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Réveil Communiste

Analyse d'André Gerin : un congrès au milieu du gué

23 Décembre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008

Le 18 décembre 2008

Le 34ème congrès du PCF a été marqué par un début de prise de parole
militante. A côté des interventions convenues se sont exprimées des
réflexions, des appréciations débarrassés de carcans dogmatiques et faisant
preuve d'un certain pragmatisme révolutionnaire.

A force de brouiller les pistes théoriques et idéologiques, les directions qui
se sont succédées depuis une quinzaine d'année ont, en quelque sorte, mis
les militants dans l'obligation de penser par eux-mêmes s'ils voulaient
continuer d'exister en tant que membre du PCF. De la mutation à la
métamorphose en passant par un « parti profondément transformé », les
voies n'ont pas manqué pour dire que le parti devait évoluer.

Mais ce n'est qu'à ce congrès-ci que ces voix se sont accordées pour dire à
l'unisson qu'il devait évoluer vers sa dilution et sa recomposition dans une
autre force politique, depuis Robert Hue et son Nouvel espace progressiste
(NEP) en passant par Jean-Claude Gayssot qui participait, pendant la tenue
même du congrès, à une initiative pour une nouvelle « force unitaire de
gauche ». Or le 34ème congrès a confirmé que les communistes, en majorité,
ne voulaient pas de la disparition de leur parti.

Echaudés par l'expérience des collectifs antilibéraux, les délégués ont
réservé un accueil très indifférent à la proposition de front progressiste avec
Mélenchon et son Parti de gauche pour les élections européennes. Il a fallu
que Marie-George Buffet sorte du silence qu'elle observait depuis le début
du congrès pour faire acclamer Francis Wurtz. Encore faut-il noter qu'elle
l'a fait applaudir non pas sur le contenu de son intervention mais en raison
de son départ à la retraite.

En deux décennies, le PCF a perdu énormément de son implantation dans le
monde du travail et dans les milieux populaires. Le congrès a montré
toutefois qu'il n'était pas déraciné. Beaucoup de délégués ont dit, chacun
avec ses mots et parfois ses imprécisions, que là se trouvait la sève vitale du
parti. Et il est significatif, dans ce contexte, que plusieurs délégués,
notamment très jeunes, aient souligné tout l'intérêt du marxisme pour la
faire fructifier.

Une partie de la direction a décidé de rejoindre les refondateurs pour faire
une liste alternative commune, mettant à jour une connivence qui existait
depuis longtemps. Cette alliance intervient à un moment où l'on observe
dans le pays une volonté grandissante de voir la gauche se ressourcer à
gauche. Le rejet du libéralisme et l'exigence que l'Etat s'implique dans
l'économie, notamment pour développer des productions créatrices
d'emploi, le rejet d'une Union européenne franchement anti-populaire et de
surcroît menacée d'explosion sous l'effet de la crise, tout cela ouvre un
espace à gauche.

Les droitiers du parti réunis sous la bannière de Marie-Pierre Vieu ne
cessent d'invoquer la gauche de la gauche. Mais ils se trouvent pris à contrepied
par tous ceux qui pensent que la situation offre surtout au Parti
communiste français l'opportunité de rebondir. Cette idée qu'il existe un
espace et un espoir pour le PCF traverse l'ensemble du parti, jusqu'à sa
direction. Le congrès a été marqué par ce souffle.

Pourtant le congrès est resté au milieu du gué. Alors qu'une telle situation
invite à une ouverture audacieuse pour sceller avec force l'unité des
communistes, Marie-George Buffet a choisi le repli - ce que d'aucuns ont
appelé la « purge » - au lieu d'intégrer largement dans sa liste les éléments
divers du parti.

Plusieurs délégués ont souligné à juste titre que la vraie diversité du parti se
trouve dans les organisations de base. Raison de plus pour refléter cette
diversité au sein du « parlement » du parti et son exécutif en élisant les
éléments les plus marquants et les plus représentatifs de cette diversité, ce
qui, soit dit en passant, aurait permis de résoudre l'apparemment impossible
équation de l'effectif pléthorique du conseil national.

A défaut, Marie-George Buffet a soufflé sur les braises de tous les
sectarismes dont le PCF est loin d'être débarrassé après des années de
confusion idéologique. L'épisode des refondateurs n'est pas clos, pas plus
que celui des clans et des chapelles que les dérives ont fait naître. En
obligeant le congrès à élire le conseil national par le jeu des listes
concurrentes plutôt qu'en plaidant pour une liste commune pluraliste, elle
incite les composantes à se positionner dans des rapports de forces plutôt
qu'à faire l'effort de réinventer le travail collectif.

Au lendemain du 34ème congrès, il y a donc à la fois espoir et danger. Espoir
que le PCF franchisse résolument le Rubicon qui l'amènera à l'âge adulte
avec une politique autonome, indépendante de celle des autres partis,
notamment le Parti socialiste. Mais danger qu'un repli frileux de la direction
n'encourage les visées de ceux qui veulent rabattre la prétention
révolutionnaire dans la nébuleuse réformiste, soumettre le communisme aux
impératifs sociaux démocrates.

Ce danger est d'autant plus réel que les élections européennes sont d'ores et
déjà l'objet de manoeuvres politiciennes visant à dénier au PCF son
originalité. S'il faut naturellement se référer au non des Français à la
constitution européenne, en 2005, il n'y aurait rien de plus illusoire que de
penser que cela suffit pour marquer des points lors de ces élections.
Contrairement à ce que croit Mélenchon, ce n'est pas en rassemblent les
partisans du non que la gauche de la gauche peut gagner, mais en formulant
des propositions audacieuses pour libérer les peuples de l'emprise de
l'Union européenne sur leur vie. Le PCF dispose du bagage intellectuel qui
lui permet d'imaginer réellement la voie de la libération et, fort de son
implantation populaire, malgré son affaiblissement, il peut donner corps à
cette exigence de libération.

La question de l'Europe nécessite un vaste débat au sein du parti et il est
probable que les différences de point de vue ne seront pas toutes résorbées
d'ici les élections. Mais ne nous trompons pas : ces divergences sont les
reflet des approches différentes qu'ont les Français eux-mêmes des
questions européennes. En ouvrant un grand débat en son sein, en toute
transparence, dans les respect des idées des uns et des autres, le Parti
communiste français aidera à coup sûr le peuple de France à réfléchir plus
avant et à trouver le chemin de son unité.

La toute prochaine décision importante que doit prendre le conseil national
nouvellement élu est de désigner un exécutif. Marie-George Buffet a
annoncé sa volonté de constituer une coordination de six à huit membres
autour de Pierre Laurent. Un nouveau collège exécutif sera sans doute
également mis en place. Par delà les qualités et les défauts de chaque
postulant, il est clair que, dans la situation pleine d'espérance que nous
vivons, la bonne réponse consiste à associer et non pas à écarter.
Quel chemin parcouru depuis le congrès de Martigues, en 2000, avec la
présidentialisation du parti combinée avec les abandons et les reniements !
Pourtant, il reste la moitié du chemin à accomplir. La liste présentée par
Marie-George Buffet fait la part belle, majoritaire, aux refondateurs, aux
huistes, à ceux qui veulent encore et toujours l'abandon du PCF comme ils
l'expriment concrètement pour les élections européennes.

Nous voulons participer à la reconquête du PCF, forts du résultat des deux
listes alternatives, en nous rassemblant avec ceux qui ont voté la base
commune avec la volonté de garder le PCF. Sans a priori, nous devons
engager un tour de France, unir toutes les bonnes volontés, appeler les
communistes qui ne sont plus adhérents à nous rejoindre, renforcer en masse
le PCF pour monter en première ligne du combat de classe contre la droite.
Nous devons être plus que jamais le parti de combat qui agit au
développement d'un grand mouvement social et politique dans tous le pays,
le parti qui agit pour un rassemblement inédit des ouvriers, employés,
techniciens, ingénieurs, cadres, patrons de PME avec les familles pauvres,
les couches moyennes en lutte pour leur pouvoir d'achat et leurs conditions
d'existence.

C'est aux communistes de la base de prendre le pouvoir, de secouer le
cocotier, de se donner une direction représentative et légitime. Nous devons
nous organiser nationalement, au sein du PCF non pour le fractionner, le
torpiller ou promouvoir des clans, mais pour sa reconquête. Il faut en finir
avec les batailles nuisibles d'ego, les attaques personnelles contreproductives
qui se développent depuis décembre 2005.

Avec les élus au conseil national, avec les communistes engagés largement
sur l'ensemble du territoire de la France, avec les camarades du Pas de
Calais, du Nord et d'ailleurs, les conditions sont réunies pour avancer loin,
faire basculer le rapport des forces et participer dès que possible à la
constitution d'une équipe dirigeante réellement made in PCF, un PCF
moderne, à l'aise dans les baskets de son époque.

J'attends vos commentaires, réflexions et propositions pour établir un
agenda de travail avant la réunion du conseil national, samedi 10 janvier
2009.

André GERIN

PS : Je veux dire un mot sur la réunion de la commission des candidatures,
samedi soir, 13 décembre. Certains dirigeants fédéraux ont tenu des propos
médiocres, portant des jugements déplacés sur des camarades pour
escamoter le débat politique de fond. C'est le cas notamment du secrétaire
du département de l'Hérault, totalement engagé aux côtés de Jean-Claude
Gayssot. Le jeu des attaques personnelles n'a d'autre but que de refuser
notre démarche unitaire et de donner des gages à ceux qui veulent suivre les
refondateurs et les huistes dans leurs actions destructrices. Je reviendrai de
manière précise sur cette soirée.

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