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Réveil Communiste

De renflouements en recapitalisations, Dexia va-t-il couler la Belgique?

12 Novembre 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Economie

sur le blog du PTB

Dexia : De garanties en recapitalisations, jusqu’où ira-t-on ?

Dexia est une bombe à retardement. Le gouvernement parle d’injecter (une fois de plus) 6 milliards d’euros dans le Holding, dont la situation ne semble pas s’améliorer. En plus, à l’heure actuelle, l’État est garant pour 47 milliards d’euros de dettes, soit près de 15 % du PIB belge. Quand cela s’arrêtera-t-il ?

Quentin Vanbaelen

 

Photo Salim Hellalet

Au commencement était Dexia SA, aussi appelé le Holding Dexia. Ce groupe, dont les actionnaires principaux étaient, entre autres, les États français, belge, les Régions, ou encore le Holding communal, était lui-même actionnaire de Dexia Banque Belgique, Dexia Crédit local (la branche française), Dexia Banque internationale à Luxembourg et la Denizbank (Turquie). Des années durant, la banque a accumulé toutes sortes de produits financiers. Parmi ceux-ci, des produits dits toxiques issus d’institutions financières américaines.
    Arrive alors 2008, et la crise économique et bancaire. Aux États-Unis, le géant Lehman Brothers fait faillite, sans que l’État intervienne pour le sauver. C’est la panique pour les banques : non, elles ne sont pas à l’abri de tout, et les gouvernements ne les sauveront pas à chaque coup. Elles se méfient les unes des autres, et il devient de plus en plus difficile d’emprunter de l’argent. Or Dexia a besoin d’une injection quotidienne de plusieurs dizaines de millions d’euros pour fonctionner.
    Afin d’éviter la catastrophe, les États belge, français et luxembourgeois accordent à Dexia une garantie de 150 milliards d’euros sur ses emprunts. Cela signifie que Dexia a passé un accord avec les États, qui, au cas où elle ne rembourserait pas ses dettes, les couvriront pour un montant maximum convenu. Les banques peuvent alors être sûres de revoir leur argent, même en prêtant à une banque non fiable comme Dexia. Ces garanties sont partagées entre les différents États : 60,5 % sont assumés par la Belgique, 36,5 % par la France et 3 % par le Luxembourg. De ces 150 milliards, 20 sont encore engagés par les États aujourd’hui.
    Toujours en 2008, les mêmes États recapitalisent Dexia pour 6 milliards d’euros. En effet, la banque déclare alors manquer de liquidités, c’est-à-dire, en gros, d’argent pouvant circuler pour assurer son fonctionnement.

Rien n’est résolu

Cette mesure est prise en vue d’une sortie de crise rapide, qui permettra de désengorger les dettes de Dexia à court terme. Mais la crise s’intensifie, et la banque s’essouffle. En octobre 2011, le Holding est au bord de la faillite. Un sauvetage est organisé. La Belgique rachète Dexia Banque Belgique (DBB), devenue Belfius, pour 4 milliards d’euros.
    La Commission européenne estime par ailleurs que, puisque le Holding reçoit de l’aide des États, il doit organiser sa liquidation, et revendre à terme les différentes structures dont il était composé. Dexia Banque internationale à Luxembourg et la Denizbank sont cédées. Du Holding de départ ne restent que Dexia SA et Dexia Crédit local (DCL).
    Fin 2011 toujours, une deuxième vague de garanties d’État est accordée au Holding, avec la même clé de répartition entre États qu’en 2008 (donc, 60,5 % pour la Belgique). A l’heure actuelle, le montant maximum qu’il est possible de garantir a été fixé à 55 milliards d’euros (il est prévu de le faire passer prochainement à 90 milliards d’euros), dont 53 sont déjà effectivement engagés dans des garanties. Additionnés aux garanties restantes de 2008, ce sont 73 milliards qui sont engagés, dont 47 par la Belgique. Et rien n’indique qu’afin de maintenir Dexia à flot, il ne faudra pas engager encore plus d’argent des États.
    Fin 2012, le Holding appelle une nouvelle fois à l’aide. On parle d’une nouvelle recapitalisation d’environ 6 milliards d’euros.

Manque de transparence

Il apparaît maintenant de plus en plus clairement que Dexia, contrairement à ce que ses administrateurs avaient prétendu en 2008, ne manque pas de liquidités, mais de solvabilité. Cela implique qu’il ne s’agit pas d’argent manquant dans l’immédiat pour faire tourner la machine, mais que le Holding manque structurellement de moyens et qu’il lui serait impossible de rembourser tous ses emprunts. Cependant, il est impossible de bien prendre la mesure de ce problème sans données claires sur sa situation.
    En effet, un des principaux problèmes du dossier est l’absence totale de transparence quant à la situation du Holding. Les États injectent donc des milliards et garantissent des sommes folles pour des prêts dont on ne sait souvent rien (voir l'encadré). Dexia reste encore en grande partie dépendante de l’évolution des marchés et de la situation économique. Or la crise s’approfondit et tout indique que la situation ne va pas s’améliorer. L’État belge est donc menotté à une véritable bombe.

 

Les responsables


La bombe est là, et il est peu probable qu’elle n’explose pas tôt ou tard. Qui sont donc les artificiers qui l’ont programmée ? Solidaire a déjà publié un dossier en trois partie qui répondait en partie à cette question (voir Solidaire n° 21, 22 et 23 des 24 mai, 31 mai et 7 juin 2012). Il n’y a certes pas qu'un seul responsable. Mais l’on peut établir une liste de personnes impliquées. En premier lieu, les banquiers. Depuis 1996, les personnes à la tête du Holding Dexia ont mis en place un système permettant de spéculer sans limite et de toucher à des produits malsains qui ont causé la débâcle.
    Le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde pointe aussi la responsabilité des organes de régulation, à savoir l’Autorité des services et marchés financiers et la Banque nationale de Belgique.
    Par ailleurs, les politiciens ne sont pas innocents. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs siégé au conseil d’administration de Dexia. Quant au gouvernement, il a pris la décision de garantir les emprunts de Dexia et de la recapitaliser sans qu’un audit clair ait été réalisé sur la situation du Holding, ce qui était irresponsable. En outre, la procédure suivie serait illégale, comme l’indiquent le CADTM et Attac (voir ci-contre).
    Le fait d’engager de telles sommes sans qu’il y ait de débat public sur la question et sans que la population ait son mot à dire est plus que discutable. Il semble qu’il suffise à Dexia de venir frapper à la porte du gouvernement pour que celui-ci ouvre la vanne à milliards. Et ce, tout en préparant l’austérité pour la population…

 

Bilan et hors bilan : les inconnues


Lors des travaux de la Commission Dexia, qui était censée résoudre le problème et enquêter sur la situation du Holding, Pierre Mariani, ancien CEO de Dexia et Jean-Luc Dehaene, à l’époque président du conseil d’administration, affirmaient que la banque a un bilan (c’est-à-dire, en gros, une valeur) de 500 milliards d’euros. Mais il y a aussi le hors-bilan, constitué de produits moins sûrs, pour une valeur de 1500 milliards.
    En effet, pour se garantir du remboursement de ses prêts, Dexia a contracté des Swap. Ceux-ci fonctionnent plus ou moins comme des assurances. Dexia paie un taux d’intérêt à l’assureur, et celui-ci s’engage, en cas de défaut de paiement d’un créancier de Dexia, à rembourser sa dette. Le problème de cette situation est qu’on ignore auprès de qui Dexia s’est assurée. Il pourrait s’agir d’autres banques ou acteurs financiers en difficulté, qui pourraient s’effondrer. À ce moment-là, les garanties sautent, et les montants que Dexia a prêté risquent de ne jamais lui revenir. Or, de ces 1500 milliards hors bilan, on ne sait rien, et aucun contrôle ne peut donc être exercé dessus.

 

La recapitalisation


Pourquoi le gouvernement décide-t-il de recapitaliser ? Afin d’éviter la faillite. Car, si Dexia est mise en faillite aujourd’hui, ses créanciers viendront frapper à la porte des États pour réclamer leur argent, que ceux-ci ont garanti. La Belgique devrait débourser près de 47 milliards d’euros. Le gouvernement préfère donc injecter petit à petit de l’argent dans Dexia. Le problème est qu’en l’absence de vue claire sur l’état du Holding, il est impossible de prévoir s’il faudra encore recapitaliser, combien de fois et quel montant.
    Notons encore qu’à l’heure actuelle, le système financier compte sur le fait que les États vont payer pour les banques. Tout fonctionne donc comme avant, avec en plus une garantie que les États vont éponger les dettes non honorées.  
Enfin, tout cela se fait sur le dos de la population. Car l’argent que l’État injecte dans Dexia est retiré d’autres budgets, soit immédiatement, soit dans un futur proche, pour satisfaire aux exigences européennes en matière de budget. La recapitalisation se fait donc au détriment des budgets consacrés à l’emploi, la santé, l’enseignement… Se repose alors le débat fondamental lié à l’austérité et à la crise économique : qui doit payer ? L’État doit-il dégager de l’argent pour sauver les spéculateurs et les banquiers tout en coupant dans les dépenses sociales ?
    Il est urgent de réaliser un audit clair sur la situation de Dexia et de trouver une alternative à l’étau qui se resserre sur la population belge, coincée entre les recapitalisations à répétition et la menace d’une faillite activant les garanties faramineuses accordées par le gouvernement.

 

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