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Réveil Communiste

(1/2) Dictature ou hégémonie prolétarienne ? La loi d’Allende, le socialisme et le traitement du négatif. Quelques réflexions pour l’avenir du socialisme

25 Décembre 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

  http://futurrouge.files.wordpress.com/2010/03/nepali-maoists_24014s.jpg

 

Tell me, which side are you on boys, which side are you on?

Pete Seeger

 

Les textes politiques majeurs sont écrits par les grands dirigeants révolutionnaires qui ont joué leur vie pour passer de la théorie à la pratique : Marx, Engels, Lénine, Luxembourg, Staline, Gramsci, Mao, Che Guevara. Le manque de pratique politique réelle se ressent dans la valeur de l’enseignement de Louis Althusser, malgré sa richesse. Guy Debord qui tirait  fierté de n’avoir jamais travaillé avait rassemblé de bonnes idées, mais la portée de sa démarche était forcément limitée par le mode d’existence marginal qu’il avait choisi. Ceci pour indiquer dès le commencement que si on trouve une valeur aux réflexions qui vont suivre, elle provient principalement de la lecture et de la méditation de ces auteurs et de ma capacité à me les réapproprier, et je conseille avant tout de se reporter aux originaux, ainsi qu’à l’histoire du mouvement ouvrier et/ou communiste qui malgré le temps passé ne sont pas dépassés, pour les lire ou les relire en confrontation avec la pratique. Si mon travail parvient à stimuler quelques dizaines de lectures motivées et utiles des classiques de la révolution, j’aurai atteint mon but.

 


        1) Que faire de l’expérience politique accumulée au cours des tentatives socialistes ?


Les États socialistes au XXème siècle ont rencontré un échec global, malgré quelques grandes victoires dont la moindre ne fut pas l’existence durable de sociétés socialistes sur une large part du globe pendant plusieurs décennies (la précédente expérience, la première, La Commune de Paris n’avait duré que 62 jours à Paris en 1871). Aujourd’hui, l’opinion publique informée et déformée par la propagande des vainqueurs, c’est-à-dire des fervents du capitalisme se retourne contre ces expériences en accusatrice : afin d’instaurer le communisme, règne de liberté et d’abondance, elles auraient imposé la servitude et la pénurie aux peuples ayant à subir cette malheureuse expérience.


Je pense que ce jugement sans nuance prend les choses par le mauvais bout. Il me parait certain qu’il n’est pas possible de changer le monde, c’est-à-dire son ordre social, sans recourir à un moment ou un autre à la force, les forces discrètes qui imposent le consentement ne sont pas les moins tyranniques et aucune force politique ou sociale ni aucun État ne se prive de la possibilité d’user de violence. On peut et on doit critiquer le socialisme réel de l’URSS et d’autres pays pour leurs échecs par rapport à leurs buts, et on peut légitimement regretter les sacrifices consentis pour si peu de chose au bout du compte, pour en définitive revenir à Gorbatchev, Eltsine, Poutine. On peut se dire que ça ne valait pas le coup. Mais le débat sur la violence en soi n’est qu’un habillage idéologique des prétentions des uns et des autres. Débat très pauvre qui tombe au niveau des querelles d’enfant : qui a commencé ?


Si on tient vraiment à le savoir, c’est hors de doute la guerre mondiale lancée par les bourgeoisies impérialistes d’Allemagne de France et de Grande Bretagne en 1914 qui a initié un processus catastrophique et incontrôlable de brutalisation des comportements et de démonétisation de la vie humaine et qui a déchiré d’un coup le voile de Maïa « démocratique » qui dissimulait à la bourgeoisie progressiste la réalité la plus inhumaine de l’exploitation. Les exploités quant à eux n’avaient pas besoin de cette démonstration. L’expérience amère de la répression sanguinaire de la Commune de 1871 avait déjà convaincu la branche la plus déterminée du mouvement ouvrier de la nécessité de ne pas faire de cadeaux. Parallèlement, le climat idéologique réactionnaire, clérical et nationaliste qui se développait depuis la fin du XIXème siècle indiquait une dérive antidémocratique de la bourgeoisie, provoquée par la crainte de la montée du socialisme et de  la promotion des classes populaires. Certaines forces sociales influentes, comme l’Église, ont joué un rôle très néfaste à cet égard.


Depuis la Révolution d’Octobre le socialisme n’est plus une utopie abstraite dont on rêve confusément, mais une formation sociale originale qui a vraiment existé entre autre en URSS, qui existe encore à Cuba, et qui peut être opposée et comparée au capitalisme. Nous disposons d’une expérience historique concrète d’une ébauche en vraie grandeur du nouveau mode de production qui devrait normalement remplacer le capitalisme selon les thèses du matérialisme historique qui reste une théorie scientifique valable.


La mise en place d’une société et d’une économie dirigée par les producteurs directs (ouvriers, paysans, salariés des services essentiels) n’est pas allée sans difficultés et les résultats se sont avérés souvent décevants du point de vue des révolutionnaires eux-mêmes, le seul intéressant, le jugement horrifié des classes propriétaires et intellectuelles dépossédées étant attendu et non pertinent. La difficulté qu’il y a remplacer une classe dirigeante par une autre puis à supprimer les classes a sans doute été sous-estimée par Marx (Lénine commençait à bien mesurer l’ampleur de sa tâche quand il est mort en 1924 ), ainsi que la profondeur et l’enracinement de la résistance au changement, même après la défaite des forces politiques et économiques de la réaction capitaliste.  La mentalité bourgeoise persiste par inertie culturelle longtemps après la révolution parmi les nouvelles élites sélectionnées pour gérer le socialisme, et éduquée largement suivant des canons culturels et des normes d’excellence développés auparavant par la bourgeoisie et les féodaux. Côté cours, la bureaucratie, côté jardin l’intelligentsia mais c’est du même édifice et de ses habitants qu’il s’agit, l’administration de l’État socialiste prolétarien. Il n’empêche que cette expérience défectueuse sur bien des points fut la première tentative de société prolétarienne viable de l’histoire de l’humanité. Des historiens anticommunistes ont voulu la discréditer en la qualifiant « d’utopie au pouvoir ». C’était justement sa force et sa grandeur.


C’est pourquoi on peut affirmer sans détour que l’avenir du mouvement doit partir de la critique de l’expérience du socialisme réel en évaluant correctement ses succès et ses échecs et non en pratiquant le retour à un communisme utopique imaginaire d’avant Marx et Lénine tels qu’en rêvent les communistes de la chaire, de Lucien Sève à Alain Badiou, et la plupart de ceux qui relèvent des différentes branches du trotskysme et de l’anarchisme !


Les porte-paroles intellectuels de la bourgeoisie ont tiré de cette critique du socialisme plusieurs conclusions défavorables qu’ils ont répandues dans le public comme si c’était des évidences incontestables : le socialisme comme système productif réel aurait été inefficace, il n’aurait pas permis la libération des forces créatrices espérée par Marx. Le prolétariat des pays les plus développés n’aurait pas joué un rôle révolutionnaire décisif, et parviendrait-il enfin à jouer ce rôle, la question de la forme du nouveau pouvoir politique resterait ouverte comme au premier jour. En partant d’observations réalistes des tares du socialisme réel, on l’a comparé et jugé inférieur aux sociétés capitalistes contemporaines, en négligeant complètement le fait qu‘il s’agissait d’une expérience complètement inédites où les tâtonnements et les erreurs étaient inévitables, et que cette expérience s’est déroulée dans un monde systématiquement hostile dominé par des forces incarnées par des politiciens sans scrupules et intéressées au premier chef à sa perte.

 

Mais toute révolution doit s’attendre à rencontrer l’hostilité du monde d’avant. D’un point de vue plus naïf et empirique, pourquoi l’URSS n’est-elle pas devenue « l’Amérique » du prolétariat mondial, la terre promise du socialisme, pourquoi n’a elle pas su employer au profit de son développement et de la diffusion du socialisme l’extraordinaire courant de sympathie qu’elle a su se créer dans le prolétariat mondial ? Pourquoi le prolétariat vaincu en Occident n’-a-t-il pas pu « voter avec ses pieds » ? Pourquoi les vaincus des révolutions du siècle, allemands, italiens, espagnols, grecs, latino-américains, et autres, n’ont-il pas, ou peu, rejoint la patrie du socialisme, et pourquoi ceux qui l’ont fait ont-il été souvent accueillis avec méfiance, voire persécutés, ou pire ? La grande rigidité de l’ordre politique socialiste l’a rendu inapte à saisir de nombreuses opportunités de progrès. Imaginons simplement que les savants allemands persécutés par le nazisme plutôt que les États-Unis aient choisi l’URSS comme terre d’exil ! Il est tout même étrange qu’un grand penseur conservateur et mystique comme le logicien et philosophe Wittgenstein, qui fut toute sa vie tourmenté par une sorte de culpabilité de classe, ait voulu y émigrer ! Et ils ont dû être nombreux à y penser.


Tenter de développer des réponses à ces interrogations c’est se donner les moyens d’avancer à partir du socialisme réel vers la révolution réelle.



        2) Socialisme et libertés


Je vais essayer d’inverser l’une de ces conclusions de la doxa contemporaine, sur la question des libertés, sans doute objectivement moins importante que les précédentes, car les faits sont brouillés par un siècle de propagande, d’histoire et de culture contre-révolutionnaire qui ont transformé les communistes en croque-mitaines.


Et sur ces faits rapportés aux circonstances précises où ils se sont produits, comparés aux actions précises de leurs adversaires à la même époque, les communistes même les plus staliniens au sens propre n’ont pas beaucoup de leçons à recevoir : critiques émanant soit de gens qui n’agissent jamais, ou de gens qui en ont fait autant et souvent bien pire. On a beau jeu à demander au PCF une repentance sur son passé prosoviétique, mais qui demandera aux socialistes français de faire la même chose pour leur rôle durant la guerre d’Algérie ? Qui les touche de beaucoup plus près.


Seule l’histoire du communisme est jugée indigne d’un traitement scientifique. Tout témoignage émanant d’adversaires et de victimes de la répression a valeur d’évangile. Les romans et mémoires littéraires de Soljenitsyne, Pasternak, Grossman, Guinzbourg, Chalamov, etc., ont valeur de documents historiques ou de témoignages au-dessus de tous soupçons.


Mais si mal posé soit-il, ce problème ne joue pas un petit rôle dans la sidération des esprits par la propagande capitaliste qui présente la démocratie de marché comme le meilleur des monde possible et l’ultime stade du progrès de la civilisation.


Je suis d’avis que l’exécution massive des officiers polonais internés en URSS en 1940 à Katyn est un crime et une faute politique. Mais dans le traitement de l’histoire, ce fait tragique est utilisé pour occulter les « mille Katyn » subis par L’Union Soviétique de la part des contre-révolutionnaires de la guerre civile, et de la Wehrmacht entre 1941 et 1945. Et les dix-mille Katyn perpétrés par la contre-révolution mondiale. Le dernier « Katyn » en date s’appelle la fosse de la Macarena, elle se trouve en Colombie, et ne date pas de l’an quarante mais de l’année dernière. Et les autres abus, crimes ou fautes des communistes au pouvoir, qu’ils soient réels, amplifiés ou inventés, sont le plus souvent utilisés de la même manière.


C’est le manque de liberté et les abus véritables ou supposés de la répression policière qui sont mis en avant en premiers pour condamner la révolution et le socialisme, et qui servent  d’argument sans réplique pour les diaboliser. On se sert pour cela du concept ad-hoc et sans valeur scientifique de « totalitarisme », conçu pendant la Guerre Froide pour assimiler au nazisme le communisme. Il se base sur la plate observation que les dictatures de tous bords utilisent des moyens répressifs qui se ressemblent, et écarte comme non pertinent pour le jugement moral à porter sur eux les objectifs respectifs de ces dictatures.


Ce qui soit dit en passant conduit les apologistes de l’anticommunisme à des difficultés, car il faut ou bien postuler que le racisme nazi est d’aucune importance dans l’évaluation de ce régime, ou bien procéder à des falsifications pour faire passer le socialisme pour un pouvoir raciste. Et il leur faut dissimuler les innombrables compromissions entre fascistes et anticommunistes libéraux, cléricaux, voire de gauche ou d’extrême gauche (à leur ce sujet, je rappelle que le révisionnisme négationniste des chambres à gaz, avant d’être adopté par l’extrême droite est à l’origine un produit intellectuel du gauchisme « antistalinien »).


Bref à l’issu de ce procès universellement biaisé la pratique politique des gouvernements socialistes a été jugée attentatoire aux libertés, et aux droits de l’homme réduits à ceux de 1789, au-delà des simples nécessités de leur sécurité nationale qui ne sont d’ailleurs jamais examinées, et leur mémoire vouée à la damnation.


Ceci étant sur le plan des principes ce manque de liberté n’est pas un scandale aussi flagrant qu’il le parait au premier abord, puisque l’un des buts immédiats de la révolution prolétarienne était, justement, l’établissement d’une dictature, pour briser les moyens de coercition de l’État de classe qui s’était développé historiquement, personne ne peut nier ce fait, au service de l’ancienne bourgeoisie. Car, enfin, hormis les bourgeois vivant du travail d’autrui qui donc était libre, qui donc jouissait de ces fameux droits, dans le monde, jusqu’au fameux matin du sept novembre 1917 ?


Dans les années 1970, j’ai connu des gens tout à fait pacifiques, sans doute un peu naïfs puisqu’ils croyaient au « programme commun » de la gauche française, et pour qui il était absolument exclu de laisser à la droite, en cas de victoire, l’opportunité de revenir au pouvoir, surtout après l’exemple chilien. Il est vrai que c’était juste après la vogue maoïste-althussérienne en France, et pendant le « long mai » italien (1969-1977). La « gauche » à l’époque c’était autre chose.


Mais il est vrai que ces gens de gauche ne se demandaient pas dans ces conditions ce qu’il fallait en faire, de cette droite à laquelle le retour aux affaires serait interdit dorénavant. Fallait-il, comme à Katyn, ou à l’instar de la pratique des anarchistes espagnols en 1936, ou même comme la Convention thermidorienne fit avec les émigrés débarqués à Quiberon en 1795, l’exterminer, purement et simplement? A ceux qui veulent supprimer les prisons, à l’extrême gauche, il serait bon de poser la question de ce qu’ils comptent faire des capitalistes après la Révolution, s’ils comptent la faire un jour. Les plus sanguinaires ne seraient peut-être pas ceux qu’on pense.

 


         3) Le problème de la dictature dans le socialisme réel


Dans le mouvement pour défendre le droit à la retraite qui vient d’avoir lieu en France, il a fallu d’emblée pour atteindre un minimum d’efficacité, de visibilité,  que les salariés et les jeunes sortent du cadre légal, et devant l’inefficacité  de la grève dans les conditions actuelles, qu’ils passent aux blocages des routes , des aéroports, des entrepôts, des usines, type d’action qui sauf erreur les aurait conduits en prison pour de longues années dans les pays anglo-saxon dont le droit est la norme globale montante. Ce fait nouveau et  de signification prérévolutionnaire rappelle que l’action des exploités, même lorsqu’elle n’est que purement revendicative,  ne peut se borner à ce cadre légal qui est justement fait pour l’empêcher.


La révolution future ressemblera en cela à celles du passé : elle franchira le Rubicon.  Si elle trouve une occasion favorable dans les contradictions de l’adversaire, elle renversera le pouvoir légal et y substituera un pouvoir révolutionnaire, et un gouvernement d’un type nouveau. Toute la question est de savoir si le prolétariat du XXIème siècle a accumulé assez d’expérience historique pour déjouer les pièges de la pratique autoritaire du pouvoir qui se trouveront à nouveau sur son chemin. « Déjouer les pièges » ne signifie pas « éviter d’affronter », la pratique autoritaire peut se justifier, il y a des forces ennemies pour lesquelles la répression est nécessaire. Que faire d’autre si on le peut lorsqu’on se trouve face à face avec le type moral dégénéré d’un paramilitaire colombien ou d’un mercenaire des forces d’occupation d’Irak ? On serait bien malavisé de ne pas user de la coercition la plus déterminée envers les chiens de garde psychotiques des frontières ravagées par l’impérialisme, et l’ultralibéralisme sous sa forme criminelle. Le tout est de ne pas s’enfermer dans une logique d’exception permanente comme le fit l’URSS, ne pas se laisser imposer la forme de son pouvoir politique par la pression ennemie.


Il est souvent dit pour le déplorer plus ou moins sincèrement qu’en Chine, et à Cuba, pays gouvernés aujourd’hui par des partis communistes, le peuple ne jouit pas en droit ou en fait des libertés et garanties qui auraient le mérite au moins d’exister, sans atteindre la perfection, dans les démocraties libérales occidentales : liberté d’expression et de publication de son opinion, liberté de circuler, liberté syndicale et droit de grève, liberté de former des associations, élections libres et liberté de choix entre plusieurs options pour les mandats politiques et les dirigeants, ainsi que l’habeas corpus et le droit à un défenseur au tribunal.


Il ne faut pas accepter ce constat comme le reflet de la réalité. Il serait faux de penser que dans ces deux pays le peuple n’a aucun rôle dans le choix des dirigeants, ni dans la prise de décision, qu’il forme aucune sorte d’association, qu’il ne fasse jamais grève, ni qu’il soit en somme réduit au silence par un pouvoir omnipotent. Avec des nuances : le prolétariat chinois est exploité par les capitalistes locaux et étrangers dont le parti communiste encourage l’activité pour accélérer le développement des forces productives, et donc les grèves sont nombreuses, alors que les travailleurs cubains, s’ils ne sont pas riches, ne sont guère exploités, d’où l’absence de grèves à Cuba à ma connaissance.


Mais le domaine de ce qui est non-libre, prescrit ou proscrit pour les individus, a toujours été plus étendu dans les pays socialistes que dans les pays capitalistes développés, au moins depuis 1945. Il serait bien sûr possible de ramener à leurs justes proportions la liberté et la démocratie dont nous jouissons, ou croyons jouir ici, mais ce n’est pas exactement le propos. A vrai dire la démocratie dont il s’agit est vraiment comprise a minima, il s’agit plutôt de franchises et de garanties individuelles, et de vie privée, car en ce qui concerne la vie publique nous n’avons pas de contrôle politique dans les démocraties de marché. Un certain nombre de procédures formelles sont là pour calmer notre frustration civique en nous permettant d’exprimer notre mécontentement. Notre ressentiment s’évacuera à la lecture de Charlie Hebdo, dans le vote pour la « gauche de la gauche » ou dans celui d’extrême droite que les médias bourgeois font mine de réprouver. Et nous pouvons participer parfois à ces grandes campagnes judiciarisées qui nous donnent l’illusion de la souveraineté, qui rythment la surface de l‘histoire politique, de l’Affaire Dreyfus au Watergate. Peut-être nous fera-t-on le plaisir de nous exhiber un président honni la tête en bas comme Mussolini. Et après, qu’est-ce que ça changera ?


Les deux États socialistes cités sont des régimes de parti unique, gérés par leur parti communiste depuis 50 et 60 ans. La légitimité du gouvernement de ce parti provient de la théorie marxiste de la dictature du prolétariat. Pour simplifier admettons sans transiger que la Chine et Cuba sont des dictatures du prolétariat. Ce genre de régime a fait l’objet de critiques d’origines différentes : celles qui contestent la légitimité de toute dictature (la dictature du prolétariat est donc trop dictatoriale), et celles, provenant parfois sans cohérence des mêmes voix, comme par exemple Georges Orwell, qui contestent l’authenticité de leur caractère prolétarien (la dictature du prolétariat n’est pas assez prolétarienne pour être légitime). La révolutionnaire allemande Rosa Luxembourg a critiqué à chaud la Révolution d’Octobre en 1918 en accusant les bolcheviks d’avoir accaparé le pouvoir au détriment des prolétaires, mais elle n’en était pas moins favorable à la dictature de classe du prolétariat tout entier (comme d’ailleurs Lénine l’année précédente, dans l’État et la Révolution, 1917). Pour elle qui eut à cette occasion la phrase forte et dérangeante : « la liberté, c’est la liberté de celui qui pense autrement », la liberté à laquelle elle pensait se limitait pourtant au prolétariat. Comment elle entendait concrètement faire appliquer cette limite et l’imposer à la perverse et nombreuse bourgeoisie, grande et petite, de l’Allemagne de Weimar, et à l’aristocratie terrienne et militariste pourrissante des Junker, elle n’eut pas le temps de le montrer avant d’être assassinée en 1919 par les corps francs de cette démocratie libérale, les futurs nazis aux ordres de la social-démocratie.


Et quoi qu’en disent les marxistes d’extrême gauche qu’elle a influencé bien malgré elle, ceux qui veulent sauter à pied joint dans le communisme sans transition, l’URSS et les pays socialistes européens dont la Yougoslavie étaient, et Cuba, la Chine, la Corée du Nord sont encore des dictatures prolétariennes, même lorsqu’elles ont tenté d’en édulcorer la réalité sous l’appellation de « démocraties populaires », ou lorsqu’elles ont développé des formes de pouvoir étranges, quasi-dynastiques. Ce qui ne signifie pas qu’on juge forcément que les résultats aient été à la hauteur de la mission historique endossée.


Je  considère aussi, en suivant les raisons de Domenico Losurdo, que la Chine depuis Deng Xiao Ping mène une « longue NEP », comme celle menée en URSS de 1921 à 1927, une politique de réintroduction contrôlée et provisoire du capitalisme sous le socialisme, et que le « socialisme de marché » n’est pas un oxymore de propagande, mais une nouvelle expérience socialiste de plein droit. La NEP ainsi conçue est une forme socialiste de technocratie.


 

           4) La question de l’autogestion


Mais il faut revenir sur le qualificatif « soviétique » qui signifie en russe « des conseils » qui définit l’idéal initial et de courte durée d’une démocratie ouvrière en gestation spontanée dans les soviets en 1905 et en 1917 et qui n’a pu se consolider à cause de la guerre civile et de la pression contre-révolutionnaire. Tout au plus signifiait-il par la suite le rôle éminent de la classe ouvrière dans la société « soviétique ». Tout un courant gauchiste est construit sur la nostalgie de ce qui aurait pu être impliqué là. Il remonte au souvenir de la semaine sanglante berlinoise de janvier 1919 où Rosa Luxembourg fut assassinée et avec elle la démocratie ouvrière. Saluons sa mémoire et saluons aussi du salut rouge, « lal salam », le poing levé le camarade Azad, dirigeant politique maoïste indien de premier plan assassiné dans les mêmes conditions il y a quelques semaines. L’histoire des martyrs de la Révolution n’est pas finie.


Mais une démocratie prolétarienne dirigée depuis les usines et les champs aurait-elle été possible, elle ne l’est probablement plus aujourd’hui, de par les changements du capitalisme depuis les années 1970 qui empêchent maintenant d’organiser le monde à partir des lieux de production. Mais lorsque la pratique politique a pénétré dans ces lieux de production, ce fut toujours fait soit au détriment de la production elle-même, soit d’une façon formelle et bureaucratisée au détriment de la démocratie ouvrière. Une véritable autogestion politique suppose de libérer le temps des producteurs, suppose une atteinte à la productivité, au cœur même de l’économie. Or le socialisme dans sa course à l’existence avec la zone capitaliste doit augmenter la productivité. C’est sa contradiction principale. La contradiction Mao-Deng.


Le grand échec des pays socialistes, c’est de n’avoir pas réussi à former un prolétariat actif, déterminé et fier, capable de défendre le socialisme une fois que sont passées les conditions exceptionnelles de la révolution. Et la Yougoslavie autogestionnaire n’a pas fait mieux à ce titre que les diverses variétés nationales du socialisme européen. Le meilleur résultat dans la formation d’un prolétariat voué à la défense de sa patrie socialiste a sans doute été obtenu à Cuba, et le patriotisme tout court joue certainement un rôle majeur dans ce succès. Cette faiblesse est le résultat de la dictature prolongée qui décourage l’initiative des masses. La dictature courte libère l’élan révolutionnaire, la gestion d’exception de longue durée ruine initiative et créativité.L’autogestion n’a pas dit son dernier mot. Mais ce n’est pas la gestion coopérative à petite échelle, ni l’autogestion contre l’État, c’est l’autogestion économico-politico-militaire de l’État, y compris du monopole de la violence, qui un avenir.


Il faut être clair !  Les prolétaires n’ont pas plus de contrôle individuel sur le fonctionnement d’une dictature prolétarienne que les bourgeois n’en ont sur le fonctionnement d’une dictature bourgeoise, qu’il s’agisse de celle de Hitler ou de celle de Porfirio Diaz. On laissera donc côté les critiques d’inspirations anarchistes et extrémistes qui tombent d’elles-mêmes vu le peu de réalisation concrète des libertaires d’extrême gauche dans leur longue histoire. 

 

PeuPeut-on exiger des « dictateurs » qui exercent au nom du prolétariat de le faire à partir d’un atelier d’usine, comme l’exigent les communistes « conseillistes », partisans de l’application littérale du slogan d’octobre « tout le pouvoir aux soviets » ? Ceux qui se sont le plus approché de cet idéal sont les « opéraistes » italiens des années soixante et soixante-dix, et le mouvement armé qui a accompagné leur mouvement. Le réseau de soutien des Brigades Rouges était constitué de comités d’usine dans les grands établissements de l’Italie du Nord (Fiat, Pirelli, Siemens, Alfa-Roméo, etc.) et leur expérience a montré l’impossibilité de frapper l’État au cœur. Le destin tragique du mouvement de masse italien communiste d’extrême gauche montre bien les limites d’un courant authentiquement et sincèrement révolutionnaire qui cherchait non à s’emparer de l’État, mais à le contourner, le dissoudre, ou directement à le détruire en s’attaquant physiquement à ses dépositaires. Il en est resté la leçon : puisqu’il n’est pas possible de le supprimer, il faut le prendre. La dictature du prolétariat en exercice ne peut être rien de plus qu’une dictature forcément transitoire au nom du prolétariat, et son authenticité se mesure à la cessation effective du contrôle de la bourgeoise sur les moyens de production, et au degré d’égalité dans la répartition des richesses. Elle est en définitive contresignée par l’hostilité manifeste des différentes forces solidaires du capitalisme, et de son gendarme mondial, l’État américain. Voilà pourquoi l’URSS en était l’idéal type.

 

5)   

          5) Au-delà de la dictature du prolétariat


Le régime prévu par Marx et Lénine pour briser l’appareil d’État bourgeois antérieur, installer durablement le pouvoir du prolétariat, et qu’ils imaginaient provisoire, n’est pas une dictature comme une autre : il s’agit de donner à la classe exploitée les moyens de sa domination, à commencer par l’éducation de masse (et pas n’importe quelle éducation), et on voit bien à l’expérience que cela n’a pu se faire dans les conjonctures historiques précises où cela a été tenté, qu’à l’encontre du cours de la maturation progressive de la société et des forces économiques. Il semble que le socialisme ne triomphe jamais qu’à contretemps, en tout cas qu’il n’a jamais triomphé jusqu’à présent, politiquement, et légitimement c’est-à-dire en comptant sur des forces nationales endogènes (en Russie, Serbie, Chine, Cuba, Viêt-Nam) que dans des pays peu développés du point de vue de la maturité des forces productives. A ce point, l’aventure commence en territoire inconnu, car il est hors de question de rendre les clefs du pouvoir à la bourgeoisie.


Les prolétaires des métropoles ont été très divisés sur la question de la Révolution dès le début du XXème siècle, avant la création de la IIIème internationale en 1919, et ce n’est que dans la périphérie soumise à des contraintes terribles que les masses se trouvées, littéralement, sans plus rien à perdre que leurs chaines.


Mais le but à atteindre est au fond assez connu : une démocratie intégrale assise sur la propriété collective des moyens de production, autrement dit le communisme. Lénine avait envisagé une « dictature démocratique » en ce sens qu’il imaginait de confier le pouvoir pendant la période de transition socialiste à une alliance ouvriers-paysans mais cette notion achoppe comme je l’ai dit sur la question centrale du temps libre : une classe politique souveraine commence par se réapproprier son temps ce qui est incompatible avec le travail salarié, et plus encore avec les exigences de productivité nécessaire à l’industrialisation et à la fondation des bases techniques, scientifiques, matérielles de la cité future.


Pour un marxiste la dictature du prolétariat ne fait pas problème en principe, mais c’est quand même un drôle de concept. Il faudrait pour commencer explorer un peu la signification du terme de « dictature » appliqué à une classe, c’est-à-dire le placage d’une catégorie politique et juridique sur une catégorie sociologique et économique. Car en un sens difficile à réfuter, le monde actuel est une dictature bourgeoise dans son intégralité, au sens sociologique du terme, mais il ne devient localement  une « dictature de la bourgeoisie » en termes politiques qu’en des moments d’exception, selon la jurisprudence Pinochet, ou « loi d’Allende » qui sera expliquée plus loin.


Mais voilà : les dictatures du prolétariat n’ont pas réussi à déboucher sur des démocraties prolétariennes promises. Certains ont pensé que le « printemps de Prague » de 1968 se proposait justement comme une sortie de la dictature, comme une sorte de démocratisation du socialisme selon ses propres critères. Mais l’évolution ultérieure de la Tchécoslovaquie et des opposants de la Charte 77 semble bien montrer qu’il n’y avait rien au bout du « socialisme à visage humain » prôné par Dubcek que la restauration du capitalisme. Déjà cette hypothèse d’un dépassement révolutionnaire du socialisme réel avait été formulée à l’extrême gauche, et elle était certainement fausse dans ce cas, à l’occasion du soulèvement contre-révolutionnaire hongrois de 1956. Ce n’était nullement comme le croyaient les conseillistes  « de Socialisme et Barbarie » une république de conseils ouvriers, mais une restauration où les éléments néofascistes donnaient le ton et se sont mis à cœur joie à lyncher les communistes.


Nous sommes bien obligé de constater qu’à cause de l’hostilité des puissances capitalistes, et de la bourgeoisie résiduelle, mais aussi de l’inertie culturelle qui provoque la persistance de la mentalité bourgeoise chez les cadres formés sous le socialisme, la stabilité des États socialistes est restée jusqu’à présent en grande partie tributaire de la loyauté et de l’action préventive des services de sécurité, qui se sont vus doter par les circonstances de pouvoirs et de procédures extraordinaires, même selon le droit socialiste (« Tcheka », c’est l’acronyme russe de « commission extraordinaire »). Et si ces pouvoirs et ces procédures n’étaient pas extraordinaires, ce ne serait pas de dictature dont on parlerait. C’est pour cette raison qu’il est généralement admis comme allant de soi que toute la réalité de l’URSS peut être comprise à partir de descriptions littéraires son système pénitentiaire, émanant d’adversaires politiques, le « Goulag », un peu comme si l’œuvre de Jean Genet suffisait à décrire la France de la IIIème et de la IVème République.

 

la suite : (2/2) Dictature ou hégémonie prolétarienne ? La loi d’Allende, le socialisme et le traitement du négatif. Quelques réflexions pour l’avenir du socialisme.

 

GQ 26 novembre 2010

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G


un rapport de l'ONU le confirme  :


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En URSS on vivait mieux


La restauration du capitalisme a signifié une régression pour tous les pays d’Europe de l’est, tant sur le plan économique que sur le plan social. Un rapport des Nation Unies déclare : "Le
passage…


Pour lire la suite cliquez ici



Répondre
E


Intéressant apport ! Merci !



Répondre
C


Votre réflexion sur le concept de « dictature du prolétariat » mérite, à mon sens quelques précisions.


 


D'abord il convient de noter que lorsque Marx inaugure cette formule (Critique du programme de Gotha-1875), il rappelle en fait, à ces camarades allemands ce passage contenu dans le Manifeste de
1848 : « La bourgeoisie, depuis l'établissement de la grande industrie et du marché mondial, s'est finalement emparée de la souveraineté exclusive dans l'Etat représentatif moderne. Le
gouvernement n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la bourgeoisie toute entière »


 


Il leur répète donc que l'Etat n'est pas neutre, qu'il est, pour la classe dominante, un de ses principaux moyen de domination sur le prolétariat, et qu'à travers l'Etat, la bourgeoisie
« dicte » la primauté de ses intérêts au reste du peuple ! Il convient donc, quand on aborde ce concept, d'abord de dégager le mot « dictature » des scories agrégées plus
tard (20°siècle). Dans le raisonnement de Marx ou Engels, les Hitler, Mussolini, Franco, ou Staline ne sont pas des dictateurs, mais comme la famille Bonaparte, des tyrans. Et ils ne disent pas
« tyrannie du prolétariat », ils disent « dictature du prolétariat », nuance!


 


Ensuite, pour Marx et, plus tard, pour Lénine, seuls les intérêts de la classe dominante sont réellement pris en compte dans l'Etat moderne. « La dictature du prolétariat » n'est donc
que l'antithèse, incontournable, de la « dictature de la bourgeoisie ». S'ils ajoutent l'adjectif : « provisoire » , ce n'est pas pour désigner quelque chose comme un
mauvais moment à passer, mais pour rappeler encore que l'Etat prolétarien n'est pas éternel, qu'il dépérira et qu'alors, la dictature du prolétariat sera sans objet. Le mot
« provisoire » est donc, lui aussi, chargé d'ambiguité, 1 an ou 1 siècle, les révolutionnaires sont toujours pressés, ils choisissent 1 an, mais les faits sont tétus, la dictature
durera ce que durera l'Etat prolétarien, c'est à dire, durera autant que la puissance de la classe bourgeoise sera jugée capable de renverser le pouvoir prolétarien, c'est à dire plus près d'un
siècle que d'un an! Parce que la bourgeoisie ne disparaitra pas plus vite que la noblesse après 89, c'est un processus de décomposition qui va s'enclencher et ne se terminera que lorsque l'être
humain, au lieu d'envier le statut bourgeois le considèrera comme un objet de musée. Aujourd'hui, nous pouvons concevoir cela parce que, sur Marx, Engels et Lénine, nous avons un avantage, celui
de l'expérience des révolutions prolétarienne du 20°siècle.


 


Donc, de même que la lutte de classes s'impose à tous, la dictature du prolétariat s'impose à tous les gouvernants obligés de satisfaire les prolos. En 44, 45 et 46 un bourgeois, De Gaulle, comme
Blum en 36, s'est trouvé « embringué », sans l'avoir vraiment voulu, dans une période de « dictature du prolétariat ». La démocratie fonctionnait correctement, sauf que les
prolos imposaient leurs intérêts. C'est la raison de fond de son départ en 47. Et, aujourd'hui, que vois-t-on au Vénézuela sinon des bourgeois éffarés par la déliquescence de leur pouvoir sur
l'Etat ? Une dictature recule, une autre avance; dans l'Etat vénézuelien de 2010, comme dans tous les Etats, il n'y a pas de place pour plusieurs logiques contradictoires, c'est celle des
prolétaires ou celle de la bourgeoisie, pas les deux.


 


Mais si les aventures chaviste, moraliste ou ortéguiste sont passionnantes, c'est parce que la soumission de l'Etat aux intérêts des prolétaires s'opère sans violence, ce qui confirme que la
dictature du prolétariat peut être aussi « cool » que la plus tranquille des dictature de la bourgeoisie. Finalement tout dépends de données objectives aussi évidentes que la profondeur
de l'isolement de la classe bourgeoise et de la manière d'imposer les intérêts prolétariens qui favorisent, ou non, la réaction, violente ou politique, de la bourgeoisie.


 


Même si un cheminement de ce genre était difficile ment envisageable dans la Russie d'après 1917, force est de constater que la dictature du prolétariat a pris là bas, sous Staline, des allures
peu compatibles avec la démocratie. Par exemple, s'il est évident que l'industrialisation supposait un transfert de main d'oeuvre agricole vers l'industrie, la manière qui a prévalu,
expropriation et déportation, ne pouvait ếtre très productive, tant au point de vue travail que politique. La dictature du prolétariat, a alors pris la forme d'une tyrannie pure et simple !
Et ce alors que le prolétariat étant « l'immense majorité » (dixit Marx), sa dictature devrait être la plus démocratique, surtout par comparaison à celle de la bourgeoisie (infime
minorité) !


 


De cette contradiction sont sortis les avatars du communisme moderne, jusqu'à prétendre (22° congrès du Pcf) qu'il était possible d'abandonner le concept de « dictature du prolétariat »
avant sans doute, de s'affranchir de la loi de la chute des corps !


 


Claude Nastorg




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P


Contre-pouvoirs et Contre-cultures


 


 


In fine que manque- t’il au mouvement ouvrier ?


 


Je dirai que tout bilan fait, c’est la confiance en lui-même, la confiance en sa créativité,


la connaissance de ses valeurs et de ses expériences et leurs accumulations révolutionnaires.


si il y a eu les soviets de 17, c’est qu’il y avait eu avant les Soviets de 1905. Il y a un problème dans cette partie du léninisme
qui survalorise la forme parti pour résoudre le moment politique. Nous devons réévaluer le moment économique pour acquérir et approfondir nos expériences de démocratie de base, et d’autogestion.
Il faut dans le capitalisme même acquérir une expérience de contrepouvoirs révolutionnaires, c’est ce qui fait dramatiquement défaut aujourd’hui en occident. On ne peut rien bâtir car on a peu
d’expériences actuelles à valoriser.


 


Il faut bien voir que la doctrine marxiste de l’avènement du communisme est la seule doctrine qui affirme qu’une classe dominée peut
accéder à la domination sans être passée par une phase de surgissement économique hégémonique, dans le mode de production qui l’a précédé. Le féodalisme a surgi au sein de l’esclavagisme puis est
devenu dominant, le capitalisme de même par rapport au féodalisme, d’où surgit le socialisme ? Comment un groupe sans culture propre (je n’ai pas dit sans scories culturelles, voir Hoggart
et les études de cultures ouvrières,  certes expérience de contre-culture, mais pas expérience comme culture dominante), sans expérience de gestion et
de pouvoir etc. peut-il d’un seul coup d’un seul se retrouver classe dominante, classe régnante ?


 Marx, mais surtout Lénine (et après lui tous les léninistes) ont la
solution : le Parti. Le Parti va prendre le pouvoir et c’est lui qui résoudra la question économique. On voit bien que cela ne marche pas. Au bout d’un moment le Parti est obligé de
conclure : « seuls les capitalistes savent gérer rationnellement, redonnons le pouvoir au capital et surveillons tout cela ». Mais est-ce avec ce mode de raisonnement qu’une
authentique démocratie ouvrière peut surgir et que la liberté peut être maintenue, l’expérience prouve que non. Je crois que Kollontaï avait bien compris le problème, sans pouvoir économique sans
liberté de création ouvrière, non seulement le système ne fonctionne pas, mais la liberté ne peut pas être maintenue. La dictature du prolétariat se transforme en dictature sur le prolétariat. Si
la classe ouvrière n’exerce pas ses capacités créatives et ses capacités de gestion, c’est le socialisme de bureau qui s’impose et c’est une clique antidémocratique qui finit par
régner.


 


Le problème des marxistes occidentaux actuels, c’est leur légalisme, d’où le fait d’une disparition des expériences de
contre-pouvoirs, on est bien loin aujourd’hui dans le PCF, de ce qu’ont osé, les membres de la Commune de Paris. Sans expériences pas de confiances.



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