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Réveil Communiste

La base commune est inamendable, par Jacques Ducol

8 Octobre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

Trouvé sur le site du PCF du bassin d'Arcachon

Le parti doit changer de base commune.

Vendredi 3 octobre 2008 par Ducol Jacques
AlternativeForge.net ::: http://alternativeforge.net

Quelques considérations à propos de l'inexistence d'un véritable « travail de refondation de nos analyses, de notre projet et de l'avenir de notre parti » (Rapport de Pierre Laurent)

I / Un texte confus

Il est à noter tout d'abord qu'en de nombreux endroits le texte est proprement illisible, à cause d'expressions incorrectes ou de formules qui mélangent dans le plus grand désordre plusieurs idées. Ainsi, comment des migrations peuvent-elles « charrier le brassage des cultures » ? Comment un « changement de cap » peut-il être « très profond » ? Comment les États-Unis peuvent-ils « chercher une hégémonie sans rival » ? Qu'est-ce que « le chahut des consciences » ? Qu'on explique maintenant le sens de ce paragraphe : « Nous le savons, de la seule riposte, pourtant indispensable, ne découlera pas le rassemblement sur des choix politiques alternatifs. Il faut s'atteler, à l'appui de ces luttes, à cette construction en sachant qu'elle n'a d'avenir qu'en intégrant dans le domaine de son élaboration l'objectif d'être porté et garanti par une dynamique populaire majoritaire » (p.21) !

Bien que nombre de rédacteurs de ce texte aient certainement reçu une formation scolaire et universitaire assez élevée, je ne puis que regretter la clarté du style et la rigueur conceptuelle d'un ouvrier agricole bourguignon, titulaire de certificat d'études primaires, et devenu secrétaire général du PCF à la suite de Maurice Thorez, j'ai nommé Waldeck Rochet. Mais ce n'est pas seulement une question de maîtrise de la langue, parce qu'en général à travers la forme c'est le fond qui vient à la surface, comme le rappelait récemment une lectrice de l'Humanité. L'utilisation répétitive de termes comme « changements », « transformations », qui pourrait nous faire penser aux formules incantatoires de certaines liturgies, n'est que l'expression d'une superficialité conceptuelle repérable à propos de bien d'autres termes. Peut-on, par exemple, identifier « producteurs » et « salariés » (page 17) sans donner la moindre explication ? Si l'on précise le terme « les producteurs », on s'aperçoit alors que tous les producteurs ne sont pas salariés, et que tous les salariés ne sont pas producteurs ! Que sont véritablement ces « grandes réformes transformatrices » dont serait porteuse une véritable gauche ? Que sont « ces réelles transformations » qu'un rassemblement majoritaire des forces de gauche rendrait possible, ces « projets de changement » qu'il faudrait « porter.. jusqu'à leur réussite », c'est-à-dire jusqu'à la « transformation durable de la société et du monde ». ?

II/ Insuffisance des analyses

En quel endroit du texte peut-on trouver un bilan de la stratégie du parti depuis quelques années ? Il semble que les rédacteurs du texte soit comme frappés d'amnésie quant à la débâcle électorale du PCF et à la marginalisation qui s'en est suivie : ou peut-être faut-il comprendre - reproduisant en cela l'explication proposée par des socialistes à propos de l'échec de 2002 - que la stratégie était bonne mais que les gens ne l'ont pas comprise ? Quelle analyse de classe concrète est proposée dans ce projet ? Il est curieux de lire que le seul moyen par lequel la classe des « grands capitalistes » exerce « son pouvoir sur l'immense majorité » est celui des « choix politiques » ! C'est faire totalement l'impasse sur l'analyse du rôle des idéologies, des représentations culturelles, des questions de société qui sont autant de lieux où la classe capitaliste dominante tente d'imposer ses vues afin que ne se réalise pas cette « unité du salariat » dont parle le document. C'est faire également l'impasse sur le rôle des conditions d'existence et de travail concrètes à partir desquelles naissent. et pour l'essentiel prennent forme les représentations idéologiques que les choix politiques cherchent à légitimer. Ce que Gramsci montrait à propos de la nouveauté de ce qu'il appelait « l'américanisme » quand il écrivait que « l'hégémonie naît de l'usine, et n'a pas besoin de beaucoup d'intermédiaires politiques et idéologiques ». Se référer sans critique aux notions de « couches populaires » de « grande majorité de la population », voire à celle d'un hypothétique « peuple de gauche », ne peut suffire à satisfaire l'ambition de donner « à la lutte de classe un contenu contemporain ».

Par exemple aucune prise en compte de la question très actuelle de la laïcité (le terme n'apparaît qu'une seule fois, noyé au milieu d'une multitude d'autres). Et pourtant, dans le compte rendu de l'atelier numéro un présenté dans le Cahier du Congrès il était très justement souligné que la laïcité « est au coeur du communisme ». En effet, le principe de laïcité tel qu'il est défini dans la loi de 1905 repose sur trois exigences - liberté de conscience, l'égalité des citoyens, et la recherche du bien commun - qui sont autant de leviers permettant de commencer à construire ce communisme du XXIe siècle dont parle le document. Je rappellerai que pour Jaurès la laïcité pouvait être un outil formidable au service de l'émancipation ouvrière. Penser le lien entre laïcité et luttes actuelles pour la démocratie, voilà l'un des moyens possibles pour sortir de cette « mauvaise abstraction » (Hegel) caractéristique du texte du projet.

III/ Des recherches nouvelles à prendre en compte : un exemple.

Et pourtant, certains chercheurs marxistes, manifestement ignorés, volontairement ou non, par les rédacteurs, ont avancé des idées, des concepts, qui sont autant d'outils théoriques susceptibles de nous aider à penser « l'unité de toutes celles et de tous ceux qui ont intérêt à s'émanciper des dominations actuelles » (p 19). Ainsi en est-il du concept de classe fondamentale que propose le philosophe Jacques Bidet. L'idée de départ, développée notamment dans l'un de ses derniers ouvrages, Explication et Reconstruction du Capital, peut être ainsi formulée : il faut reconnaître que la société moderne ne se réduit pas à son « être capitaliste » traditionnel (par exemple la propriété privée des moyens de production, les institutions et les pratiques qui s'y rattachent), mais que la production publique de richesses, débordant ce cadre, est partout considérable grâce aux différents systèmes organisés que sont par exemple l'enseignement, la santé ou l'administration. Ainsi au sein de l'entreprise marchande, dans le processus de production de richesses, comme dans l'ensemble de la société, s'exerce une fonction non marchande, l'organisation : il faut reconnaître alors que la classe capitaliste dominante « comporte donc deux pôles, l'un autour du procès marchand, l'autre autour du procès organisationnel ; l'un où fonctionnent des titres de propriété » (rôle des actionnaires etc.), « l'autre où s'exhibent les titres de compétence reconnue » (l'ensemble des cadres). Ainsi, la classe dominante ne peut exister, maintenir et accroître sa domination que par l'articulation de ces deux pôles que sont le marché et l'organisation, deux fonctions corrélatives mais néanmoins distinctes : en effet, l'actionnaire ne pourrait pas exploiter le travailleur sans le concours nécessaire du gestionnaire - concours néanmoins jamais absolu ou définitif parce que dépendant de la force et de l'influence des luttes en cours, même s'il faut reconnaître que dans le cadre du processus actuel de « mondialisation » le pôle des « compétents » a davantage convergé du côté du pôle de la propriété. La lutte des classes n'a bien sûr pas disparu, mais présente des formes spécifiquement modernes que Jacques Bidet propose de penser, approfondissant et reconstruisant ainsi l'édifice théorique de Marx, à partir des relations complexes d'opposition entre la classe capitaliste dominante et la classe fondamentale. Qu'est-ce que la classe fondamentale ? « C'est l'ensemble de ceux dont le travail est exploité à travers le rapport de classes spécifiquement moderne, formant de fractions selon qu'y prédomine le marché (paysans, artisans etc.), l'organisation (salariés du public), ou que les deux facteurs s'y conjuguent plus étroitement (salariés du privé). Ils forment une seule classe, que je désigne comme la classe fondamentale. ». Ainsi par exemple, le force de travail du petit paysan est-elle exploitée à travers les impératifs du marché qui le conduisent à vendre en dessous du coût de production et à être toujours plus dépendant des banques. Ainsi par exemple la force de travail du salarié du public est-elle exploitée à travers l'imposition d'heures supplémentaires moins bien rémunérées ou l'allongement de la durée du travail comme en ce moment dans l'enseignement. Ainsi en est-il toujours du salarié dans l'entreprise privée, entreprise qui reste le lieu privilégié mais non exclusif de la production de ce que Marx appelait la plus-value ou survaleur. C'est pourquoi peuvent se développer et converger objectivement une multitude de luttes, sans pour autant que leurs acteurs s'en représentent clairement les enjeux : parce que, comme le souligne l'auteur, la classe fondamentale « ne vit que de constamment subvertir la machinerie du marché capitaliste qui vise l'accumulation du profit et celle de l'organisation qui vise la monopolisation du pouvoir », monopolisation qui est elle-même enjeu de luttes politiques et idéologiques à différents niveaux de la vie sociale (un exemple : dans le domaine de l'enseignement des sciences économiques et sociales, les professeurs du secondaire ont à lutter - majoritairement - contre l'influence des économistes universitaires majoritairement acquis à l'idéologie libérale). Mais pourquoi cette existence par la subversion ? Parce que la classe fondamentale, en luttant concrètement pour des revendications visant à satisfaire ses besoins (matériels et intellectuels) nécessaires à l'accomplissement d'une vie authentiquement humaine (que ces besoins s'expriment à l'échelle d'un pays ou au niveau international) met par là-même en question la domination universelle de la richesse et de la puissance « abstraites » (Marx), c'est à dire la recherche du profit pour le profit défendue comme fin en soi par la classe dominante. A travers toutes les luttes sociales et l'immédiateté des exigences du combat et du discours revendicatifs, s'impose cet universel concret qui dessine les contours de cette société plus humaine pour laquelle nous luttons, et que nous ne devons pas avoir peur d'appeler communisme. Mais bien évidemment, ces luttes n'existent pas en dehors de leur élaboration intellectuelle, culturelle et politique (d'où la nécessité, non reconnue par le texte, d'élever le niveau du combat théorique et idéologique) : on sait depuis Marx qu'une classe n'existe pas sans conscience de classe, c'est à dire sans une certaine conscience de sa situation, de l'unité de ses intérêts que certains doivent être capables de représenter et de traduire sur le plan politique. C'est donc à partir de cette réalité de la classe fondamentale que doivent être pensés et réalisés l'union nécessaire de ses différentes fractions, et les liens nécessaires qui doivent être tissés avec ceux qui représentent le pôle de la compétence (c'est à dire les cadres, pour l'instant majoritairement acquis aux thèse du capitalisme libéral) : c'est là le problème politique majeur.

IV/ Dépasser les luttes immédiates

Comment arriver à faire « l'unité du salariat », comment faire partager nos ambitions, comment les populariser, si nous ne les nommons pas précisément, si nous ne dépassons pas le simple horizon de la riposte aux effets dévastateurs du capitalisme mondialisé. C'est bien de réunir, comme à Saint-Pierre-des-Corps récemment, des dizaines de personnes pour exiger la réouverture d'un magasin Atac en disant que « ça suffit » ; mais ne faudrait-il pas avoir l'audace politique de dire qu'une telle situation intolérable ne peut que se reproduire si l'on ne limite pas le droit à la propriété privée quand l'exercice de ce droit, s'opposant au bien commun, met en danger le bien-être et l'existence même du plus grand nombre ? Un parti politique qui se veut révolutionnaire, communiste, peut-il organiser une marche pour les salaires en se contentant de remarquer que « le capital s'enrichit au détriment des salaires », « qu'il faut se faire entendre du gouvernement et du Medef » sans lier cette lutte nécessaire à un réel projet politique de transformation révolutionnaire, au potentiel de révolution communiste existant de nos jours ?

Souvenons-nous de cette remarque que fait Marx à la fin de sa célèbre conférence publiée sous le titre : Salaires, prix et profits. Certes, reconnaît-il, « si la classe ouvrière lâchait pied dans son combat quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure » (O.C., Editions Sociales, 1968, p. 110), tant il lui semble incontournable qu'est en soi mouvement politique « chaque mouvement dans lequel la classe ouvrière s'oppose en tant que classe aux classes dominantes et cherchent à les faire plier par une pression de l'extérieur » (Lettre à Bolte du 23 février 1871 citée dans Salaires prix et profits p 118). Mais ajoute-t-il, il ne faut pas oublier qu'en l'occurrence les ouvriers luttent contre les effets et non contre les causes : « Il faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendrera en même temps les conditions matérielles et les forces sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d'ordre conservateur : un salaire équitable pour une journée de travail équitable, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : abolition du salariat. » (idem, p.110). Un parti qui se veut révolutionnaire peut-il alors se contenter de ce mot d'ordre conservateur, au sens où Marx l'entendait : « Faisons-nous entendre du gouvernement et du Medef » ?

V/ Le communisme, mouvement au présent

Un véritable projet de transformation sociale ne peut faire l'impasse sur la nécessité de repenser la question de la révolution dans un pays développé, et plus précisément de reposer la question du communisme en mettant en lumière, par l'exemple des luttes à l'échelle nationale ou internationale, qu'elle est plus que jamais d'actualité. Pourquoi, à ce propos, les rédacteurs du projet semblent ignorer superbement les réflexions déjà anciennes (je fais référence ici à un article de novembre 2007) de Lucien Sève sur ce thème ? Comme le souligne ce philosophe, le communisme, celui de Marx, celui qui n'a aucunement échoué parce qu'il n'a jamais existé, « est la seule alternative vraie à ce capitalisme qui sur un rythme accéléré conduit l'humanité à sa perte.».

Ce capitalisme défini comme « la mise en privé universelle », qui prive les êtres humains de « la maîtrise collective sur leurs puissances sociales - les avoirs, les savoirs, les pouvoirs - est la forme extrême de l'aliénation humaine. Sortir vraiment du capitalisme, c'est donc aller vers la mise en commun universelle de tout ce qui est social en en développant l'appropriation par tous : communisme ». Rien à voir avec ce qui exista sous le nom de communisme ou de socialisme, sous quelque forme que ce soit. Rien à voir non plus avec un quelconque « idéal » ou une quelconque « utopie » : même s'il n'existe pas encore, hélas, comme un mouvement de forces qui en feraient leur visée concrète, « le communisme est pourtant ce mouvement réel et inconscient de l'histoire », ce « multiforme processus de réappropriation engagé au présent sur tous les terrains possibles » qui, en construisant peu à peu les solidarités indispensables, rend possible parce que nécessaire cette « insurrection générale en faveur du bien commun ». Si nous prétendons dépasser le capitalisme, il faut alors dire clairement par quoi nous voulons le remplacer.

Bien sûr il faut éviter le double écueil d'une visée trop abstraite d'un côté (le communisme comme idéal paradisiaque), d'un catalogue de propositions trop détaillé qui ferait perdre de vue l'essentiel de l'autre (le syndrome programme commun). Mais la solution ne se trouve certainement pas dans ces longues variations plus ou moins fumeuses à propos de la modernité et de la démocratie à quoi se réduit ce que certains continuent d'appeler la cohérence du projet de base commune. On mesure ici encore l'imprécision de certaines expressions, empruntées au projet, comme « grandes réformes transformatrices » (une réforme n'est-elle pas d'ailleurs en elle-même processus transformateur ?), ou « exigence démocratique poussée jusqu'au bout » qui semble synthétiser la soi-disant nouveauté de la démarche ! Expression stupéfiante ! La démocratie peut-elle avoir un « bout » ? Veut-on parler de la démocratie comme moyen et fin de cette évolution révolutionnaire évoquée plus haut par Lucien Sève ? La classe dominante acceptera-t-elle de jouer jusqu'au bout le jeu de la démocratie ? Cette expression vide n'est que le signe de l'impuissance des rédacteurs à envisager le combat de classe dans les conditions nouvelles. Car si effectivement la question de la démocratie est devenue centrale, elle ne peut être pensée en dehors de ce que Gramsci appelait la lutte pour « l'hégémonie des classes subalternes » (cf la classe fondamentale de Jacques Bidet) qui doit toujours être considérée comme l'essence même de cette insurrection pour le bien commun dont parlait Lucien Sève.

VI/ Quelle démocratie, quel parti ?

Comment parler du « rayonnement militant de chaque adhérent et de chaque élu », comment « donner à chaque adhérent la réelle maîtrise des débats qui se font jour » (p 23) si l'on commence par écarter - pire, à considérer comme « annexes », c'est-à-dire, selon le dictionnaire, comme ce qui est secondaire, accessoire, par rapport à l'important - d'autres options possibles, d'autres perspectives possibles ? C'est l'indice que derrière les mots on ne veut rien changer quant à l'organisation communiste elle-même, qu'on ne cherche pas, au sein du parti, à faire de la politique autrement. Compte tenu des conditions nouvelles du combat politique, est-ce qu'on peut en rester, sous des formes plus ou moins variables, au schéma traditionnel selon lequel la direction étudie les questions, adopte les décisions, lance l'action en invitant les cellules à s'impliquer sur le terrain du quotidien ; schéma selon lequel également une base dite « commune » est présentée de telle manière que sa cohérence d'ensemble doit apparaître comme la vérité du parti ?

Il est temps, sur la base de toutes les expériences passées et de la réalité du monde libre et vivant de l'actualité, de réfléchir à une autre forme d'organisation communiste où la verticalité, c'est-à-dire le fait que la direction tranche et décide, puisse enfin céder la place à une centralité et à une horizontalité réellement démocratiques. C'est le sens même de ce passage du parti au mouvement que propose Lucien Sève. Partant du constat que « ce n'est pas la centralité qui fait la crise mortelle de la forme-parti mais la verticalité qu'elle recouvre, celle d'une direction détenant seule, par position, les moyens de décider de tout ce qui compte », et qu'en réalité, de nos jours, on n'accepte plus de venir dans une organisation à vocation émancipatrice et libératrice pour y être dirigé (le combat émancipateur ne peut plus se faire dans la « sujétion militante », ce qui ne veut pas dire que la discipline militante ne soit plus nécessaire !), le philosophe appelle à la constitution d'une organisation communiste nouvelle en ce qu'elle n'aurait pas « de direction mais un conseil national travaillant à centraliser l'expérience, cerner les problèmes, organiser le débat, et décentraliser les résultats dans leur pluralité ». Le parti communiste peut-il se transformer suffisamment au point de promouvoir - dans le cadre de ses structures et de ses pratiques actuelles - cette nouvelle forme d'organisation encore inédite dans le mouvement communiste ? Lucien Sève ne le croit pas, en particulier sur la base de cette « décisive raison de fond que la verticalité ne peut donner naissance à l'horizontalité » : il faut donc admettre sans réticence « de se placer d'emblée au-delà des organisations existantes pour faire exister une force de nouvelle génération ». Il me semble que le parti communiste n'a d'avenir que s'il s'engage réellement dans cette nouvelle voie.

Paradoxalement, le soi-disant rejet du centralisme démocratique - mais le centralisme démocratique a-t-il vraiment existé par ailleurs ? - n'a fait qu'accentuer la verticalité elle-même, et cela par le moyen hypocrite d'un parole statutairement donnée à chaque adhérent. Lénine lui-même, en 1903 dans son ouvrage Que faire ?, ne propose-t-il pas une nouvelle forme d'organisation politique révolutionnaire parce que les conditions générales du combat avaient précisément changé ? Toutes proportions gardées, ne nous trouvons-nous pas dans une situation identique ? La forme-parti est liée à l'histoire : ce serait retourner au pire des dogmatismes que de penser qu'elle puisse elle-même être hors de l'histoire, qu'elle soit la forme achevée de toute organisation politique, qu'elle soit en quelque sorte la fin de l'histoire des mouvements politiques.

Conclusion

1) Il faut réécrire ce texte en mettant l'accent sur :

a. L'analyse approfondie de la réalité dans toutes ses dimensions ;
b. Ce « communisme du XXIème siècle » qui s'actualise constamment à travers les différentes luttes, et qui doit être au coeur du document ;
c. L'urgence de la discussion approfondie sur la nécessité du passage à une autre forme d'organisation communiste.

2) En conséquence, ce projet n'est pas amendable : il ne fait que reproduire le plus banal des schémas anciens dont la direction actuelle est incapable de sortir.
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gilles questiaux 05/10/2008 23:03

Cete contribution comprend beaucoup de remarques critiques juste sur la base commune mais la voie qui consiste à tenet de reconstruire le communisme en quelque  sorte ex-nihilo en faisant comme si on n'avait jamais tenté de le construire est à mon avis problématique. Il n'y aura pas de communisme sans socialisme! et c'est donc d'abord celui-ci qu'il faut refaire en tenant comte de l'expérience, et non mettre au rebut comme le préconise Lucien Sève.

gilles questiaux 05/10/2008 16:46

Jacques, ce sera plus simple de signer le texte alternatif à la base commune! Dont le préambule est déjà en ligne ici.