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Réveil Communiste

Allemagne : Réveil de la haine envers la Russie

19 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #l'Europe impérialiste et capitaliste

Lu sur PCF Bassin


par Mikhaïl Deliaguine

lundi 19 janvier 2015, par Comité Valmy

 

Mikhaïl Deliaguine trempe à son tour sa plume dans le vitriol pour nous offrir un excellent texte sur une mise en perspective de l’état actuel des relations entre la Russie et l’Allemagne, paru le 15 janvier 2015 sur le site du Club d’Izborsk.

 

Il est attendrissant de constater qu’ils sont encore nombreux en Russie, ceux qui continuent de penser à l’aide de catégories appartenant aux décennies écoulées, persistant à considérer la « vieille Europe » comme une amie de la Russie. Ils mentionnent alors les hommes d’affaires allemands, qui veulent faire des profits chez nous et qui ne manqueront pas de mettre leurs arguments forts dans la balance afin d’obliger les politiciens à normaliser les relations….. Pauvres naïfs qui jugent encore l’Europe sur base de la propagande des années ’90 ! Ils ignorent tout simplement que les ambassadeurs américains,(et même des fonctionnaires de rangs subalternes) ont ouvert d’un grand coup de pied les porte chez les capitaines du business européen, et même en Allemagne. Et ils ont mis les points sur les « i » ; vous voulez collaborer avec la Russie ? Faites une croix sur les profits de la collaboration avec l’Amérique, et sur les capitaux juteux des marchés financiers mondiaux. Et le business a vite compris. Pourquoi collaborer, alors qu’il pourrait être possible de prendre tout ce qu’on veut ? Il suffit de ne pas interférer ; il vaut mieux attendre que les Américains renversent le « régime pourri de Poutine ». Comme l’a déclaré le Ministre allemand de la Défense, une Russie affaiblie et appauvrie ne pourra supporter les sanctions que deux ou trois ans. Après, probablement sera-ce comme dans les années ’90, et comme en Ukraine : le pays sera dirigé de l’extérieur. Et pas seulement par les Américains, mais aussi par les Allemands.

 

La situation politique a changé. Oubliée, la possibilité-même de l’amitié. Même les gardes-frontières et les douaniers prennent en Allemagne un air hargneux, inconnu de ma génération de Russes.


C’est tout simple ; l’Allemagne se considère maîtresse de l’Europe. Mais bien entendu, sans les pleins pouvoirs. Seulement dans le contexte de « l’american way ». Ceux qui laissent au « grand frère », les États-Unis, le soin de déterminer l’ordre du jour, jouissent de protection et confort, entre autre d’un point de vue intellectuel. Toutefois, on se trouve dans un cadre très large. L’Allemagne règne en Europe ; pas à l’aide du knout, mais du porte-monnaie, et surtout, à l’aide des valeurs américaines. Et dans le subconscient collectif, « Liberté über alles » a remplacé avec succès le « Deutschland über alles » hitlérien, mais cette liberté est celle contenue dans les axiomes idéologiques et dogmes américains, poussés jusqu’à l’absurde. A ce propos, ce n’est pas un hasard si dans la biographie officielle de la plus prometteuse des politiciennes allemandes, l’actuelle Ministre de la Défense, Ursula Von Der Leyen, le mot « mère » n’apparaît pas. Elle « élève sept enfants ». Les mots « mère » et « père », devenus d’insupportables symboles sexistes contredisant la conception libérale de l’égalité, sortent de la langue allemande, au profit de « parent 1 » et « parent 2 ». Ceci n’est pas une plaisanterie, mais la réalité.

 

Ils sont loin, les jours où, rivalisant de loyauté à l’égard des États-Unis, les nouveaux membres de l’Union Européenne s’opposaient à la « vieille Europe » qui souhaitait défendre ses intérêts. Aujourd’hui, les leaders de cette dernière ont appris à exprimer et rechercher leur intérêt national en servant les besoins des États-Unis et en mettant en œuvre la politique américaine. Dans le cadre de cette politique, au sein de l’Europe contemporaine, les Allemands veulent être à la fois policier, juge et inquisiteur. Rappelez-vous que le Ministre allemand des Affaires Étrangères, brillant et expérimenté, a participé, personnellement et de façon directe, avec ses collègues français et polonais à la réussite du coup d’État nazi à Kiev. Il s’agit d’un professionnel, intelligent, expérimenté. Il ne pouvait dès lors ignorer ce qu’il faisait. Mais il semble que les intérêts de l’Allemagne en Ukraine n’aient pas évolué depuis 1941. Les Allemands ne pouvaient laisser passer la chance qui se présentait.

 

C’est pourquoi les tentatives de critiquer l’Amérique et d’afficher ne fut-ce qu’un prudent soutien à la Russie déclenche là-bas une vague d’accusations d’antiaméricanisme, d’antigermanisme et d’antisémitisme, ces termes étant devenus quasiment des synonymes. Celui qui est suspecté de « compréhension envers Poutine » est rapidement invité à se justifier, comme à l’époque du maccarthisme, au risque de devenir un paria. En de nombreux Allemands, citoyens ordinaires, s’est réveillée une haine cachée depuis longtemps à l’égard de la Russie. Ils sont réellement prêts à en découdre pour l’Ukraine qui doit se trouver dans les rangs de l’Occident, en qualité d’État-tampon protecteur contre l’effrayant colosse asiatique. Ils sont prêts à sacrifier leur bien-être pour que l’Ukraine n’ait plus jamais rien en commun avec la Russie.


Finalement, l’Europe a trouvé réponse à toutes les questions existentielles. Toutefois, à la différence de l’époque hitlérienne, ce ne sont pas les juifs qui portent la culpabilité de tous les maux. C’est la Russie qui est coupable de tout.

 

L’ordre du jour, c’est cela, et rien d’autre.


La crise mondiale rend la vie difficile ; incertitude et tension vont croissant. La faible Russie, dirigée par un Poutine irritant mais apparemment inoffensif pour l’Europe, est rabaissée au statut de crachoir idéal. A Poutine lui-même, l’image d’objet idéal de la haine, d’ennemi idéal, et en fin de compte, de bouc émissaire. La modification des relations avec nous, jusqu’à nous considérer comme des sous-hommes dans un sous-État n’est possible qu’au prix de la démonstration claire et nette de sa pertinence politique. L’interdiction d’importer des vins et automobiles venant d’Europe (en parallèle avec l’activation de chaînes d’assemblage locales), la suspension de l’adhésion à l’OMC jusqu’à la levée complète des sanctions, couplée à l’interdiction d’entrée sur le territoire russe de tous les promoteurs de contacts bilatéraux, dont l’activité s’apparente plus au sabotage qu’à la coopération (à commencer, par exemple par Stephan Kohler, dirigeant de l’agence allemande de l’énergie DENA) sont des mesures indispensables. Sans elles, l’Europe ne comprendra pas qu’en Russie, il existe des interlocuteurs avec lesquels il convient de négocier, et elle continuera à essayer de nous piétiner.

 

Malheureusement, dans le gouvernement libéral de Medvedev, il n’y a personne pour prendre de telles mesures.

 

Mikhaïl Deliaguine

 
17 janvier 2015

Source
Russie Sujet Géopolitique

 
 
 
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