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Réveil Communiste

Compte rendu critique de Japy : le basculement pro européen du Front de Gauche continue

6 Mai 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

  Cr du dernier meeting de Japy sur le blog de Jean Lévy

 

"Le réel, c'est ce qui refuse de disparaître lorsqu'on cesse d'y croire"

(Philip K Dick)

 

Hier, j'ai pris mon courage à deux mains, et je suis allé au meetingue. Faut dire que ma curiosité avait été sérieusement piquée par les tracts: sur celui du PCF, on pouvait lire "meeting du Parti de la Gauche européenne", alors que celui du PG invitait à un vague "meeting pour mener une politique de gauche en France et changer l'Europe" sans aucune référence au PGE.

Du coup je me suis dit: "il faut que je sache". Et j'y suis allé.

 

Au départ, tout démarre bien. Sans être pleine, la salle du meeting accueillait tout de même quelque 700 personnes, ce qui reste une audience honorable. Quant aux intervenants, le parterre comptait ce qui se fait de mieux dans l'orbite du Front de Gauche: la troïka Laurent-Mélenchon-Piquet, bien sur, plus Martine Billard (co-presidente du PG), Pierre Khalfa (co-président de la Fondation Copernic), Aurelie Trouvé (co-présidente d'Attac France, c'est fou ce que le co-président est à la mode dans la gauche radicale), Patrick Le Hyaric (pas encore co-président, mais directeur de l'Humanité) et trois invités étrangers.

 

Tout allait bien donc, et la soirée promettait donc d'être intéressante. Mais alors, d'ou vient cette lassitude, cette tristesse qui m'envahit au fur et à mesure des interventions ? Vient-elle de la l'inévitable succession de discours identiques expliquant combien Sarkozy est méchant, combien Barroso est libéral, combien l'Europe est faite pour les gros et les puissants, tous ces discours qui n'ajoutent absolument rien à ce que le public ne sait déjà ?

Non.

Aussi pénibles que soient ces discours mille fois entendus, le problème ne se situe pas là.

 

Le problème est bien plus profond, et se situe dans le fonds du discours. Ou plutôt, pour être précis, dans son absence de fonds. En fait, en écoutant cette superposition de discours j'ai vu avec horreur le Front de Gauche reprendre les vieux arguments des partisans du traité de Maastricht: "l'Europe est absolument indispensable", "ceux qui ne veulent pas l'Euro sont pour un repli nationaliste et xénophobe" et ainsi de suite. En fait, les organisations qui composent le Front de Gauche ont fait leur le discours des fédéralistes européens: il n'y a pas d'avenir en dehors de l'Europe, les nations sont des structures dépassées (et accessoirement colonialistes, racistes, xénophobes...), les problèmes du XXIème siècle ne peuvent être traités qu'au niveau européen, etc. C'est ce discours qu'on a entendu hier soir dans un bel ensemble.

 

Mais le discours fédéraliste du Front de Gauche est superficiel et contradictoire. Prenons un premier exemple, celui qui concerne la souverainété. Où réside la souveraineté ? Si l'on écoute Christian Piquet, elle pourrait résider dans le "peuple européen", puisqu'il appelle - et ce n'est pas la première fois - à l'élection d'une assemblée constituante européenne. Mais lorsqu'on entend Jean-Luc Mélenchon, on a l'impression au contraire que la souveraineté réside dans le "peuple français". Or, ces deux positions sont incompatibles: la souveraineté est par essence indivisible, elle ne peut se partager. Et deux souverains ne peuvent coexister dans le même domaine.

 

Prenons un deuxième exemple. Jean-Luc Mélenchon se propose, s'il devait demain conduire le pays, de "ne pas appliquer le traité de Lisbonne". Or, pour qu'un traité régulièrement ratifié ne s'applique pas, il faut le dénoncer. Autrement, n'importe quelle personne physique ou morale pourra obtenir des tribunaux que le traité en question soit appliqué. Une loi ne suffit pas a priver un texte d'effet, puisque la constitution indique que les traités régulièrement ratifiés sont supérieurs aux lois, même postérieures. Et dénoncer le traité, cela revient, en droit, à sortir de l'Union Européenne et de l'Euro. Car on ne peut pas unilatéralement revenir en arrière et retablir le traité de Maastricht que le traité de Lisbonne a remplacé.

Comment concilier cette position avec les discours des autres intervenants condamnant toute sortie de l'Euro comme une politique "démagogique et ethniciste" ?

 

Prenons un troisième exemple: comme on est fédéraliste, il n'est plus question d'abolir la BCE et de revenir aux monnaies nationales, ni même à la monnaie commune qui était le leitmotiv des économistes proches du PCF. Mais si on garde la banque centrale, on change radicalement son fonctionnement et, proposition novatrice, on lui impose de racheter les titre de dette émis par les pays de la zone euro. Seulement, les proposants de cette solution ne se rendent pas compte que ce système équivaut à donner à chaque pays le droit de faire fonctionner sans limite la planche à billets commune, tout en faisant supporter les coûts par l'ensemble de la zone euro. Quel serait le mécanisme de rappel qui empêcherait un pays de puiser sans limite dans la caisse commune ?

 

Ce discours fédéraliste n'apparaît pas par hasard. Il n'est pas inutile de rappeler que le PRS avait milité en son temps pour la ratification du traité de Maastricht et que s'il a condamné "l'Europe libérale", son crédo a toujours été fondamentalement fédéraliste (par exemple, sur la question de la constituante européenne). Mais il est plus étonnant de la part du PCF, qui avait pris clairement position - et justifié théoriquement cette position - contre toute instance supra-nationale portant atteinte à la souveraineté populaire. Que le PCF ait intégré sans débat interne ce discours montre le niveau du désarroi idéologique de cette organisation.

 

Si le discours fédéraliste du Front de Gauche est aussi superficiel et contradictoire, c'est bien pour cela. Il n'est pas le résultat d'une prise de position consciente après un débat interne et un vote. Il est le résultat d'une politique de chien crevé au fil de l'eau, et ce qui est encore plus grave, d'une aliénation à la position du Front National. Si Marine dit "blanc", il faut dire "noir".

Le Front de Gauche n'a jamais été aussi véhément dans sa défense de l'Euro que depuis que Marine a dit qu'il faut le quitter.

 

Hier soir, les orateurs étaient bons. L'intervention de Jean-Luc Mélenchon en particulier était techniquement excellente. Mais le meilleur tribun du monde ne peut pas aller très loin avec un discours aussi indigent. Pire: en choisissant par défaut la position fédéraliste, le Front de Gauche prend clairement position pour les classes moyennes, qui sont les grandes gagnantes de la construction européenne et de l'Euro, contre les couches populaires qui en sont les grandes perdantes. Il y a peut-être de bons arguments pour garder l'Euro, mais "c'est l'Euro ou la xénophobie" n'est pas l'un d'eux. Et ce genre d'argumentation rappelle désagréablement le terrorisme intellectuel des défenseurs du TCE.

 

Mais l'image qui résume peut-être le mieux ce meeting est sa fin: à la sortie, deux jeunes militantes faisant une "collecte au drapeau"... sur un drapeau européen.

Si l'on m'avait dit qu'un jour on verrait ça...

 

Descartes

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@samMARAT EL MOKRANI 08/05/2011 19:51



@michel Gourmel


ton commentaire est trés juste ,j'avais trouvé bizarre que dans le texte il soit dit que les classes moyennes avaient beneficié de l'Euro et de l'europe,or la realité que tout le monde peut
constater autour de soi c'est qu'il y a une paupérisation des classes moyennes pour elles l'ascenceur social existe toujours mais il va vers le bas idem pour les ouvriers!



Michel Gourmel 08/05/2011 19:27



3 remarques :


1°) « pour qu'un traité régulièrement ratifié ne s'applique pas, il faut le dénoncer »


Le problème est que Non, ce traité contrairement à ce que font croire tous les dirigeants européens et les communistes, n’a pas été régulièrement ratifié !


Les français ont voté contre, nos élus - pas élus pour cela - ont voté contre nous !


Les parlementaires ne sont pas supérieurs au peuple français, c’est le contraire ! Ils en sont l’émanation ! Les parlementaires français n’ont jamais été élus pour voter une
constitution européenne à la place des français, ils n’ont jamais eu de pouvoir pour faire cela : une constitution ; à fortiori, une 1ère constitution ne peut pas être votée
par le 1er imbécile ou salop venu à la place du peuple.


* Le fait qu’on prétende que le Traité de Lisbonne n’est pas une constitution est un mensonge éhonté, il ne s’agit donc pas d’un traité quelconque, 98-99 % du TCE est dans
Lisbonne !


* Le fait que Sarko et ses sbires prétendent que quand on a voté pour lui ( ? !) on a voté pour Lisbonne ne tient pas la route ! En droit, on ne peut voter, approuver, par avance un texte qui n’existe pas … et qui de plus devait être différent et raccourci.


Leur vote n’est pas valable juridiquement, le notre si ! (et celui des néerlandais aussi).


 


Le Traité de Lisbonne ne tient que par intoxication collective, si un pouvoir quelconque déclare la vérité : que le traité de Lisbonne n’existe pas … il cesse d’exister à ce moment là,
et on revient automatiquement au traité précédent qui lui est légal et tout le reste est illégal.


 


2°) « Si Marine dit "blanc", il faut
dire "noir" » Tout à fait d’accord avec cette critique du PCF qui nous impose non seulement un raisonnement socialiste primaire, mais de plus sous-entend une
confiance absolue en Marine Le Pen ; ce qui est totalement débile pour des communistes ! Le PCF croit et fait croire que Marine et les fascistes ne mentent pas et feront ce qu’ils
disent ; c’est abrutir les travailleurs et nous-mêmes de la pire des façons !


 


3°) Le Front de Gauche prend clairement position pour les classes moyennes, qui sont les grandes gagnantes de la
construction européenne et de l'Euro, contre les couches populaires qui en sont les grandes perdantes !


D’où cela sort-il ? C’est faux ! Les classes moyennes s’appauvrissent considérablement en France ! De fait, les libéraux du pouvoir et du patronat, on inventé les
travailleurs pauvres, qui ne gagnent pas assez pour vivre, ce qui n’était pas le cas avant.


À partir de l’année 1982, la courbe de répartition capital-travail a été inversée par le PS en culpabilisant les travailleurs. L’argent n’a donc pas bénéficié aux classes laborieuses, moyennes ou basses, comme voudrait faire croire le pouvoir pour qu’elles se tapent l’une sur
l’autre, mais cette décision du PS a bénéficié uniquement au patronat et aux exploiteurs.


 


De nombreux cadres et techniciens se suicident, de nombreux jeunes professeurs ont des difficultés pour vivre et finir leurs fins de mois, alors que cette situation était inconnue il y a 30 ans.
En quoi la destruction du social, des services publics, de la santé, de la sécurité sociale, la désertification des territoires
non urbains, leur profite-t-elle en quoi que ce soit ?


Bien au contraire, tout cela aidait au cours des 30 glorieuses - les cadres qui bénéficiaient des acquis de la résistance - a avoir une bonne situation. Ce qui n’est plus le cas.


L’auteur qui signe Descartes, mais qui n’est pas du tout cartésien - pour prendre ce pseudo illustre, il faudrait l’être un peu - devrait regarder la répartition capital
travail. En fait, il (elle) fait une confusion aussi vielle que l’exploitation capitaliste : considérer que les cadres ont les mêmes intérêts, et les mêmes avantages que les patrons
qui les exploitent ! Même si des cadres le croient, même si le patronat fait tout pour le faire croire, cela n’est pas vrai.


 


Par exemple, pour ce qui est des profs, ce sont eux qui ont payé la promotion des instits, en profs des écoles, à cette époque là, les gouvernements libéraux PS-droite, ont raisonné en masse
salariale globale qui ne devait pas augmenter, et quand les instits ont été remplacés par des professeurs des écoles, c’est donc les salaires de tous les profs qui ont baissé pour payer les
nouveaux !


D’autre part, Sarko et les libéraux de tous poils (PS-droite) s’acharnent dans l’Europe entière sur les fonctionnaires, (la moitié sont des profs) la France n’est pas isolée. Tous les jeunes qui
devaient devenir profs, se retrouvent donc au chômage ou dans des petits boulots !


Plus généralement, les jeunes de plus en plus diplômés, devraient tous ou presque être cadre ou cadres supérieurs selon nos anciens critères. Ils sont au SMIG ou moins comme stagiaires de toutes sortes, à répétition et à rallonges (400 ou 700 euros par mois) malgré des qualifications très
élevées.


« Descartes » ne connaît absolument rien de la situation des cadres et la juge de loin par télé, autre média ou pire par ignorance interposé !


 



@samMARAT EL MOKRANI 07/05/2011 16:06



Texte pertinent mais ce "qui me laisse sans voix" c'est d'avoir fait la quéte avec un drapeau "Européen" apres avoir abandonné la faucille et le marteau on abandonne dans la meme foulée le
drapeau Rouge et le drapeau Tricolore mais qui veulent ils rassurer?