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Réveil Communiste

De Farhat Hached à Henri Curiel : L'intolérable impunité des crimes colonialistes

16 Janvier 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

sur le blog de Jean Lévy :

La vérité n'est pas près d'éclater au grand jour, et toute vérité n'est toujours pas bonne à dire, s'agissant des crimes commis par les colonisateurs

PUBLIE LE : 15-01-2013

 

D.R

Le comité tunisien "Vérité et justice pour Farhat Hached", s'attache depuis des décennies à faire toute la lumière sur l'assassinat du leader syndicaliste. Il a, aussi, contribué à déplacer les projecteurs sur d'autres victimes célèbres, comme le marocain Ben Barka ou l'algérien Ould-Aoudia.

De Paris, Salah AREZKI

Les historiens, tout le mode le sait, dissèquent des faits et les analysent froidement, sans s'abandonner aux sentiments comme le ferait un témoin ou un acteur de l'histoire.

 

C'est sans doute pour cela que les organisateurs de la journée consacrée aux crimes colonialistes, samedi à Paris, ont commencé avec des historiens. Cette journée, au titre qui questionne non sans suspecter la réponse : "A quand la vérité sur les crimes coloniaux ?", a eu pour cadre l'une des salles de l'Assemblée nationale française.  

Les deux historiens tunisiens qui ont ouvert la séance ont axé leurs interventions sur le travail de mémoire, effectué autour de la personnalité et de l'action des Farhat Hached. Les travaux de la matinée, étaient, en effet, consacrés à l'évocation du syndicaliste tunisien, assassiné le 5 décembre 1952 par la "Main rouge" (1), une des équipes action du SDECE. Les plus hautes autorités françaises ne pouvaient éluder leur participation à l'assassinat, puisque le SDECE était à l'époque sous l'autorité du président du Conseil, Antoine Pinay.

La recherche de la vérité passant par la démystification, il fallait dégonfler ce ballon de baudruche, nommé "Main rouge", et qu'on voulait faire passer pour un groupuscule extrémiste hors de contrôle.  Tous les intervenants ont insisté sur la responsabilité pleine et entière du SDECE, sous le contrôle des plus hautes sphères, dans les crimes commis contre les leaders nationalistes engagés dans le combat anticolonialiste.

De fait, et en raison du choix des personnalités évoquées, il a été beaucoup plus question de l'Algérie, que des deux autres pays du Maghreb, à savoir la Tunisie et le Maroc, pourtant fortement représentés dans le public. En somme, l'assassinat de Farhat Hached n'aura été que le prélude à des actions similaires, de plus grande ampleur et sur une plus grande échelle, avec en toile de fond la Révolution algérienne.

Avec l'enlèvement en plein Paris, puis vraisemblablement le meurtre ailleurs, de Mehdi Ben Barka, on s'est un peu enlisé dans ce qu'un juriste a appelé le "jeu de balançoire" franco-marocain. Les deux acolytes se renvoyant la balle, au grand dam des enquêteurs et des journalistes, jusqu'à ce que plusieurs protagonistes de l'affaire disparaissent, emportant leurs secrets avec eux. Raison pour laquelle, Bachir, le fils du grand leader marocain tiendra à souhaiter "longue vie" aux assassins encore vivants de son père, rien que pour la manifestation de la vérité. 

Puis on revient très vite sur la guerre d'Algérie, avec l'exposé que Jean-Philippe Ould-Aoudia (2), a consacré au meurtre de son cousin, Me Amokrane Ould-Aoudia. Cet avocat algérien du barreau de Paris a été assassiné le 21 mai 1959, parce qu'il était le défenseur des militants du FLN-ALN. Quelques jours avant sa mort, il a reçu, ainsi que six autres confrères voués à la même cause, une lettre avec ce message : "Tu vas mourir". La lettre adressée à Ould-Aoudia portait le numéro "1", le numéro "2", et donc le suivant sur la liste funèbre, était Me Vergès. "Pour utiliser le langage d'aujourd'hui, ironise l'orateur, je dirais qu'on a opté pour la "préférence nationale" en désignant le français Vergès, et on a laissé parler le racisme en ciblant le musulman Ould-Aoudia. Malgré les deux balles de 9mm qui lui ont percé la nuque, un médecin légiste a conclu que Me Amokrane Ould-Aoudia était mort d'une crise cardiaque", a-t-il ironisé. C'est sans doute la hardiesse de ce médecin qui inspira plus tard le sinistre Papon, inventeur de la formule des morts à la suite d'une "noyade par balles", après la sanglante répression du 17 octobre 1961. 

Avec Henri Curiel, militant de la cause algérienne, et anti sioniste, victime lui aussi d'un attentat du SDECE, le 4 mai 1978, et attribué hâtivement au "Mossad", on est encore dans "les soubresauts lointains, mais réels de la guerre d'Algérie". C'est par cette formule que la journaliste, et fille d'un compagnon de Curiel, Sylvie Braibant, a résumé la liquidation de l'ancien animateur des réseaux de porteurs de valises. Le contexte de cette liquidation est d'une rare éloquence : celui qui dirigeait à ce moment-là le service action  du SDECE, et a été nommé par Giscard d'Estaing, était un certain "Georges", ancien chef des commandos "Delta" de l'OAS. Pour le professeur René Gallissot, l'impunité est la caractéristique principale de ces crimes colonialistes. Ordonnateur du crime et exécutants sont assurés de demeurer impunis puisqu'ils agissent au nom de la raison d'État.

C'est, pour cela qu'il faut libérer l'accès aux archives, à toutes les archives, et non pas en continuant à trier ces archives, comme on l'a fait dans l'affaire Ben-Barka.

S. A.

(1)    Plusieurs orateurs se sont attachés à montrer que la "Main rouge", n'existait pas en tant qu'organisation, mais qu'il s'agissait d'équipe de tueurs du SDECE, regroupés ponctuellement pour une action d'élimination physique. Ces équipes étaient alors affublées du nom de "Main rouge", l'appellation étant comprise comme un code d'action exclusif des services français.
(2)    Ce dernier n'est autre que le fils de Salah Ould-Aoudia, l'un des fonctionnaires des centres sociaux, assassiné par l'OAS, le 15 mars 1962 à Alger, en même temps que ses cinq autres compagnons, dont l'écrivain Mouloud Feraoun.

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