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Réveil Communiste

Bienheureux fascistes espagnols

17 Octobre 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Sur le blog de Danielle Bleitrach

Espagne: Religieux et cyniques – José María García Márquez, historien et chercheur.

17 oct

1378037_10151721136862869_758146933_n[1] séminaristes se préparant en 1934 au coup d’Etat.


Figurez vous que je ne me suis jamais trouvé face à aucun religieux béatifié le 12 octobre dernier à Tarragone au cours de mes investigations. Et je le regrette vraiment, même s’il existe de toutes manière un problème opérationnel: les déclarations des témoins dans ces dossiers sont tenues secrètes et les historiens ne peuvent en prendre connaissance. Il serait donc impossible de les confronter à d’autres témoignages et sources documentaires. Ce secret, qui serait inadmissible pour une discipline scientifique telle que l’histoire, continue à être pratiqué par l’Eglise catholique. Et donc, par exemple, si l’Eglise nous dit "un tel" est mort "en pardonnant à ses bourreaux", nous devrons employer la "foi" pour le croire car nous ne pourrons pas le confronter au témoin qui prétendument a assisté à la mort du béatifiér et, par la même, contredire ou refuser son témoignage. La culture du secret est une veille pratique au sein de l’Eglise. Ils ne s’en sont jamais mal portés, dès lors il n’y avait aucune raison pour en changer.

De plus, pour l’Eglise, il s’agit de préoccupations terrestres et c’est donc une question de temps. Parfois, ils considèrent qu’ils doivent reconnaître quelque chose et ils ne voient alors aucun inconvénient à confesser des erreurs de l’Eglise, comme ce fut le cas pour Gallilée. Bien sur, le problème c’est que lorsque cette confession est arrivée par la voix du pape Wojtyla, Galilée était mort depuis trois siècles et, malgré cela, il créa une commission qui détermina que la posture de l’Eglise était correcte et que Gallilée était dans l’erreur, posture ratifiée intégralement par le pape Ratzinger. Je parle du cas de Gallilée. Nous ignorons ce qu’aurait fait le pape François qui, dans un autre exercice de grand écart, nous affirme qu’il n’a jamais été de droite.

Dans notre pays, l´Eglise non plus n’a jamais été de droite durant la deuxième république et la dictature. C’est certain. Sa position s’est toujours située à l’extrême droite, pendant des années et des années, jusqu’à décomposition de son grand allié, le franquisme, qui l’amenèrent à adopter précipitamment des postures plus en adéquation avec les temps qui s’annonçaient. Comme le soulignait l’historien Ricard Vynes: l’église n’a pas collaboré au franquisme, l’Eglise faisait partie du franquisme. La belligérance de l’Eglise l’a placée clairement aux côtés des militaires putchistes, des proprétaires terriens et à ce titre, comme eux, elle a été la cible de la violente contestation découlant de l’exacerbation populaire face au coup d’Etat. Il n’y avait aucune différence entre la foi des militaires putchistes, des falangistes, des requetés ou des patrons et propriétaires terriens et celle des religieux. Et nous appelons ceux-ci martyrs et les autres simplement morts? Il y en eut beaucoup plus que de religieux morts. Pourquoi cet intérêt subit à les dissocier alors qu’ils ont conspiré ensemble, qu’ils ont combattu ensemble contre la république ?

Ainsi que je vous le disais, je n’ai pas pu investiguer à propos de ces religieux béatifiés à Tarragone, ce n’est pas le champ territorial de mes recherches, mais j’ai été confronté à d’autres cas de religieux morts, certains d’entre eux béatifiés également.

Constantina, par exemple, est le village sévillan où on a attenté le plus à la vie de religieux. Des 14 religieux morts dans la province de Séville (moins que ceux tués par les franquistes au Pays Basque), 3 furent assassinés dans ce village. Le problème est d’expliquer comment deux sacerdotes supplémentaires (l’un d’eux particulièrement chéri dans le village pour ses amitiés avec les pauvres) et les religieuses du couvent de la Doctrine Chrétienne furent respectés sans que personne n’attente contre leur vie. La foi des premiers était-elle différente de celle des autres? Non, bien entendu. La "persécution" ne concernait pas l’Eglise ou la foi, elle visait certains membres de l’Eglise ce qui est très différent. A Morón de la Frontera, plus de 30 insurgés, parmi lesquels 3 salésiens furent arrêtés. Un quatrième ainsi que 8 autres religieux qui se trouvaient qui résidaient au village ne furent pas inquiétés. Les soeurs du couvent de Santa Maria ne furent pas non plus molestées, pas plus que celles de la Charité de l’Hopital municipal ou du couvent de San Juan de dios. S’agissait-il de s’en prendre à la "foi" de ces seuls 3 salésiens arrêtés? Et les autres? S’agissait-il de mécréants? Les demi vérités finissent toujours en grands mensonges. Mais ce n’est pas fini.

Deux des salésiens morts (le 3ème a survécu) furent déclarés martyrs de la foi lors de la béatification massive de 2007. Mais ils ne sont pas morts pour leur foi, au contraire, l’un deux, le salésien José Blanco Salgado, avait tiré contre les travailleurs depuis le quartier général de la Garde civile (il est évident, quoi qu’en dise le pape François, que ce martyr est loin d’être un exemple). Sa mort fut misérablement provoquée par le lieutenant de la Garde Civile alors qu’il essayait lui même de fuir avec les siens, obligeant un groupe à sortir de la caserne pour pouvoir échapper à coups de feu par une autre rue. Où sont donc les témoignages de la béatification de ces personnes? J’aimerais les voir, parce que l’information dont nous disposons (publique et documentée) ne corrobore en rien le martyre de ces hommes. Ces cas, dans l’absolu, ne peuvent réfuter que d’autres religieux aient été assassinés pour leur seule foi, mais ils mettent en évidence la manière dont les béatifications massives ont été menées. Les crimes commis contre des religieux, comme ceux commis contre n’importe qui, furent abominables, mais il faut savoir mesurer la portée et l’utilisation de tout ceux-ci. Les debates doivent être clairs, publics et documentés, le reste c’est de l’histoire sacrée, pas de l’histoire.

Bien entendu, l’Eglise a toujours une dette pendante vis à vis de Morón, une grosse dette avec 440 assassinats et les 85 disparitions dues aux insurgés. Bien sur, certains diron "que sont 525 victimes de Morón comparées à l’immensité de l’océan?". Je leur dirai ce qu’ils sont: trois de plus que les 522 béatifiés ce 12 de octobre, et nous ne parlons que d’un village andalou, avec des religieux et tout, où l’Eglise garde le silence. Oubli? Cynisme? Sans doute ont-ils besoin de plus de 3 siècles comme pour Gallilée. Et pour dire les choses comme elles sont: Que fait un ministre de la justice dans un acte comme celui-ci alors que le Gouvernement qu’il représente ne met pas en oeuvre la loi de mémoire historique? Ne s’agissait-il pas d’un acte exclusivement "religieux" comme dit la conférence épiscopale?

Quand verrons-nous l’Eglise se mettre à genoux devant les victimes du coup d’Etat et de la dictature? Monsieur Rouco, êtes-vous là?

http://www.publico.es/474646/beatos-y-cinicos

traduction de Brujilla Sofí

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