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Réveil Communiste

Danielle Bleitrach : analyse marxiste et léniniste de la crise du capitalisme

15 Mai 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

Le rêve d’un paradis perdu d’un capitalisme libre et honnête par danielle Bleitrach


Il y a quelque chose de déroutant dans la manière dont l’Europe, en train d’exploser, continue néanmoins à donner des leçons au reste de l’humanité. Personnellement je n’ai même plus le désir de décrire le ridicule d’une mairie de Paris se préoccupant de réformer Cuba(1), soutenant les dames en blanc après le bonze tibétain, tous stipendiés des Etats-Unis, ou encore la manière dont l’Espagne en chute libre produit un modèle de “transition” toujours pour Cuba, qui a le tort d’avoir choisi le socialisme comme mode d’indépendance. Il n’y a plus qu’à tirer l’échelle, ces gens sont complètement fous, c’est le naufrage du titanic, et les passagers de la première classe en train de jouer la grande bouffe et entre deux éructations expliquant aux immigrants de l’entrepont  le fonctionnement optimal des canots de sauvetage. A propos Aznar a dit que lors du sommet Union européenne-Amérique latine, il voulait “se faire” Cuba, regardez-le avec son épouse qu’il appelle “son hillary”, s’il se trouve encore un lecteur de ce blog capable de croire ces gens-là, qu’il aille se faire voir… Parlons s’il vous plait de choses plus intéressantes, débarrassons-nous de leur miasmes si faire ce peut.


 

 La fin d’un monde, un ébranlement


Nous sommes dans une situation historique d’accélération, celle d’un formidable ébranlement que décrivait Marx dans un texte célèbre : “A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou avec ce qui n’en est que l’expression juridique, c’est-à-dire avec les relations de propriété dans lesquelles elles se situaient. De formes de développement des forces de production qu’ils étaient, ces rapports de production se transforment en entraves. Commence alors une époque de révolution sociale. Avec le changement de fondement économique, c’est toute la vaste superstructure qui, plus ou moins rapidement, se transforme” (Karl MARX, Critique de l’Economie Politique, Préface, Ibid.,p.273).


Nous avons tellement l’habitude des crises du capitalisme dont il ressort apparemment avec une nouvelle jeunesse, tandis que s’effondrent autour de ce phénix ceux qui ont tenté sous diverses formes de le combattre, que cette analyse peut paraître un catastrophisme prophétique hors de saison. Peut-être cela est-il du à des temporalités différentes, celle d’un mode de production qui se déroule sur des siècles, et celle de l’éphémère être humain qui confond le mouvement de l’histoire et celui de sa génération. Mais il est vrai que  le Capital est un mode de production “révolutionnaire” dont la crise paraît le mode de fonctionnement ordinaire. Depuis le début du 19 e siècle, ne cessent de se succéder les dites crises qui peuvent même être considérées par certains analystes comme un mode de rétablissement du système.


En 2007, la crise n’est plus un moment passager de rétablissement


C’est d’ailleurs la manière dont aujourd’hui ceux qui ont à charge de diriger le monde ou qui prétendent s’arroger ce droit ont tenté d’interpréter la crise qui a débuté en 2007, sous la forme apparement périphérique d’une crise de défaut de paiement aux Etats-Unis des crédits immobiliers. On la dénomma  crise  des subprimes.Il s’agissait disait-on d’une “bulle” comparables à d’autres bulles qui devait éclater pour assainir les marchés. Oui mais déjà, la dite bulle nous apparaissait comme annonçant une crise systémique pour une série de raisons:


- Pour la première fois la crise n’apparaissait pas à la périphérie du mode de production capitaliste mais en son coeur et doublement: les Etats-Unis et Wall Street. Toute la réponse du système a été d’ailleurs et continue d’être la tentative de reporter l’impact de la dite crise sur le monde du travail mais aussi plus généralement sur les pays du sud, de son centre vers la périphérie, un renforcement de l’exploitation et donc des modes de domination. Il s’agissait donc non seulement d’une crise financière mais aussi économique, sociale, politique culturelle :  la violence du maintien d’une domination à l’échelle planétaire, nous en sommes encore là.


- Cette crise plus fondamentalement manifestait la nocivité des “techniques” que le capitalisme avait développé depuis quelques décennies, techniques connues sous le nom de néolibéralisme.  Une manière de faire taire tout débat politique sur les choix politiques collectif en leur substituant une pseudo science du “marché”, une aggravation de la domination de classe qui accompagnait le pillage et la pression sur les salaires.  En fait, face à sa propre crise des années quatre-vingt, le capitalisme avait paru retrouver un nouveau souffle en accentuant sa pression sur les salaires directs ou indirects et en pillant à l’extrême les pays du sud. Cette phase néo-libérale souvent présentée comme une destruction de l’Etat, était en fait ,grâce aux pouvoirs étatiques, une privatisation des fonctions étatiques y compris les plus régaliennes comme l’armée (il ne s’agit plus de défense nationale, mais de troupes mercenaires chargées de faire respecter les conditions du pillage). Il ne s’agissait pas de destruction de l’Etat mais de lui faire toujours plus jouer son rôle qui est de favoriser le pillage monopolistique en matière fiscale mais aussi en matière de protection sociale remise en cause et livrée aux marchés. Partout l’endettement qu’il s’agisse de celui des ménages mais aussi celui des Etats (y compris ceux des pays occidentaux), prétend suppléer à cette pression sur les salaires et sur la production. Pour cela non seulement il n’y a pas de disparition de l’Etat mais construction d’institutions supra-étatiques au profit des monopoles financiarisés, assurant à la fois la concurrence sur les faibles et le protectionnsime des forts, en privant le citoyen de sa capacité d’intervention. Donc la remise en cause de l’autonomie relative de l’Etat par rapport aux contradictions de classe, représentatif d’un “intérêt général”, la main mise directe d’une poignée, moins encore qu’une fraction de classe.


-Parce que cette transformation institutionnelle se situe dans un contexte où les institutions internationales qui ont été mise en place aux lendemains de la deuxième guerre mondiale sont elles-mêmes bloquées.  Ces institutions internationales  ne traduisaient  pas seulement la domination de l’occident mais une domination désormais hierarchisée, l’Europe et le Japon étant vassalisés aux Etats-Unis, d’abord face à l’URSS, puis dans le seul maintien d’un système de plus en plus en crise, mais incapable de se transformer.La vassalisation était une manière de limiter les concurrences interimpérialistes qui avaient débouché sur deux guerre mondiales et d’organiser un front uni contre l’Union soviétique mais aussi le Tiers Monde. Les institutions étant bien sûr celles dites de Bretton Woods: la banque mondiale et le FMI, mais aussi celles autour de l’ONU, caractérisées par le poids du Conseil de sécurité sur l’assemblée des nations. Ce n’est donc pas un hasard, mais une logique inscrite dans le développement général si désormais l’Union européenne à sa périphérie importe les plans d’ajustement structurel imposés depuis des décennies au Tiers Monde. Mais c’est aussi le signe d’une reprise de la concurrence interimpérialiste.


- La domination des Etats-Unis à la fois militaire, financière – et idéologique à travers un véritable système de propagande totalement contrôlé et fondé sur la marchandisation- est entrée dans une crise profonde. Mais le paradoxe est que cette puissance est  sans rivale capable de lui disputer l’hégémonie. Sur le plan militaire, l’énorme armada étasunienne flanquée de ses alliés de l’OTAN s’avére incapable de maîtriser une petite peuplade de montagnards afghans, comme elle témoigne de son incapacité à porter autre chose que le chaos en Irak. Cette armada conçue pour la confrontation avec une autre puissance et pas pour le contrôle des peuples rebelles, est en échec, et entraîne ses vassaux dans l’échec. Pour poursuivre, là encore le système ou plutôt le mode de production capaitaliste est obligé de se fabriquer des ennemis grâce au système de propagande. La machine auto-entretenue est  condamnée à aller de l’avant sous la pression continuelle du complexe industrialo-militaire. La question de la paix et de la guerre, de plus en plus mercenaire, échappant à l’intervention des cioyens. L’autre base de la domination, le dollar, et son complément le pétro-dollar, témoigne plus encore de sa fragilité. La crise ayant engendré un nouvel appel à la planche à billet et l’équivalent de la monnaie unique mondiale devenant de fait une sorte de billet de monopoly ne reposant que sur la volonté des joueurs d’y croire et sur la domination US autant que sur l’absence d’alternative. Oui mais, la confiance est la chose la moins partagée au monde entre capitalistes , d’où une autre phase de la crise, la thrombose, personne ne voulant plus acheter les produits avariés, le crédit ne circule plus, l’endettement est devenu mortel. Alors on déverse des paquets de monnaie virtuelle, les Etats accroissent leur dette… Et la spéculation s’enfle à nouveau de procédures destinées à tirer du sang des peuples. Et la concurrence interimpérialiste dans le pillage devient plus aigûe, les Etats-Unis sont obligés de tenter de l’endiguer. La crise de l’euro, avec son paroxysme actuel, la crise grecque, étant la manifestation à la fois de la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas admettre la montée en puissance d’une monnaie concurrente, de l’état de crise profonde de l’Union européenne (avec de fait une monnaie aussi réévaluée que le dollar lui-même) et donc l’empêcher d’être un concurrent du dollar revient dans le même temps à placer celui-ci dans une plus grande fragilité.


Des transformations réelles dans un système arcbouté sur le refus du changement


On le voit à travers ces divers exemples , l’ébranlement est profond, parti de la base économique, il rend caduques la superstructure institutionnelle, sans pour autant voir surgir une solution de rechange. Comment faut-il juger dans ce cas de la montée en puissance des pays dits du BRIC, et parmi eux singulièrement la Chine? Cette montée mérite une analyse en soi. Mais contentons de noter quelques tendances:


- Comme pour l’ex-URSS c’est un pays sous développé qui, non seulement monte à la faveur de la crise impérialiste et le fait en développant des rapports sud-sud, mais la Chine a tiré des leçons de l’effondrement de l’ex-URSS et sur deux points essentiels: premièrement le refus de la confrontation militaire et de la conquête idéologique tout en développant un réseau d’alliance sur des bases d’abord d’intérêts réciproques. Ensuite une politique d’accélération de son propre développement qui n’anticipe pas sur l’instauration du socialisme tout en maîtrisant le tigre du développement capitaliste et en particulier celui ou les monopoles financiarisés deviennent de plus en plus dangereux. Se situer dans le système pour vaincre le sous développement tout en prétendant le maîtriser, voir face à la crise en jouant la contre-tendance  peut y compris se traduire par des risques d’implosion, en particulier les tensions liés aux inégalités, à l’accumulation primitive.  Ces risques doivent être à chaque moment affrontés car ils sont comme autant de bombes qui vont être utilisées par l’impérialisme en crise pour éliminer le concurrent potentiel (à la manière dont il est agi sur l’allié direct qu’est l’Europe et en plus violent).


Ce qui rend tout à fait nécessaire une analyse objective de la montée en puissance de la Chine est que cette crise loin de se traduire par un affaiblissement – comme l’Europe qui doit de fait entretenir à ses dépends l’hégémonie du système impérialiste- continue sa croissance et peut légitimement revendiquer une transformation des institutions internationales qui jusqu’ici n’ont servi qu’à consacrer la domination mondiale.


Il est clair que tout est fait pour bloquer cette tranformation de l’accès d’un autre système aux institutions actuelles de gouvernance de la planète, est-ce que cela ira jusqu’à la guerre ?


Le retour au paradis perdu ?
 
 La crise est bien au coeur du fonctionnement du système, la contradiction au coeur non seulement des rapports de propriété existant, les monopoles financiarisés et leur domination-exploitation politico-économique sur la planète mais la forme de leur relation, la concurrence sous ses diverses formes y compris la guerre.


Car ce que Marx met en évidence également c’est la manière dont à chaque crise le capitalisme se transforme et comment ce qui semble sa loi fondamentale la libre concurrence engendre la concentration de la production.  Ce que Lénine poussera jusqu’à sa conséquence ultime, l’existence d’un degré de développement qui conduit au monopole.Et si l’on suit bien sa démonstration dans son opuscule trés important “impérialisme stade suprême du capitalisme”, nous sommes  devant un système capitaliste arrivé au stade de la globalisation monopolistique ou le monopole est devenu un fait planétaire destructeur des êtres humains et de l’environnement (quel plus bel exemple que ce flot continu de pétrole brut qui menace les côtés de la Louisiane tandis que l’empire le plus puissant qui ait jamais existé contemple pétrifié la catastrophe sans songer à modifier rien de son mode de fonctionnement y compris sa soumission aux lobbies pétroliers).


Parce que ce qui apparait est l’incapacité du système à se réformer autrement qu’en aggravant ses propres contradictions, c’est-à-dire la socialisation planétaire détournée pour le bénéfice d’une oligarchie de plus en plus étroite, incapable du moindre compromis. Et c’est à cette capacité de compromis de l’âge d’or dont ne cessent de rêver certains. Il y a même une sorte d’étonnante “naiveté” de “gauche”, toujours à la recherche d’un paradis perdu d’un capitalisme à visage humain et dont le dernier avatar est l’enthousiasme pour un Obama qui en réalité ne peut pas agir autrement que ce que le système de domination le lui impose, mais qui est une sorte de représentation illusoire de l’accès du sud à la tête de l’empire impérialiste.


Nous retrouvons encore une constante de cette phase impérialiste, où grâce au système de propagande on vend  un produit miracle, l’individu qui prétendrait incarner le renouveau du système et donc la capacité démocratique traditionnelle à le réformer. Comme on vend l’incarnation du mal, et c’est là que l’on est stupéfait de l’acharnement contre un moucheron, Cuba que tout le monde s’acharne à vouloir rendre plus démocratique. Pourquoi cet îlot des Caraïbes ? Parce qu’il a acquis par sa résistance une puissance symbolique incontestable.


En dépit de leur volonté et hélas semble-t-il de la notre ?


 ”Le capitalisme arrivé à son stade impérialiste conduit aux portes de la socialisation intégrale de la production; il entraîne en quelque sorte les capitalistes, en dépit de leur volonté et sans qu’ils en aient conscience, vers un nouvel ordre social, intermédiaire entre l’entière liberté de la concurrence et la socialisation intégrale.


La production devient sociale, mais l’appropriation reste privée. Les moyens de production sociaux restent la propriété privée d’un petit nombre d’individus. Le cadre général de la libre concurrence nominalement reconnue subsiste, et le joug exercé par une poignée de monopolistes sur le reste de la population devient cent fois plus lourd, plus tangible, plus intolérable.


“Même dans l’activité purement économique, écrit Kestner, un certain déplacement se produit de l’activité commerciale, au sens ancien du mot, vers la spéculation organisée. Le plus grand succès ne va pas au négociant que son expérience technique et commerciale met à même d’apprécier au mieux les besoins des clients et, pour ainsi dire, de “découvrir” la demande latente, mais au génie (?!) de la spéculation, qui sait calculer à l’avance ou du moins pressentir le développement organique et les possibilités de certaines liaisons entre les différentes entreprises et les banques…”

Traduit en clair, cela veut dire que le développement du capitalisme en est arrivé à un point où la production marchande, bien que continuant de “régner” et d’être considérée comme la base de toute l’économie, se trouve en fait ébranlée, et où le gros des bénéfices va aux “génies” des machinations financières. A la base de ces machinations et de ces tripotages, il y a la socialisation de la production; mais l’immense progrès de l’humanité, qui s’est haussée jusqu’à cette socialisation, profite… aux spéculateurs. Nous verrons plus loin comment, “sur cette base”, la critique petite-bourgeoise réactionnaire de l’impérialisme capitaliste rêve d’un retour en arrière, vers la concurrence “libre”, “pacifique”, “honnête”.(Lénine impérialisme, stade suprême du capitalisme)


Est-il besoin de commenter ce texte qui décrit admirablement les raisons pour lesquelles le système semble incapable de se réformer. Mieux il donne les clés de la manière dont “la superstructure” juridico-politique des démocraties occidentales semble totalement impuissantes à engendrer une volonté politique qui  trouverait la solution à la crise décrite par Marx, celle d’un mode de production qui voudrait bien rester éternel mais qui a commencé son formidable ébranlement.


La recherche du compromis est encore la caractéristique de ce moment où perdurent les illusions, il serait encore possible de s’entendre pour perpétuer une domination à l’ombre de laquelle on a cru vivre et bien vivre… Le rêve perdu d’une capitalisme à visage humain…


Nous sommes devant une sorte de village Potemkine, grâce à sa formidable puissance médiatique (90% des nouvelles sont contrôlées par le système de propagande qui oeuvre à la domination et à sa survie), il est tendu devant la catastrophe une image idéalisée de nos sociétés et tout ce qui résiste est peint sous les couleurs du mal.


Danielle Bleitrach


PS. A ce propos, si j’étais à Paris, je me rendrais au rassemblement Place de l’Hôtel de Ville à Paris le 18 mai à 11h. Le maire de paris tel qu’en lui-même l’éternité le change a décidé d’organiser un rassemblement de soutien aux “dames en blanc”, comme au même moment Aznar et les socialistes espagnols ont décidé de relancer la sauce anti-cubaine à Madrid (cela doit faire partie de la soumission à Wall street du gouvernement espagnol), on peut penser qu’il y a là un ordre venu d’en haut: “ne laissez pas retomber la sauce”.Chacun mesurera “l’urgence” d’une mobilisation anti-cubaine dans l’Union européenne, mais ça doit bien avoir une raison, celle d’éviter que l’on cherche une alternative.  Donc si j’étais à Paris j’irais manifester aux côté des associations pro-cubaines qui organisent cette riposte. A noter que le communiqué sera publié dans l’Humanité. A Midi, une délégation sera reçue par les élus communistes de la Mairie de Paris.

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