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Réveil Communiste

Débat burqa dans l'Humanité (après la bataille)

29 Juillet 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions

Repris sur le blog d'André Gerin, sous le titre "face à l'intégrisme, capitulation ou combat?"

 

L'Humanité, dans ses éditions des 19 et 21 juillet, publie deux tribunes contradictoires sur le projet de loi relatif au voile intégral.

Un an après le lancement du débat et un silence pesant, il ne faut donc désespérer de rien.

Voici donc les textes de Michel Fize, sociologue, ancien conseiller au cabinet de Marie-George Buffet au ministère de la jeunesse et des sports, et de Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l'OFCE.

A vous de juger

Cordialement.



Une concertation,
plutôt qu’une loi anti-burqa

Par Michel Fize, sociologue au CNRS.

Il y aura donc, malgré l’avis répété contraire du Conseil d’État (et à moins d’une censure du Conseil constitutionnel), une loi portant interdiction générale du port du voile intégral (cachant le visage) dans l’espace public, la France rejoignant ainsi la position de la Belgique (qui nous avait habitués à plus de tolérance).

Après la loi interdisant le voile à l’école, après le houleux débat sur l’identité nationale, voici donc une nouvelle future loi, qui, cette fois, sanctionne la burqa. Point de ressemblance entre ces trois événements: la communauté visée, qui est essentiellement musulmane. Ce n’est pas un hasard.

Retour en arrière. La poignée de jeunes filles qui, il y a quelques années, se présentaient voilées dans leurs établissements scolaires appartenaient en effet majoritairement à cette communauté. Et, bien sûr, il n’a échappé à personne que le débat sur l’identité nationale s’est largement focalisé sur l’immigration maghrébine. La future loi sur la burqa remet l’islam au cœur de l’attention publique.

Comme le débat sur l’identité nationale, la loi sur la burqa est à la fois inopportune et dangereuse, et, au final, fort peu démocratique.

Inopportune tout d’abord. Alors que des millions de Français doivent faire face à une crise économique sans précédent (depuis 1929), que beaucoup s’interrogent sur leur avenir, que d’autres, toujours plus nombreux, ne savent plus comment boucler leurs fins de mois, Nicolas Sarkozy et ses amis nous sortent de leur chapeau une énième « loi écran » (des vrais problèmes). S’inscrivant dans un renouveau d’intérêt du gouvernement pour le thème (éculé) de la sécurité, le texte sur le voile intégral vise sans aucun doute à « rapatrier » les voix égarées des électeurs du Front national que l’actuel président avait su séduire en 2007. Il s’agit donc là d’une grossière manipulation des autorités publiques, dont les Français ne sont pas dupes.

Comme souvent, dans cette affaire, le gouvernement a procédé par amalgame. Femme voilée égale femme contrainte. Corps masqué égale atteinte à la dignité de la femme. Or, les 2 000 femmes qui portent le voile intégral ne forment pas une population homogène, loin s’en faut. Elles sont à la fois majeures et mineures, mariées et célibataires, religieuses et laïques. Certaines, à n’en pas douter, subissent moult pressions de leur entourage (conjoint, parents, grands frères…), pour se recouvrir le corps de ce voile que le Coran n’a pourtant jamais imposé à aucune femme (à cet égard, le seul point positif du projet de loi est la sanction promise à ces hommes usant de leur autorité pour exercer la contrainte). D’autres femmes cependant, qui sont plus jeunes, adolescentes quelquefois, ne voient dans le voile qu’une énième manière de se distinguer des autres membres de leur communauté (juvénile), un peu comme le font les « gothiques », toutes vêtues de noir, ou les « lolitas », habillées de rose, que l’on voit, ici ou là, déambuler dans nos villes.

L’affaire de la burqa est sérieuse, mais pour d’autres raisons que celles évoquées par le gouvernement. Si la République, pensons-nous, ne peut gérer ses différences culturelles et religieuses (ou simplement vestimentaires), des différences dont on dit justement qu’elles font sa richesse, c’est qu’elle manque singulièrement de confiance en elle et en ses valeurs. Si l’islam fait peur à ce point à notre République fraternelle, c’est qu’elle n’est pas bien sûre de sa laïcité – qui est pourtant une valeur de tolérance et d’ouverture. La République française, nous dit-on, respecte toutes les croyances, à condition que les croyants ne les expriment pas ostensiblement et en laissent les symboles à la maison. C’est ici oublier que l’islam est une « religion globale », qui saisit le sujet dans sa totalité. Nulle distinction dans cette religion entre privé et public. Ne pas voir cela, n’est-ce pas vouloir laïciser la religion musulmane?

Loi inopportune donc que cette loi sur la burqa, loi dangereuse aussi. On a déjà fait remarquer, dans maints papiers, que ce nouveau texte législatif risquait de stigmatiser un peu plus une communauté, la communauté musulmane, déjà fort maltraitée (logement, emploi, santé…) dans ce pays. À l’heure où nous avons besoin de faire bloc contre l’adversité économique et sociale, une telle loi ne peut qu’attiser des divisions préjudiciables à tous.

Certes, nous comprenons que le voile intégral – qui paraît porter atteinte à la liberté de la femme (et y parvient parfois en cas de contrainte) – puisse choquer certains de nos concitoyens, qu’il puisse contrarier des règles de sécurité, qu’il faille, en certaines circonstances, pouvoir identifier une personne. Est-ce suffisant pour faire voter une nouvelle loi répressive ? Non. Alors, de même que nous nous étions opposés naguère à la loi prohibant le voile dans les écoles, nous nous opposons de la même manière à la loi interdisant la burqa (une loi qui de surcroît risque d’être inapplicable), que l’interdiction soit totale ou simplement partielle. Pas de loi ! Une sage concertation paraît préférable, qui viserait à concilier les intérêts des uns et des autres, dans les écoles, les hôpitaux…

La République sarkozyste condamne la burqa, la démocratie française doit l’admettre (quand, naturellement, elle est libre choix des intéressées), au nom même des valeurs de liberté et d’égalité qu’elle défend.

 

Vers une stigmatisation plus grande des musulmans ?

Michel Fize

L’Humanité du 19 juillet 2010

**********************

Non, l’islam intégriste n’a pas
sa place en France

Par Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et professeur à l’université Paris-Dauphiné.

 

L’Humanité du 19 juillet publie un article de Michel Fize, sociologue au CNRS, qui s’oppose à la loi anti-burqa, dénonce la « stigmatisation des musulmans » et préconise la concertation au sujet de la burqa. Faut-il laisser l’islam intégriste s’installer en France et remettre en cause notre mode de vie et nos lois ?

Michel Fize prétend que la loi contre la burqa stigmatise les musulmans avant de reconnaître un peu plus loin : « L’islam est une religion globale qui saisit le sujet dans sa totalité. Nulle distinction entre le public et le privé. » Est-il acceptable que s’implante en France une religion intégriste, qui imposerait ses lois au détriment des lois républicaines ? La religion catholique a renoncé à cette prétention. Que la lutte laïque soit aujourd’hui, en grande part, une lutte contre l’islam intégriste est donc légitime.

Michel Fize découvre que les jeunes filles voilées dans les écoles étaient majoritairement musulmanes (faut-il être sociologue au CNRS pour s’en apercevoir ? Je pense même qu’elles l’étaient toutes). La loi contre le voile visait donc, selon lui, les musulmans. Aurait-il été acceptable que, dans les écoles ou les collèges français, certaines filles doivent payer la tare d’être de sexe féminin, en devant en permanence s’abriter sous un voile ? En ne participant pas aux activités sportives ? Le poids de la famille et de l’entourage est tel que toutes les fillettes musulmanes auraient été progressivement obligées de subir cette oppression permanente.

Les mariages forcés concernent, en France, en 2010, essentiellement des familles musulmanes. Faut-il les accepter pour ne pas « stigmatiser les musulmans ? »

Michel Fize prétend qu’il y a des sujets plus importants, comme la crise économique Allons au fond de l’argument : faut-il s’occuper des femmes battues, alors qu’il y a la crise ? Faut-il s’occuper des enfants maltraités, alors qu’il y a la crise ? Punir les maris violents ou les parents indignes ne vise qu’à détourner des « vrais problèmes », à « attiser des divisions préjudiciables à tous ».

La burqa serait un déguisement comme un autre, une manière de se distinguer. Faut-il accepter que circulent dans les rues des femmes qui acceptent (ou sont contraintes d’accepter) leur soumission aux hommes, qui rappellent que, dans certains pays arabes, ne pas porter cette prison ambulante est puni de coups de fouet ? Que dirait-on si certains voulaient se promener en ville affublés de croix gammées ? Pourquoi accepter que certains hommes veuillent imposer aux femmes de porter une burqa, ou même un voile ? Que dirait-on si certains voulaient imposer aux juifs de porter l’étoile jaune ?

Le pire est que Michel Fize reconnaît que l’islam qui « refuse la distinction entre public et privé » n’est pas compatible avec la laïcité. On ne peut, écrit-il, « laïciser la religion musulmane » ? Mais que ne va-t-il au bout de sa logique ? faut-il accepter que la République Française se plie aux normes de l’islamisme, que la charia s’applique aux musulmans en France, avec l’infériorité de la femme, le droit de l’homme de battre son épouse, la polygamie, la séparation des sexes, les mariages forcés… Ou s’arrête-t-il dans ce qu’il faudrait accepter pour ne pas stigmatiser les musulmans ? Faudra-t-il demain relever les filles musulmanes de l’obligation scolaire ? Leur interdire l’école, comme en Afghanistan ?

Non, il faut le dire clairement : l’islam intégriste n’est pas compatible avec les valeurs de la République Française. Les musulmans qui veulent se soumettre à ces préceptes ne doivent pas résider en France. Ils ne peuvent être citoyens français.

La France est un pays laïque, et veut le rester, et a raison de le vouloir. Admettre l’intrusion de la religion dans les affaires publiques amène à l’oppression des femmes, des minorités (des catholiques au Nigeria, des coptes en Egypte…) et à la guerre des religions (de l’Inde à l’Irak…)

Michel Fize préconise « une sage concertation, pour concilier les intérêts des uns et des autres, dans les écoles, les hôpitaux ». Une concertation, mais avec qui ? Avec quels représentants de l’islam ? Choisira-t-on les plus intégristes ? Que des hommes, je suppose. Passera-t-on un compromis avec ces imams intégristes dont il faudra respecter les intérêts, sur la tenue des filles dans les écoles, sur l’organisation des hôpitaux ? Quel genre de compromis ? Et, pourquoi pas demain, sur les règles du mariage, sur le droit de l’héritage, sur les programmes scolaires ?

En tant que citoyen, Michel Fize a le droit d’avoir une opinion, sur les droits qu’il faut donner, en France à l’islam intégriste.

Est-il légitime de signer « sociologue au CNRS », comme si cette opinion découlait d’une quelconque pratique scientifique ?

Le Parti communiste Français se trompe lourdement en croyant qu’il gagnera des électeurs et des militants parmi la communauté arabe en pactisant avec l’islam, en flattant l’islam intégriste… Les forces progressistes doivent combattre les idéologies réactionnaires et obscurantistes, qui demandent aux hommes (et pire aux femmes) de se soumettre aux pouvoirs établis et aux préjugés hérités du passé. Elles doivent combattre pour l’égalité totale des hommes et des femmes, ne pas fermer les yeux sur des pratiques inacceptables, ne pas prétendre qu’elles sont compatibles avec le combat progressiste.

Est-il acceptable que s’implante en France une religion intégriste qui imposerait ses lois au détriment des lois républicaines ? La religion catholique a renoncé à cette prétention.

Henri Sterdyniak

L’Humanité du 21 juillet 2010

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