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Réveil Communiste

L'Europe : stop ou encore? débat de la GC avec Pierre Lévy

15 Février 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #l'Europe impérialiste et capitaliste


11 février 2009


Pierre LEVY est rédacteur en chef du mensuel, Bastille-République-Nation, fondé en 2000. Ce journal est animé par une  équipe de sensibilité politique diverse, sur une ligne radicalement « eurocritique ». Sa priorité est de donner des informations sur sujets européens.


Pierre LEVY :


Concernant l'Europe, j'introduirai mon propos avec la publication dans Le Monde d'aujourd'hui (daté du 12 février) des bonnes feuilles du livre de Jean Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat français aux questions européennes. Ce proche de François Hollande justifie son entrée dans le gouvernement Sarkozy par la nécessité de défendre l'Europe. Et il explique que l'Europe n'est ni de gauche ni de droite, ce qui illustre bien l'idéologie ambiante et la confusion sur lesquelles se forge le consensus sur la construction européenne.

Car l'Union européenne a bien été le lieu de formation du consensus entre la gauche et la droite.

La question politique posée aux communistes est celle-ci : est-ce que l'UE est mauvaise par les politiques qu'elle mène, ce qui implique qu'elle puisse être réorientée, ou est-ce le cadre lui-même, dès son fondement, qui est dirigé contre les peuples ? Personnellement, j'opte pour la deuxième thèse.


J'évoquerai trois plans dans la suite de cet exposé : le plan économique et social ; les questions de la guerre et de la paix ; la souveraineté et la démocratie.

Tout d'abord, un bref rappel historique. On nous présente toujours l'Europe comme une construction qui, dès sa création, était destinée à faire régner la paix. C'est totalement faux. Il faut rappeler le contexte : quand l'ancêtre de l'UE a été créée, la communauté européenne, elle l'a été dans le contexte de la guerre froide et de l'affrontement entre les blocs. A l'époque, les Etats-Unis cherchaient à consolider leurs positions géopolitiques en Europe, avec deux structures, l'OTAN et la communauté européenne. Le rôle des USA dans la  naissance de la communauté européenne est tout à fait clair. La meilleure illustration en sont les débats parlementaires qui ont eu lieu en 2004, quand les pays d'Europe centrale et orientale ont rejoint l'UE. Dans les débats, tous les groupes parlementaires, y compris le porte-parole du groupe communiste, se sont félicités en disant : « Nous avons enfin gagné la guerre froide ! »

Il faut rappeler que le premier acte avorté d'une défense européenne commune a été le rejet de la communauté européenne de défense, la CED en 1954, grâce au vote des députés communistes et gaullistes. Cet échec a eu des conséquences : pendant des décennies, personne n'a osé y revenir. Mais il est intéressant d'observer que les contours de l'UE, au fur et à mesure de l'intégration de nouveaux pays, tendent à se confondre avec les contours de l'OTAN. C'est certainement pour cela que les Etats-Unis mettent une telle pression pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.


1- Les aspects économiques et sociaux

Au préalable, précisons que l'on ne peut pas considérer que l'UE est à elle seule responsable de la crise actuelle du capitalisme. Cette crise a pour cause principale la modification de la répartition de la plus-value entre le capital et le travail au détriment du travail.

Mais l'UE est là depuis toujours pour mener des politiques qui servent d'aiguillon et de cadre aux politiques nationales : casse des services publics ; mise en place du principe de concurrence « libre et non faussée » ; privatisations ; monnaie unique qui empêche les pays de mener une politique différente de celle de la BCE ; politique de la BCE contre l'inflation ; existence  du pacte de stabilité ie un cadre hors duquel les pays n'ont pas le droit de sortir (limitation des dépenses publiques) sous peine de procédures à leur encontre s'ils ne les respectent pas.

Si l'UE n'est pas la principale responsable, elle est le cadre dans lequel les politiques économiques contre les peuples s'épanouissent.

Quand on voit la mobilisation sociale, il est rageant de constater que les responsables syndicaux n'ont pas un mot pour rappeler le rôle de l'Europe en matière de casse sociale, de blocage des salaires dans la fonction publique, etc.

En mars-avril 2000, lors du sommet des 15 chefs d'Etat et de gouvernements, a été décidée la stratégie de Lisbonne : baisse de la protection sociale, casse des services publics, déréglementation... Business Europ, le Medef au niveau européen, s'en est grandement félicité.

Il faut aussi rappeler l'acte unique de 1986, qui a créé le marché unique, au nom duquel la commission européenne refuse que Sarkozy interdise les délocalisations aux entreprises aidées par l'Etat.

Mais on aurait une vision faussée en pensant qu'il y a d'un côté la Commission européenne, qui déciderait de tout, et de l'autre les gouvernements et le Parlement européen obligés d'obéir. Il existe un triangle où les chefs d'Etats et de gouvernements prennent les décisions, la Commission européenne  joue les aiguillons, et le Parlement européen  en rajoute. Car les parlementaires européens n'hésitent pas à en rajouter !

Par exemple, avant le référendum irlandais du 12 juin 2008, une motion a été présentée au Parlement européen, pour que le Parlement s'engage à respecter le vote des Irlandais. Or, à une écrasante majorité, les députés l'ont rejetée !


2- La guerre et la paix

Cette question a longtemps été taboue, en partie à cause du rejet de la CED par la France. Mais pour Sarkozy et Merkel, l'OTAN et la défense européenne sont les deux faces d'une même médaille. D'ailleurs, ils sont en train de mettre en place des « battle groups », ie des groupements tactiques de 2 à 3 000 hommes, qui seront envoyés aux quatre coins de la planète.

Javier Solana, haut responsable de la politique extérieure de l'UE est l'ancien  secrétaire général de l'OTAN !

Il faut comprendre que l'idée des dirigeants de l'UE n'est pas d'ériger une défense commune, et d'abord contre qui ? Leur initiative participe de la volonté d'ériger un empire. Baroso, président de la Commission européenne, voit l'Europe comme un empire. C'est la même chose pour de nombreux responsables politiques. Par exemple, Strauss-Kahn qui n'hésite pas à parler d'un empire des glaces de l'Arctique aux déserts de l'Afrique. Eli Barnavi, quand il était directeur du musée de l'Europe à Bruxelles, voyait un empire comme celui des Habsbourg !

Cette ambition de construire un empire est dangereuse. Elle contribue à organiser la mise en place de forces militaires qui iront où et pour quoi faire ?


3- le déni de souveraineté et de démocratie

Il faut bien mesurer la volonté des bourgeoisies européennes d'effacer les peuples.

Quand en 2005, l'UE cherche à se doter d'un traité constitutionnel, elle élabore un projet constitutionnel où il n'est pas une seule fois fait référence au peuple. Pour une une raison simple : il n'y a pas un peuple européen, il y a des peuples, avec des cultures, des histoires très différentes.

Il y a derrière cela un but politique. La grande bourgeoisie et les classes dominantes successives ont toujours eu des problèmes avec les peuples. Pour tenter de se mettre le plus possible à l'abri des décisions des peuples, il faut les supprimer, faire en sorte que les décisions politiques fondamentales ne soient plus prises à leur niveau. Il faut que les grandes décisions soient prises dans des cadres décidés à l'avance, où les peuples n'ont pas leur mot à dire.

A ce titre, la notion d'« acquis communautaires » est caractéristique. Cela signifie que toutes les décisions politiques européennes sont irréversibles. C'est le propos du traité de Lisbonne : pouvoir prendre les décisions à la majorité et non plus à l'unanimité, pour que si un peuple, ou un gouvernement influencé par son peuple, veuille s'opposer à une mesure, cela ne soit pas possible. C'est la politique du cliquet, ie sans retour en arrière possible. Avec ce traité, une décision pourrait s'imposer même si le peuple ou son gouvernement sont contre.


Le Traité de Lisbonne est une copie conforme du traité constitutionnel européen, avec quelques détails en moins. Il a été volontairement rendu incompréhensible, pour atténuer les réflexes de rejet. Il a été signé en décembre 2007 à Lisbonne. Mais il faut que tous les pays donnent leur accord, qu'il y ait une ratification à l'unanimité.

Or, les chefs d'Etats et de gouvernements se sont mis d'accord en octobre 2007 pour qu'il n'y ait aucun référendum dans aucun pays. Ils avaient trop peur d'une réédition du référendum français ou du référendum hollandais. Mais la constitution irlandaise impose qu'il y ait un référendum. Ils n'ont donc pas pu faire autrement. Or,le 12 juin, il y a eu un rejet du traité.

Sarkozy a reconnu qu'il faudrait faire autrement pour le ratifier. C'est la morale de l'Europe : quand un peuple vote oui, c'est raisonnable ; mais le non, lui, est réputé être un vote par erreur et provisoire ; le conseil européen a donc décidé de faire revoter les Irlandais. Mais rien ne dit qu'ils voteront autrement !


Malgré toute la propagande pro-européenne, l'UE est de plus en plus impopulaire. Dans beaucoup de pays, il y a une grande indifférence, dans d'autres, une franche hostilité. Pour moi, cela montre que la question de la sortie de la France de l'UE ne devrait plus être taboue. Or, aujourd'hui, le principal responsable de la GUE décide que proposer la sortie de l'UE est dangereux. Je pense au contraire qu'il s'agit d'une question populaire qui mérite d'être posée.

Trois thèmes, l'indépendance nationale, la souveraineté du peuple et le combat de classes ont toujours fondé le mouvement ouvrier. C'était le triptyque « pain, paix, liberté ». Dans l'histoire, nous pouvons vérifier la constante selon laquelle les bourgeoisies cherchent toujours un appui sur des forces extérieures à la nation face aux risques de remise en cause de leurs décisions par le peuple. C'est bien ce qui se passe aujourd'hui avec l'Union européenne.


Jean Jacques Karman :


Si une chose est réussie dans la construction européenne, c'est leur politique de directives pour casser les acquis de la lutte des classes.

On nous dit que sortir de l'UE est impossible parce que l'intégration économique serait trop poussée. Mais un récent rapport du Sénat sur la balance commerciale montre que 14 % seulement des produits consommés en France sont importés. Il n'y a donc pas une telle intégration économique qu'il soit impossible de proposer la sortie de l'UE.

Quant à l'accusation de repli sur nous-mêmes, on voit bien que les capitalistes mettent en place des solutions nationales pour défendre leurs positions dans le cadre de la crise.

Je pense qu'il faut insister sur le parallèle entre la création de l'UE et celle de  l'OTAN.

Concernant les élections européennes, Nikonoff a voulu adhérer au « Front de gauche » tout en restant sur ses positions de dénonciation des méfaits de la construction européenne. C'est cela que lui reproche Wurtz aujourd'hui.

Nous allons avoir localement des contradictions. Par exemple à Aubervilliers, nous devons mener la campagne des élections européennes parce que nous avons des enjeux locaux face au Parti socialiste. En même temps, il va nous être difficile de faire campagne sur les idées défendues par le Pcf comme l'Europe sociale. Il va falloir surmonter cette contradiction.

Concernant la question de l'élargissement de l'UE, elle se pose actuellement à propos de la Turquie. Le Pcf est pour alors que le Parti communiste turc est contre ! Et son opposition se base sur l'analyse que pour la classe ouvrière turque, l'intégration européenne sera catastrophique.

Mon idée n'est pas de brandir le slogan de la sortie de l'Europe, mais d'expliquer que pour pouvoir construire une Europe des peuples, il faut d'abord sortir de l'UE. Sans cela, dans le cadre actuel tel qu'il est, nous sommes dans une impasse. Marx le dit déjà quand il explique que l'on ne peut pas rester dans le cadre de l'Etat bourgeois pour construire une société communiste.

En sortant, la France avec le poids qu'elle a, créera un problème insurmontable et entraînera d'autres pays. Quant à la question de la nation, cela reste une question importante. Non pas par repli identitaire, mais parce que la nation reste le cadre privilégié pour mener des luttes.

Il faut enfin être attentif à la réforme des instituions qu'ils sont en train de préparer : nous allons vers la suppression des départements et des communes pour répondre aux cadres européens qui sont l'intercommunalité, les régions, l'Europe. A travers cette construction, ce cadre européen, on mesure la volonté  d'affaiblir les Etats.


Danielle Marino :


Notre difficulté, c'est que la classe ouvrière est complètement dépolitisée. Or sur les questions européennes, il faut un travail énorme d'explication. Beaucoup de gens pensent qu'il est impossible de sortir de l'Europe mais qu'il faudrait revenir au franc. C'est un angle d'attaque pertinent compte tenu de la baisse du pouvoir d'achat qui a suivi l'arrivée de l'euro.

On entend beaucoup « Europe sociale ». C'est un slogan que j'entends depuis des années, mais on ne voit rien arriver. Le constat avec la construction européenne, c'est un appauvrissement général des peuples.

Sur cette question des élections européennes, la position du Pcf n'est pas tenable. On leurre les gens avec l'Europe sociale !

Mon questionnement aujourd'hui, c'est de savoir comment faire pour faire adhérer un maximum de personnes à cette idée de la sortie de la France de l'UE, qui est la seule solution.


Marc Ruer :


Avec la communauté d'agglomération, nous mesurons déjà que nous ne sommes plus maîtres de nos décisions à l'échelle communale.

Le problème politique qui se pose, c'est que beaucoup de gens refusent de voter. Les gens ne sont pas idiots, ils ont bien compris que leur travail était « volé » avec les délocalisations. Par dégoût, par découragement, ils s'abstiennent. Et ça joue contre nous.

L'autre chose qui joue contre nous, c'est la crise mondiale . Elle peut faire  croire aux gens qu'avec l'Europe, c'est peut être mieux qu'ailleurs, que nous souffrons moins de la crise.


Xavier Amor :


Je suis d'accord avec Danielle sur l'Europe sociale : on se fiche de nous. Ceux qui devraient argumenter contre l'UE, font le contraire ; il suffit de voir les positions syndicales, y compris à la CGT !

Le Pcf va dans le même sens que les autres forces politiques alors qu'il devrait prendre la position inverse. Beaucoup de gens sont donc déphasés. Il y aura certainement une abstention énorme à ces élections.

Nous avons de grandes batailles à mener aujourd'hui. Or, l'organisation syndicale qui aurait du nous apporter un coup de main ne le fera pas, pas plus que le Parti.


Pierre Lévy :


Je souhaiterais introduire une note plus optimiste. Il existe des reculs idéologiques, mais ne soyons pas plus pessimistes que la réalité.

La réaction qui consiste à dire : « On n'ira pas voter » est plutôt positive. C'est une manière de résistance plus politique qu'on ne croit.

En plus, il ne faut pas négliger les contradictions. Par exemple, Sarkozy annonce qu'il finance des entreprises mais qu'il y met une condition, qu'elles ne délocalisent pas. Les Tchèques s'insurgent, la Commission européenne pourrait émettre une interdiction officielle contre toute tentative de mettre un frein aux délocalisations. Au niveau de l'opinion publique, ils vont obtenir l'effet inverse en montrant le vrai visage de la construction européenne.

L'accusation de repli sur les frontières ne tient pas : spontanément, dans la  masse du peuple, on se sent plus près des Algériens que des Lettons. Ce n'est pas une question de repli mais de proximité culturelle.

Quant à l'Europe sociale, personne n'y croit. Je me souviens que dans les écoles du Parti, on nous apprenait qu'il n'y avait aucune conquête sociale qui n'ait été arrachée par les luttes. Et là, on veut nous faire avaler que l'Europe sociale se construirait à Bruxelles, qui accepterait de faire de concessions ? Ça ne marche pas comme ça : personne n'est dupe !


Antoine Wolhgroth :


Ce qui m'intéresse, ce sont les questions propagande.

Comment faire pour faire partager nos idées dans le contexte des élections européennes ? Nous avons une contradiction : nous allons participer à un rassemblement de la gauche où l'idée de la sortie progresse, tout en faisant campagne sur le programme du Pcf. Ça va être compliqué à tenir.

Globalement, les gens qui se sont renseignés sur l'UE sont contre. Ce sont ceux qui ne s'intéressent pas à la question qui sont pro-européens.


Fathi Tlili :


Quand la bourgeoisie a construit l'Europe, elle l'a construit sur l'idée du progrès. Or sur trois points fondamentaux, le progrès, la liberté, la paix, on est en échec complet. Par exemple sur la paix, l'UE s'inscrit dans la force atlantique, pro américaine.

L'idée de sortir de l'UE est mieux comprise qu'il y a quelques années parce que l'UE a fait la démonstration de sa nocivité. Par exemple, avec une politique d'immigration rétrograde, inhumaine. Même chose sur la question des libertés individuelles et collectives.

A propos des finances, la crise montre que l'UE n'a aucune force. Elle s'inscrit dans un système financier international mais elle n'a pas les moyens de sa politique financière. Or, c'est aussi sur cet aspect financier qu'on a voulu nous vendre l'UE.

Concernant la paix, l'UE s'inscrit dans les forces d'intervention américaines, dans le cadre d'une politique impérialiste. En fin de compte, l'idée que l'Europe, c'est la paix ne passe plus.


L'Europe sociale, là aussi, c'est une farce. La réussite de la bourgeoisie avec l'euro, les gens l'ont compris.

Enfin, en matière de démocratie, on voit le refus de respecter les votes des peuples souverains.

Finalement l'idée de sortir de l'UE est plus facile à défendre aujourd'hui qu'il y a 5 ans.


JJK :


Si l'on revient au référendum de 2005, il faut voir que l'analyse du Pcf n'est pas juste. Ils ont conclu que le résultat du vote était dû à leur intervention dans la campagne. C'est vrai que le Pcf a fait une bonne campagne pour le NON. Mais le vote majoritaire, c'est avant tout le vote de la classe ouvrière sur la base de son vécu. Il faut travailler l'idée de sortie de l'Europe, le droit de dire non parce qu'on est mécontent.

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gilles questiaux 21/02/2009 21:05

A propos, voici le compte rendu du débat annoncé par la brève "l'europe stop ou encore" qui suscite l'intérêt des masses.

gilles questiaux 14/02/2009 21:22

Ou on voir que le glissement européiste du PCF est complètement intempestif, quand les yeux commencent à s'ouvrir.