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Réveil Communiste

Suggestions pour un congrès démocratique au PCF

12 Janvier 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

Le congrès du PCF vient de se terminer, et tant que c'est encore frais, voici quelques suggestions pour améliorer son fonctionnement. Le prochain qui ne va pas tarder va justement concerner le changement de statut, mais il ne pourra avoir lieu qu'avec les anciens statuts. Pour le moment on nous préparerait plutôt un retour au centralisme démocratique sans démocratie. Il va falloir être très vigilant sur la composition et l'activité de la commission ad-hoc qui doit préparer ces changements. Mais ce n'est pas joué.  En attendant, chacun a pu constater que les instances du PCF sont "verrouillées" et il importe de faire la part des choses, de préciser ce qu'on vise exactement par cette formule imagée, qui traduit un ressenti fort désagréable, et de proposer quelques idées simples pour y remédier.

Deux textes alternatifs dont l'intention était clairement de reconstruire un PCF ouvrier et marxiste ont obtenu 40% des suffrages exprimés des communistes. Ceux qui les avaient soutenus sont extrêmement sous-représentés à l'issue du congrès :  l'un avec 15% se retrouve avec une représentation nulle dans les instances de la direction nationale, l'autre est réduit de 25% à 8% environ des élus au CN, avec peut être 4% d'élus sur la liste du CN proches de ces positions.  Par contre un courant droitier passe de 0% (car il n'a pas osé mettre son texte au vote) a obtenu 16% des places à la direction, sans parler de nombreux élus, au moins autant, sur la liste officielle. Cette situation est tout à fait anormale du point de vue de la démocratie et contribue à bloquer les situations.

Ensuite, il est clair que les élus représentent dans leur masse non la classe ouvrière et les plus exploités mais la classe moyenne (et surtout la partie de la classe moyenne employé par l'état ou les collectivités locales). Les enseignants dont je fais partie, les infirmiers, et les cadres territoriaux, ne devraient pas représenter la quasi-totalité du peuple communiste, en dehors des élus et permanents.

Les commissions :

Le premier fait de verrouillage, tient au rôle des commissions élues, en général à l'unanimité, au début du congrès. Il  n'y a pas de doute, au congrès du PCF tout se décide de nuit, dans les commissions de candidature et de texte dont l'importance n'est pas toujours comprise par une grande partie des délégués : Beaucoup sont novices et on a l'impression parfois qu'ils sont justement envoyés au congrès pour cela. Pour les initier en quelque sorte, pour leur donner le sentiment  de participer à un grand événement, dont ils n'ont pas les clefs, mais auquel ils doivent, par leur présence, se solidariser. Ils n'influent pas plus sur les événements que ne le fait le héros de Stendhal, Fabrice, à Waterloo, dans la Chartreuse de Parme. Voilà pourquoi 550 congressistes, tout aussi intelligents et informés que d'autres, remettent en selle la même direction pour un an ou deux, malgré son bilan calamiteux.  Souvent  jeunes et/ou nouveaux adhérents, ils passent trois jours à retirer et à remettre des amendements  dans un texte qu'ils n'ont souvent pas eu la possibilité de débattre convenablement dans leur fédération. Ce texte même amélioré est le résultat de compromis incessants et manque d'une colonne vertébrale. Il ne peut pas orienter efficacement l'action. D'où le manque d'intérêt des congressistes la fois suivante, et le fort taux d'abstention des adhérents aux votes internes (qui est toujours de 50% et pas simplement cette fois ci, contrairement à ce que racontent les refondateurs à leurs correspondants de la presse bourgeoise).

Donc limiter le rôle de ces commissions, en particulier en leur retirant la possibilité de sélectionner les délégués au congrès. Élire ceux-ci sur des listes fédérales, proposées en même temps que les textes de base de discussion soumis au vote, à la proportionnelle intégrale. Le nombre de délégués nationaux devrait impérativement être fixé d'avance, et proportionnellement au nombre de suffrages exprimés (et non à celui des adhérents qui se prête à des manipulations). Le vote dans les sections se devrait d'être organisé sérieusement avec des urnes transparentes (comme au congrès national !), sur une seule journée et avec un nombre de procurations limités à deux ou trois par votant, ainsi que des assesseurs représentants les différentes options.

Chaque texte devrait être discuté en débats de cellule et de section, et ses promoteurs devraient pouvoir organiser une campagne interne, avec débat et réunions, et accès libre à une rubrique dans l'Huma. Il ne devrait plus y avoir de base commune officielle avec le label du CN sortant, qui empêche dans les faits de poser la question du bilan en des termes clairs. Les textes proposés aux communistes devraient paraître sur un pied d'égalité, et du temps devrait être laissé pour faire campagne (au moins deux mois). Les discussions pourraient s'organiser dans les organisations de base en lecture comparative. Pour éviter la confusion créée par des textes peu représentatifs, ou des motions individuelles déguisées, on pourrait élever les seuils requis (signataires, et fédérations) pour pouvoir en présenter un.  Bien entendu toute ou partie de la direction pourrait présenter un texte, mais non plus de "haut en bas" mais plutôt de "bas en haut". Le résultat de telles règles serait d'envoyer au congrès des militants plus aguerris et relativement connus dans leur fédération, motivés pour défendre des textes cohérents, qui seraient moins désorientés (et moins flattés aussi) par la grand messe fusionnelle du congrès. Et les textes seraient sans doute de meilleure qualité conceptuelle et rédactionnelle que l'inconsistante "base commune" sur laquelle nous avons du travailler (et c'était déjà le cas au 32ème congrès), parce qu'ils seraient produits dans l'obligation de convaincre les camarades, et ne seraient pas écrits pour ménager la chèvre et le chou.

Les commissions avaient pour but à l'origine d'assurer la présence d'ouvriers et de militants de la lutte des classes irréprochables. Ce n'est manifestement plus leur fonction.  Aujourd'hui la "diversité" est proclamée comme un but, mais on en est loin. Il serait donc demandé aux congressistes postulants d'indiquer leur âge, profession, leur niveau de revenu sur une échelle de 3. Il faut remarquer que s'il n'y a que peu de congressistes noirs, ou musulmans d'origine, c'est parce qu'il y a peu d'ouvriers, groupe social où les immigrés ou leurs descendants sont les plus nombreux.  Il est bien sûr impossible de supposer qu'il existe un « plafond de verre »  au PCF avec une direction issue de la mutation qui s'attache à promouvoir la lutte « contre toutes les dominations ».

Deuxième point de verrouillage ;  l'occupation de postes stratégiques par des élus dont la principale activité est d'empêcher des rivaux ou des adversaires politiques d'y accéder. Cela existe sans doute dans toutes les organisations, mais on peut limiter le nombre de ces verrous en demandant à tous ceux qui veulent exercer une responsabilité de se porter candidat personnellement et de fournir un document avec éléments biographiques et profession de foi. Certaines incompatibilités devraient être fixées : les permanents techniques ou les prestataires habituels ne devraient pas occuper de responsabilités électives dans le parti. Et c'est pour cette raison que le nombre, les noms, les fonctions, et la rémunération des permanents devraient être publiés, sauf impossibilité liée à leur activité elle-même.

Pour l'élection des directions, il faudrait fixer statutairement un nombre défini de postes et élire à la proportionnelle en cas de listes multiples, avec une prime d'élus raisonnable mais pas écrasante à la majorité (25 % par exemple) pour permettre la prise de décision. Sans une telle disposition les lamentations sur le nombre excessif d'élu, à tous les niveaux, ne sont que pure hypocrisie. Le mode de scrutin proportionnel réellement appliqué exigera bien entendu de placer en fin de liste des militants témoignant de leur soutien mais ne souhaitant pas être élus.

Les votes pluralistes doivent être dédramatisés, comme André Chassaigne  l'a justement fait remarquer, quatre listes pour la direction nationale ce n'est pas en soi un problème.

Sur les amendements, je ne pense pas être le seul à penser qu'il s'agit d'une bataille vaine, et dont la porté est bien symbolisée par ce rituel qui d'après l'Huma se reproduirait à chaque congrès, de réduire en confettis à la fin tous les papiers sur lesquels on a travaillé.  Les débats se cristallisent sur des mots qui sont utilisés comme symboles de lignes politiques, et non comme concepts, cette fois c'était  "métamorphose" ou "Cuba" qui servaient d'indice pour marquer une inflexion à droite ou à gauche. Et l'intellectuel collectif qu'imaginait Gramsci, ce n'était pas ça du tout. Cela ne signifie pas que les textes votés à l'issue de la première phase de débat ne doivent pas être amendés, mais ce travail pour être utile devrait être encadré de manière précise, fixée à l'avance, et clairement annoncée (nombre d'amendements par section, longueur en proportion du texte, etc.). Ce débat d'amendement pour servir à quelque chose ne devrait pas être filtré, ce qui signifie conserver un seul étage de discussion sur le texte, et je suggère en conséquence de supprimer le niveau fédéral! Sinon, ces textes construits dans la douleur finissent dans les tiroirs, et les amendements introduit au niveau inférieur sont en général barrés à l'étage suivant.

Le bilan de la direction doit faire l'objet d'un débat d'une journée au moins, à tout les niveaux, impossible à esquiver, peut être sous forme de rapports contradictoires. Nous venons à la faveur d'un escamotage du débat sur ce point de replacer aux manettes des dirigeants qui ont fait la preuve qu'ils ne savaient pas ou ne voulaient pas organiser un PCF offensif, sûr de lui et de son avenir.

Je précise bien que ces propositions ne sont pas celle d'un parti en tendances: les élus ou délégués au congrès conservant leur liberté de vote, et les textes proposés au congrès ne représentant qu'une cristallisation provisoire des positions, de manière à repérer les enjeux du débat, et pouvant évoluer ensuite en cours de discussion. C'est à ce prix que la construction d'une liste commune pour la direction peut devenir un processus positif, et non une foire d'empoigne où chacun cherche à éliminer l'autre. Certains congressistes regrettent en effet que la présence de listes alternatives ait escamoté la discussion sur le contenu de la liste de direction proposée par la commission. Mais quel spectacle aurait donné le congrès si la dernière journée avant servi à rayer des noms, comme à la fédé de Paris ? Il vaut bien mieux se prononcer sur des listes, sachant que les plus légitimes seront élus de toute manière. Et la qualité de la composition de chaque liste peut devenir aussi un argument pour voter ou non pour elle, et pas seulement la sensibilité idéologique ou stratégique qui s'y exprime.

Le diable est dans les détails :


Attention au calendrier : le texte alternatif 3 a eu droit à une semaine entre sa publication et le vote, et le texte du CN 8 semaines, et il est remarquable que le premier ait pu obtenir 25% des voix dans ces conditions, d'autant que des doutes ont circulé sur sa rédaction jusqu'a dernier moment. Pour preuve, le texte de La Riposte a pu atteindre 15% des voix sur le fait qu'il a été diffusé sous sa forme achevée dès le mois de mai, et publicisé à la fête de l'Huma. Ce qui était possible parce que ses auteurs ne s'inscrivaient pas dans une démarche unitaire et ne tenaient pas compte du texte du CN, publié le 10 septembre.

Égalité de traitement dans la presse communiste : l'Huma a fait le débat entre les positions des divers défenseurs du texte du CN et les refondateurs, huistes, et autres terminateurs du parti, ignorant délibérément les sensibilités pourtant diverses regroupées dans le texte 3.

En finir avec les improvisations juridiques tombées d'en haut, les manquements aux règles statutaires de la part de ceux là même qui devraient en être les garants, comme par exemple (mais il y en a d'autres, au niveau des fédés aussi) la publication pour brouiller les cartes du texte des refondateurs en quatrième texte, « non soumis au vote » dans le documents présentant la base commune et les textes alternatifs. Et on en finira le jour où chaque communiste les dénoncera haut et fort. Et ce jour là le « stalinisme », le brejnévisme », le « Yeltsinisme » résiduels du parti seront morts pour de bon. Car on peut définir en un mot le terme « stalinien » ainsi : est stalinien tout groupe dirigeant communiste ou prétendu tel qui ne respecte pas les règles qu'il a lui-même posées : comme Staline et la constitution de l'URSS de 1936, « la plus démocratique du monde ! »

Gilles Questiaux, 18/12/2008


lire aussi :

Comment choisir de bons dirigeants communistes?


et à titre d'illustration des dérives du système actuel : Jacques Perreux (directeur de campagne de Bové) élu au CD du 94

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gilles gourlot 23/12/2008 13:40

j'suis pas difficile, je suis d'accord avec tout le monde lol. Mais bon plus précisément, je pense qu'il faut utiliser les possiblité statutaire pour créer un ou des réseaux d'actions communiste à l'interieur du parti. cette démarche doit se completer de contacts avec les communiste de l'exterieur. ( par le truchement de la cac par exemple mais pas seulement). disont qu'il sagit plus de créer un entrelassement plutôt qu'une structure rigide qui permetrait trop facilement la marginalisation et risquerais de nous couper de camarades qui certe ne partagent pas notre façons d'aborder les choses mais sont en accord sur le fond. La crise est la et nous avons des batailles à mener tous ensemble, à nous d'y faire entendre une parole et des propositions vraiment communiste et de rassembler autour. Cette expression communiste doit être tout aussi dirigée vers l'ensemble de la societée que vers nos camarades dans et hors pcf.

Astrée 18/12/2008 19:34

bien sûr alain, mais c'est pas une raison pour tourner le dos aux communistes non ancartés au PCF? Pourquoi ne pas faire un grand réseau? je suis pê naive...

alain girard 18/12/2008 19:31

commençons déjà avec les communistes du PCF parce que l'union des groupes qui en sont issus, faut pas rêver ils se flinguent à tout va entre eux, demandez à l'URCF, au PRCF, à la Gauche Communiste, à Perlican même si la coordination communiste 59 62 est sans doute et de loin le groupe qui influence réellemnt des luttealors on rassemble et on continue dans le PCF au fait Jean Lévy est membre du PRCF non ,?

Astrée 18/12/2008 18:32

Bonjour Jean, je partage ton souhait, comme bcp je crois.Pourquoi ne remonterions-nous pas la CAC (Coordination d'Action Communiste)pour en faire un réseau ouvert (communistes encartés et pas encartés au PCF) afin de solidifier nos liens et désenclaver les communistes isolés et nous permettre de militer ensemble (formations communes, textes communs, initiatives communes...)Je sais pas si c'est prévu, mais comme on parle de créer un réseau, ce serait bien de partir de l'existant.Après, faire travailler ensemble le PRCF, le 15e, Rouges Vifs, Vénissieux, le pas de calais, et les nombreuses sections "lutte des classes", ça semble mission impossible....Mais pourquoi pas? Nous avons bien réussi à rédiger un texte commun pour le congrès (même s'il n'y avait pas tout le monde), alors continuons sur cette voie!Bises et bonnes fêtes à toi aussiAstrée

el diablo 18/12/2008 18:21

Je partage le souhait de l'ami Jean.