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Réveil Communiste

Elections et luttes des classes en France, par Danielle Bleitrach

9 Août 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions

 

En me promenant sur le (regretté) blog de Danielle Bleitrach, je suis tombé sur un texte très intéressant de Danielle, qui analyse "à chaud" les élections de 2007, en revenant sur le 21 avril 2002, le 25 mai 2005 et nous livrant une analyse politique que je trouve très fine, notamment sur l"américanisation" de la classe politique française et des conséquences désastreuses d'un affaiblissement idéologique de la gauche, et du PCF en particulier.

Aujourd'hui nous sommes en août 2009, et avec du recul, je pense que son point de vue était fort lucide. Mon seul désaccord porte sur la "fin" du PCF, je pense au contraire qu'il y a matière, en ce moment, à le reconstruire (mais à l'époque le réseau FVRPCF n'existait pas encore, héhé :) )

Bonne lecture, et à vos commentaires!

Astrée


Les élections et les luttes des classes en France

Publié 18 mai 2007 Les laboratoires du changement social Leave a Comment 

Elections et luttes des classes en France

Il ne faut pas faire dire plus qu’il ne convient à une élection et moins encore à cette élection présidentielle de 2007 qu’à d’autres mais elle a le mérite d’être une sorte de coupe géologique dans les sédiments de la société française. Alors celle-ci aurait viré à droite ?

Le 29 mai 2005, 55 % des électeurs français votaient contre le projet de constitution européenne, c’était une victoire politique du peuple français, au nom de tous les peuples d’Europe et du monde.un modèle de société basé sur la surexploitation, la fin du service public, le tout marché venait d’être repoussé. le 26 avril 2007, 85 % de participation, 31 % des voix pour Sarkozy, 25 % des voix pour Royal et 19 % des voix pour Bayrou au premier tour des élections présidentielles, c’est une importante défaite politique du peuple français, au nom de tous les peuples d’Europe et du monde. Le 29 mai 2005, 55 % des électeurs votent contre l’Europe libérale, le 22 avril 2007, 75 % des électeurs votent pour les candidats du oui à l’Europe libérale, la seule comparaison historique, c’est l’élection de la chambre “introuvable” à force d’être à droite en juin 1968, un mois après mai 1968 ; A droite et à l’extrême droite, 5 %, un tiers des électeurs de Le Pen, un million d’électeurs vote pour l’alliance raciste, xénophobe et coloniale de Le Pen, Villiers et Sarkozy, pour le contrôle de la totalité des médias et des instituts de sondage français par Sarkozy, Bouygues, Dassault et Lagardère, par le lobby militaro industriel, par les marchands d’armes et de canons, comme Berlusconi contrôlait la totalité des médias italiens, c’est le berlusconisme à la française.

Au centre et à gauche, le New Labor de Royal, Dray, Strauss Kahn, Rocard, Kouchner et Bayrou, la sainte alliance de la social démocratie et de la démocratie chrétienne, c’est le blairisme à la française . L’ouverture du gouvernement Fillon-Sarkozy se fera sur ces bases tatchériennes largement préparées par l’évolution du PS.

La réponse n’a rien d’évident, ce qui est sur est que Mark Twain, l’humoriste nord-américain lorsqu’il ironisait sur la manie française de truffer les discours de dates historiques – ce qui les rendait parfaitement incompréhensibles pour un étranger- aurait trouvé de quoi confirmer sa vision des manies oratoires française dans cette élection présidentielle qu’on pourrait en effet résumer celle-ci en une formule : prétendre éviter le 21 avril 2001 et en fait en finir avec le 29 mai 2005.


1-Le 21 avril 2001 : l’échec de la gauche dispersée ?

Car, premier constat, officiellement les médias, les états-majors politiques n’ont cessé de rappeler à l’électorat le contre-exemple du 21 avril 2001. L’observateur étranger aura du mal à se souvenir qu’à cette date, lors du premier tour des précédentes élections présidentielles, le candidat socialiste avait été éliminé. Et il n’y avait plus eu au second tour que jacques Chirac, le candidat de la droite, confronté à Le Pen, le candidat de l’extrême-droite. Des manifestations contre le fascisme, un vote à 80% pour la droite pour « faire barrage » à Le Pen avaient accueilli ce score calamiteux. Jacques Chirac avait été élu. La France de gauche, en est restée durablement traumatisée.

Cette situation avait été attribuée à la dispersion de l’électorat de gauche, mais jamais personne à commencer par les partis de gauche n’a réellement étudié les raisons de cette dispersion. Elle tenait selon nous à l’absence d’alternative représentée par cette gauche, à son incapacité à élaborer des réponses convaincantes et directes aux questions des Français. Ceux-ci étaient face à un pouvoir monarchique qui leur disait « cause toujours ! », sans tenir le moins du monde compte de leurs problèmes: chômage, pouvoir d’achat en baisse avec l’euro, pessimisme sur l’avenir de leurs enfants, etc. Pendant plusieurs années ils le manifestèrent à chaque consultation électorale, y compris en votant NON au référendum sur la Constitution européenne qu’ils repoussèrent massivement le 29 mai 2005. Donc soixante millions de sujets sans parler des sujets de mécontentement sont allés aux urnes en 2007. Car si le phénomène le plus marquant de ces dix dernières années était la montée de l’abstention et parallèlement celle des luttes sociales, cette élection présidentielle a montré un renversement de tendance, non seulement il y a eu 85% de votants mais le vote avait été précédé d’inscriptions massives de jeunes en particulier. Alors s’agit-il d’un de ces phénomènes dont la France a le secret, comme en mai 68, une mobilisation dans la rue, des grèves qui débouchent faute de solutions politiques à une débâcle de la gauche dans les urnes ? Oui et non.

2- Sarkozy a fait de la politique 

Disons-le tout de suite, Sarkozy a été élu et bien élu, sans contestation possible. Et s’il l’a été c’est parce qu’il a été le seul à faire réellement de la politique, à proposer des solutions. Cette politique peut nous déplaire, le fait est qu’elle a suscité l’assentiment, elle a parlé au ventre, au ressentiment de chacun, et a transformé le Français en villageois veillant sur sa cagnotte, assuré de pouvoir transmettre à ses enfants la totalité de son pécule. Même l’égalitarisme français a été sollicité, la haine des profiteurs, pas les gros, non les petits, ceux qui touchent le chômage, ont des régimes spéciaux de retraite… Car le thème général de la campagne de Nicolas Sarkozy a été celui d’une société française bloquée autour de ses « privilèges », la nécessité de la « réforme » pour rapprocher la France des Etats-Unis et de ses performances économiques, en devenant plus compétitive, moins alourdie par son Etat providence. Comme le notait Mark Weisbrot dans un récent article : « Il est important de comprendre qu’il n’y a aucune logique économique derrière l’argumentaire selon lequel les citoyens d’un pays riche doivent réduire leur niveau de vie ou subir une baisse des programmes sociaux gouvernementaux à cause des progrés économiques des pays émergents. Quand un pays développé a atteint un certain revenu de productivité , il n’y a aucune raison économique contraignant ses citoyens à baisser leurs salaires ou acquis sociaux, ou à les faire travailler plus parce que d’autres pays sont en train de rattraper leur retard. Cette productivité- fondée sur le savoir faire collectif du pays sa compétence, sa capitalisation, et son organisation économique- demeure, et augmente même chaque année » (1) Pour en être convaincu, il suffit de connaître un peu le Tiers-monde, allez donc à Caracas et découvrez ce que peut représenter la France quand elle construit des métros aériens, quand Total l’entreprise pétrolière signe des contrats sur l’Orénoque pour l’exploitation des gisements. Le savoir-faire et les capitaux français existent. La force de travail française est derrière tout cela, la paysannerie, l’artisanat manufacturier et celle des grandes entreprises dont la plupart ont été nationalisées et sont aujourd’hui privatisées. Quel niveau de plus value, de valeur ajoutée grâce non seulement à l’exploitation coloniale, mais à une force de travail française qui atteint un niveau de valeur moyen socialement nécessaire, de productivité sans grand équivalent dans d’autres pays et ce savoir faire ne naît pas dans les bidonvilles. Autre chose est le fait qu’aujourd’hui les travailleurs français hautement qualifiés sont obtenus à moindre coût pour le capital (plus value relative) parce qu’ils consomment des produits moins chers venus du Tiers-monde ou bénéficient grâce à l’immigration de services à un coût réduit. Les villes de France comme celles des pays développées peuvent maintenir leur niveau de vie et de loisir grâce à cette main d’œuvre taillable et corvéable à merci.

Les Français sont très attachés à leurs acquis sociaux en matière de protection sociale, comment Sarkozy a-t-il pu les convaincre que le travailleur français devait baisser son niveau de vie à cause de la globalisation de l’économie (2). Il n’a jamais été question de cela. En revanche, il a été question de deux choses, tout à fait différentes : la première était la dénonciation des fainéants, des budgétivores en général de couleur basanée qui vivait d’assistance et immigrait pour manger notre pain. La seconde était l’insuffisance de pouvoir d’achat des travailleurs français, attribués aux 35 heures promues par un gouvernement socialiste. « Vous allez plus travailler, faire des heures supplémentaires, et vous gagnerez plus, en revanche tous ceux qui vivent en parasite seront impitoyablement traqués ».

Tandis que la Gauche française jouait à faire de Sarkozy un dictateur en puissance, un malade ivre de pouvoir, l’ensemble des médias, la presse, la télévision relayait son message, et une grande partie des Français, les cadre, les retraités, tous ceux qui avaient une cagnotte étaient convaincus. La rumeur, la calomnie qui enfle sournoisement venait conforter cette propagande médiatique et sur radio-trottoir il était beaucoup question d’un personnage inventé par le racisme ordinaire : un nègre ou un arabe polygame, venant en France avec sa femme et sa vingtaine d’enfants pour y vivre des allocations familiales, pour bénéficier de notre protection sociale. La gauche régnait sur Internet, avait quelques médias, mais l’immense majorité d’entre eux appuyaient Sarkozy et la rumeur faisait le reste.

3-Oublier le 29 mai et le NON à la Constitution Européenne.

La mondialisation dont il n’a que rarement été question dans les thèmes de la gauche et de l’extrême-gauche (sous le prétexte que les Français ne s’intéressaient pas aux questions internationales) était au cœur de la campagne. Ce refus de la gauche d’aborder ce thème alors qu’il se jouait concrètement dans les faits comme l’immigration ou la délocalisation, a offert un boulevard à la campagne de Sarkozy et aux rumeurs racistes ordinaires. La Gauche, le parti socialiste en retard d’un combat, toujours fixés sur le traumatisme de 2001, ont voulu affronter ce qu’il croyait être le cheval de bataille d’une droite conduite par l’ex-ministre de l’intérieur, et qui aurait été l’insécurité. Leur candidate Madame Royal s’est montré « sécuritaire »plus que de raison, pendant que son adversaire se déplaçait toujours à l’extrême-droite mais sur le terrain de « la valeur travail » dans la mondialisation, et il y gambadait sans contradicteur. Il allait dans les usines parler franc aux ouvriers applaudi par le patronat saluant cette “espérance nouvelle” de la réconciliation capital-travail au nom de la compétitivité. Surtout pas les communistes et les autres groupuscules d’extrême-gauche qui non seulement étaient parcellisés mais défendaient un catalogue de mesures anti-libérales sans grande cohérence politique et sans faire face eux non plus à l’analyse politique de Sarkozy. A partir du moment où il avait ainsi défini le but politique sur des bases de classe : le travailleur français devait baisser son niveau de vie à cause de la globalisation de l’économie, et qu’il avait réussi à y rallier une majorité, il ne lui restait plus qu’à rassembler sur des bases élargies, hégémoniques. L’hégémonie, comme le disait Gramsci, c’est quand une classe impose sa direction sur la base du consentement. La France a consenti dans sa majorité à des « vertus » nationales, le travail, la famille, la patrie, y compris dans des discours de haute volée dans lesquels il ne craignait pas de faire référence à Jaurès, voire à proposer que toutes les écoles de France lisent la lettre de Guy Moquet, un jeune fusillé communiste de 17 ans pendant la résistance contre une Allemagne nazie au profit d’une réconciliation européenne avec l’Allemagne. Car ces vertus ont été aussi celle du communisme.

Tandis que la gauche divisée s’entendait au moins sur un point, celui de ne jamais parler de la mondialisation capitaliste, faisant de la politique hexagonale ou à la rigueur européenne, la droite nous démontrait qu’il fallait un homme fort pour affronter un monde hostile, pour entretenir un remugle de haine contre les misérables de la mondialisation, menaçant la cagnotte. Et la France qui avait dit NON au néo-libéralisme de la Constitution européenne le 29 mai 2005, s’est retrouvé choisir entre leaders du OUI au néo-libéralisme, à l’atlantisme.

Car le véritable but de la manœuvre appelant à ne pas renouveler l’expérience de 2001 en votant dès le premier tour (vote utile) pour la candidate du PS- manœuvre parfaitement réussie d’ailleurs puisque les nombreux jeunes inscrits des banlieues sont allés voter pour le PS- a été d’effacer le résultat du 29 mai 2005, c’est-à-dire le NON à la Constitution européenne. Résultat : alors que la France c’était prononcé contre la Constitution européenne, elle a placé en tête et loin derrière les autres les candidats du OUI, qu’étaient Sarkozy et Royal. Agiter le 21 avril pour contourner le 29 mai et après ?

Deuxième constat, la France s’est passionnée pour cette élection à peu près autant que pour une coupe du monde de football, avec les mêmes comportements tactiques, d’abord les appareils qui se sont tous pris pour des entraîneurs, les staffs de campagne étant bourrés d’Aimé jacquet, l’entraîneur de l’équipe de France. Il s’agissait de gagner un match comme dans le bas Empire où les courses de char dans le cirque déchaînaient la violence des passions et les factions. La France a suivi le leurre d’un retour du 21 avril, de la nécessité d’un « vote utile »pour que son camp gagne.. Allez les bleus ! Et chaque camp s’est peint le visage aux couleurs tricolores… Alors même qu’il s’agissait de rallier une Union Européenne qui fonctionne comme un tribunal sanctionnant toute manifestation de souveraineté nationale, alors même qu’il s’agit d’en finir avec la culture politique française de la droite et de la gauche pour aller vers une américanisation.

Troisième constat, le leurre étant agité, on a pu faire avancer en coulisse « le réalisme » économique, le parti socialiste ralliant le centre, et des thèmes totalement empruntés à Le Pen, chacun est allé occuper le coin gagnant, celui où se jouait le match et cela a créé une vague « bonapartiste » dont la France a le secret… Et pour avoir l’homme fort qui nous sauverait de tous les périls de l’invasion du Tiers-monde, pour jouer le « petit-blanc » martyrisant plus malheureux que lui, on nous a vendu Napoléon le petit comme une marque de savonnette. C’est là l’américanisation de la société, la perte de la « culture politique » européenne et française, celle qui permet au citoyen de situer les enjeux réels sans le transformer en majorette de primaires et de conventions nord-américaines. Autre phénomène qui manifeste la dérive, le poids grandissant des thèmes de la vie privée, les problèmes conjugaux des candidats se substituant aux programmes. Enfin mais il y a déjà longtemps que nous sommes dans cette voie, à l’intellectuel conscience de la nation comme Voltaire, Zola, Sartre s’est peu à peu substitué la « pipolisation », les stars strass et paillette qui représentent la consommation, la vie facile, la notoriété, voire l’escroquerie. Le nouveau style de Sarkozy c’est de finir la nuit de l’élection dans les boites branchées et de se reposer sur le yacht d’un nouvel Onassis. Nous sommes passés des couples à la René Coty ou à la Charles De Gaulle, fleurant bon les vertus conservatrices, à la post-modernité de la jet-set… Du capitalisme familial au fonds de pension et aux multinationales financiarisées ?

4-Les jeux tactiques : à droite toutes et la fin du PCF ? 

Au lendemain du débat Royal-Sarkozy, le journal le Monde dans un article de son rédacteur en chef Colombani qui disait le fond : Sarkozy allait gagner mais il ne fallait pas que Royal perde d’une manière trop catastrophique parce qu’autrement le processus « réaliste » qu’elle avait initié, l’abandon de fait de toute politique de gauche, serait condamné et « les archaïsmes » du PS monteraient à l’assaut d’un parti que la défaite diviserait. Nous sommes toujours au cœur de l’enjeu, convaincre les Français rebelles que la mondialisation est un péril venu du sous développement, et de peuplades barbares, qu’il faut avec réalisme pour rester dans le camp des nantis accepter de se ranger derrière les puissants.

Avec le danger d’une recomposition à gauche alors que celle qui se prépare dans l’enthousiasme du politico-médiatique est le ralliement pro-européen et atlantiste au capitalisme néo-libéral, que symbolise assez bien l’alliance Royal-Bayrou, un parti démocrate à l’américaine, avec un triomphe temporaire de Sarkozy le néo-conservateur.

Sera-t-il possible que se constitue une véritable force anti-capitaliste, anti-impérialiste, populaire, proche des salariés, avec des liens syndicaux ? Nous en sommes loin, mais qui peut dire où la population française en est : nous n’avons subi dans cette élection que des manœuvres d’appareil orchestrés à grand battage médiatique.

L’opération a connu une indéniable réussite. Aujourd’hui les appareils qui l’ont menée à bien se félicitent d’avoir réussi leur « coup ». Le prétexte Le Pen éliminé, on se réjouit, mais les babines se retroussent devant le fumet de la curée des profits escomptés, car les bouches s’ouvrent et on se félicite encore plus que ce soit surtout le « réalisme » néo-libéral qui l’a emporté, le technocratisme économique. On va pouvoir rendre compétitive la force de travail française, en finir avec ses « privilèges », ses protections sociales et la bourse va pouvoir faire de superprofits en favorisant l’actionnaire.

Rarement conjoncture n’a été aussi favorable pour une telle opération. Le PCF est anéanti (définitivement ? tout le laisse penser). Il y aura mis du sien depuis quelques années avec une accélération indéniable grâce à l’incroyable stratégie des « collectifs anti-libéraux ». S’il n’avait pas déserté les couches populaires, les banlieues, s’il n’avait pas rompu avec les syndicats, il y a fort à penser qu’il n’aurait jamais attribué le NON à la Constitution européenne à quelques micro-organisations, et « intellectuels ». Le PCF n’aurait jamais mis son salut dans ce cartel. Parce que l’erreur vient de loin elle va continuer à peser sur toute la période électorale qui ira de 2007 à 2009, entraînant une véritable débâcle, y compris sur le plan financier. Honnêtement je ne vois pas pourquoi les banques, Sarkozy président et le MEDEF tout puissant, n’achèverait pas l’ennemi à terre.

Les manœuvres tactiques du PS vers Bayrou (qui lui-même joue la présidentielle de 2012, tandis que ses députés jouent les législatives de 2007) ne laissent pas grande chance à ce pauvre PCF. Depuis quelques années, le PCF doit d’avoir maintenu quelques milliers d’élus à l’alliance électorale avec le PS. On ne voit pas pourquoi ce dernier lui sauverait la mise. Peut-être pour conserver une réserve ? Pour le moment le PS n’a pas paru disposé à jouer ce jeu, et la manière dont a été fabriquée l’opération Bové rend pessimiste sur la bonté d’âme de la direction du PS à l’égard du PCF. Quant aux « collectifs anti-libéraux », même après le ralliement en rase campagne de leur leader Bové à Ségolène, ils s’apprêtent à présenter partout des candidats contre le PCF pour achever la bête… Tout laisse à penser que le PCf sera incapable de tirer la leçon de ces dernières années, et que sa direction va poursuivre sur sa lancée mortifère en se racontant qu’il est seulement victime du « vote utile ». C’est-à-dire que son analyse ne dépassera pas le leurre qui a été agité devant l’électorat.

Que peut-on attendre d’un parti qui a choisi de se laisser aller au fil de l’eau, et a fini par se faire détruire par des leaders groupusculaires occupés à se faire la peau, des gens d’une autre époque, à qui Sarkozy a flanqué le coup de pied de l’âne en caricaturant mai 68 ? (3) Mai 68 était encore de l’Histoire avec un grand mouvement de masse, le printemps 2006 et 2007 a donc vu des groupuscules haineux qui ne représentaient qu’eux-mêmes achever le PCF, ce qui fut le grand parti ouvrier. “Je n’ai jamais rencontré un pareil laisser-aller et une pareille jalousie mesquine les uns vis à vis des autres. Les théories de Weitling et de Proudhon sont vraiment l’expression la plus fidèle des conditions de vie de ces ânes. C’est pourquoi on reste tout à fait impuissant. En réalité, ce ne sont que des travailleurs d’une autre époque, les uns étant de vieilles badernes sur le déclin, les autres des petits bourgeois en espérance” (4)

5-Un troisième tour social ? 


D’abord si l’on veut comprendre, il faut une fois de plus éliminer les rumeurs. Ce ne sont pas les ouvriers, ni les jeunes des banlieues qui ont élu Sarkozy. Pour la première fois dans une élection présidentielle, le chef de l’Etat n’a pas été élu avec les voix de la jeunesse. Alors que Jacques Chirac obtenait 55 % des voix des 18-24 ans en 1995 et que François Mitterrand en obtenait 60 % en 1981, cette année Nicolas Sarkozy ne recueille que 42 % des suffrages des moins de 25 ans. La fracture générationnelle s’est confirmée dans les urnes. La France protestant massivement contre le CPE (contrat première embauche) en février-mars 2006, faisant reculer le gouvernement est bien là. Celle des banlieues en révolte qui s’est inscrit massivement sur les listes électorales est bien là, elle a choisi le « vote utile » pour Ségolène Royal dès le premier tour.

Mieux encore ce qui a résisté est la France marquée par l’empreinte communiste. Certes Marie-Georges Buffet la candidate du PCF y a été balayée au premier tour par le vote utile en faveur du PS ou celui en faveur du candidat troskiste Besancenot, plus nettement anti-capitaliste, mais la France du Non à la Constitution Européenne, celle du CPE, est bien là. Celle de la Constitution Européenne représentait un vote de classe, sur un fond pas encore tout à fait oublié de vote communiste. On pouvait partout, bureau après bureau retrouver le vote communiste d’il y a une vingtaine d’années, ce n’était même pas un vote de gauche, ni communiste, c’était un vote de classe. Il est toujours là et les cités populaires ont battu des records de vote anti-Sarkozy au deuxième tour. La France de la lutte anti-CPE est également là, ce sont les jeunes qui s’étaient inscrits en masse qui ont donné le plus fort contingent de votes à la candidate du PS au second tour.

Quand on a compris cela, on estime à sa juste valeur la manœuvre qui est tenté par les « appareils » poltico-médiatique, et par une bonne partie du PS, accentuer la dérive vers le centre vers une union PS-Bayrou. Il s’agit d’en finir avec les forces de résistance anti-capitaliste, anti-impérialistes, anti-libérale pour diriger le vote français dans l’impasse d’un soutien à l’Europe et à sa politique, ainsi qu’à l’atlantisme. Que ce soit Sarkozy, Bayrou ou une alliance PS-Bayrou tout cela va dans le même sens, en finir avec la France qui résiste et qui lutte. Car un autre fait essentiel de cette campagne électorale française, ça a été le nombre de grèves qui se sont poursuivi durant cette campagne.

Il est clair que nous sommes partis dans une vague de droite de grande ampleur, Sarkozy disposant d’une chambre introuvable va accélérer ses « réformes », ses cadeaux à ses amis du patronat et sa remise en cause du code du travail, mettre à mal les syndicats, en particulier la CGT. Alors ceux qui prennent la responsabilité d’affaiblir la gauche qui résiste, de tenter de détruire par exemple un peu plus le PCF et ses élus, prennent une lourde responsabilité historique, alors qu’il faut au contraire s’unir pour défendre bec et ongle, malgré les dirigeants eux-mêmes et leur incurie intellectuelle, la résistance communiste et de gauche.

Avec la débâcle politique, théorique, idéologique d’un PCF qui avait choisi de renoncer à ce qui fondait son utilité réelle, ce sont les directions des appareils syndicaux qui ont également rejoué le vote de la Constitution européenne. La CGT en particulier, qui avait été contrainte par sa base et par son comité national, mais qui doit la survie de sa bureaucratie à l’Union Européenne n’est pas intervenu dans ce combat présidentiel si ce n’est pour dire entre les deux tours son refus de Sarkozy. La CGT est le syndicat qui vote à 65 % pour Ségolène Royale alors que la proportion est inversée dans d’autres syndicats comme la CFDT, FO.

Il y a cependant un phénomène important qui a peu attiré l’attention des médias tout occupés à organiser la coupe de France de l’élection présidentielle et la finale attendue, c’est que durant cette même période les grèves se sont multipliées, les luttes sociales n’ont cessé de monter et tout ce beau monde en proie à cette fièvre de comptoir risque fort d’être confronté à terme au NON dans la rue et pas dans les urnes.

La droite, le patronat et ses cafards médiatiques ont cependant un puissant atout : le degré de décervelage politique auquel ont été conduit les Français. La fin du PCF, c’est cela aussi. La fin du PCF c’est à la fois l’impossibilité de poser les questions générales en terme de classe, et l’absence de poids politique des classes populaires, d’où le fait que les partis « officiels », l’UMP (y compris l’UDF de François Bayrou), le PS ne posent plus les problèmes en des termes qui conviennent au prolétariat (5). Ou alors ils le font dans des formes populistes qui conviennent toujours plus au petit bourgeois qui feint de se prolétariser pour mieux manifester sa haine réelle du prolétariat y compris mondial.

Certes la politique que va mener Sarkozy sera insupportable, il a promis du concret, le développement de l’emploi, la hausse des salaires, mais ce qu’il va apporter c’est juste le contraire. Les Français, les salariés vont se battre avec courage, ils vont dire NON, ils savent le faire, mais sans perspective, sans aucune vision de la mondialisation à laquelle ils sont confrontés, tout va peser dans le sens du fatalisme. Et il y a tout à parier que faute de perspectives politiques, avec des directions syndicales fortement bureaucratisées dans le contexte européen, les batailles auront lieu en ordre dispersé, les travailleurs opposés les uns aux autres, y compris sur la refonte envisagée du code du travail. Peut-être même ce peuple hautement politisé (6) et que depuis des années on prive de son intelligence historique renoncera au combat pendant un temps ?

La seule chose qui resterait à faire serait de reconstituer une force politique armée idéologiquement, pas le conglomérat de petits chefs et de petits bourgeois de l’union anti-libérale, mais un véritable parti pour le pays de la lutte des classes : la France. Plus facile à dire qu’à faire et tandis que les hommes et les femmes de gauche ragent en cherchant la pierre philosophale, le capital et sa valetaille à l’Elysée bat déjà monnaie des superprofits.

Qu’un parti soit indispensable pour mener une transformation politique et sociale est une idée qui reste à reconquérir dans un temps où la plupart des partis se sont largement déconsidéré et ce non par corruption mais par inefficacité, par jeux de pouvoir à l’intérieur des appareils, par divisions stériles qui apparaissent de ce fait non comme une aide mais comme un handicap. Donc la première idée à examiner est celle de l’utilité d’un parti : « Nous sommes fermement persuadés que ce n’est pas la tentative pratique, mais l’exécution, à partir de la théorie des idées communistes qui représente un danger véritable pour les classes dominantes. En effet lorsqu’elles deviennent menaçantes, et même lorsqu’elles sont effectuées en masse, les tentatives purement pratiques peuvent recevoir une réponse des canons. Mais des idées qui vainquent notre intelligence, qui conquièrent notre esprit, auxquelles la raison lie la conscience, ce sont là des chaînes dont on ne peut se défaire et qu’on ne peut arracher sans s’arracher soi-même le cœur : ce sont des démons que l’homme ne peut vaincre qu’en s’y soumettant ».(7) Un parti cela sert à conquérir les esprits…

Mais peut-être la question du parti n’a de sens que par rapport à un but et à une stratégie pour l’atteindre ? Un exemple : ne sommes-nous pas retournés de fait dans ce temps de l’aube du mouvement ouvrier où Marx opposait les partis officiels au parti révolutionnaire qu’il appelait de ses vœux sans arriver véritablement à le créer. La classe ouvrière était éliminée du suffrage universel, donc les partis officiels ceux intervenant dans le jeu légal pour le pouvoir n’avaient aucun intérêt à défendre des thèmes qui lui convenaient. Ce qui a toujours caractérisé le peuple français issu politiquement de la Révolution française a été sa volonté politique de réaliser les conditions de son émancipation politique et sociale dans un contexte républicain, même si les luttes françaises pèchent souvent par manque d’objectif politique. Nous n’avancerons que quand nous poserons la question de notre but, le socialisme comme réponse à la crise de la mondialisation capitaliste et impérialiste, avec une stratégie cohérente : celle de créer les conditions pour qu’un prolétariat aux contours élargis puise poser les questions et les réponses dans lesquelles il se reconnaîtra et rassemble autour de lui en défense de l’humanité. Nous en sommes là et il y a moins un glissement à droite de la société française que l’incapacité de créer le terrain et les moyens d’un combat favorable. Une défaite par défaut.

Danielle Bleitrach

(1) Mark Weisbrot est Co-Directeur du “Center for Economic and Policy Research”, à Washington, DC
1611 Connecticut Avenue, NW, Suite 400, Washington, DC 20009 | 202-293-5380 . Article paru sur Internet site Michel Collon.

(2) Aux Etats-Unis la politique de Sarkozy est très populaire non seulement parce que celui-ci se montre un allié de pires errances de G.W.Bush mais parce que sa politque économique est saluée par exemple par Thomas Friedman, l’éditorialiste du New York Time qui se fait le porte parole de Wall Street et prône la thèse selon laquelle « Toutes les forces de la mondialisation s’attaquent aux Etats-providence européens » dit-il. « Les français essaient de préserver une semaine de 35 heures dans un monde où les ingénieurs indiens sont prêts à faire des journées de 35 heures ». Pour Friedman et autres « experts », c’est impossible. » article cité de Mark Weisbrot.

(3)Sarkozy n’a fait que suivre tous ceux qui depuis des années nous présentent mai 68 comme un mouvement libéral-libertaire et ont effacé la grande grève ouvrière, qui avait paralysé la France et obligé le patronat à céder sur le syndicalisme d’entreprise et à donner 35% d’augmentation.

(4) Engels à Marx le 14 janvier 1848, il décrit la ligue des justes à Paris. Ne pas oublier que quelques mois après Paris donne le signal de l’insurrection européenne mais “la ligue des justes” n’y a aucune part… Pas plus que les collectifs anti-libéraux dans le vote NON à la Constitution

(5) Quand le PCF aux élections législatives de juin 2007 trouve comme argument de soutien à une de ses candidates dans le nord le fait qu’il s’agisse d’une transexuelle, on peut se féliciter de cette évolution des mœurs tout en considérant qu’après la bataille économique gagnée par Sarkozy ce n’est pas tout à fait le sujet en débat.

(6)Engels note que le communisme est venu aux Anglais devant les faits, la paupérisation ouvrière, aux Allemands par la philosophie et aux Français « de manière politique, du fait qu’ils exigèrent les premiers la liberté et l’égalité politique, la revendication de la liberté et de l’égalité sociales ». Engels, The New Moral World du 4 novembre 1843.

(7) Karl Marx. La contribution à la philosophie du droit de hegel. Introduction œuvres philosophiques.

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Y
tu as raison camarade ! continuons la lutte contre la dictature du libéralisme.
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