il s’agit de l’avenir de nos enfants et petits-enfants, de la maison que nous remboursons, de notre revenu.   

 

Le statut de docker et la loi Major ont beaucoup à voir avec à la sécurité. Des gens se demandent : cette question de sécurité est-elle vraiment primordiale ?         

 

Ivan Heyligen. C’est en effet un point très important. Essayez d’imaginer la situation concrètement. Il y a un navire et il y a une grue. Les grues peuvent facilement soulever 100 tonnes. En une pause de huit heures, nous chargeons parfois 3.000 tonnes. Ces 3.000 tonnes sont scindées en plusieurs chargements. Un chargement, c’est un mouvement aller et retour de la grue.  Plus le chargement est lourd, plus grosses et plus lourdes doivent être les chaînes aussi. Nous parlons ici de chaînes d’un poing d’épaisseur et de huit à dix mètres de long. Celles-ci sont amenées dans un bac par un élévateur. Il faut alors les sortir du bac. Pendant ce temps, la « boule » de la grue se rapproche. Il existe des techniques spécifiques pour manipuler ce genre de chaîne et les fixer à la boule de la grue.  Souvent aussi, nous devons fixer un anneau en métal de 70 kilos à la boule, ou l’en détacher. Généralement, ça se fait à deux mais, parfois, tout seul. Si on ne maîtrise pas toutes ces techniques pour se servir de ce matériel lourd, on se retrouve très vite chez soi avec des problèmes de dos, ou avec un pouce écrasé ou un pied en capilotade. Cette boule de grue à des dimensions énormes et pèse aux alentours de cinq tonnes. Si le grutier fait une fausse manœuvre et que je me retrouve entre la boule et le mur, c’est en terminé pour moi. Les grutiers doivent donc pouvoir travailler de façon très précise. Et, ainsi, il y a des tas de choses auxquelles nous devons faire attention afin de ne pas se faire blesser.  Quand je suis sur le pont, le moteur de la grue n’arrête pas de mugir dans mon dos. Cela vous traverse les os jusqu’à la moelle. Comme homme de pont, je ne peux pas porter de bouchons dans les oreilles. Seize mètres plus bas, dans la cale, les hommes ne cessent d’appeler et je dois pouvoir les comprendre. Récemment, je suis encore allé au contrôle et il y a certaines fréquences que je ne perçois déjà plus.  Les statistiques montrent que le port d’Anvers est l’un des rares lieux de travail où il y a énormément de morts. Cette année, nous avons encore perdu trois hommes. Sur une période de dix ans, nous avons dû dire adieu à une cinquantaine de collègues. Il est absolument justifié que nous ayons un bon statut et que nous touchions également un bon salaire. Tous ceux qui se montrent condescendants à propos de notre statut devraient venir aux docks pour voir ce qu’il en est, ne serait-ce qu’une journée. Leur franc tomberait bien vite. Dans la circulation routière, à certains moments, il y a ce qu’on appelle les heures de pointe. Sur les quais, 24 heures sur 24, c’est l’heure de pointe. On ne peut pas laisser circuler là des gens qui ne sont pas formés. 

 

Le lundi 24 novembre, vous participez à la grève. Quel message voulez-vous adresser à nos hommes politiques ?         

 

Ivan Heyligen. Du côté des hommes politiques, j’entends toujours que le travail portuaire devrait quand même pouvoir être nettement plus flexible. Mais cette flexibilité, elle y est déjà. Ces gens ne connaissent absolument que dalle des docks. Qu’ils y aillent un peu pendant quelques semaines, ils comprendront peut-être de quoi il retourne. Outre la demande pour plus de flexibilité, il y a aussi toutes les autres mesures que le gouvernement veut appliquer. Ils veulent s’en prendre à notre chômage, nous devrions travailler jusqu’à 67 ans... Vous voyez déjà ça d’ici, tous en chaise roulante aux docks ? Ils est quand même logique que nous soyons fâchés, non ? Le résultat, c’est que les dockers de 52 ou 53 ans essaient aujourd’hui d’en arriver le plus vite possible à leur prépension, tant que ce sera encore possible. Leur savoir va donc se perdre. Auprès de qui les jeunes recrues vont-elles encore pouvoir s’initier ? Les statistiques des accidents de travail ne feront que grimper.  Alexander De Croo (Open VLD) a déclaré récemment à la télévision que nous nous trouvions tous dans le même bain : les riches, la classe ouvrière, la classe moyenne... C’est exact, le bain est là, effectivement. Mais les riches y passent en premier. Ils se lavent en eau propre avec un gros savon. Et ceux qui viennent après eux peuvent se laver dans l’eau sale que les riches ont laissée derrière eux. Les gens qui sont socialement faibles, qui ne parviennent pas à trouver un emploi, ceux-là peuvent se laver dans l’eau sale et grasse avec le tout petit bout de savon qui reste. Nous vivons aujourd’hui sous un régime qui crée la pauvreté. Dans le temps, les gens à partir de 65 ans pouvaient voyager gratuitement en bus et en tram, aujourd’hui, on le leur supprime. Une honte ! Et après ça, ils viendront dire qu’ils n’en ont pas au pouvoir d’achat des gens ?  C’est chez des gens comme Fernand Huts qui, par exemple, a gagné des tas d’argent avec ses vastes parcs à panneaux solaires, qu’il faut aller faire contribuer les bénéfices. Pas chez le petit particulier qui a installé quelques panneaux solaires sur son toit et a dû emprunter pour ce faire. Le gouvernement a ouvert le placard et un cadavre en est tombé avec un panneau solaire dans les mains. D’accord, c’est le précédent gouvernement qui était responsable de l’affaire. Mais c’est bien le choix politique de ce gouvernement-ci que de faire reboucher les trous énormes par les petites gens.  Pour moi, tout le monde peut très bien vivre confortablement, mais l’extrême richesse débouche sur une inégalité inacceptable. Il s’agit du return on society (ce qui retourne à la communauté). Chez Fernand Huts, cela n’existe tout simplement plus. La seule chose dont s’occupe encore cet homme, c’est d’entasser du fric de sorte que, plus tard, ses enfants pourront hériter d’un capital démesuré.


  (Photo Solidaire, Salim Hellalet)  

Malgré tout, vous restez un docker fier de l’être. Qu’est-ce qui vous attire, dans votre travail ?         

Ivan Heyligen. La liberté que nous avons. Chaque jour, je vais au kot pour voir le genre de travail qu’il y a. Je peux alors choisir ce qui me plaît. SI nous le désirons, nous pouvons aussi aller travailler le week-end. Cette grande liberté me plaît énormément. Mais je crains qu’on n’aille nous priver désormais d’une bonne partie de cette liberté. Ce qui par exemple se profile à l’horizon, c’est l’introduction de l’embauche électronique. Aujourd’hui, tout le monde est physiquement présent au local d’embauche : les dockers, les contremaîtres, les gens du syndicat. Les contremaîtres sont sur une passerelle, avec les offres de travail – c’est un peu comme dans le temps, les patrons regardent les travailleurs d’en haut. Les syndicalistes sont aussi sur la passerelle et ils tiennent tout à l’œil. Et il y a également des gens de l’ONEM qui circulent.  Nous sommes soumis à un important contrôle. S’il y a un contremaître qui fait le malin, ils se fait rappeler à l’ordre tout de suite. Parfois, par exemple, ils essaient de faire de la politique de copinage. Eh bien, nous allons prendre ce gars-là. Les syndicats interviennent alors immédiatement.  C’est donc une forme efficace de contrôle social. Tout le monde le sait et, par conséquent, la plupart des gens s’en tiennent généralement aux règles établies. Désormais, on veut que tout cela soit géré par voie électronique. Il est possible que, d’ici peu, nous allons devoir nous embaucher dans un local rempli d’ordinateurs et voir ainsi où nous pourrons aller travailler. Bien des dockers craignent que l’ordinateur ne décide où ils vont devoir travailler. C’est une restriction à leur liberté.  Je crains aussi que, via cette option électronique, la solidarité entre les dockers ne se rompe. Il va vraisemblablement être possible de faire toute la procédure d’embauche à partir de chez soi, dans son fauteuil. Et il y aura beaucoup moins de monde au kot, alors, ce qui va saper la solidarité. Il s’agit vraiment d’un rapport de force. En fait, c’est nous qui sommes les patrons. Nous déterminons ce qui se passe. Nous avons un syndicat fort, une arme solide. S’il se produit quelque part une infraction à notre codex, le syndicat est tout de suite rameuté et il y a du chahut sur les quai. Et ça, les patrons en ont plus qu’assez.  

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Michel Gourmel 01/12/2014 17:58


 


Dockers d'Anvers en lutte. Pourquoi détruire le statut de docker ? témoignage


Ivan, docker : « C’est logique que nous résistions, non ? »


Lors de la grève de lundi prochain, bien des regards seront tournés vers Anvers. Et plus précisément sur les dockers. Après l’épilogue violent de la manifestation du 6 novembre à Bruxelles,
l’idée s’est en effet installée qu’avec les gars du port, on est toujours certain qu’il y aura du chahut. C’est regrettable, estime Ivan Heyligen, un docker. Nous discutons avec lui du boulot au
port, des risques du métier et de ce qui, aujourd’hui, met tellement les dockers en colère.


 


Excellent article, mais :


Il serait bon qu’un journal révolutionnaire précise les choses :


« Après l’épilogue violent de la manifestation du 6 novembre à Bruxelles, »


En France ce sont les policiers, de la DCRI ou autres, qui sont utilisés par le pouvoir Sarko Valls Hollande, pour casser du manifestant, depuis la manifestation pacifiste anti-OTAN de Strasbourg
le 3 avril 2011. La Belgique fait aussi beaucoup de répression violente.


Il semble en l’occurrence que ce sont des militants d’extrême droite qui ont infiltré la manifestation, et peut-être quelques dockers d’Anvers ?


Infiltration d’extrême droite de la manifestation syndicale ?


Ce jeudi, plus de 120.000 syndicalistes ont défilé à Bruxelles pour protester contre le nouveau gouvernement. Le web-journal RésistanceS.be y a observé la présence de militants d’extrême droite,
dont deux dirigeants néonazis hollandais.


http://www.resistancesnews.be/spip.php?article165


Il est dommage de livrer une information comme celle-là brute. Je sais qu’on n’a pas 4 mains.