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Réveil Communiste

Appeler un chat un chat ! dialogue Francis Arzelier/Jacques Fath

16 Octobre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008

Trouvé sur "Polex"


Dans quelques mois, le PCF tient son 34ème congrès, qui se veut celui du « changement ». La formule est décidément à la mode, de Sarkozy à Montebourg, et ne signifie donc pas grand-chose. En tout cas, les rencontres consultatives entre adhérents se multiplient, y compris celle de Paris, le 31 mai, sur les questions internationales.
Le collectif Polex en tant que tel, ne se situe pas dans ce débat interne, puisqu'il est un lieu de réflexion réunissant des communistes, adhérents ou non du PCF, partie prenante pour certains des groupes organisés de sensibilité différente ou les récusant tous. Nous tenons beaucoup à cette diversité, et nous nous y tiendrons.
Mais les contributions concurrentes au sein d'un parti dont nous ne dépendons pas, contribueront à influencer, en bien ou en mal, les luttes populaires en France : cela ne peut nous laisser indifférents. D'autant que certains discours ont de quoi inquiéter.
Lors du débat du 31 mai, le représentant de la direction actuelle a proposé une analyse du monde. Il est, dit-il, « complètement différent de ce qu'il fut il y a moins de vingt ans », « en état de transformation permanente », structuré par « l'extension de la marchandisation capitaliste et néo-libérale », marqué par « le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication », et surtout par « la chute du mur [de Berlin]..., écroulement d'un modèle, d'une autre conception- qui a échoué -de la société et du monde ». Ce tableau consensuel qui veut réconcilier toutes les tendances internes au PCF, y compris les plus droitières, et pourrait être signé d'un « droit de l'hommiste » radical de gauche, révèle surtout trois dimensions de rupture avec les fondamentaux de l'idéal communiste depuis la création du PCF :

1-La notion même d'impérialisme a disparu, comme responsable de l'inégalité entre les peuples, des guerres. Non seulement le mot n'est jamais prononcé en cinq pages, mais l'analyse des causes de l'état du monde se réduit à un discours humaniste, pacifiste, sur l'égoïsme des possédants, à un discours éthique.

2-Certes, le capitalisme, souvent baptisé « néo-libéralisme », est jugé coupable, mais aucun projet de société clair n'est proposé en objectif de lutte pour le remplacer. Plusieurs pages, au contraire, insistent sur « l'échec systématique du socialisme réel », comme s'il s'agissait d'un système néfaste dans toutes ses dimensions, comme s'il n'avait pas assuré aussi pendant quelques décennies aux peuples d'Europe de l'est le plein emploi, la gratuité des soins, dont ils ont aujourd'hui la nostalgie ; comme si les peuples d'Amérique latine avaient tort aujourd'hui encore, d'envier le système de santé et d'éducation de Cuba ; comme si la disparition de l'URSS ne permettait pas d'imaginer une société socialiste, basée sur la propriété collective des grands moyens de production et sur la démocratie politique...

3-Au lieu de cela, les responsables du PCF affirment en préalable de la discussion, que « l'histoire du mouvement communiste international est terminée depuis assez longtemps » ! Postulat tout aussi aberrant que celui de Fukuyama d'une histoire de l'humanité close avec le capitalisme. On comprend mieux dans ces conditions le refus constant du PCF de participer aux rencontres internationales régulières des partis communistes, au profit de collaborations avec des mouvements sociaux-démocrates européens.

Ces orientations ont un seul objectif, conserver un PCF incluant jusqu'à ses éléments les plus réformistes, ceux notamment qui ont signé l'appel « l'alternative à gauche », d'anciens ministres des gouvernements socialistes (qui ont privatisé plus que la droite) comme Gayssot, des opportunistes politiciens, élus et dirigeants du PCF, comme Asensi, Braouezec, Calabuig, M.P. Vieu, etc...Ceux là qui, justement, proclament leur désir de fonder une organisation à la gauche du PS, mais qui ne se réclame plus du communisme : en bon français, un parti social-démocrate de gauche...

Si cette opération convergente de liquidation des fondamentaux communistes réussit, le PCF aura, quoi qu'il en soit, signé son arrêt de mort, après quatre-vingt-huit ans d'histoire glorieuse au service des travailleurs de France, comme cela s'est fait en Espagne, en Italie, en Allemagne, etc. Tous ceux d'entre nous qui croyons toujours à la nécessité  « d'une maison commune pour les communistes » selon la formule de notre camarade italien Losurdo, ne s'y résignerons pas et sauront en tirer les conséquences.


F ARZALIER




Jacques Fath a réagi à cet article. Nous publions sa lettre ainsi que la réponse de Francis.

Cher Francis,

J'ai bien lu ton texte intitulé «il faut appeler un chat un chat». Il me suggère un grand nombre de réflexions. Je ne retiendrai que quelques critiques rapides.

Tu dis que le terme de changement est à la mode est qu' il n'a pas beaucoup de signification. Nous voulons que ce 34ème congrès marque effectivement un vrai changement pour notre parti. Car nous sommes aujourd'hui dans une situation exceptionnelle à plus d'un titre et il faut donc un congrès exceptionnel, de contenu et de portée à la hauteur des défis de la période actuelle. Je pense qu'il ne suffit pas de se référer aux fondamentaux communistes pour penser avoir une réponse.

Sur la notion d'impérialisme. Je crois qu'entre la période de Lénine et aujourd'hui l'exercice de l'hégémonie, de l'exploitation et de la prédation a beaucoup changé. Il faut montrer que l'on a compris cela. J'emploie l'expression néo-impérialiste, et je ne suis pas le seul, sans problème. Ce qui est important ce n'est pas le mot mais le sens. Et la réalité. Et la vision du PCF ne se réduit pas à un discours éthique (mais je pense que la question des valeurs est très importante). Je crois que tu interprètes à ta façon. Il n'est pas question pour nous d' abandonner une vision de classe et de passer par pertes et profits les grands affrontements politiques et stratégiques du monde d'aujourd'hui.

Sur l' échec du socialisme réel. Oui, il y a échec. Il faut l' assumer. Et ce n'est pas en faisant un bilan comptable...(tu te souviens de la formule de Georges Marchais?) que l'on peut s'en sortir. Est-ce que ces expériences qui ont échoué peuvent encore servir un tant soi peu de modèle ou de référence? Je ne crois pas. Il faut le dire. Ce n'est pas seulement le refus d'une certaine nostalgie. Même les cubains, aujourd'hui, critiquent explicitement le fait d'avoir copié un modèle...

Il faut montrer que nous avons à reconstruire un projet politique d'avenir et aussi une vision de la société que nous voulons. Nous voulons le faire avec ce 34ème congrès. Ce congrès va précisément travailler sur le projet politique dont nous avons besoin.

Nous ne disons pas que le «Mouvement communiste est terminé» au sens ou les PC n'auraient plus de rôle voire plus d'existence. Nous disons que l'organisation du Mouvement Communiste International en tant que courant dominant dans le changement social sur le plan international, en tant qu' organisation hiérarchisée, est morte, qu'il y a une diversité de forces avec lesquelles nous devons agir pour construire des alternatives ensemble. Nous constatons aussi que les PC ont été singulièrement affaiblis pour un ensemble de raison, notamment du fait des conséquences de la chute du mur et de l' échec des expériences de l' Est. Ce n'est pas la seule raison. J'en ai pointé plusieurs notamment l'extension de la marchandisation capitaliste à l'ensemble de la planète avec des politiques néo-libérales qui produisent des dégâts sociaux et économiques considérables (voir la politique de Sarkozy). Il y a aussi la révolution dans les nouvelles technologies de l' information et de la communication. C'est quelque chose qui ne change pas que les rapports sociaux. Ca change aussi l'ensemble des rapports humains et jusqu' aux caractéristiques de notre civilisation. C'est une nouvelle époque de l'histoire qui s'est ouverte.

Dans ce cadre il nous faut réfléchir aux formes nécessaires des rassemblements et de l'internationalisme. On en a discuté à votre invitation il y a quelques mois. Je pense qu'il faut chercher à rassembler toutes les forces progressistes disposées à mener un combat de changement réel. Parmi ces forces il y a les Communistes. Mais il n'y a pas qu' eux. En Amérique latine, par exemple, si tu ne considères que les PC comment fait-tu avec ces nouvelles forces révolutionnaires ou progressistes issues des luttes actuelles ou d'autres traditions politiques et sociales? Si tu oublies cette diversité tu fais des conférences en te fondant uniquement sur l'étiquette...Ce temps là est terminé ce qui ne veut pas dire que l'action des PC est terminée. D' ailleurs nous voulons rester un parti communiste. Il y a des débats sérieux au sein de notre parti. Mais il n'y a pas ce que tu appelles «une opération convergente de liquidation...»

Le monde a profondément, radicalement, changé. Et il faut comprendre, me semble-t'il, ce que ça change pour nous dans la façon de définir une politique anti-capitaliste et une perspective qui s'inscrive dans l'avenir et dans une identité communiste renouvelée. Je crois que c'est la faiblesse de ton texte d'en rester aux fondamentaux sans poser de questions sur le monde d'aujourd'hui et ses grandes évolutions.

Jacques Fath le 10 07 08


à Jacques Fath,

responsable des questions internationales au PCF.

Cher camarade,

Excuse le retard de ma réponse : ton texte, cet été, ne m'était pas parvenu sur mon lieu de vacances. Je juge en tout cas positive ta réaction, les désaccords ne doivent pas empêcher le dialogue militant. Ceci étant, je maintiens mes critiques en l'état, et mes craintes pour l'avenir d'un PCF encore englué dans ses dérives opportunistes, accroché qu'il est au PS, depuis la « mutation » présidée par Robert Hue. Certes , quelques rectifications ont eu lieu depuis, notamment en matière internationale, mais le mal est fait : le tissu militant et l'influence dans la population sont irrémédiablement érodés et la « chute du mur » n'y est pas pour grand chose. D'autre part, si le PCF est encore peuplé de milliers de communistes authentiques, il n'a aucune chance de reconstituer une force révolutionnaire moderne tant qu'il sera corseté jusqu'au sein de ses directions, nationale et fédérales, par des « professionnels » de la politique, élus et responsables attachés d'abord à leur carrière et pour cela prêts à toutes les concessions à « la gauche ». En ce sens, et bien que je le regrette, je n'attends pas grand chose d'un congrès placé sous le signe consensuel de « l'unité du parti », et non de la rupture nécessaire avec tous ceux qui veulent faire du PCF un groupe social-démocrate de gauche, quel qu'en soit le nom.

Il est vrai que le monde a beaucoup changé depuis Lénine mais en quoi l'impérialisme économique et militaire, fût-il mondialisé et dirigé par les USA ne mériterait-il plus son nom ? Irak, Afghanistan, Afrique, Amérique latine : toujours partout les mêmes exploitations et oppressions des peuples que notre devoir de communistes est de combattre, d'autant que la « gauche » socialiste et vert ne le fait pas.

Je n'ai personnellement jamais été, dès les années 60, partisan des défauts et erreurs du socialisme réel. Ce n'est pas une raison pour oublier qu'il incarna aussi un ensemble de progrès sociaux évidents, alors que le capitalisme rétabli a ravivé l'inégalité sociale, le chômage, la guerre xénophobe, etc., y compris en Europe.
Pas de modèle ? Certes, Lénine et les Communards parisiens n'en avaient pas, mais ils avaient un projet de société future à proposer en objectif ;Où est-il aujourd'hui, quand de multiples dirigeants du PCF font état de promesses vagues, alors qu'ils se refusent à indiquer la seule possibilité de les réaliser, l'appropriation collective (et pas seulement par l'Etat) des grands moyens de production ?

Nos désaccords, donc, persistent : cela n'interdit en rien l'action commune contre l'impérialisme et l'insertion de la France dans son dispositif. C'est en ce sens que nous proposons à la signature une pétition pour le retour en France de tous les soldats français en opération extérieure (Afghanistan, Tchad, etc.). J'ai regretté pour ma part que seuls les communistes du 15ème arrondissement de Paris et ceux de notre collectif Polex, ainsi que les militants de l'ACCA, aient fait signer en ce sens à la fête de l'Humanité 2008. A quelques uns, nous avons recueilli des milliers de signatures ; j'imagine la centaine de milliers qu'auraient engrangé les communistes si tous les stands du PCF avaient mené cette bataille, qui répond aux vœux d'une majorité de Français...J'espère qu'à l'issue d'un débat parlementaire qui a seulement permis au PS de se dédouaner de son atlantisme et après la manifestation très positive, mais bien maigre du 20 septembre, l'ensemble du PCF s'impliquera dans cette bataille comme il sut le faire contre les guerres coloniales.
Fraternellement,

F. Arzalier



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